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Araus prec, bel senher^ quel vuelhatz grazir e la messatgeira acuelhir, per amor celhui que vos es totz aclis. Fâcha a Paris el mes de mai u dgcg lxv. INTRODUCTION Raynouard est le premier qui ait fait connaître par une analyse et des extraits le poëme dont je publie la première édition. .L'unique manuscrit qui nous Pa conservé ayarrt perdu ses premiers et ses derniers feuillets , il n'y avait point à compter sur Vincipii ni sur \^explicit pour fournir un titre à l'ouvrage. 11 a dons fallu l'imaginer. Raynouard a choisi « Roman de Flamenca », du nom de l'héroïne , comme il aurait pu dire « Roman de Guillaume de Nevers » , puisque tel est le nom du héros. J'adopte le titre consacré. Ce roman occupe dans la littérature provençale une place à part. Il n'a rien de commun avec les vieilles tra- ditions carlavingiennes ou bretonnes ; le sujet n'en est pas emprunté aux légendes que l'antiquité a transmises au moyen-âge ; et on ne saurait non plus y voir un de ces récils populaires que l'on retrouve presque en chaque lit- térature , et dont le caractère impersonne! empêche de démêler l'origine. Flamenca est la création d'un homme d'esprit qui a voulu faire une œuvre agréable où fût représentée dans ce qu'elle avait de plus brillant la vie des cours au* xii^ siècle. Celait un roman de mœurs contemporaines. Il Archambaul , seigneur de Bourbon , a obtenu la main lie Flamenca , fille du comte Gui de Nemours ; les noces sont célébrées avec magnificence, et le nouvel époux, ne voulant pas être en reste de libéralité , revient seul à Bourbon afin d'y ordonner une fête dont Téclat dépassera toutes celles qu'on a vues jusqu a ce jour. Ses préparatifs terminés , il fait annoncer sa cour ; il y invite le roi de France et le prie de lui amener Flamenca restée à Nemours. La fête est splendide. Cependant un incident futile vient troubler ponr longtemps le bonheur d'Archambaut. Le roi s'était avisé , on ne sait pourquoi , do fixer au bout de sa lance une manche de femme. La reine s'en aperçoit; irritée, elle fait appeler Archambaut, et lui laisse entendre que ce gage d'amour pourrait bien venir de Flamenca. Archambaul se défend d'en rien croire , toutefois , il quitte la reine plus aiïeclé qu'il ne veut en avoir l'air. Certains faits qu'en une autre situation d'esprit il n'eût pas remarqués, certaines galanteries du roi à l'égard de Flamenca viennent augmenter ses soupçons ; cependant il se contient jusqu'au départ de ses hôtes , mais alors il éclate en re- proches insensés contre sa femme , il se croit trompé , il accuse le roi. Désoimais , un seul moyen peut assurer sa sécurité , c'est de tenir sa femme renfermée dans une tour. L'infortunée vécut ainsi deux ans , ne sortant que pour aller à l'église , les dimanches et jours de fêtes , ayant constamment à supporter la mauvaise humeur de son mari. En ce temps vivait en Bourgogne un jeune chevalier dont le poète nous trace le plus séduisant portrait ; il. était jeune , si jeune qu'il grandissait encore , et déjà la III renommée de ses exiJoils à la guerre et dans les tournois s'était répandue au loin. Il apprit l'infortune de Flamenca, ot voyant en perspective une aventure qui pourrait lui faire honneur , il se mit en tête , non, comme les cheva- liers de la Table ronde, de délivrer la belle prisonnière , mais, plus simplement , de Taimer et de s'en faire aimer. Il se rendit à Bourbon , s'y installa sous prétexte de soigner sa santé , et bientôt , par des cadeaux faits à propos , il se concilia ses hôtes «t le curé du lieu. Tout lui réussit à souhait: son hôtesse, charmée par sa grâce et sa libéralité, vient au-devant de ses désirs en lui proposant de lui laisser la maison entière. Guillaume accepte , ses hôtes déména- gent, et le voilà maître de la place. Il en profite pour faire pratiquer une voie souterraine entre sa chambre et les bains. Mais c'était peu de pouvoir s'y rendre en secret , il fallait encore y trouver Flamenca. Guillaume avait remar- qué qu'à l'église , en offrant la paix, le clerc approchait Ja dame d'assez près pour être à portée de lui dire au moins un mot. Il s'agissait donc de prendre sa place. Pour y parvenir, notre jeune chevalier eut recours à un moyen étrange. Un jour , au sortir de table , il se déclare cha- noine; il avait un peu négligé les prescriptions canoniques, mais maintenant il voulait faire pénitence ; il priait donc le curé de le tonsurer et de le recevoir pour son clerc. Il fut agréé sans peine, et envoya son prédécesseur étudier cl Paris. Le premier jour qu'il entra en fonctions, il dit à Flamenca : Hélas! Grand émoi de celle-ci ; elle feint do voir une amère raillerie dans le mot de Guillauue ; c'est elle , bien plutôt qui pourrait se dire malheureuse ! mais les deux jeunes filles qu'Archambaut avait placées auprès IV d'elle comme demoiselles de compagnie , lui font entendre que le mot dont elle s'étonne est l'indice de sentiments tout autres ; elle se laisse persuader , et le dimanche suivant elle répond : Que plans P ( de quoi le plains tu? ) Dès lors , le dialogue se poursuit ainsi : Guillaume. Je meurs. — Flamenca. De quoi? — G. D'amour. — F. Pour qui? — G. Pour vous. — F. Qu'y puis-je? — G. Guérir. — F. Comment ? — G. Par engin K — F. Faites. — G. C'est Fait. — F. Quel est-il? — G. Vous irez. — F. Et où? — G. Aux bains. — F. Quand ? —G. Bientôt. — F. Je le veux bien 2. Entre Hélas! et Je le veux bien il y a trois mois. Trois mois pour prononcer vingt paroles c'est beaucoup , et ce n'est pas trop pour le résultat obtenu. Depuis Je le veux bien tout alla au gré de nos deux amants. Cependant , par suite de ce bonheur inespéré , Flamenca s'était complètement détachée de son mari ; elle n'avait plus pour lui qu'indiffétence et dédain , à tel point , nous dit le poète , qu'elle ne prenait plus la peine de se lever lorsqu'il paraissait. Archambaut ne put s'empêcher de remarquer le changement qui s'était opéré en elle ; mais il n'en pouvait deviner la cause. Il eut à ce sujet une ex- plication avec Flamenca. Celle-ci lui représenta l'excès de sa jalousie, et lui promit dejurer sur des reliques « qu'elle se garderait elle-même aussi bien qu'il l'avait gardée jusque là. ^ Ce passage est important , il est la clé de ce qui va suivre. Archambaut, loin de se douter que sa surveillance 1 J'emploie ici ce vieux mol , parce que < stratagème » est trop long. 2 Platx mi, il me plaît. eût été mise en défaut > accepta le serment comme une garantie absolue, alors quil excluait uniquement de nou- velles liaisons. Une fois délivrée , Flamenca s'empressa de faire part à son amant de sa nouvelle situation. Elle lui remontra qu'il n'avait plus à se cacher et que désormais il devait reprendre la vie qui convenait à un homme de son rang et de sa valeur. Guillaume s'éloigna donc pour, un temps; il alla guerroyer en Flandres et s'y fit une grande réputation. Le bruit de sa renommée vint aux oreilles d'Àrchambaut , qui , guéri de sa misanthropie, se préparait à tenir cour à Bourbon. Il y invita Guillaume qui ne se fit pas prier. Les deux amants se retrouvèrent , et Flamenca usa de la liberté qu'elle s'était réservée par son serment. Le poète décrit longue- ment ce tournoi où Guillaume brilla entre tous , et après lui Archambaut. La fôte dure encore au moment où le manuscrit s'arrête, sans que rien nous fasse prévoir le dénouement. Comme on le voit par cette rapide analyse , comme on le verra mieux encore par la lecture de l'ouvrage, le roman de Flamenca est empreint d'un cachet d'originalité qui exclut tout soupçon d*imitation. Il n'y a donc point lieu de lui chercher une origine lointaine : la politesse des mœurs, la libéralité des personnages, les noms de plu- sieurs d*entre eux , une infinité de détails sur lenr vie privée et publique, tout enfin nous reporte au xii« siècle. C'est dans les hautes sphères de la société de cette époque que notre romancier a placé l'action de son récit , c'est là qu'il a choisi ses types. Y a-t-il pris aussi son sujet? En d'autres termes , les amours de Flamenca et de Guillaume VI ont elles un fondement hislorique ? Pour ma pari je ne le pense pas , et je fais honneur du tout à rimagination du poète. Sans doute, on lit en un passage ^ que la jalousie d'Archambaut et sa conduite à Tégard de Flamenca étaient devenues le sujet de chansons satiriques qui couraient par toute TAuvergne ; et à dire vrai il se peut fort bien qu un des seigneurs de Bourbon-rArchambaull ait été jaloux de sa femme ; et ii n'est pas non plus impossible qu'on se soit moqué de lui. D'autre part , je crois volontiers que ridée d'un souterrain conduisant à une "salle de bains devenue lieu de rendez -vous , s'était présentée à plusieurs avant que l'auteur de Flamenca en lirdt parti 2, mais , en admettant même que les faits accessoires du roman puis- sent n'être point dépourvus de fondement , il restera encore une assez belle part à la fantaisie. Et d'abord , le procédé ingénieux que Guillaume imagine pour converser avec sa dame est une conception que je revendique pour notre romancier. Aussi loin que s'étendent mes informations , je ne vois point que personne s'en soit avisé avant lui, ni après. C'est que dans, l'application ce procédé doit pré- senter de sérieuses difficultés, sans compter qu'il exige une patience dont les amants vulgaires sont peu capables. A part celte conception hardie autant que neuve , le roman ne présente aucune situation qui soit particulière- ment digne de remarque. Dès le moment où Guillaume et son amante ont trouvé moyen de se voir, l'action se traîne , s'alanguit quelque temps , pour recommencer à i V. n8l-4, . 2 Arnaury-Duval a sii;niilé le nuMiicinoNon duns le Clievalior à lu Trappo ( 7/^*7. li(t. XIX , 7oS j. VII nouveau après le retour de Guillaume. Cest comme un second récit enté sur le premier, mais un récit qui n'a plus rien de dramatique , où tout est description , dans lequel rien ne marche à un dénouement. On ne sait comment Thistoire peut finir; mais à vrai dire , on s'en soucie peu ; car la curiosité est satisfaite alors que GuiHaume a mené à bonne fin sa difficile entreprise. D'ailleurs , c'est par les caractères que vaut Flamenca. Ils sont étudiés avec une extrême finesse , et certains d'entre eux peuvent passer pour d'excellents types. Mais , pour les apprécier, il faut se placer au point de vue de l'auteur , il faut se pénétrer des idées sous l'empire des- quelles il écrivait ; surtout il importe de se bien persuader qu'il n'a pas eu d*autre intention que celle de composer un ouvrage plaisant et délectable, non point une œuvre morale. Il est de ceux dont un pieux traducteur du roman ascétique de Barlaam et Josaphat a dit : Pluseur ont sovenl travaille, Le jor pensé, la nuit veillé Por rimer el por chose dire Dont il fcisoienl la genl rire. No leur chaloit fust voir ou fable Mais que à aus fusl delitable 4. Pour lui , la vertu la plus prisée est la libéralité , sans laquelle la vie élégante des cours perd tout son lustre, et le défaut le plus blâmable est la jalousie , ennemie natu- relle des réunions brillantes et des tournois. Son héros, Guillaume de Nevcrs, est le modèle du gentilhomme ■ t Uarlaam und Josaphat, SluUgarl, 1861 , p. 336-7. Mil accompli , tel que pouvait le concevoir un troubadour. It est riche , et prodigue l'argent avec cette générosité irré- fléchie dont les chroniques et les romans du temps nous offrent tant d'exenoples. Il excelle dans tous les exercices du corps et de Tesprit : vainqueur dans les tournois çt dans les guerres, il possède Tinstruciion sufGsante pour remplir au besoin l'office de clerc. Aussi, est-il recherché de tous : des hommes qui tiennent son amitié à grand honneur ^ des dames qu'il charme par son esprit 2, des jongleurs qu'il comble de présents 3. Entre lui et Archam- baut, soupçonneux, grognon, bourru par système, la partie était trop inégale , et Flamenca mérite bien quelque indulgence. Mais le contraste n'existe pas qu'entre Archambaut et Guillaume : Archambaut est à lui seul toute une antithèse. Lui si grand , si noble , si généreux , éprouve une méta- morphose subite à l'instant ou la jalousie lui est entrée au cœur: il se fait rébarbatif à plaisir, espérant ainsi inspirer à sa femme une crainte salutaire ^ ; il ne voit personne et devient pour tous un objet de moquerie. Puis , comme par enchantement , sur la foi d'un serment fallacieux , le voilà qui dépouille la jalousie et redevient l'hoanne d'autrefois ; comme dit le poète « il recouvre courtoisie » ^. Il mérite d'être l'ami de Guillaume et devient presque son- émule, sans toutefois s'élever à sa hauteur, car notre- 1 V. 6964. 2 V. 1690-3. 3 V, HâSelsui^.. 4 V. 1557-«)8. 5 V. 6775. IX romancier • n'est disposé à sacrifier son héros à personne , et d'ailleurs , dans sa pensée , le second rang était honora- ble quand Guillaume occupait le premier. Ces deux types sont également intéressants pour Fhis- toire des mœurs, mais au point de vue littéraire , ils n'ont pas la même valeur. Guillaume est trop parfait. Dès qu'on est informé « qu'il était si bon qu'il ne pouvait devenir meilleur * » , sachant d'ailleurs en quoi consiste la perfec- tion aux yeux d'un troubadour, on reste indifférent aux développements dans lesquels notre auteur s'attarde pour nous faire mieu^ apprécier son personnage de prédilection. Archambaut nous attache davantage, il est plus ondoyant, plus fantasque , pourrait-tOD. dire. D'ailleurs les scènes de jalousie dont il est l'unique acteur sont composées de main de maître. Il y a dans les querelles qu'il fait à sa femme, dans les monologues où on le voit s'exciter lui- même , des traits d'un comique excellent. Lorsqu'Archam- . haut dit à Flamenca , qui n'en peut mais : « Je connais bien le petit manège des regards , des signes , des mains serrées , des pieds pressés,. A qui pensez-vous avoir affaire ? je suis aussi rusé que vous 2 » , on se rappelle Arnolphe faisant la leçon à son frère : Bien huppé qui pourra m*at(raper sur ce poinl ! Je sais les tours rusés et les subtiles trames Dont pour nous en planter savent user les femmes. Le personnage de Flamenca vaut moins. On l'aura suffi- samment apprécié eudisantqu'il fàitpendant à celui de Guil- 1 v.nif. 2 V. 1U3 6. ' launie. Des deux paris même politesse, même? goùls, mj}:nes ((ualilcs physiques et morales. L'amour auquel ils cèdent Tun et lautre est un sentiment froid, résultat d'une vie oisive que Ton cherche à occuper plutôt que d'une passion véritable. Pour Guillaume, cest affaire de bon ton; il était arrivé à un âge ou il ne pouvait , lui gentilhomme , sans déroger à l'usage, se dispenser d'avoir quelque aventure amoureuse ' . Pour Flamenca il s'agit , ou peu s'en faut , d un devoir à accomplir, d'une redevance féodale à payer : il faut recevoir Amour qui se présente en qualité de seigneur et réclame son droit de gjte 2. En fidèle vassale , elle se soumet sans hésiter. A la vérité. Crainte et Vergogne font quelques objections: Archambaut n'entend pas raillerie, dit la première, il pourra bien la brûler vive ! — Qu'elle se garde du blâme du monde ! dit la seconde ; — Mais, reprend Amour, Vergogne et Crainte n'ont jamais fait un cœur vaillant ^. Si elle opposait quelque résistance, ce serait pour la forme , mais les jeunes filles qu'Archam- baut lui a données comme demoiselles de compagnie , lui font judicieusement observer que les circoittances où elle est placé 3 l'obligent à abréger les délais ordinaires ^; et elle encourage Guillaume par ses réponses. Les deux amants ont si peu de doutes sur la toute puissance du sentiment auquel ils obéissent, et, partant, sur la légitimité de leurs désirs, qu'ils n'hésitent pas à faire intervenir la volonté divine dans leur entreprise. Ainsi , 1 V. n7o-80. 2 V. 557i> et suiv. .^ V. 5560 cl suiv. 4 V. 523i et suiv. M riuillaurne, selon une antique superstition, consulte le sort en ouvrant au hasard un psautier; il tombe sur le verset Dilexi quoniavi ^ et s écrie tout rassuré : <* Dieu con- naît nos désirs ! » Une autre fois, pendant la messe, au mo- ment de l'évangile, un homme se trouvait placé entre lui et Flamenca, de manière à le gêner dans sa contemplation, « mais Dieu voulut quil se dérangeât ^. » Ailleurs nous le voyons faire vœu de consacrer une partie de ses revenus à la construction d'églises et de ponts, si Dieu lui permet d'arriver à ses fins 3. Flamenca de son côté ne nous sur- prend pas moins lorsque nous la voyons prendre Dieu à témoin qu'elle se donne pour toujours à Guillaume ^ et lui adresser de ferventes prières afin qu'il protège son amant et lui permette de parvenir au but de ses désirs '"'. Un sentiment qui s'impose d'une manière aut^si fatale et qu'on accepte avec auîant de complaisance est [xiu propre à faire naître des situations dramatiques. Aussi le caractère de Flamenca est-il médiocrement sympathique. En c(idant tout d'abord aux sollicitations de Guillaume , elle compro- met l'intérêt qu'inspiraient sa captivité et ses souffrances imméritées, mais elle le perd tout à fait par le subterfuge indigne qu'elle emploie afin de regagner sa liberté. Un franc parjure nous chociuerait moins que le vain serment qui lui sert à calmer les défiances irArchambaut tout en le trompant. * 4 V. 2305. 2 V. 252o. 3 V. 5063 et suiv. 4 V. 5330 et suiv. 5. V. $>365 9.. xir Telles sont les mœurs dont Flamtnca nous offre te tableau , tels sont les caractères auxquels se plaisait une société chez qui la ténacité des croyances religieuses a élé impuissante à préserver le sens moral de la plus rapide^ perversion . II H y a beaucoup à prendre dans F/amenca pour Thistoire de la société polie au moyen-âge. Je ne puis indiquer ici tous les passages qui fournissent de curieuses indications sur les mœurs, les usages , le bon ton de cette époque ; c'est une recherche que chacun pourra faire à son point de vue particulier, en usant, si besoin est , de la traduc- tion que jai jointe au texte, afin précisément de le rendre accessible à ceux qui, sans faire une étude préalable de la langue provençale, voudraient néanmoins profiter des renseignements que fournit notre poème sur Fétat moral du xii« et du xm® siècle. Toutefois , il est un point sur lequel je dois dès à présent attirer Fattenlion , parce qu'il exige des éclaircissements qui ne sauraient être donnés commodément dans les notes qui accompagnent la tra- duction. Je veux parler des bains de Bourbon-rArcham- bault, où se passe Faction du poème. Sans doute, le séjour aux eaux n'avait point dès lors dans les usages de la société élégante, la place qu'il y occupe aujoi. ^'hui , mais néanmoins les eaux de Bourbon ne laissaient «as d avoir au moyen-âge une grande renommée. On les trouve mciUionmîs dans un recueil de dictons populaires composé- XIII au xiii^ siècle < ; et noua voyons par un passage de Flamenca ' qu'ils étaient fréquentés par de nombreux étrangers ^. Des hôtels confortables , au nombre desquels le poète cite honorablement celui de Pierre Gui, recevaient les baigneurs. L'organisation des bains enx-mémes est digne de remarque : ils semblent avoir été annexés aux divers hôtels ; un écriteau indiquait leurs propriétés '^y usage qui se retrouve ailleurs ^. Dans chacun Teau miné- rale jaillissait bouillonnante , rafraîchie au besoin par un jet d'eau froide disposé tout auprès. Aux bains étaient attenantes des chambres de repos ^. Cet aménagement parait assez compliqué, surtout si on admet, comme semblent l'indiquer les expressions du texte, que les eaux étaient amenées par des conduits en chaque 4 Bibl. Imp.. Fn. 837 (ancien 72^8) fol. 226^; Cnipclol. Proverbes et Dictofis popiUaires ; Le Roux de Lincy. Le livre des proverbes français . 2« éd. , i , 32 1 . 9 V. 3801-5. 3 V. 1 474-5. 4 Par exemple aux eaux de Pouzzoles; on lit^n eiïel dans le poème français du médecin Richarl Eudes , compose en 4 392: Et pour ce que le bien commun Plus profile , jadiz chascun Baing fu par nom intitulé, El niiz son nom sus, que celé Ne fust ii nul qui le voulsist : De quelque mal que se doulsisl » i^ousl trouver escrit le remède t Ou d'eve chaude ou d'eve froide. / .u.iiard-Brébolies, Notice sur le vcriiable auteur du poème uu Dalneis Puteolanis ; dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France , XXI , 347 ). 5 V. 1483-92. \IV bain. Je ne dois pas taire que le plus ancien lêmoignaj.'c qui nous soit parvenu sur les eaux de Bourbon après celui de Flamenca , nous représente les choses d'une façon assoz différente. Selon Nicolas de Nicolay, géographe et vaîcl de chambre de Charles IX, les bains consistaient en un grand réservoir octogone alimenté par une source sur la- quelle s'ouvraient trois puits contigus. Un dessin joint à sa description nous montre les baigneurs prenant leurs ébats dans ce bassin * . Mais Tusage de prendre les bains en commun ne paraît pas avoir été suivi à l'exclusion de tout autre. Faye en 1778, de Brieude en 1788 nous ap- prennent qu'on prenait les bains à domicile au moyen diî baignoires 2. Que la description donnéo.par Fauteur de Flamenca uo soit pas d une exactitude rigoureuse , je l'admets sans peiiio, elle n'a, toutefois, rien d'invraisemblable. On a d'ailleuns l:i preuve du soin qui était apporté à l'organisation des bains. 4 L'ouvra*;e i!e Nicolas de Nicolay d'où je lire ers rensei- gnémeuls porte la date de 1 <'.69 . il esl intitulé Générale des- cription du païs et duché de Bourbonnois . el se conser\e à l.i Bibliolhcquc M azn ri ne sous le n" 516 A. Des exi nuls relatifs aux bains de Bourbon-Lancy, Dourbon rArcliaml>aull , N(fris , Sainl-Pardoux , Vichy, en ont été publics par M. Viclor Advielle (Paris . Chaix el Dcnlu . 1864 . ^2i p. in- 8. j — Il est \\ remarquer que Nicolas du Nicolay ccrii conslaiumciu IJourbon V ArcUimhaud , camine le roman de Flamenca, et non VAr- chambaud. 2 Faye, Essai sur les eaux mim' raies el médicinales delà vdle de Bourbon rArchambavlt, Moulins et Paris. 1778. in-!?, p. 61 . — De Brieude , Observations sur les eaux ihennalcs de Bourbon ï ArchambauU, de Vichy et du Mont d'Or, Paris 1788, in-8, p. 8. XV Elle nous csl fournie nolammenl par (rancions comptes de Navarre qui nous ont conservé les renseignements les plus précis sur la location et Fenlretien des bains d'Estella et de Tudela au xiii^ siècle ^ . II! Nous avons jusqu'ci étudié le roman de Flamenca com- me œuvre littéraire , comme document utile à l'histoire des mœurs; nous essaierons présentement , en nous plaçant à un point de ^e moins général, de lui assigner son rang dans la série des monuments de la littérature provençale. Il appartient à une période à laquelle tôt ou Uird viennent aboutir toutes les littératures : celle où le récit d'aventures, si variées, si inouïes qu'on les suppose, ne suffit plus àexciter l'intérêt, où l'imagination n'ayant plus pour les faits extérieurs la curiosité du premier âge se complaît dans la description des sentiments intimes. Au midi de la France une civilisation avancée, des mœurs polies, amenèrent plus tôt qu'ailleurs cette évolu- 4 Des extraits en ont clc publiés par M. Francisque Michel dans ses noies sur VUistoire de la guerre de Navarre de Gaillauice Anelier [p. 569 7i). — Je ne sais sur quel fonde- ment M. Michel a prétendu que les bains de Bourbon TAr- chambaull ne payciienl aucune redevance ( p. 571 ]. Le passage de Flamenca auquel il renvoie ( fol. $6 du niç., et p. 18-9 des fragments publiés par Raynouard . dans le tome I du Lexique roman ) ne contiennent rien de pareil ; on y voit que les bains étaient loués aux baigneurs par des particuliers , mais rien ne dit que ceux-ci n'avaient point une redevance h payer au seigneur. XM lion du goût littéraire. Dès le xm siècle elle était accomplie dans les régions élevées de la société par la poésie amou- reuse des troubadours , qui ne contient autre chose que l'expression élégante et peu vâHée d*un sentiment délicat , mais à la même époque elle ne s'était pas encore manifestée dans le roman , genre moins relevé et ne s'adressant point uniquement au public choisi des troubadours : Jaufre ^ au commencement du xiii^ siècle, Blandinde Cornouailles, un peu plus tard, sont des romans d'aventure, Flamenca au même temps est un roman de mœurs. La littérature française n'arriva qu'au xtii® siècle à la phase où l'analyse des sentiments tend à ^e substituer au récit de faits m( rveilleux , mais elle tomba presque aus- sitôt dans un excès dont à la vérité Fauteur de Flamenca ne s'est pas toujours gardé: elle personnifia les sentiments, et alors apparut l'allégorie qui rend si fastidieuse la lec- ture de certains ouvrages du \m^ siècle au xvi^, et no- tamment du Roman de la Rose. Nous ne savons si au midi de la France le goût aurait suivi la même marche qu'au nord , car le développement littéraire y fut subite- ment interrompu par la croisade albigeoise et plus encore par ses désastreuses conséquences. L'époque où l'allégorie fleurit en France est en effet celle où la littérature pro- vençale périt misérablement avec l'indépendance des provinces où elle avait brillé d'une si grande splendeur. Toutefois certains indices nous montrent le même goût naissant au Midi. Déjà, je le répète , la tendance à l'allé- gorie se fait sentir en plus d'un endroit de notre roman ^ ; et d'autre part il nous est parvenu deux petits poèmes , lun i Voyez nofammeni v. 227-47, 7i0-70, etc. \MI et Taulredu xiii« siècle, qu'elle a tout envahis. Dans Tun, qu'on pourrait intituler la Cour d'Amour, paraissent, outre Amour lui-même, Joie , Soûlas , Hardiesse, Cour- toisie < ; dans l'autre on voit figurer avec Fauteur, qui est nommé Peire Wilhem 2, le Dieu d'Amour, Merci, Vergogne, Loyauté. Le genre poétique auquel appartient Flamenca est celui des novas 3, terme qui semble propre à la littérature provençale et dont il est dirficile de donner la définition exacte. D'une part en effet nous le voyons appliqué à de& compositions assez courtes dont le sujet est emprunté à la vie contemporaine : tel est le caractère que présentent les noDos de Raimon Vidal de Besaudun et d'Arnaut de Carcassonne *, et d'un autre côté les Leys d'amors rangent parmi les novas le Breviari d'anior ^ ; mais le poème lui- même ne prend nulle part cette qualification, et, par sa forme didactique plus encore que par ses proportions colossales, semble ne pouvoir figurer dans la même caté- gorie que/o^ novasdelpapagaiy d'Arnaut de Carcassonne, ou le Castia-gilos , de Raimon Vidal. Il est donc à croire « i Publ. par Mahn . Gedichte n<' ^79, et par Bariscb. Lèse- buch, p. 34-8. 2 C'est au moins uneconjeclure extrêmement probable : dans Tunique ms. qui nous a conservé cet ouvrage [Bibl. Imp. Lav. 44) on lit Peire W, — Voyez pour plus d'éclaircissement Barlsch, Prownxalisches Lesebuch p. xi , et Peire Vidal'» Lieder p. xciv. 3 Pero a mas novas vos lorn. (V. 247.) 4 Voy. harlsch , Provenxalisches Lesebuch, p. xi; Denkmœ-^ lerderprov. lileratur, p. xix. 5 I. 436. B XMII t[ue les savants auteurs dos Leys d'amais ont trop étendu le sens du mot nacas, et qu*il convient de réserver ce titre aux ouvrages de fantaisie et d'imagination tels que les nouvelles de Raimon Vidal ou Flamenca. Naturellement cette dénomination n'a rien d'absolu, et il peut arriver que des compositions de ce genre soient désignées par le terme plus général de roman ^ , encore qu'on le réserve plus ordi- nairement aux écrits qui sont la traduction ou l'ampHiica- tion d'un texte latin : Aras son mons romans feoilz , dit le traducteur de l'évangile de l'Enfance ^, et Bertran de Marseille au commencement de la vie de Sainte Enimie : Trais aquesl romans de latl 3, et à la fin : . . . . pel nom d*aquesta verge De qui avem fach cesl romans 4. Les novas telles que j*essaie de les définir sont analo- gues pour le fonds aux noveUe des Italiens, et à nos nouvelles. Leur forme est constante, c'est le vers octosyl- labique à rimes accouplées. i Tel est le cas de l'une des nouvelles allégoriques men- lioDoéesplus haut; voy. Bartscb, Lesebuch p. 34, vers 55, 60, 63, 66. » 2 Barlsch, Denkmœler, 305, 27. 3 Raynouard^ Lex. rom. 1, 549; Bartscb, DenkmcBler, 3i6,4; Sachs (Berlin 1857 ) vers 5. 4 Lex. rom. h 562; Dmkm., p. 270^ 22 ; Sachs^ v. 4999. l XIX Ce genre de poésie , dont Flamenca est assurément le type le plus considérable à tous égards , n'apparaît pas avant le xiii^ siècle. A cette époque appartiennent Raimon Vidai, de qui nous possédons trois nouvelles , Arnaut de Carcassonne qui nous en a laissé une , Peire Wilhem, l'auteur de la nouvelle allégorique dont j'ai parlé tout à l'heure, et probablement cet Elias Fonsalada, qui^ au rapport de son biographe, « no bon trobaire, mas noel- laire fo ^ . » C'est là une première présomption quant à la date de Flamenca ; d'autres indices viennent la confirmer. Ainsi , notre poète se répand en plaintes amères contre l'avarice du siècle, il oppose l'esprit étroit et égoïste de ses contemporains à la générosité que déploient les personna- ges de son roman ^. Or les mêmes regrets se manifestent avec persistance chez les troubadours du xiii^ siècle ; chez Raimon Vidal , par exemple , qui a consacré une nouvelle entière à faire ressortir la décadence des cours et l'abais- sement de la noblesse 3. Au temps de l'auteur de Flamenca les cours jadis brillantes de Richard Cœur-de-lion , d'Alphonse II d'Aragon , de Raimon V comte de Toulouse» de Guillaume de Montpellier, de Barrai de Marseille, de Boniface de Montferrat, n'existaient plus. Au moins, n'en fait-il aucune mention. 11 est vrai qu'il parle d*un présent offert au seigneur Archambaut par « le preux marquis de Montferrat ^, » et que cette expression , employée aussi \ Raynouard. Choix \, 4 42; Parti, occ, p. 366. t V. 22oelsuiv. 3 Barlsch. Denkm. U4-92. — D*aulres témoignages ont été réunis par M. Diez, Die Poésie der Troubadours, p. 65-9,(68-72 de la traduction du baron de Roisin]. Voyez aussi les plainte» de Guillaume de Tudela , v. 208-20. 4 V. 7182. XX par Raimon Vidal ^ ne peut désigner aucun autre que Boniface marquis de Montferrat , mort en 1 207 roi de Thessalonique , le protecteur de Rambaut de Yaqueiras , de Gaucelm Faidit, d'Elias Cairel ; mais c'est là un sou- venir, rétrospectif. Et en effet , les événements du poème ne sont nulle part donnés comme contemporains , le con- traire résulte du passage ci-dessus mentionné où le poète établit entre le temps présent et Tépoque précédente une comparaison qui est toute à l'avantage de celte dernière. Ce qui Tait bien voir que les beaux temps de la civili- sation méridionale étaient passés au moment où écrivais notre auteur, c'est qu'il a plus de relations avec le Nord qu'avec le Midi. Le xiu« siècle est pour les provinces françaises l'époque brillante , c'est de ce côté naturelle- ment qu'il tournait sa pensée. Ainsi, Archambaut invile te roi de France à ses fêtes ; il rencontre Guillaume à un tournoi donné par le duc de Brabant ; parmi les chevaliers qui sont désignés comme ayant assisté à la cour qu'il tient après avoir rendu la liberté à Flamenca , On voit bien des noms et des titres français : les comtes de Champagne (v. 8002), de Flandres (v. 8079), de Brienne(v. 7988), de Saint-Pol (v. 7950), de Louvain (v. 7868), le vicomte de Melun ( v. 8061 ). La même disposition d'esprit se manifeste dans les pluspetits faits : veut-il donner l'idée d'une grande exhibition de fourrures , les foires de Champagne lui fournissent un terme de comparaison ( v. 188). Son héros , Guillaume , porte des bottines de Douai ( v« 2209 ); il donne à son hôte une ceinture dont la boucle est tra vaillée à la française ( v. 2249 ), à son hôtesse des four- 4 Bariscb, DénAm.. 150, i. XXI rares de Cambrai ( v. 3502 ) ; il se dit clianoine de Péronne ( V. 5S60 ); il a été élevé à Paris ( v. 1 630 ) , et c'est à Paris aussi qu'il envoie le clerc Nicolas pour y faire ses études (v. 3643). Nous verrons tout à l'heure, en étudiant plus particuliëremeut la personnalité du poète , que la lit- térature française occupait dans son esprit une place plus grande que la littérature provençale; Remarquons enfin qu'il n'existe sur Flamenca aucun témoignage , ce qui serait au moins étrange si nous n'avions affaire à l'une des plus récentes productions de la poésie provençale. On verra I>lusloin que ces inductions sont pleinement confirmées par les indices que fournit la langue de l'ouvrage. Raynouard a tenté de fixer par une ingénieuse obser- vation la limite inrérieure de l'époque à laquelle on peut rapporter la composition de notre roman. Ayant remarqué que la Fête-Dieu, instituée en 1 264 par le pape Urbain IV, - ^Pisj^ J^^^ OùA >C^ ne figurait pas dans Ténumération des fêtes qui procurent ^-^ f*^ ^"^ à Guillaume le moyen de parler i Flamenca , il en a con- «^f-*»'^ ^^ ^ '^^ ^ clu que cette fête n'existait pas encore au temps où le "'^-^ ^' poème parut. * Je reproduis pour mon compte cet argument quiviegt s'ajoutera ceux qui ont été réunis précédemment, mais qui à lui tout seul ne me parait pas décisif. Supposé en effet que l'auteur ait vécu après 1264, ce quime semble à. tous égards très invraisemblable, si peu soucieux qu'on le suppose de la vérité historique , ne peut-on point admettre qu'il se soit à dessein abstenu de mentionner une fête qu'il savait tout récemment instituée ? Mais je le répèle , pour les motifs ci-dessus exprimés , je ne pense pas qu'on puisse faire descendre notre poème aussi bas que .1 264 ; je serais disposé à en placer la composition entre 1220 et 1250. I Lexique roma^a, I, 41. XXII Si nous pouvons déterminer approximativement Tépoque où Flamenca fut composée, nous ne devons pas espérer d'en jamais connattre le poète ^ à moins qu'on vienne à en découvrir un manuscrit complet. Au xiii^ siècle , en effet , et déjà même à la fin du xii® , les auteurs se nom- ment en général, soit dans le préambule de leurs œuvres, soit à la fin. Chrestien de Troyes a employé ces deux ma- nières ; mais ici précisément les premiers et les derniers feuillets manquent. Il faut donc, jusqu'à nouvel informé ' se résigner à considérer Flamenca comme un ouvrage anonyme. Si cependant on voulait émettre au moins une conjecture , on pourrait invoquer le passage où Tauteur, après avoir fait Téloge de son héros, Guillaume de Nevers, lui reproche amicalement, en quelque sorte , de ne point avoir assez d'affection pour « Bernardet ^ » , on pourrait, .dis-je, identifier ce petit Bernard avec Fauteur; et, comme le nom de Bernard , fort - commun autrefois . comme au* jourd'hui, a été porté par plusieurs troubadours du xiii^ siècle, on pourrait enfin ajouter Flamenca au bagage litté- raire de l'un d'eux. C'est là une hypothèse fondée sur une base si incertaine qu'il serait aussi inutile de l'attaquer que de la défendre ; mais tout en restant dans l'ignorance à l'égard du nom de notre poète , du moins pouvons-nous , grâce au caractère tout personnel qu'il a imprimé à son œuvre , connattre ses goûts , ses tendances , ses idées. Pour peu qu'on prenne la peine de le lire , dans le texte s'entend , non dans ma traduction , on s'apercevra qu'il était homme d'esprit , quoique parfois un peu enclin à la subtilité. Il était verse 1 V. 1740; voy. a note de la p. 307 . xxiir dans toutes les questions amoureuses qui occupaient la société polie du xii^ et du xiii® siècle ; comme son héros ^ sans doute il avait lu tous les auteurs qui parlent d'amour. « Sa conception de l'amour est, sous une forme poétique, celle qu'offrent maints ouvrages du xiii® siècle. 11 distin- gue Amour qui inspire le sentiment amoureux, de l'amour qui est ce sentiment 2. Le premier n'est que la personifica- tion du second et n'a rien de commun avec le Cupidon des anciens. Il le représente comme un seigneur sans suzerain et sans pair 3, et lui attribue une puissance absolue à laquelle correspond un droit illimité ; c'est donc légitime- ment qu'Amour ordonne à Guillaume de se faire clerc afin de séduire sa dame , et à celle-ci de céder aux instances de son amant. Quant à l'amour, sentiment, il le définit poé- tiquement par des images sensibles , telles que celle-ci : « Amour eSt une plaie de Tesprit en laquelle se complai- sent les blessés au point qu'ils n'ont soin de guérir ^. » II nous fait 'connaître ses goûts en les donnant à ses personnages; c'est ainsi qu'il vante la science de Guillaume ^ et qu'il met dans la bouche d'une des damoi- selles de Flamenca l'éloge des lettres 6. Ses connaissances littéraires étaient en effet relativement étendues. On voit par de fréquentes allusions qu'il savait son Ovide '^ ; il i V. 4772-4. 2 V. 3344-5. 3 V. 3722. 5573. 3580; voy. la noie de la p. 366. 4 V. 3035-7. ' 5 V. 4630 el suiv., 2319-21 eipassim. 6 4810 22. 7 V. i 827-30, 3033-8, 6276, 7530. XXIV n'est pas moins certain qu'il avait lu Horace * , Senèque ^, Boëce <^, et vraisemblablement d'autres encore parmi les écrivains de l'antiquité. Mais, il connaissait surtout , et à cet égard son érudition nous est précieuse , la littérature vulgaire. Ici se place une observation importante qui a èii annoncée plus haut : c'est que les romans qu'il cite appar- tiennent tous ou presque tous à la littérature française. Pour quelques uns à la vérité la question reste douteuse , mais elle peut-être décidée avec toute certitude pour le plus grand nombre , tandis qu'on serait bien empêché de démontrer l'origine provençale d'un seul d'entre eux. Examinons d'abord les allusions douteuses. Parmi les récits que les jongleurs débitent à la cour tenue par Archambaut , il en est un grand nombre dont Ovide a fourni la matière *. Nous ne pouvons a priori nous déter- miner pour la langue d'oïl plutôt que pour la langue d'oc, remarquons cependant que l'histoire de Narcisse et celle de Pyrame et Tisbé, existent en français ^. Une allusion à un épisode inconnu de Benarl 6 n'est pas plus facile à déterminer; il faut cependant reconnaître que les aventu- res de maître Renart étaient plus populaires au Nord qu'au Midi. Le roman de Floire et Blancheflor '7 se trouvait sur 1 V. 7858, voy la note. 5 y. 1664 et suiv., et la noie de la p. 305. 3 V. 7679. 4 V. 63Ù-4K 5 Yoy. p. 281 n. 4, et 282, n. 3 ; une imporlante allusion à Narcisse se Irouvc dans le roman d*Alexandre^ éd. Michelant p. 452. 6 V. 3693-6. TV. 4482. XXV la table de Flamenca. Ici encore la question est indécise ; s'il est vrai que nous possédons en français plusieurs ma- nuscrits de ce roman , il ne faut pas oublier qu'il était connu, dès le xii^ siècle , de la comtesse de Die ^ il se peut donc qu'il ait existé dans les deux langues. Pour tes romans de Tristan 2, de Lancelot 3, du Bel Inconnu *, on ne niera pas que la probabilité soit plus grande pour la langue d'oïl que pour la langue d'oc. Mais, où le doute n'est plus permis, c'est lorsque nous voyons cités r£ne(w s, YAudigier 6, plusieurs romans de Chrestien de Troyes, à savoir le Percevai 7, le Cliget s, le Chevalier au lion 9, YHrec et Enide (v. 676-8). Amaury Duval [ Hist. lilL XIX, 778 ) a Tair de ne voir aucune difficulté dans ce passage; pour moi j*avoue que je ne sais point expli- quer lo déliez. — Le comte Daret € qui fut chassé par les Vendres et accueilli par le roi Pt^cheur » (v. 680-4), m*est également inconnu. 5 V. 694. \XV1I parmi tant de troubadours choisir Tun des plus anciens *, le plus excentrique à coup sûr, colui dont les idées, sur l'amour principalement , s'éloignent le plus de celles qu'ex- prime Flamenca ? C'est qu'il élait l'un des plus célèbres entre tous , ainsi que nous l'apprennent des témoignages appartenant à diverses époques de la littérature provençale, ceux de Peire d'Auvergne 2, de Guiraut de Cabreira^, de .Raimon Jordan ^, de Marcoal ^, de la vie de Peire de Valeria 6, de Matfre Ermengaul ^. En outre , un usage qui semble lui avoir été particulier , a bien pu contribuer à conserver sa mémoire : c'est qu'il a soin de se nommer dans presque tous ses vers , pour employer l'expression de ses biographes et de Flamenca. Ces faits prouvent que dès la première moitié du xni^ siècle,. au moins, la littérature française élait fort goûtée au midi de la France. Ce n'est pas là une in- 'duction isolée. On arriverait à la même conclusion par l'examen des trois pièces bien connues où Guiraut de m i Ses deux biographies, Tune et l'autre très brèves comme toutes celles des premiens troubadours^ sonl unanimes sur ce point. Dans Tune on lit qu*en son temps le mol chanson n'était pas encore usité, mas tôt quant hom cantava eron vers ; l'autre nous apprend que Marcabrun trobaire fo dels prenners c'om se recort. Enfin, on lit en tête de ses poésies dans le ms. d'Url'é ( La Val. U ) : Aisi comensa so de Marcebru que fo lo premier trobador que fos, assertion d'ailleurs exagérée, puisque Guil- laume IX, comte de Poitiers^ et Cercamon sonl incontestable- ment plus anciens. 2 Raynouard, Choix, IV, 422; Mahn, Werke, I, 98. 3 Bartscb, Denkm,, 89, 7. 4 Diez, Leben und Werke der Troubadours, p. 43 et o9. 5 Mahn, Gedichte, n« 678. fi'Raynouard, Choix, V. 333; Parn. occ. p. 380. 7 Mahn, Gedichte, n" 299, (I, 486, iOO). I WMII Cabreira, Guiraut de Calanson et Beriran de Paris en Rouergue font à leurs jongleurs une si longue énumé- ralion de récits qui presque tous existent encore en langue d'oïl. L'un même de ces textes permet de faire remonter au-delà du xiu® siècle le moment où les romans français commencèrent delre accueillis aux cours du Midi : c'est la pièce de Guiraut de Cabreira, troubadour qui vivait au xii^ siècle * . Ainsi se trouve confirmée la parole de Raimon Vidal de Besaudun: « La parladura francesca val mais et es plus avinenz a far romanz e pasturellas '.» • 4 11 y a décela plusieui-s preuves: 4° Guirriul de Cabreira ost plus ancien que Guiraut de Calanson qui l'a imité (Diez, Poésie d. Troub., p. 222; Irad. du baron de Roisin. p. 225 ; Leben und Werkc, p. 531 et 600). et Guiraut de Calanson composait dans les premiers années du xiii'' siècle ( Die/.. Leben, p. 529); 2*> le troubadour Guiraut de Cabreira doit être certainement identifié avec le « Giraldus de Cabreriis > dont Gervais de Tilbury parle comme do Tun des plus brillants seigneurs de la cour d'Alphonse IL roi d'Aragon [OUa imp. lit xcii. dans Leibniz. Script, rer. Bruiisv, L99I). C'est enfin du même personnage que l'auteur de la vie de Bertran de Born a dit « qu'era lo plus ries hom el plus gentils de Cala- loingna, trait lo comte d'Urgel son seingnor » ( Raynouard. Choix V. 97; Mahn. Werke L27l)). 5 En ce qui touche les pastourelles on serait porté à con- tester la valeur du témoignage si l'on ne songeait qu'au temps de Raimon Vidal les troubadours qui cultivèrent ce genre avec le plus de succès^ Guiraut Riquier et Joan Esleve. n'avaient pas encore paru. Au xtv*' siècle les Leys d'amors purent rectifier leur devancier ( IL 392 ) , mais au milieu du xiii* on n*avait en provençal que les « pastoretas a la usanza antiga » dont parle la vie de Cercamon. Le D'' Mahn a nette- ment distingué ces deux époques de la pastourelle dans la littérature provençale; voy. dans le Jahrbuch d'Eberl son / travail sur Cercamon^ 1. 1, p. 84-5. WIX !V Le manuscrit qui nous a conservé le roman de Flamenca paraît avoir été exécuté dans les dernières années du xiir siècle. C'est un volume in-S*^ composé de 139 feuillets à une seule colonne. Il est très-incomplet : des pages ont été enlevées au commencement , dans le cours de l'ouvrage et à la fm. Dufeuillet qui précédait immédiatement celui qui actuellement est le premier il subsiste un mince débris « sur lequel on lit les premières lettres de cinq vers : Sa colors. . . Ane d. . . Na. . . Ab. . . C. . . Cest vraisem- blablement de la beauté de Flamenca , de son teint , qu'il était question à cet endroit. Considéré du point de vue de la philologie ce manus- crit n'offre point une langue dont les formes soient cons- tantes. Ainsi qu'il arrive ordinairement , le dialecte de l'auteur et celui du copiste se mélangent à chaque instant sans que l'on puisse toujours faire la part de chacun. Je commence par ce qui me parait propre au copiste. Ey suivi de deux consonnes et placé au commencement du mot, est souvent remplacé par a : anmena 616, antre 707 , 6633 , 7353 , antreforcs 405 , antremeses 5104, antresenhatz 772, antretan 6784, anforsa 7352, Pantecosta 184, 4968, salmofia 1796. La nasale persiste ordinairement dans les mots où cer- tains dialectes la rejettent. La nasale en effet peut se trouver en deux cas différents : ou bien elle est garantie par certaines lettres , telles que les dentales , et subsiste dans, tous les pays de langue d'oc , ou bien elle ne l'est point , el alors elle ne se conserve que dans quelques dialectes ^. Ainsi : grandem — gran , granum — grau ou gra^ juventus — jovens, 'juvenis — jovens oujovey, lendit — ren, lenet — len ou te, ventum — ven. venit — ven ou te. L'étude des chartes, et en général des documents datés de lieu , démontre que les mots de la première série gar- dent la nasale dans tous les dialectes de la France méri- dionale y tan(}is que ceux de la seconde la perdent au centre et à louest des mêmes contrées et ne la conservent guère quâ Test , et notamment en Provence. Si maintenant nous appliquons celte observation au texte de Flamenca , nous remarquerons que notre uni- que ms. conserve fréquemment Tn là où il est démontré par les rimes que Tauteur du poème la rejetait, les exemples abondent : plus-chascuns 82-3 , ren-fe 890-1 , barnessa ' pensa 1039-40, pats -fins 1179-80, res-bens 1577-8, dans (donum)-do5 (duo) 1671-2, vostre -monstre 2827-8, etc. Pour rectifier ces rimes il suffit de prononcer chascuSj re, pessa, fis, besj dos, mostre, et c'est-sans doule ainsi que faisait Tauteur. De cette discordance entre le poète et le copiste résulte la preuve qu'ils n'étaient point du même pays , et , plus particulièrement , que le second était de la Provence ou d'une contrée voisine. 1 Voy. Diez, Grammaiik der roman, Sprachen, 2' od., l, 392-3. XXXI Par suite de là même tendance notre nos. insère parfois Yn en des syllabes où il n'est point étymologique rond- nok 2391, puncdla 321, 1359, 1387, elc.denfen 3455, pensansa 4203, menssa 5581 < . Contrairement à l'usage ordinaire , le son mouillé de / n n'est qu'assez rarement exprimé par /A, nh: ponhem 79, esenhamen 87, senhera 92, vergonha 345^ dem/uzran 387. Notre ms. emploie plus fréquemment : 1° t7, m, dont Yi se confond avec la voyelle qui pré- cède: conseil 48, 239, -ergueil 12, 287, pareiï* 207, mieilz 797, vermeib 206, wmMI , 303, »îmi7z 160, 170, alain 864, 6am 2001, Alamainna 122, J3re(ama 717, compaina 2455, monfama 685, 2454, remainna HZ, laines 1470, deinna 53, esleinna 54, releina 148, enseina 1272, reffina 149, poma 235, 1212, t;erflfoi»a 5567, 5570, etc. 20 ai, m; cat;a«ter 816, 847, woMier 43, 1035, compainia 1695, etc. 30 //, n : toitem 1385, filla 15, 25, 51, mrfter 30, apareUat 301, camllers 787, paballos 204; — ^«iio^ 729, ginos 1798, engiena 5329, es^ene^ 879, «ener 882, etc. L''^ est souvent redoublée, même après une consonne : baissar /^pour baisarj 7128, borssa 7063, consseil 1112^ 2861, conssira 3148^ faissonada m9 , messeisses 7159, |)efi5sa 7648 2; et au commencement des mots lorsque le précédent se tern^ine par une voyelle : la ssala 2655, a ssi 4469, essagdada 3395, etc. Ce dernier cas est très- fréquent en provençal comme en français. 1 Yoy. la noie sur le v. 3455, el Diez^ Gramm. I, 392* 2 Voy. Diez. Gramm. I. 496. XX\lt LV tombe quelquefois devant t, c, gf, p, f: bitensel 3966^ totenis 3353, recmides 4025, chacuns 996, egiart^; 6588, déseperar 4248, deseperat 5034, é/brscf 6731 . C'est un accident très- rare en langue d*oc. S pour tz. Cette permutation est ici très ordinaire; agras 4818, digas 4816, plas 4560, sias 4435, ^o/os 4595, t;o//a5 4560,aues 4819, dei?es 3169, 4816, leges 4822, près 227, sa&e5 4817, sem 4821, ad«s 2360. Notons enfin que le copiste de notre ms. place souvent c au lieu ô!s: accès 5849, ccmdiers 5897, cen (sensus) 6304, c*ellas 7084, aici (pour aisï) H 8, etc.; et récipro- quement : aisi (pour aici) 51 , 3512, sencha 5707, sener 883, senlwra 7467, «es (cens) 5602, sire (cierge) 5698, etc. Cesl une erreur orthographique qui ne tire pas à conséquence. Les lettres c et jf s'échangent parfois ; ainsi c pour g : aques 172 (voy. la note), aquesson 4511, casta 222,. encanar 4291, esclai 56 ; — g pour c: gascu 2087, gastia 1287, i?engfutz 1119. Je ne sais s'il faut mettre sur le compte du copiste ou faire remonter jusqu'à l'auteur lui-même les formes qu'af- fecte l'article singulier dans notre ms. En voici le tableau : Masculin. Féminin. Sujet le, la ou /i, Rég. lo. la. Déjà Raynpuard avait noté l'emploi de li au cas sujet sing. de l'article féminin ^ , mais on doit remarquer qu'il 1 Voy. Diez. Gramm., I, 392 3. 2 Notices et extraits des manuscrits, XIII, 2« partie^ p. 84 . XXXIH n'est pas constant ; on l'observe aux vers 185» 220, 348, 425 , 445, 479 {" dureil ponr dure lij, 544 , 793 , 848, 890, 1054, 1113, 1351, etc., mais on a au même cas la 116, 298, 317, 467, 1312, etc. L'usage de Kpour/a est réprouvé par les Leiys d'amors (1, 1 22), qui l'attribuent à certaines parties de l'Auvergne, (11^ 214), maison le retrouve aussi ailleurs ^ . Peut-être faut-il rapprocher de cet usage l'emploi accidentel de vostri pour vostra 2818, 2820. Si maintenant nous recherchons parmi toutes ces partie cularités celles qui peuvent servir à déterminer la patrie du ms., nous noterons d'une part la persistance de la nasale comme un caractère des dialectes de l'est ; d'^autre part Remploi spécial de a pour e, la rareté de la Dotation Ihj nA, la suppression de ïs devant certains consonnes, la substitution fréquente Aes àtz indiquent un dialecte voisin de la limite française. La conclusion, que je donne comme simplement probable, est que l'unique ms. de Flamenca sl été exécuté dans la région nord-est des pays de langue d'oc. Etudions maintenant la langue de l'auteur. Nous remar- querons tout d'abord qu'il observe avec grand soin les règles de la déclinaison romane ; les rimes en font foi , et si on y rencontre quelques infractions, elles doivent assu- rément être mises sur le compte du copiste. Chez notre auteur la déclinaison est proprement ce que Raynouard appelait la règle de l's, car, selon l'usage consacré par Raimon Vidal de Besaudun s, il ajoute Vs à des mots qui I Diez, Gramm., Il, 36, en signale un exemple tiré de la vie de saint Honorai. % Gramm. prov. publ. par F. Guessard, 9^ édit. p. 77. c XXXIV neTonl point élymologiquemerit r^watsos-re^cos 1489 90, faissos ' sofraitos 1587-8^ brasms - razons 1617-8, demors' defors 6465-6. Ces exemples sont décisifs parce que maisosj faissos, razons, deniorSy s'appuient sur des rimes où Y$ est néce^sarre. Contrairement à la doctrine du Donat proensal < et des Leys damors (11, 10 et 212), cor, cœur, reçoit ïs au cas sujet du sing., 808, 1518, 1951., Comme chez les troubadours, comme aussi chez les trou- vères, amors demeure invariable. Cependant, et parfois en dépit de la leçon du ms., la rime montre que le poëte ne donnait pas l'^ à œmpain 658, 865, ni aux mots en aire, être, ainsi : maire-fraire 1219-20, repair^-paire 2366-7, L'élisior. de preire, 2482, conduit à la même conclusion. 11 attribue souvent une forme féminine aux adjectifs communs: granda 3553, rivoia 4179, simpla 2104, trista 4131. 11 fait un usage excessif des diminutifs : aboreta 6746, aigmta 6828, amoreta&0li,amiguelaii7iy 5030, a^ati. tet 3843,4783 .basset 5906, feogtiera 2571 , 4027, botonet 5992, cambreta 3842, corregeta^SZ'î, donzelletta 5119, esteleta 6378, 3414, fadeta 6237, fantaumeta 5236, fresqueta 3419, ginoseta 2622, joveneta ii^9 , lagremeta 6808, lasset 1036, 3331, 4014, maieta 2248, Marga- rideta 4475, 4781, matinet 3464^ motet 2940, musquet 5992, novelleta 5885, nudeta 613S, ongleta 6809, pau- quet iOOi^y pellissetas 6795, petitet 1^07, 3707, 6359, piuzelleta 2621, soht 650, 4601-2, 5337, sotikta 4631, toseta 3239, uisset 673, vinet 3708. On sait que dans certains patois , notamment en Provence , beaucoup I P. \0, variante du ms. Riccardi. XXXV de mots ont la forme de diminutifs qui n'en ont point con- serve le sens. Dans Flamenca un grand nombre de mots , substantifs et adjectifs, terminés pars, forment leur pluriel par l'addi- tion de la syllabe es: brazes 1618, 4711^ diverses 609, faises S005, grosses 1S95, orses 394, osses 1514, perdî- mes 391, preses 6769, verses 7102. Cesl là un fait dont les exemples abondent dès Je commencement du xiu® siècle. Ainsi on a dans Jaufre : grosses p. 51 a, 54 6, brasses p. 54 6^ 1 63 a ; et dans la chanson de la croisade albigeoise: brosses 4586, 6018, corses 5267, 6030. A plus forte rai- son. de vra-l-on rencontrer des exemples analogues dans le Breviari d'amor ^ qui appartient aux dernières années du xiii® siècle, et dans les écrivains en prose du même temps ou du siècle suivant ^. Cet usage est formulé par les Legs d'amors II , 160. Ce qui semble plus spécial à Fauteur de Flamenca c'est l'allongement du singulier de certains mots , tels que cosines 7508 (voy. le glossaire), douces 5640, faises 4289^ ma- tantes^ 2055, tramêsses 7769. La recherche des équivoques, qui rend insupportable la lecture de certains poètes français du xni« siècle, de Beaudoin de Condé , par exemple , est heureusement très-rare et très tardive dans la littérature provençale. Il est à croire que ce goût déplorable , constaté au xiv^ siècle par les Uys d^amorsl^ .188, est au Midi un effet de l'influence • 1 Voy. la préface de M. G. Azaïs, p. cix. 2 Diez Gramm., II, 39. 3. On a déjà matap^es dans Boëce, 127, mais au cas sujet, tandis qu'ici matantes est au cas régime. XXXVI firaDçaise. Déjà Flamenca offre quelques exemples de vers équivoques : acordar^ desaœrdar 3356-60 ; cor y encorar^ acorar 664-5; sabor, so&er 4058-61; sob, soto^; 4595-9. La plupart de ces caractères sont propres à la langue du XIII® siècle; et ainsi se trouvent confirmés les résultats annoncés plus haut relativement à l'époque probable de la composition du poème. Il y a très peu à dire de la versification de Flcmenca ; le mètre employé est celui de toutes les nouvelles : le vers de huit ou de neuf syllabes , avec un accent fixe sur la huitième. L'élision des voyelles finales non accentuées» lors- qu'elles sont suivies d'un mot commençant par une voyelle, est facultative. Voici des cas où elle a lieu : 38 Et a Flamenca o demandaz. 1 79 Ben volgr'aver abbat o clergue. 252 Quan le coms a la cambr^intret. 269 Le coms di : « Vesi vostr'esposa. 363 Messages mand'al rei de Franza. 396 Noil'autra cam ja mens non valgra. 402 Espic, encens, canella e pebre. 496 E l'autre gen ques era ab ellas. 807 A tota dona d'una enfors. 936 Flamenc', el ten la man el se. 965 E largamen don' e despen. . 1 1 70 Que semblon Flamencha espinat. 1 323 E fes li faire aital pertus. On remarquera que la voyelle élidée parla prononciation XXXVII est tantôt écrite , tantôt supprimée. Les Legs d*amors se prononcent pour la seconde manière ^ . Voici maintenant des cas où Télision n'a pas lieu : 66 E de Flamenca atressi. 190 E drap de seda e de lana. 223 Cascuns s'esforsa e s'azasta. 230 Sabez cal una es aquil. 314 Son estrumen mena e toca. 330 Suau la baiza e l'estrein. 347 E sa penche e so mirait. 366 E la reîna i ame. 380 La vila et encortinar. 528 Mai [s] si pogues traire a cap. 5SI Ben podes saber bêla es. 585 Cascus se vol faire auzir. 601 L'us mandura e Fautr' acorda. 621 Per lui dolenta e mesquina. 922 Venc a Flamenca el palais. 1053 Tôt jorn maleja e regana. 1076 Que las dens monstra e non ri. La table des rimes qui fait suite auDonol proenso/ d'Hu- gues Faidit distingue certaines désinences en longues f^largj et en brèves (^estreitj. Je n'oserais afûrmer que cette divi- sion soit constamment bien fondée ' ; toujours est-il que i I. 54, Rubrique, Dels moii synalimphatx quos dewn escriure. î Ce qui me porte à en douler, c'esl l'inconséquence de Tauteur de ce dictionnaire; ainsi il range sous la rubrique obà larg le sioipleyiéra CjuralJ et sous la rubrique urà esireit le composé conjura. * « XXXVIII si l'auteur de Flamenca s'y conforme le plus souvent , parfois aussi il ne l'observe- pas. Voici quelques exemples du second cas : demora - adora 860-1. Suivant le Donat p. 61, le premier de ces mots est larg, le second estreit. — Cura - aventura 2034-5; le premier est larg (p. 59 a), le second estreii (p. 59 6). — Même observation pour dura 2096 (larg p. 59 a), et natura 2097 {estreit p. 60 a). Je dois maintenant parler des travaux en petit nombre qui ont été faits sur Flamenca. Au commencement de Tannée 1834^ M. Gabriel Delessert^ alors tout récemment nommé préfet de TAude, envoya le manuscrit de ce poëme a Raynouard qui en publia d'assez nombreux fra- gments, reliés par une analyse, dans les Notices et Ex- traits des manuscrits K Ils les réimprima plus tard, un 4 XUI, 2' partie, 80-133. Ce volume porte la date de 1838, mais les exemplaires tirés à part étaient distribués dès 4835. C*esl donc sans aucun fondement que M. Mary-Lafon avance que le manuscrit de Flamenca resta vingt ans entre les mains de Raynouard. On peut voir encore, reliée en télé du ms. , la note datée dont voici la texte. INSTlTt'T ROYAL DE FRANCE. Passy \éè Paris, le 15 Juin 1834. Ce manuscrit est précieux parce qu'il n'en existe pas d'autre du roman qu'il contient et dont aucun auteur n'a fait mention. Le titre manquant j'appellerai ce roman Flamenca du nom de la dame qui y joue le grand rôle. XXXIX peu augmentés, dans le tome I de son Lexique roman. Ce travail est assurément très-satisfaisant pour le temps Archamba'ut, comte de Bourbon-les-BaiDs, demande en mariage Flamenca fille du comte de Nemours, et robtienl. Le roi de France assiste aux fôles célébrées à Bourbon à l'occasion de ce mariage , et excite la jalousie d'Archambaud qui bientôt renferme sa femme dans une tour; elle n*en sort jamais que quand lui-même raccompagne soit à Téglise soil aux bains. Le récit des malheurs de Flamenca inspire de Tinlérét et de Tamour à Guillaume de Nevers, jeune chevalier'; il vient s'établir à Bourbon sans faire connaître son nom, voit Fla- menca à réglise et en est vivement épris. L'action du roman consiste surtout dans le choix et le suc- cès des ressources adroites qu'emploie Guillaume de Neyers pour instruire Flamenca de sa passion^ et combiner avec elle le moyen d'échapper à la surveillance inquiète et active du mari jaloux. Guillaume triomphe des difficultés; il est aimé de Flamenca, et il réussit à se trouver avec elle à Tinsu d'Archambaud; celui-ci croyant avoir usé d'une injuste sé- vérité envers sa femme la rend à la liberté. Ainsi, lorsqu'elle n'avait point d'amant il la traitait en coupable, la tenait renfermée^ et, depuis qu'elle a formé une intrigue . il la rétablit dans la société. Archambaut, guéri de sa jalousie, reprend les exercices de la chevalerie, et , dans un tournoi où Guillaume se trouve, il fait connaissance avec lui. et ensuite il convoque lui-même un tournoi à Bourbon; Guillaume y vient et s'y distingue. Le manuscrit est très-incomplet, il ne donne pas la fin du tournoi ni celle du roman; on ne peut guère présumer quel était le dénoûment. Le commencement manqoe aussi mais on le supplée aisément. Il y a dans le manuscrit des lacunes, des feuillets de l'in- térieur ayant été enlevés. L'écriture est de la première moitié du xiv» siècle. L'action se passe vers le milieu du xii' siècle. La plu- part des noms des personnages sont historiques. Ratnouard. XL OÙ il parut; la leçon du manuscrit est généralement reproduite avec fidélité, et la traduction, partout exacte- ment calquée sur le texte, si elle n'éclaircit pas tous les passages difficiles, renferme peu de contre-sens. Uer- reur la plus grave qu^on puisse reprocher à Raynouard est de n'avoir pas saisi le motif pour lequel Archambaut se décide à rendre la liberté à sa femme. « Quoiqu'une lacune^ dit- il, qui existe dans le manuscrit, ne permette pas de juger les motifs qui déterminèrent Archambaud, il parait pourtant qu'il y eut entre lui et sa femme une explication à la suite de laquelle il lui rendit la liberté et la produisit dans le monde , au moment même où ses rigueurs envers elle eussent été excusables puisqu'elle avait formé une intrigue galante 4.» Il y a en effet une lacune, mais lorsqu'elle s'ouvre l'explication est terminée, ou du moins assez avancée pour qu'on voie clairement le motif du changement qui s'opère dans les idées d'Ar- chambaut s. C'est d'après les extraits donnés par Raynouard qu*A- maury Duval rédigea pour l'Histoire littéraire ^ un article sur le roman de Flamenca. Son travail consiste en une simple analyse à laquelle il a joint quelques observations d'une justesse souvent contestable, par exemple lorsqu'il assigne à Flamenca une origine orientale, lorsqu'il pré- sente comme puisé à la même source le Chevalier à la trappe qui n'a de commun avec notre poème que des 4 Lexique roman, I. .38-9 2 Voy. p. 379, noie 3. 3 XIX, 776-87. traits généraux. Toutefois, il faut reconnaître qu'Âmaury Daval a justement fait remarquer Torigine française des romans cités dans Flamenca. Le désir de ne rien omettre de ce qui se rapporte à Flamenca m'amène à parler d'une publication illustrée mise en vente un peu avant le premier janvier 1860 par la Librairie nouvelle sous ce titre : Mart-Lâfon^ la Dame DE Bourbon. La dame de Bourbon c'est Flamenca, Mary- Lafon c'est son traducteur. On trouve en effet dans ce volume un abrégé des sept mille premiers vers du poëmë, augmentés d'un préambule qui parait destiné à combler la lacune du commencement. Ayant moi-même essayé de tra- duire Flamenca, j'aurais gardé le silence sur le travail de mon devancier, s'il s'était cru obligé à quelques égards en- vers Raynouard. Mais M. Mary-Lafon ne connait pas ces scrupules. Dans un appendice intitulé, j'ignore pour quel motif. Glose pour les érudits^ il nous fait part en ces ter- mes de son opinion sur l'éminent auteur du Choix des poésies des troubadours et du Lexique roman . « Entré » tard dans la science, l'illustre auteur des Templiers, » pour parler comme nos pères en 1809, n'avait aucune » des connaissances indispensables à quiconque veut se » mêler de philologie. II savait mal le latin, ignorait le > grec, et n'entendait qu'à demi ces mille dialectes patois » qui . . . etc. » M. Mary-Lafon ne saurait mieux prouver qu'il n'a jamais étudié les ouvrages de celui pour qui il professe si peu d'estime. Et de fait il a: une manière d'in- terpréter les textes qui n'exige point l'usage du Lexique roman. Ainsi le vers 56 qui d'après les principes admis jusqu'à ce jour pourrait se traduire : « Je m'étonne de vous entendre parler ainsi,» signifie selon M. Marj^Lafon : .«Modus règne trop loin denous>*. Ailleurs la foire de XLII Lagny et de Provins ^ , devient la foire du Landit et de Paris. En un autre endroit ( v. 1977 ) Tadjeclif adwta, est coupé en deux» et traduit par «exposée au midi», (p. 82), interprétation que vient appuyer cette dote : « Par ce mot auta Ton désigne encore la mer dans le Midi. C'est une corruption i'altum et d'afoa » (p. 170) !! Aux vers 2207-8 iLestUil que Guillaume ne portait point de souliers, Mais us bels eslivals biais. • Estivals manque dans le Lexique roman, mais on Finter- préte aisément au moyen de l'ancien français esUvauê et de l'italien stivaisj botte ; M. Mary-Lafon ne va pas chercher si loin : « Wilbem se lève, se chausse, s'enveloppe d'un bel estival blanc » (p. 85), et en note il ajoute : •LesUval était la robe d'été du matin. > Guillaume avait, suivant le poème , sept pieds de haut. Telle était la souplesse de ses membres qu'avec son pied il atteignait à deux pieds au-dessus de sa tête une chan- delle placée sur un mur. C'est ainsi que j'entends les ¥ers 1 643-6. Tout autre est le sens adopté par M. Mary-Lafon : « Il avait sept pieds et atteignait à neuf en se dressant sur la pointe de la bottine » (p. 71). Voilà une bottine qui en vaut deux ! M. Mary-Lafon ne lit pas comme le commun des paléo- graphes. Ainsi au y. 1951 j^ai lu : Que près es de Guillem li cors, « Car le cœur de Guillaume est pris, » et le texte continue: 4 V. 488. \LIII « Où est-il le cœur qu'il porte en son corps ? » Selon M. Mary-LâfoD , c'est une tour que Guillaume porte en soi , il écrit la tors (p. 1 70) au lieu de li cors ! M. Mary-Lafon, si original dans sa méthode d'interpré- tation , a aussi des principes de critique qu'il ne tient de personne. Je ne les discute pas , je me contente d'en expo- ser les curieux résultats. Notre savant découvre que Marcabrun est cité dans Flamenca; et il ne lui en faut pas davantage pour assurer que ce troubadour est l'auteur du poème. Il est bien vrai que Marcabrun vivait au xii« siècle, ainsi qu'on l'a vu plus haut , mais M. Mary-Lafon n'en sait rien ; il ne voit pas la contradiction , et n'hésite point à placer la composition du roman entre 1236 et 1264 ! On voit par ces échantillons quelles nouveautés la Dame de Bourbon réserve à ses lecteurs. Mais pourquoi faut-il que M. Mary-Lafon soit gascon ! Il me reste à parler de mon travail ; je le ferai avec brièveté. Le texte reproduit exactement le manuscrit. Je n'ai tenté de corrections que lorsque la mesure ou le sens étaient défectueux ; en ce cas la leçon textuelle est rejetée dans les notes. Quant aux modifications plus nombreuses, mais aussi plus aisées, qu'eût exigées la régularité gram- maticale, je n'ai pas cru devoir les entreprendre dans une édition-princeps. Si plus tard il m'est donné de publier de nouveau Flamenca^ j'essaierai de restituer au poème sa forme primitive, en la dégageant des marques que le copiste lui a imprimées. Pour le présent je mesuis borné à réunir dans l'un des chapitres de cette introduction les indications qui permettent d'effectuer dans une certaine mesure le départ des formes propres au copiste et de celles qui appartiennent au poète. XLIV Les notes sont réparties en deux catégories: celles qui se rapportent à rétablissement du texte sont imprimées à la suite du poème ; celles qui servent à Féclaircissement des faits accompagnent la traduction. La traduction abrège le texte en quelques endroits ; des points indiquent les suppressions. Elle a pour objet de faire connaître un ouvrage intéressant aux personnes qui ne savent pas la langue d^oc, et d'en faciliter la lecture à celles qui la savent un peu. C'est là un secours que long- temps encore, je le crains, les éditeurs de textes provençaux seront obligés de fournir à leurs lecteurs. Un jour vien- dra, sans doute, où toute personne instruite saura lire dans l'original la chanson de Roland ou au moins les mémoires de loinville, mais je n'e^ëre pas que les études provençales reçoivent jamais une aussi grande extension. Je sais trop combien est restreint, même dans le Midi, le nombre de ceux qui entendent assez l'ancien provençal pour lire, je ne dis pas les troubadours, mais les textes^ les plus faciles du xiii® ou du xiv® siècle. Le glossaire est simplement l'index des mots notables du poème. Je considère comme tels ceux que les lexicographes n ont pointrelevésou qu'ils n'ontpas suffisamment expliqués^ ceux enfin dont notre poème fournit l'exemple unique ou des exemples plus anciens que ceux que l'on a réunis jus- qu'à présent. Je n'ai donc point voulu faire un vocabulaire à l'usage des commençants, mais un premier supplément à Raynouard; aussi, désireux d'épargner la place, ai-je pris soin de renvoyer au Lexique roman ainsi qu'à d'autres ouvrages, toutes les fois qu'on y doit trouver un complé* ment d'explication. En terminant, il |me sera permis d'appeler l'attention XLV de la critique sur un livre qui, aux points de vue divers de la philologie et de l'histoire littéraire, peut susciter d'utiles controverses. J'ai pu m'apercevoir en plus d'une occasion qu'en France, et peut-être ailleurs encore, on goûte peu la contradiction; quant à moi j'aurai «pour ceux qui voudront examiner mon travail d'autant plus de reconnaissance qu'ils l'auront plus souvent rectifié. . FLAMENCA. Poissas lur di tôt en aperl : ^'^^' ^ « Vostre cor non teogas ciibert^ Mais digas mi : si Dieus mi dona Un'aventura que m'es bona 5 Non sabra bon a tolz ensems ? leu ai désirât moût loue temps Cap N'Arehimbaut agues paria , Ar son vengutz d'en lai al dia Ques el la quer e la demanda : 10 Per son anel Dominni manda Que Flamenca penra sim voil ; Moût i faria gran ergueil S'ieu d'aizo dizia de no. D'autra part le reis mi somo 15 Que sim plaz ma filla penra, Per aulra non la laissara ; Mais aissom par causa trop brava Si Flameucha deven esclava . Mais voil que sia casteHana 20 E qu'ieu la veia la semana 01 mes Tan una vcgada , Que fos reïna eoronada — 2 — Pcr lai que non la vis jamais ; Ane paires tan gran mal [no] trar 25 Per sa filla con ieu trairia S*en aisi tos tems la perdia ; Pero vostre sen m*en digas. > — c Sener, fan s'il, mais tan vos platz A N'Archimbaut nous deves fener; 30 Meller cavalliers nom pot sener ▼<» Espaza tan quan durai roonz. De tot^ mais aips es sos cors monz ; 1.0 cors vos dis e amors / * ''^lais vos faria de socors 3o En Archimbautz, s'ops vos avia , Quel reis Esdaus nil reis d'Ongria. Pero a madonan parllaz Et a Flamenca o demandaz, Quar ben es tais que son talen 40 Sapes gardar razo et sen ; E tut nos autr'issir nos n'em , Fors el palaiz vos attendrem. * Le coms fes sa mollier venir, Flamenca non i vole giquir ; 45 Dedins la cambra son vengudas, De josta lui son assegudas. < Donna, fais'el, mestieravem De penre conseil si podem : Vos avez [ben] , som cug, auzit 50 Quel rei pot aver per marit Ma bella filla qu'es aisi ; Gran honor nos fai, sous afi Car per mollier penre la deinna. > — € Sener, fai s'il, glazis m'esteinna 55 S'ieu ja o voil ni o voirai . Car m'o dizes trop m'en esclai : — 3 Voirias doncs qu'ieu Iramczes La ren del mon c*al cor plus m'es ? Lacune (Pun feuillet. Ben valc una riea ciulat. '"' * ijO Hanc mais un jorn non repauseron Tro a Borbo, aqui Iroberon N'Archimbaut a cui moût pezava De Bobert car tant demorava. E quant lo vi fort s'alegret U5 Del comte Gui c demandet E de Flamenca atressi; Cascuns dels cavalliers plevi Que Bobert non diz lo cente De la beutat qu'il a en se. 70 Qusmt an comtat tôt quant an fali, c Certas, fai s'el, si a bon plag; Tôt Tatendrai, ren non er meinz. Bobert, ben par que no t'iest feinz, El cavallier n*auran bon grat 75 Car tan ben t'i an ajudat ; E, part lo grat , si Deus bem do, N'auran, s1eu pose, bon guizardo. • Mais 4e termes mi par ben prop, Jes non a ops que i ponhem trop 80 En querr[e] so quens a meslier. Dimenegue [nos] movam primior ; Cent cavalier sercm, ses plus^ — 4 — Quatr'escudiers aura chascuns ; Nos tuit portarem un seinal ; 85 Els escudiers seran cgal E de veslir e de joven , De bos aips e d'eseohamen , Armatz de fer e eutreseioz. ▼** Sellas et escutz de nou teinz dO D'un semblan e d'una color Portarem tuit, e l'auriflor. » Zo era sa captai senhera Qu'aïs torneis anava premiera • Quant ac son affar cstaMit 95 Robert no mes ges en oblit Al comte nos n'an' us messsages ; Ben saup las vias els passages , Tro a Nemurs non s'es tarjatz. Savis ton et enrasonalz^ 100 Al comle dis so que dir dec ; El coms per autre non s'en plec Qu'el eis o comtet a son 611 , E diz : < Bel 61s, bem meravill S'ar nons coven faire gran cort ; 105 Terme n'avem petit et cort , Qu'En Archimbautz dis que venra ; Ja .XV. joms non tarzara. » Els 6lz respon : c Nous esmagues , Bel seneV paire , pro aurcs ; 110 Assaz podes donar e mètre ; Ja nulla ren nous cal prbmetre. Assaz aves argent et aur ; Eu vi l'autre jom lo thesaur : De .V. anz en sa es cregutz '<^*- ' 1 15 Tant que ja non er despendulz. — 5 ^ Si co[iii] ma sors es la belaire Del mon, e la plos de belFaire , Aici coven tal corl fassam Que non fos tais de sai Adam. 120 Trastotz vosires amix mandatz Es als ennemis perdonatz. Non sai d'aici en Alamainna Negun baron que ja i remaiuna Qu'a cesta cort non venga tost 125 Plus volontiers non fari'en ost. » ■— % Bels fils, per Ilieu, not sia pena, Tu fai tôt et tu o mena ; Eu vol que sias pros e lares , Quit quer .c. sols dona .x. marcs , 130 Qui t'en quer .v. dona Yen .x. ; Aisi poiras montar en près. » — € Senher, lelras fassam et breus, Messages mandem bons et leus , Qu'a cesta cort vengan ades 135 Cil que son de luein e de près. » Ab tan mandan .v. roessagiers ; Salamon ac nom le prumiers , L'autre Guiot, l'autre Robi, L'autre Girat, l'autre Goli. 140 Gist an en .vu. jorns tant anat Qu'en tôt Flandris non an laissât Negun baro, ni duc ni comte, Non l'aian fag razon e comte ^ Gonsi a venir s'aparella 145 Tais cortz ques anc non ac parell[a]. Sos amix mandai coms e prega , Als cnemix fai paz e trega — 6 — Per so que neguns non reteinn^ Que cascuns a sa cort non veinna^ 150 Ans Archimbautz ges non retenc i Très jorns avant lo terme venc ; Gen fon acullitz et onratz E per toiz l)el sener damatz. Moût i a gran honor conquista , 155 Mais pois quez ac Flamenca vista Quel cor el cors Ta enflamat , D'un foc amoros arosat, D'una douzor aitan suau Que tôt lo fuec el cors renclau, 100 Que nulz semblanz non par defors De la calor que sufr'el cors, Qu'el art dedinz e defors trembla , E per so qu*es nom par ni sembla Que de calor sia sos mais ; 165 E pero si fora mortals S'aitan tostnon a[g]ues meseina. Mais el la trobet bon'e fma Cal penre non fos ges amara , Anz si fon si douza e si clara 1 70 Qu'el mon non es nuilz homs tan sans Que non degues voler quels iiians Els pes agues lotz amortitz w. 4 Tos tems , sol un jorn fos garitz Per mediciua tan veraia. 175. Enz Archimbautz forment s'esmaia , Sil destreinb Tamoros consires ; Gran pénal fon e gran marlires^ De Tesperar tro al dimenegue. Ben volgr'aver abbat o clergue 180 Que lail des lo venres ol saplc ; — 7 — Si per compra ni per acaple Pogues trobar tal indulgenza , Del pagar non volgra crezensa . L'endema de [la] P[e]ntecosta 185 Dreg a Nemurs li cors s'ajosta Bêla e rica e pleniera . Ane [mais] nuils hom non vi fiera^ Ni a Liniec ni a Prois, Que i agues tant e vars e gris 190 E drap de seda e de lana . Tut li rie home per ufana De .viij . jomadas enviro I vengron cascuns })er tenzo. A Tant i ac comtes e comlors 195 [E] dominis e vavassors E d*autres barons rix e pros Que cascuns [hom] de près , coitos Qu'en la vila non lur aunda , De torn en torn a la redunda 200 Per miei la bêla pradaria Gascun perpren albergaria. ^o Assaz i a tendas e [t]raps Et alcubas de divers draps E pabalios de manta guiza 205 Que non temon pluia ni biza ; De cruecs , de blancs et de vermèilz Kl ac plus de .v. cens pareils; Las aiglas son els pons dauratz , £ cant es le soleilz levatz 210 Flameja li ribeira tota . De juglars i ot tan gran rota Que si fosson U\n rie de cor Con las paraulas son defor^ Gavaigar pogran a domas. il S Ane en la villa non remas Bona rauba que lai non fos, E qui la vole aver en dos Aver la poe, sol. disses tan Daus part lo eomte la deman^ 320 Trop fo li cerrz ben establida ; Per ries si ten qui plus envida E qui plus condueha ni casta ; Gascuns s'esforsa e s'azasta De dar a eelz que penre volo. 225 Genz non son cortz aitals con solo ; Breumen s'en passa hom aora . Perque vai Près a mala ora Non es mera villa neguna, Gar totz le monz trai a la una. 230 Sabez cals iwa es aquil ? foi. s Malvestatz c'a mes en ecil Yalor e so qu'à leis s'atain ; Près es mortz e Jois sos compains ; — E Deus ! perque ? — Deu ! car Vergona 235 Mor cascun jom. — E non la poina Douchas de garir Gonoissensa ? — Per Dieu ! non ges, car benvolenza Non es oi res mais fins baratz, Gar si conseil neis demanda tz 240 Non trobares qui jal vos don Si non i conois lo sieu pron, 01 pron ques es de son amie 01 dan qu'es de son enemic. Per son fait qui joven capte, 245 No m'o cal dir, cascus o vc i — 9 G'Aroors dechai e tel cap mora ; Pero a mas novas vos torn. Al dimenegoe lo ben mati En Archimbautz, que non dormi 250 Très sers avia ja passatz, Si fon vestitz ja e causatz, Quan le coms a la eambr'iulret» De part Flamenca saludet, Et el respon : c Bel sener, Deus 255 Vos don tal gauh con es le mieus Quan vos Flamenca mentaves. » < Levas d*aqui. si la venes Doncas vezer dedinz sa cambra ; Assas lai a musquet et ambra ▼<> 260 Et autras joias queus pot dar. > — € S^er, si btm voies menar Ane tan volontiers non anei E negun luec , pos mi nasquei. » Le coms lo près per miei la ma , 265 Ab lui vas la cambra s'en va Et a Flamenca lo présenta ; Non fes semblan que fos dolenta Mas un pauc estet vergonosa Le coms di : « Vesi vostr'esposa , 270 N'Archimbaut, sius plas, prendes la. » — « Sener, [si] en leis non rema , Ane ren tan volontiers non pris. » Adonc la piucella somris , E dis : « Senher ben faitz parer 275 Quem tengas en vostre poder, Qu'aissim donas leugeramen ; Mas, pos vos platz, ieu i conseu, > — 40 — D*aicest consen tan gran joi ac Ed Archimbautz , e tau li piac, 280 Nos pot tener que noil preses La ma e non la Testreisses. Ab tan se parton ambedui ; En Archimbautz sab ben a oui Laissa son cor que ges non porta. 285 Regardan s'en vai a la porta, De lai prencomjat ab los olz. A Fiamencha non tôle ergueilz Que noil fez[es] un bel semblan ; foi. & Soan dis : c A Dieu vos coman. * 290 Sine evesque e. x. abbat Foron vestit et adobat Quels attendon dins lo mostier ; A N*Arcbimbaut fes deslorbier Car l'en fan aitan longa fcsta. 295 Ben Ton passada ora sexta Avan que Taguos esposada . Per rix si tcnc quan Tac baisada . Tantost com fo dicha la messa Tuit van jugar a taula niessa ; 300 Et anc ncgus ren no i perdet , Car ben aparcllat trobet Tôt so que fou obs al munjur. D'aiso non voîl gaire coiular Car semblaria levaduij, 305 Car banc homs n[on] i ac fraitura De ren que saupes cor pensar, Que boca deia desirar. Eu Archimbaut[z] el coms serviron ; Mais Tucil d'En Archimbaut si viron 310 Soen c lai od son cors era. • Per so vol cascuu[s] se lèvera , Avant mieg manjar, de la taula. Li jùglar commensan lor faula , Son instrumen mena et toca 315 L*us , et Tautrescanta de boca. £ tôt aiso fon grans enueig A M'Archimbaut , e si la nueg ^"^ D'aquest dan noil feses emenda Ja per poiso ni per bevenda 320 Non euh que jpmais revengues , Car la nueg jae ab la puncela E. si la fes domna noella , Car d*aquo era ben maîstre ; Nulla dona de si mal îstre 3i5 Non fo que si el la pregues En desen no Tendomengues. Leu pot doncas adomesgar Flamenca que nos saup tornar Ni per forsa ni per engien , 330 Suau la baiza e Testrein E gardet si al plus que poc Noil fassa mal on que la toc ; Consi que fos, aquella ves An[c] non s eu plais ni clam non fes. 335 Plus d*ueg jorns dureron las nossâs ; Li bisbe , l'abbat ab lur crossas • I an be .ix. jorn demorat, Et al dezen prendron comjat E van s*en tut alegramen. 340 En Archimbautz al cor jauzen Car tôt ha cant vol ni désira , De nulla ren mais non consira Mais com pogues en grat servir Lcis cui vol onrar e blandîr. — 42 — 345 Si noi fos vei^onha trop granda '<»i- t El eis li dera sa carlanda E sa penche e so mirait ; Mais quan vi ben que ii eort fail E vi ben que mal eslaria 350 Si et aqui plus remania , Al comte parlet a cosseil : < Sener obs m'a que m'apareil De faire cort, qso breumen ; Coman vos a Dieu e vauc m'en , 355 E vostra fiUam trametes Al terme qse mes i aves. » Bons e breus fon aquest comjatz ^ Dreg a Borbon s*en es tornatz » De sa cort far a pessamen 360 Car faire la vol ricamen , Que ja sol non sia parlât D'aiso qu'a Tautra fon donat. Messages mand'al rei de Franza , E pregal fort queil fassa onranza 365 Ques a sa cort venga dese E la reina i amc[ne] ; E sil plazia ques ânes Dreg per Nemurs et amenés Flamencha, bon grat l'en sabria , 370 Per tos temps gazanat l'auria. En tôt Peitau ni en Beiriu Non ha baro cui non enviu Messages, lettras e sagelz , Neis en la marcha de Bordelz ▼<> 375 Mi de Baiona ni de Blaia Mon fon pros liom letras non aia . Tut son manJafy tut i venran — 13 — Que ja per re non jreinanran . Eûtretan fai ben adobar 380 La viia et encortinar De luocals e de bels tapitz , De bels palis e de bels samilz. Aurs et argens , deneirs e drap , Copas e cullier et enap , 38S Ë totas res c*oin pot menar Yol sia dat seos demaodar A cels que penre deinharan. Aici con li borz es es tan Fai cascuns adobar las ruas ; 390 Austardas e signes e fjruas , Perdizes , anetz e capos , Aucas « galiinas e paons Gonilz , lebres, cabrols e cers , Sengiars et orses grauz e fers 395 I ac tau que ja plus non çalgra ; Noil'autra carn ja mens non valgra. * Ben a fag los ostals garnir Que {)er re no i posca fallir Legumis , civada ni cera ; 400 De tôt aizo non quis espéra Per ren queil n'avengues sorsebrc. Ëspic , encens , canela e pebre , Girofle, maeis , citoar ^oi- ^ I ac aitau fag apporlar 405 Ques en cascun deJs antrcforcs, En aici con s'esten le bores, Ne fcs cremar un pieu pairol ; Quant [hom] i passa lan bon ol Que res non a JVlou[)cslier ^ — u — 410 Lai on bâton Tespecier Entorn calendor las pimentas* .V. cens pareils de veslimentas Totas de polpras, aur batut, Ë mil lanzas e mil escut , 415 Mil espazas e mil ausberc Estan tut près en un alberc , E mil destrcir tut sojornal. Tôt aiso vol sia donat Als cavalliers c'armas penran 420 D'En Archimljaut , quan si volran Quant ac son afar adobat Le reis, venc ab son gran barnat Et ab se Flamenca menet ; Plus de .VI. legas o de .vu. 425 Duret li rola mouta spessa , E davan totz un esdemessa Le filz del comte vai poinent Car esser volf prumierament A N'Archimbaut que fos eisilz 430 A rencontre moût ben garnilz , Ben ac mil cavalliers valens E mil borzcs e mil servens , ^"^ C'unsquex envida et acueil Lo rei et diz : « Hu ai rie brueil 435 È bon ostal e bon vergier, Ser.er , sius plaz , un don vos quii r : Qu'e mon ostal vos albergues. » — € Per nien m'en envidaies, Diz le reis , c'ap Flamenca son ; 440 Ab vos albergon cest baron. » — € Sencr , tut serau albergat E ben auran trastot Itir at. » L — Vi — Sens bruit albergo e ses nauza y Ane hom non i tenc porta clause ; 445 Moût ac bon ostal li reîua , Flamenca! fon bona vezina. De tais n*i ac que moût si dolgron De las dompnas , e ges non volgron G'om las vengues trop cortejar ; 450 Lassas foron del cavalgar Ë de la calor c'an ahuda ; Garida fon e revenguda Cascuna cansi fon pausada. Tan tost con fo noua sonada 455 Tut van manjar et aco pro. De mantas gui^s an peisso E tôt zo que tain a dejun , Am fniche ques hom trob en jun , Aquo som peras e cerciras. 460 Un presen de dcas aceias Le reis a Flamenca tran^ ; Ben l'en saup rendre las merces , 'oi. 9 Apres manjar, aici con tains. Ane a la cort res no sofrais 465 Mais paubre a cui hom dones So que i sobret , que nos perdes. L cndeman fo la sanz Joans , Una festa rica e grans , Es anc per cl non s'amermet. 470 L'evesque de Glarmon chantet Aquel jornr la messa major , Sermo fes de nostre Senor Gomen san Joan tan amet Que plus que prophetal clamet. — 46 -" 475 Poissas vedel de part lo rei Qu'aisi ceo cascus cre sa lei De .XV. jornz homs dos partis De la cort per ren ques auzis , Quel reis\cl qu'aitan dureil cortz ; 480 So dis a folz nou dis a ssortz ^ Car negus hom non ac talan Que s'en partis ne gens d'un an. Sil reis i volgues tant estar Ben lo feiran el cais gelar. 485 Gant agron tut la mess'auzida Le reis a Flamenca causida , Et eis s'en ab leis del mosUer ; Apres lui van heu très miller De cavalliers que donnas raenon ; 490 Tut ensems al palais s'en venon . ▼'' On le manjars fon adobalz. Le palais fo e granz e latz ; .X. milleir la pogran caber De cavalliers^ e lare sezer , 495 Part las donas e las donzellas • E l'autra gen ques era ab ellas , Part los donzelz els servidors Que degron servir los seinoi*s , E part los joglars eissamen 500 Qu'eran plus de mil e. v. c. Quant an lavât tut son asis , Hanc no i ac banc mais de coissis Qu'eran tut cubert de diaspres , E nous penses neguns fos aspres 505 Dels mandils on ensugolz mans , Ans fon ben cascuns belz e plans. Quan las donas foron acisas , — n — Venon manjar e moutas giiisas y Mais ja nom cal ques aiso digtia : âlO Nulla res nos pot fard'espiga Ni de razas ni de rastm' Ni de frucha ni de noirim, Ni de 80 qu[e] aers sùfiris Ni terra ni mars ni abis , 615 Qoes om posca ni manjar deia y Que jan degues portar enveia , A quelque menor part n'avia , A cel que plus rie lai vezia. Ben son senit a lur talen ; foi lo â20 Mas ben i ac plus de .v. cenz Que cascuns esgarda e mira Flamenca, e can plus cossira Sa faiso ni sa cdpterienza , E isa beutat c'ades agcnza, 525 Sos oilz ne pais a l'esgardar E fai la bocca jejunar ; E pergal Deus si grat Ten sap ! Mai si pogues traire a cap Que sol un mot ab lei parles 630 Noil calgra si pois dejunes. Moût s'en levon boca dejuna. Mais non i ac dona ncisuna Non volgues Flamenca semblar ; Qu'aissi com es soleils ses par 635 Per beutat e per resplandor Tais es Flamenca antre lur , Quar tant es fresca sa colors , Siei esgart douz e plen d'amors , Siei dig plazent e saboros 640 Que la bellazers el plus pros £ que plus sol esser jugosa Estet quais muda et antosa. S — 18 — L'autrui beutat tein es eflTaza Li viva colors de sa fassa ^^ 545 G'ades enlumena e creis. Ane de nulla ren non si feis Deos cant [el] la formel tan genta ; Ades plaz mais et atalenta A celzque la vezo ni Faazon. 550 Quan las domnas sa beutat lauzon Ben podes saber bêla es , Qu'en tôt lo mon non n'a ges très En que las autras s'acordesson Que del tôt lur beutat lauzesson , 555 Anz dizon : < Mielz conoissem nos Beutat de dona non fahz vos : Vos autreus tenes per pagat Si domna es de bon agrat , E queus sone gent eus acuilla ; 560 Mais qui la ven quan si despueilla , Quan si coica o quan si leva Ja non dira pois tanta rêva ^ Si savis es, a Ia[s] serventas. > foi h Aissi so malas e dolentas 565 E volon baizar es esireiner Lo ben que a dat Nostre Sener A cella que plus vol ni ama. Ges d'aizo Flamenca nos clama Ni non s'en deu per ren elamar 570 Que leis non volon ges blasmar , Quar non i trobon lo perque , E non sol laisson per mai re , Car si tan ni quan n' i trobesson Ja nous pensetz que s'en laissesson. 575 Quant an manjat autra ves lavon , Mais tôt atressi con s'estavon ^ 19 ^ Rciuanon tut e prendou \i , Car uezât cra eu aisi ; Pois Icvcn hon)[c] las toallas , y}SO Rels conseillers ab granz ventaillas Aportet hom davan cascu Ques anc us non failli ad u; Aquis poc quis vol acoutrar. Apres si le von li juglar ; ' ri85 Cascus se vol faire auzir ; Adonc auziras retentir Cordas de manta tempradura. Qui saup novella violadura^ Ni canzo ni descort ni lais, !i(K) Al plus que ))oc avan si trais. L'uns viola[l] lais del Cabrefoil , K l'autre cel de Tintagoil ; L'us cantet cel de^s Fins amanz , E l'autre cel que fes Ivans. ^jOK L'us mcnei arpa, l'autre viula ; L'us flautella , l'aulre siula ; L'us mena giga , l'atitre rola , L'us diz los motz e l'autrels nota ; L'us cstiva , l'autre flestella , ()00 L'us musa, l'autre caramella ; L'us mandura e l'autr'acorda Lo sauteri al oianicorda ; ^^ L'us fai lo juec dels banastelz L'autre jugava dexoutelz ; iSOfi L'us vai per sol e l'autre tomba , L'autre liaict ab sa retomba ; L'us passetsercle, l'autre sail ; Ncguns a son mesticr non fail. Qui vole ausir diverses comtes i)10 Do reis , de marques e de comtes — ÎO — Auzir ne poc tan can si vole ; Ane noir aarellanon lai colc , Quar Fus eomtet de Priamus , E raulre diz de Piramus ; 615 Uus conlet de la bcll' Elena . Com Paris l'enquer , pois Tanmena; L'autres comtava d'Ulixes , L'autre d'Ector et d'Achillcs , L'autre comtava d'Eneas GâO E de Dido consi remas Per lui dolenta e roesquina ; L'autre comlava de Lavina Gon fes lo breu el cairel traire A la gaita de l'auzor caire ; 625 L'us contet d'Apollouices , De Tideu e d'Etidiocles ; L'autre comtava d'Apolloine Comsi fetcnc Tyr de Sdoine ; L'us eomtet del rei Alexandri , 630 L'autre d'Ero et de Leandri ; L'us dis deCatmus quan fugi 'oi ^^ Et de Tebas con las basti , L'autre contava de Jason E del dragon que non bac son ; 635 L'us comte d'Alcide sa forsa , L'autre con tomet en sa forsa PbiUis per amor Demophon ; L'un dis com neguet en la fon Lo bclz Narcîs quan s'i miret ; 640 L'us dis de Pluto eon emblet Sa beHa moUier ad Orpheu ; L'autre eomtet del Phîlisteu Golias , consi fon aucis Ab Ires peiras quel trais David ; 645 L'us diz de Samson con dormi , — 24 — Quan Dalidan liet la cri ; L'autre comtet de JMachabcu Gomen si eombatet per Dieu ; L'us comtel de Juli César 650 Corn passet tôt solet la mar £ no i preguet Nostre Senor Que nous cujes agues paor. L'us diz de la Taula Bedonda Que no i vene homsque noil responda ({55 Le rcis segon sa conoissensa , Ane nuil jom no i failli valensa ; L'autre comtava de Galvain E del loo que fon compain Dfl cavallier qu'esters Luneta ; 660 L'us diz de la piucella breta ^^ Con tenc Lancelot en preiso Cant de s'amor li dis de no ; L'autre comtet de Persaval Co vene a la cort a caval ; 665 L'us comtet d'Erec e d'Enida , L'autre d'Ugonet de Perida ; L'us comtava de Governail Corn per Tristan ac grieu trebail , L'autre comtava de Feniza 670 Con transir la fes sa noirissa ; L'us dis del Bel desconogut E l'autre del vermeil escut Que Lyras trobet a l'uisset ; L'autre comtava de Guiflet. 675 L'us comtet de Calobrenan , L'autre dis con retenc un an Dins sa preisou Quec senescal Lo déliez car li dis mal , L'autre comtava de Mordrel ; 680 L'us retrais lo comte Durci — 22 — GoiiT fo per los Ventres faidil/ K per Beî pescadoi' grazits ; Lus comtet Taslre d'Ermeli , I/aulre dis coin fan l'Ancessi ()8o Pèr gein lo Veil de la Montaiûa ; L'us retrais cod teiic Alamaina Karlesmaiues tro la parti. De Glodoveu e de Pipi Comtava Tus tota Tistoria ; '«i <^ Oi)0 L'autre dis cou cazcc de gloria Douz Lucifers per son ergoii ; L*us diz del vallet de Nanloil , L'autre JOIiveir de Verdu. L'us dis lo vers de Marcabru , 095 L'autre comtet con Dedalus Saup ben volar , et d'Icarus Go neguet per sa leujaria. Cascus dis lo mieii que sabia. Per la rumor dels viuladors 7(K) E per brug d'aitans comladors Hac grau murmuri per la sala. Le reis a dih a totz cm bala : « Sener, fai s'el, vos cavallicr , Quan auran inanjat Tescudier 705 Failz vostrcs cavals cnsellar, Que pois irem tut biurdar. Mais autre [temps] voil que coincns La rcina, e nous bistenz , Una daiiza per cortcsia 710 Ab Flamenca, ma douzamia ; Et eu meteisi anarai. Levas tut sus, tragon s'en lai Aquist juglar per miei losde^. r Tantost si son per las mas près 7 1 5 Cavalliei'S , donnas c piueellas , — 23 — De quci u'avia moût de bêlas. Adc en Brctaina ni en Franza Non bastî mais tau rica dcmza , "^^ .ce. juglar bon viuiador 720 S'i son acordat antre lor Que , dui e dui , de luein esteron £ls bancs , e la danza violeroD , Ques ane de point non i faiIl[i]ron. Las donnas soen si remit on 725 E fan lur amorosas feinchas Con dia las ba si atenchas Ca penas si deinhon suffrir L'esgarl , o monstran d sospir , E contra sel genos uezat 730 Amors lur a tal join donat ' Que a cnscus fon ben avis Que lolz vius fos cm Paradis ; Et eus die ben ses mentizo Que unquas mais pos amors fo 735 Non bac tam bella gent ensems. Qui agues tout Paris e Bems Adoncsal rei c To disses, Non culi de la danza mogues Ni feira semblan fos iratz. 740 Jois e Jovens als balz levalz Ab lur cosina Na Proesa. Cel jorn si cujel Avolesa EHa mezeisma sotcrrar Mais Cobezesal venc comtar : 745 « Dona ! que fas ? vez3S los be Ballar e danzar antre se : Oi ! oi ! tôt caira lur burbans , «<>« " Ges quec jorn non er Sanz Johans. Sadol son e trepon aora, 750 So qu'il de^spendon autre plora ; — 24 — Mas tais D*i a queus amaran Enan d*u mes e planeran So que an ara despendul. > Avoleza fes uu saoglut 755 E diz : c Vos sias ben veogucfa ^ Vos m'aves la vida renduda , DoDoa Gobezesa, per Dieu ! Eu voil sian franc tut vosire Ceu; Ueinnais sias dona per vos , 700 Et aiaz comtes e baros Reis e dnx c clers e marques , Cavalliers, vilans e borzes ; Mais de las donnas non cove Qu'ieu las vos de , qu'ieu no i ai re ^ 765 E eu nous voil tal causa dar Que non puescas en dreg portar. Pero si neguna volia Esser de vostra compauia Ja nous pesses a mi enuig » 770 Escudier plus de .xxx.viii. Agron jais cavals esselatz E cubertz e antresenhatz. De senals e decascavels. Ja fo en la cort le sembelz , 775 La dansa part , mais non er vista Tarn bella , e cascuns atista Son escudier que Taport tost ^ Sas armas , e ges a rescost Non si son las donas partidas» 780 Gaias e pros es eissemidas Eran totas , e van sezer Als fenestrals per miels vezer Los cavalliers qucs armas porton. Que per lur amor si deporton. — 25 — 785 En Archimbautz qod s oblidcl Quar nou oenz e .i^xxuvii. Cavaliers fes ans ques pauses. Al palais veogron tut de pes En cauzas de pâli rodât 790 Et al rei si son présentât , El reis donet lur per estrena Qu'en amor fus lur majer pena > E li reîna confermet Lodig del rei, als non lur det. 795 Gel jorn portet armas le reis , E die vos ben non foron treis Que mieilz las portesson de lui ; Una marcha de non sai cui Ac lassât el som de la lanza ; 800 Li reîna non fes semUansa Que mal li fos, pero ben sap Que la manège no i es gap , Car senbals es de drudaria. Suavet dis que s'il sabia 805 Don l'avia le reis aûda Garamen séria venduda . foi i» A tota dona d'una en fors De Flamenca li di se cors Qu' il Tagues la manège donada ; 810 Nos pesset ver cella vegada Li reina, pero si manda En Archmibaut qu'il lo demanda. Ens Archimbautz es tost vengutz Non fo meinz lanza ni cscutz 815 'Neis antreseinz que portar deia Gavallier que per joc torncia ; E qnan fon davan la reina 835 — 26 — Dessendet tosl e pois la dina ; 820 Saludet la cortezameo Et il lui, e per la mal pren E fai sesep al fenestral ; Si dis: «N'Archimbaut , bem sap mal ^ E , si vos nom n'acossellatz , 825 Greujara mi cesl mais assalz. » El respon r c Donna, Deus tos gart Non agas mal en nulla part. » Ella nos tenc e nnlla guisa Que Flamenca que fon assiza 830 De jostal rei a la fenestra Non adeses de sa man désira E noil disses : c Eu pariarai Ab N'Archimbaul, dona, sius plai. » Ela respon ben e viaz : « Eu vol, dona, pos vos plaz. » Al fenestral qu'era de lonc Cuberl de palma e de jonc Fon li comtessa de Nivers, E non ac ges los cabels pers 840 An son plus blon que non es aurs , Mais so fou sos meillors thesaurs ; Aqui s'en es a leis venguda Flamenca, e non fon ges muda Anz bac solaz e bon e bel , 845 Li fes coissi de son mantel Et acoitret si de clyus E garetloscavalliersjus. Jes li i-eina non s'oblida Anz fo dolenta e inarrida 850 E dis ; € N'Archimbaul, bels amix Non fai le reis moul ques enix ? — 27 — Qpan veseu mi porUi seinai De drudaria, tropi fail Vaus mi e vaus vos eissamen ; 653 Ver vos en die mon issien. » Ëo Archimbaulz enten dese Qu'il d'aiso Flamenca mcscre Qu'ai rei agues manega tramessa ; Al rootz conois so qu'clas pessa 860 Et al respondre non demora : < Dona, per cel ques hom adora Non cug queus fassa deissonor Le reis sis sen joios d'amor , Quar miels ne fai so qoeil Tatain. 865 Ësser ne volgra sos compainz , foi <« Que per deveras pogue far So qu'cl fai per joia mostrar , Qu'ai resnon es mais plas deportz. » — c Don Archimbaut, aquest couoriz 870 Cueig eu ben que sobre vos lorn Anz que siu passât .xv. jorn. > — « No i movas, domna, gelosia , Que ja per ren non o séria . > Adonc ela som cap seeos , 873 Dis : t Es que non seres gelos ? A la fe Dieu ! vos si seres Ë ben leu razon vos n'aures > — « Dona, e per que o dizes ? Non m'essenes, fe quem deves , 880 Qu'ieu conosc ben d'aitals affars. » Ab tan fo vengutz us juglars Ë dis a N'Archimbaut : c Bel scner, Lo reis vol ja Tcspasa sener — 28 — A Tibaut lo comte de Bleis ; 885 Tibaut sam trames cl meseis , Sener , sius plas , que lai ânes ; En dreh s'amor non o laisses. » En Archimbaut lo comjat pren Plus iratz que non fes parven , 890 Mais H bella res non sap ren. Ai ! quai peceat , qu'a mal.fe ! Quar li relna tan percaza Que jamais non dorma ni jaza Dons Archimbautz en sana pausa. 895 Gran dolor. Ta el cor endausa Don non cug que jamais reveinha Si amors garir non Ten deinha ,. Mais per contrari Ten garra Quan le cujars s'averara. 900 Quan fon al rei defors tornatz Le coms Tibautz fon adobatz , Et ab lui plus de .un. cent Que tut son cosin e parent. De la reioa s'ès partitz 905 En Archimbautz tristz e marritz. Car trop Tac dih mala novella , Pero un escudier appella Ë (fis li : c Fa viespras sonar , Quar ben er ora de sopar 910 Quant las aura le reis auzidas. > Mas la donnas qu'eron issidas , Als fenestrals ques esgardavon Los cavalliers que biordavon Quant auzou ques hom vespras sona 915 Dison : « Non es ancara nona , ▼o. — 89 — 'El hom sona las \espras ja 1 So maril perda qui la va Quan us cavalliers i biort ! Ja per vespras nom perdam cort. ^20 Ab tau le reis s'en es intratz , Coma savis es essenliaz ; Yenc a Flamenca el palais Et ab si de lains la trais ; '«i 1060 El det tomeia son correig £ vai chantan tullurutau E vai danza[n] vasdoi vaidau , Levalz oiiz et a si donz guinha , Daus l'autra part al sirvent signa 1065 Aporton aiga per lavar, Car el si volria disnar; — 33 — So dilz per lai que hom s en esm . Assatz ordis, c'ora que tesca , Car ades vai de sai, de lai , 1070 K quant non o poi sufirir mai Si diz : c Bel sener , disnas vos , Que beu es tems, sius platz, ab nos ? Fort bom sabra, s'o voles far , Pron avenres a doinnejar. » 1075 Adoncas fai un joc cani Que las dens raonstra e non ri. Per son vol homen non veiria ; Vejaire l'es de cui que sia Que sa mollier vol et euquer , 1060 Maldiga Dieus aital don er ! Vejaire Tes, qui pari' ap Icis Que far lo deu aqui meseis. , c Bastîtavem aisi domneiy vo Per tems o oomenset le reis ; 1085 A van que de Nemur issis Mi euh eu be que la sentis ; A saborada la savia , Per so tam privatz s'en fazia ; Mais de lui en re no m'o tengra , 1090 Ben lail gardera quan s'aveogra ; Mais ara ve quis vol e vai E per sou grat ja venrion niai. Non veses quai semblant lur mostra ? Ben fai parer que non es nostra . 1095 Deu ! menon l'an en tôt malastre ! Eu non voil esser plus lur pastre ; Malvaz pastor ha en aital Qu'a sos obs noz , ad autres val. Iweu es a dire del menar ! — 34 — 1 100 Non euh c'o pogues acabar • Le rcis que s'en fai tan privatz. Las ! caitiu ! c'a mala fui uatz ! Si nom pose guardar una donna Mal levaria la coronna 1105 Qu'es de lonc sanl Peire de Roma, £ mal derocharia doma Si non puesc venzer una ihosa . Bem fora mielz esles desposa Car per leis perl enseinaroeni 1110 E toi zo qu'atain a joven . Per Dieu ! malvatz cambis ai failz ; Per fol consseil sui ara Irailz. Li reîna ben o sabia *>ï « Quan mi dis que gelos séria ; 1115 Haldiga Deus aital divina Car no m'en fes sivals mécina î Car veramenz sui eu gelos Plus de nuir orne ques anc fos^ Los autres n'ai eu vengulz totz , 1 120 £ per bon dreg serai cogolz , Mais ja nom cal dire : serai , Qu'ades o sui, que ben o sai. > A si meseis fortmen s'irais , Tiras los pels, pelas lo cais , 1 1 25 Manjas la boca , las deas lima , Frémis et frezis, art e rima, £ fai trop mais oils a Flamenca . A penas si ten que noil trenca Sas bêlas crins luzens e claras; H 30 £ dis : « Na falsa, quem ten aras Que nous aucise e nous affolle £ vostra penchura non toile ! E gens aves levât coaza, A l'autr' an euh qu'en fares massa — 35 — H 35 Kn somenso que laus arabe, E ja non cug queus sia sabes Quaii laus farai ab forses tondre ; Greu laus vciran hom[e] rescondre , Quan venon ist cortejador i 140 Per so que digan antre lor « Dicus ! qui vi mais tam bellas cris ! Plus bella[s] son non es aurs fis. > to Eu conose ben los guins el[s] sinz, Els mas estrinz el pes cansins. i 145 Gui pessat vos aver trobat ? Aitau sai con vos de barat, Pero d'aitan m'en afTollatz , Quicm trabail e vos rcpausaz ; E non ai hos, nervi ni polpa 1 150 Non Iraga mal per vostra culpa, Mais, trop m'ergreu s'aisin passatz Que vostra part ben non n'aias. » Il respon : « Sencr, ques avez ? » — « E con, fai s'el, vos respondez! 1 155 Per Crisl, per Crist, malaus failli , Eu mur, c vos esquarnes mi ! Aisom fan ist donnejador, Mais , fe que dei Nostre Senor , Non sai ti*obaran huis ubert ; 1160 Qui domna garda tan s'i pert Si non la met en tal preiso Que non la veia s'aquil no Que la deu gardar et aver ; Aîsi ben leu la pot fener. « 1165 < Alas ! c^itiu malaiirat, Engelosit, engratonat, Ar iest tu fols gelos affriz. — 36 — Ronos, barbutz espelofitz ; Tiei pel son fer et irrissalz 1 1 70 Que sembloo Flamencba espinal Ecoa d'esquirol salvage. '•i-^' A unit as tu e ton linage , Mais no m'en cal , mais voil morir Que ser aunitz per trop sufrir ; 1 175 Mais voil esser gelos proatz QuVser suffrens escogossatz; Mais voil esser gelos sauputz Qu'eser suffrens cogos coriiulz. > Ja sabon tut per lo pais il 80 Qu*£n Archimbautz es gelos fins ; Per tôt Alverg" en fan cansos E serventes, coblas e sos, estribot o retroencha D'En Archimbaut con ten Flamencba ; 1185 Et on plus hom a lui o chanta Nous cujes SOS mais cors Teschanta. S'alcus SOS amix l'an blasmes Nous penses que plus l'en âmes, Ans li respon iradamen : 1190 c Sener, ben aug e beus enten ; £ qui m'o deu tencr a mal S'ieu sui gilos, si Deus mi sal ? Ben pauc ne sai gelos non fossan ; Tal m'en escamisson en tosson 1195 Que foron plus gilos de me Si tôt jom visson davan se Tam bella ren con ieu i vei. Non sai emperador ni rei A cui port de iBoHier eaveja ; 1200 E conosc ben que nom folleja to — 37 — Si beo vauc de leis raneoray ; Mais gardar si deu hom avan, Qaan savis es, quel venga dans. E que faria s'us truanz , 1 205 Ques fenera d'amor cortes E Don sabra d'araOr qoes es , Ua\ja messa en follia ? No m'en erezatz s'ieus o dizia, Et noroperqaan si m'o dirai, 1210 Non vol ges per lot quant ai. E que diria de vergofiha ? En fol i metria ma poina A leis gardar et a sservir. Quis vol sai poira faen venir 1215 Mais ja , per Dieu ! non la veîra, En tan aut poig nos levant Pero qu'ab leis parle ses me, Non, si venia, per ma fe ! Le coms SOS paires sa maire 1220 Sa sor JauseKs sos fraire. > [Q]uan s'es partit de ce! amie De cui non ama son casiie, A si meseis s'en [va] parlan, E diz : .< D'aquest qucm vai blasman 1225 Aisom quem d^ra mieib lauzar Petit sap for[s] de castiar ; Moût cuja ben aver parlât Quar sol m'a gelos apeilat ; Moût parlet ab gran sotileza, ^^' ^ 1230 Maisam [ieu] la mieua folleza Non fas lo sien sen lan pfion A près Na Bokmba bon . Aquest risc bom de plagesia - 38 - . Foizes car mais boi mi castia, 1235 Mieilz degra dir: < Beissener car, < Gardas vos ben que vostra pars, < Aiso es ma dona Flamenca, < Ja per sas laazengas nous venca « Per tal que fassa son talan . » 1240 Pro m'agra dih ab sol aitan. D'aiso non dis ui buf ni baf, Aisi con folz parlet en daf, £ dis mi* pur gelos era, Avas trobet en espéra ; 1245 Pero, pero qui m'o sabria Folz es , et eu folz sil cresia. A la fe Deu pauc sap de plag. Ara ja ben leu m'a hom fag Dedins ma cambra tal csquera 1250 Don non guerra d'aiscest ivern.» Al aquest mot si lev' en trot E vai ades al plus que pot , E vol sas pels d'amon daval, Auza SOS pans e fai lo bal 1 255 De la pagesa bon plus corre ; De mon gran ast venc à la torre, Troba Flamenca que sezia Et ac moût bella compainia I^ donnas qu*estavon ab ella ; 1260 Per pauc le gilos non s'esfella E ^iz: < Prop es qui mal ne mier; > Poissas s'eu eis el escalier Et es es cachutz tratoz evers Sus els escalos a travers, 1 265 Et a pauc non s'es degollatz Le malastrucs malauratz ; Gratal suc [e] grata la cota, Levai braicr, tira la bota ; Tf — 39 — Poissas si dreissa, pois s'aseta, 1270 Pois s'esterilla» poissas gela Un gran badail c pois si seina Nomine Domi, quai enselua ESu aiso de bon' aveotura ? Pois intra querre sa seutura \ 275 £ fai una contraselada y es sa moHier qu'es fort irada. Pois dis : < Auras sui et estrac. Ane mais hom tal mollier non hac ! E tu dizes que ges non saps 1280 Con la tenguas nien c'als caps? Non saps ? — si fas, — e quo? — bat la ! El batres que in*enanzara ? Deu ! er en pli;s douza e meiUers ? Ans n'er plus amara e piegers : 1285 Car tos temps o ai auzit dire Que batres non toi fol consire, Ans qui gastia ni reprcn ft»i. » Fol cor, adoncas plus Tesprefi ; E non ten pro forsa ni tors 1290 A cors, pos lo destrein annors, Que non fassa o tost o tart Sa volontat ; quis vol lo gart ! Mas eu segrai aquesl cossel : De trop freg e de trop soleil 1295 La gardarai ben, e de fam. Mal aia mos cors y pos tan Tarn , Si de totz autres non la garda ! Ja no i métrai nuil' autra garda Mai mi meteis, car plus fizel 1 300 Non trobaria, neis en cel ; Nulla ren als non ai a far ; Pron ai a beur' es a manjar E de cavalgar sui totz las. — 40 — Repausar m'ai per eseer gras 1305 Car repausar si deu homs veiis ; Mais autramen pausera mielz , Car veils hom non pol repansar Can l'aven toset' a (;ardar. Mais eu, si puesc, la gardarai, 1310 Engien e forsa i métrai^ En zo sera totz mos alurs . La tors es grans e fortz le murs ; LaîDs la tenrai ensarrada Ab una donzella privada 1315 O doas, que non esliu sola ; E sia pendutz per la gola ^<> Si n'eis ses mi, neis al mostier Per ausir messa ni mestier, Et adonc que sia granz festa f » 1320 Ces [el] non demora ni resta , Ans s'en vai tôt dreih a la tor, Et ac ab si un murador E fes li faire aital pertus Con hom sol (aire a reclus, 1325 Aquel respos en la cosina ; El non dorm ni pausa ni fina Anz poinet en far so que vok. Lo cor el cors el scn li tolc La gelosia que Fafolla, 1330 E nom penses ques el la scolla Anz l'acreis a totz joms e dobla Et on mais pot el sVn encobla. Nos lavet cap nis rais la barba, D'aquella semblet una garba 1335 De civada quan es mal fâcha ; Pclada Tac per luecs e tracha E mes los pels tolz en la bocha ; Quan la fort gelosia tocba — 41 — B estraioi si coma caus. 1340 Qui es gdos non est ben sans. Tut rescriva que son a Mes Non escrittrian les molz nil vers Ni las captenensas que fes En Archimbauîz cascuua ves, 1 345 Ans die ques eissa Gilosia '*>* '^ Non sap aîtan oon el fasia D'esser gilosa, per oui mais Lo sobreplus als gelos lais, Quar raout ne fan de feras merras, 1 350 De tais n'i a e follas erras. Li bona res non sap ques fassa. Mont ergueil e moula menassa L'aven del gilos a suffrir; Sos vivres val roeins de raorir. 1 355 Sil jom a mal pietz ha la nug Car ren no i te mas fol enug ; E sa pezansa y e sa mort Non troba ren que la conort. Doas puncellas ac moût gentas , 1360 Mais atressi eron dolentas, Car son presas e essarradas ; Cortesas son et esse[mi]das, Aisi com podon la confortan, E per la bon' amor queil portan 1365 De lur pena non lur sove. Le gelos vai soen e ve E len ades las clans el ma ; Ges gaire non estel em pla Anz vai entom*sa tor garan 1370 Et apinzant e remiran. — Si — Las doas piucellas servioD Quant il manjavon ni bevion, Car al fenestral de la tor, Alressi con en [rejfreilor, ▼• 1375 Avia fag avan pausar Tôt zo qu'era obs al manjar. Apres disnar el s'en issia Qua[is] per deportar tota via ; Mais nous penses ques lonhes t^<^p , 1380 Ans remania ben de prop, Car en la cosina n'intrava £ de lainz el esgarava De sa moiller quos captenia , E montas vez el la vesia 1385 Qu'il eissa de la carn tallava £ del pa, e pois en donava A sas punzelas bellamen, El vin e Taiga eissamen. Et ei avia ben empres 1390 Ab lo coc que non parles ges Qu[e] el las agaites d'aqui. Uns jorns s'avenc que vis faili A la puncellas que manjavon ; , Corn las gaites non s'en garavon, 1395 L'una puneella levet sus E près del vin qu' er' al pertus, E conoe ben qu'En Archimbautz Estet en la eosin' enclauz , Car, vesent ela, s'en anet, 1400 Et il a ssi dons o comtet. L'una pnncella ac nom Alis, Li meillers res que liane hom vis ; L'aulr' appellet hom Margarida, ^^^-^ Que de totz bons aips fon compiida ; 1405 Cascuna fes a ssom poder — w — A ssi dons honor e piâzcr Moût trais Flamenca greu trebail Car moût sospir et moût frebail, Moût angoiss[a] e moût sospir 1410 Uàven per son maril suiïrir, E mouta lagrem' a beguda ; Dolenla es et irascuda » niais d'aisol fes Dieus honor gran Car non amet ni hac enfan, 1415 Car s'il âmes e non agaes Ab que s'amor pass[a]r pogues leu cug ben que pieitz l'eu estera. Ja negun tems il non amera Si Amors per sou jausimen 1420 Noil roostres privadamen, Mais il Fensenet de son joc Quan conoc la sazon nil luec, Mais lonc tems plai s* es tenc per mort. . Negun jorn non passet la porta 1 425 Si non es festa o dimergues, Ë non es cavallier ni clergues Adonc pogues ab leis parler, Car, el mostier, la Tes estar En un angle qu'es moût escurs ; 1430 Dans doas partz estaval murs, E de davans [ill] el ac messa Una post auta et espessa ^ Ques ateins ben tro al me[n]to Mon i sezia de yiro. 1 435 Laîns caup ill e sa [s] donzellas El gelos sis volgues ab ellas , Mais defors sec ad uua part A guisa d*ors e de laupart ; — 44 — Ben semblet home entreceli. 4 440 Quant hom dizia ravangeli ; Sel tems fos dars et estes près, Lai pogra vezer se i gardes. Il non anava ges ufrir An[s] H fazia lai venir 1445 Enz Archimbautz lo capella. Nous penses queil baizes la ma Si non l'agues moot ben cuberta; Il non donava ges Tuferta , Hais Enz Archimbautz, que la gara , 1 450 Noil laisset dcscubrir la cara Ni traire sos gans de las mans ; Ane non la vi le cappellans A Paschas ni a Boasos. [La] pas li dona us dersos ; 4 455 Aquei la pogra ben vezer Si n'agucs engien ni saber. Apres missa est s'en issia Enz Archimbautz, que ges mieidia No[n] i aten ni hora nona ; 4460 Hantenen las donzelas sona : « Venes vos ne, vencs vos ne , M,9é Qu'ieu m'aiiarai disnar dese , No m*i fassas, sius plas, estar. > Non las giquia gens orar. 4465 Aisi lur estet ben dos ans, A totz jorns doUet lur afans, Lur enneg e lur desplazer, E non era matis ni sers Qu'Enz Archimbautz non maleges 4470 A si meteis e non lanies. A Borbo avia risc bains : — 45 — Quis vole, fos privalz o eslrains, S'i pot moût ricamen bainar. En eascan bain pogitis trobar 1475 Escrih a que avia obs; E no i venia rancs ni clops Que totz gueritz no s'en tomes Si lo perque i demores ; E bainar si pot quam si voila, 1480 Non trobara qui li o tolla Pos n'aura fag plag ni coven Ab l'oste quelz loga nilz ven. Et en cascun delz bains naisia Aiga tan cauda que boUia ; 1485 Dans l'autra part, naisaigua freja Ab que li cauda si refreja. Contra totz mais i a bains certz ; E cascans era ben cubertz E chus de murs si com maisos ; 1490 Cambras i ac en luec rescos «• On hom pot pausar e jazer E refrezir a son plazer. Uns n'i ac plus belz e plus rix, Cels de cui er[a] fo amix 1496 D'En Arehimbaut e fort priva tz ; Montas ves s* i era bainatz Car eran prop de sa maiso. L'ostes ac «om Peire Guizo E tenc SOS bains moût ben garnitz 1500 E ben escobat[z] e politz ; Non s'i bainet si rix hom no Tôt s'en epres, et em perdo ; En Archimbattlz aquis bainava E sa niollier ; [lai] la menava — if) — 1 505 Can li volia far pidanza IValcu solas o d' amistanza ; Mai moul petitet li durava Cil amistatz fera e brava, Car tôt avan que dcls bains esca, 15 10 Ni eis si descaus ois [dejvesca, Garava ben los angles totz. Poissas s'en vai, si coma goz G*om geta de cort jangolan, Ques vai per los osses trian. 1515 L' uis dels bainz serret tota via Ab una fort clau qne tcnia. Pois si vai demoran defors. Ë quant a leis venia cors Qu'en issis et il fai sonar m. tx 1520 A sas punccllas e tocar Un' esquilleta que pendia Dedins los bains , adoncs venia En Archirobaut per lui ubrir, E non podia pas giquir 1 525 Que non disses ab fer semblan : c E cossi n' isses mais ugan ! Donar vos cuidei de bon vi Que m'a trair.es En'Peire Gui, Mas tôt per iras m'en laissei, 1530 Eu eis a maison l'en portei. Ar vcias s'aves ren esta[t] ! Aranz degram esser disnat ; Non laus bainares mais d'un an, Aisos covenc. si estaz tan 1 535 A Tautra ves com fezes ara » Ades vas los bains si regara Per vexer si homs n'issiria, Gar ges sos oilz ben [non] eresin Non lai agues home agut — 47 — 1540 En un dels angles resconditt. Adonc li respon Margarida E dis: c Sener, ben fora issida Ma dona, mais per nos estet ; Nos li servim quan si bainet 1545 Et en aprop nos sins bainem ; Eper aiso tau demorem, E nos àvem la colp' el tort. > — c Pas ai» fai s' el, las mas e mort, ta Mai voles bain que non fan aucas 1550 Aitan ben sas grans corn sas pauchas; Mais de vos non es meravilla . > Alis respon, et arodilla Si dons, pueis dis : « Sener, e vos, Gens bainas plus soven que nos 1555 E lai estatz plus longamen. » Poissas ne ri, car sap que men , Quar unquas puis que mollier près Nons bainet neil venc neis em pes, Nis resonet ungla ni pel; 1560 Pron ac fag car estet en sel De sa roolliei* a son vejaire. Ges non fera los guinnos raire Per nulla ren c'om li disses , Grifon semble t o esclau près; 1565 E toto fes digastendons : < Major pavor aura mi donz Sim vez barbet e guinhonut; Il non fara ges tan leu drut > ' El termini qu'Ens Archimbaus 1570 Era gelos e fers e braus, Un cavalier ac em Bergoina En oui naiura mes sa poina — 48 — En faisooar et e noirir, E saap i trop ben aveoîr. 1575 Bc i ac salva sa uoîridura E son estuzi e cl sa cura, Car non fo mais si bdia res Ki a cni tan plagaes totz bens. Tan fon savis c belz c pros 1580 Que Absalon et Salomos, SU dui fossan ussolamenz» Encontra lui foran nienz. Paris, Hector e Ulixes, Que totz très en un ajostes, 1586 Quant a lui non foran presal Per scn, per valor, per beutal ; Car tan fon bella sa faissos C'om es al dire sofraitos, Pero un petit ne dirai 1590 De sa faiso si con sabrai. Lo pel ac Won , cresp e undat , Lo fron ac blanc , aut plan e lat , Los cilz ac niers et arzonatz , Lonc et espes , lare devisatz , 1595 Oils ac grosses, vars e risenz , Le nas fou belz et avinenz , Loncs e dreitz e ben alinatz , A lei d'un bel arbreir format[zl ; La cara plena e colrada ; 1000 Rosa de mai lo jorn qu'es nada Non es tan bella ni tan clara Que fon li colors de sa cara , Lai on si tains mesclat ab Uanc Plus bella colors non fon anc ; 1005 Ben ioron faitas sas aureillas , M. — 49 — Grandas e duras e vermeillas; ^"^ Li boeca bella e giunosa Et en toi quan dis amorosa y Las dens esteron per garan 1610 Plus blancas que d'un orifan ; Le menlos fon beu faissonatz ^ Per mieils cstar un pauc forcaiz; Lo col ac dreg e graa e gros Que non i par nervis ni os ; 1615 Amples fo moût per las espallas E ac las aisi fortz cou Allas , Muscles redoDs e fortz brasons , E brases tais cou vole razons ; Las mans ac grans e fortz e duras » 1620 Los detz loncs e planas junturas , Pielz bac espcs e sotils flancs ; De las ancas non fon ges rancs Ans las ac grossas e cairadas , Goissas redundas e dins Mas , 1625 Los genoils plans , las cambas saiias» Longes c dreitas c ben planas; Pes ac voutis caus e nerveinz , Ane per home non fo ateinz. D'aita[l] faison , d'aital semblanza 1630 Fo noiris a Paris en Franza ; Lai après tan de las .vu. artz Que pogra ben en lotas partz Tener escolas y si volgues » Legir e cantar sil plagues ; 163K Englies saup meilz d*autre clergue. ^^^- ^ Sos maistre ac nom Domergue » Cel l'ensenet tan d'escrimir Que nulz hom nos poc si cubrir â — 50 — Que el non fier eo deseubert. 1640 Tarn bell , tam pros ni lao apert Non vi Iiom anc, al mieu semUan , Ni que fos aisi de bm grau. VU. pes hac d'aut, e atleis be Dos pes ab io pe sobre se 1645 Quao hom li mes en la pareC Una candela o un muquet. Quan fon cavalliers non avia Mas .XVII. ans et .i. dia. Le duc son oncks Tadobet , 1660 M. et .Dcc. livras li det, Et autras .u . det l'en le reis Et autras .m. le coms de Bleis; M. et xcc. l'en det sos Araires, M. marcs li donet l'emperaires; 1685 Le reis angles fo sos cosins. Edel li .M. marcs d'esterlins; Tôt aiso fon de rend' acisa Que nos pot perdr'e nulla guiza. Fraire fon del comte Raols 1660 De Ni vers , e no fon ges sols Qoant fon ab lui , son pueschem dir. En segre cort et en servir Mes tost son pcrcaz e sa renda. Sos dons non hac sabor de venda, ^ 1665 Car s'[u]s dons non sec tôt promessa Non es mais angoisa de pcssa, E qui trop fai son don attendre Non sap donar ni doin a vendre , E si dos promes es tost datz 1670 Si meseis doUa e sos gratz ; E pos tan si meillura dons Per tost donar c'uns ne val dos, El tosi penre iai oblidar — 5J| — L'àfan c'om irai al demandar y )67$ [Ben] dec aver bona sabor So que det Willeros per 6'onor, Caram douar avan «cil onerre. Gen saup preseotar e proferre , De tôt quant fcs saup aver grat. 1680 De loi si tengron per paguat Comte e reis, marques e duc ; E tencses ben per malastruc Tôt home que lui non âmes, Ja nol vis nèis ni re nol des , 1685 Mais que n'ausis lo ver comtar. Ges liom de lui non pot gabar Car li vertatz sobraval dih. En un an non agran escrig So que fiisia en un jorn. 1 690 En gran deleit, en grau sojom &on las donnas que parlavoa Ab lui d'amor, quan lorniravon. Astrucs fon de cavallaria, '^^* ^ Car als tornes on el venta 1695 Menet ab se beila compainia ; Cavalliers pren, cavals gazaina E Mo gastaeo dona. E quant a joslar s abandona Nuls homs en sella non rema , 1700 E cel que pren ab una ma Mantenen de la sellai trai E si eos vol ab lui s'en vai. Kom portet massa ni basto » Car cuî quen r^:ris a bando 1705 Non saupra mot tro Tagra mort, Tant ac lo bras pesant e fmt î -^ 51 — Mout amet torneis e sembete , Douas e joc, canz et aocelz E cavalz , déport e solaz 1710 E (ot so qu'a pros home plaz ; Tan fo bons non poc mellurar. Vilelme si fes apelar El sobrenom fon de Nivers. Chansons e lais , descortz e vers » 1715 Serventes et autres cantars Sapia plus que nuls joglars y Neis Daniel que saup ganreu Nos pogr' ab lui penre per reii. Sei hoste tut de lui si lauson , 1720 Tan noi sobrecomtan nil bauson Mais non lur don'al départir, E per so, qoan Fauson venir, ^* Lur hostal paron e gamisson ; Mout home ab lui si formisson. 1725 Degus joglars , lai où el fos No fo marritz, avols ni bos ; Bels garet de fam e de freg ; Per so si l'aman tut a dreig Car totz los vest eb encavalga. 1730 Ben feiral le seuers d'Alga Si tan ben faire o pogues , E pero si dreitz corregues Atertan li degran valer. Car volontier fa som poder 1735 En passa poder ben soven , Quar eu sai ben ques d despen En Tan cen ves en un jom tan — 53 — Com' a de renda en toi Tan. Del sieu ben dir no ra'antremet, 1740 Mais si non fos pen Bernardet , De quem sap mal quar plus non Tama , E nonperquan ges non s'en clama y Ben pogra dir senes mentir Que lausan loi non puesc fallir. {745 De Guillem de Nivers vos di[c] Qu'el amet Dieu e son amie , Et amet clergue e gen laiga ; Ges non promes sol pan et aiga , Aisi con fan a Tospital, 1750 Als compainos de son ostai , Ans esteron em bels arnes , '*^- ^ En rix cavals ab bon conres , E pogron far gran mession , Dan e jugar quan bel lur fo , i755 E sojornar .ii. mes o .m. Que ja de ren qu'aion despes Ja sol Postes non parlara , Quar ben sap que pagat sera Qu'ora que venga en la terra , 1760 Per torneiamen o per guerre , Guillem de Nivers lo cortes Qu'era tan de totz bons aips fries Que mil cavallier n'agron pro En fo[s] cascuns tengutz per pro. 1 765 Tant ac lo cors franc e gentil Et en ben apenre sotil Que non fon res el mon tan grieus A leis non paregues frop leus. Ancar d'amer no s entremes — 5« — t770 Per so que [lo] ver en saupes ; Per dir saup ben que fon amors Canl Icgit ac totz los auclors Que d'amor parlon e si feinoo , CoDsi amador si capteiuon , {775 Car ben conoc que longamen Nom po[l] ester segon joven Ques el d'amor nou s eotramete ; Per so pessa que son cor meta En tel amor don bens K venga 1780 E que a mal hom non lo tengoa ; En aisso ac som pessamen. ^er moutes gens au et enten Gom ténia Flamenca presa Gel que la cuj' aver devesa y 1785 Et au dir per Tera novella Quel mieilers es e li plus bella El plus cortesa qu*el mon sia. En cor li venc que Tamaria S*om pogues ab ella parlar. 1790 Mentre qu'estei en cest pensar Amors ben près de lui s'acointe E fes si moût gaia e cointe ; Fort li promet et assegura Qu'il li dara tal aveutura 1795 Que mont sera valent c bona. Fort lo presica el salmooa E mostra li es ben artos E sobre tolz homes ginos : c Saps prou d'agur e pron de sort^ 1800 Ancar non saps lo rie déport Qu'eu t'ai en una tor servat y A ton obs lo ten hom serrât. « Us fol gelos clau et rescoa T». — 55 — La plus bella dooa del mon 1805 E la meillor ad ops d'amar ; Ë tu sols deus la desliurar, Car tu es cavalliers e cliercs , Per zo t'a obs ades eucerscs Cela Dug jac ad un repaire '«^^ 1810 Près de Borbo de .xv. legas. Aniors noi 4euc ni pas ni tregas Que dans lolatz partz non Tassaila , Yeilant e dormen lo trebaila. A lui non cal sis dorm o veilla , 1815 Ades Tes Amers a l'aureilla , « Et es li vejaire quel diga Ques levé sus car trop si triga. Ben fa parer l'aia trobat Solet quant tan fort lo combat. 1820 Si fus en un tornei armatz On agues mil colps près o datz Ja , fe queus dei , tant noil sovengra D'amor ni al cor non l'atengra , Qu'ausit ai dir , e sai qu'es vers , 1825 Que trop aizes e trop lezers Adus amor mais c*autra res ; Ë qui dopta qu'aissi non es Per Egisteu o |iot saber»^ Quar cel ne saup , so disol' ver. 1830 Quis toi repaus amor si toi; Per so tenc ben cetlui per fol Que vol repausar e jàsser E sojornar a som plazer Si d'amor si cuja défendre ; 1835 Mais qui là vol ausir o pendre tener captiva enclau^a- — 56 — ToRa de se aisin' e pausa ; Porverbis es : qui trop s'azais» ^ Greu er si per amor nos laiza. t840 Meut es Willems en greu torment y Amors lo pais de bel nient , Plaser li faî so qn'anc no vi ; Ben volgr*ayer un bon devi Quel disses so que Tavenra. 1845 De Tautra part non o vol ja , Mais vol estar ad aventura y Car esperansa trop segura Non a tan de bona sabor Con sil ques mescla ab paor. 1850 Lo niatinet quan Talba par Gnillem nos fes gaire sonar y Ans si levet per si meteis ; Ges le jorns el Ueg non l'ateis. Siei donzel si foron levât y 1855 Ensdlat agrou e trossat E non hac ren mais de lavar. Guiilelms vai al mostier orar, E diz soven en s'orason : < Bels Sener [Deus], voilas mom pro; 1860 Garas mi de mal e d'enug E das rai bon alber[g] auug. » A Postal torna corojat penre. Vin trobet e raust e pan tenre De ques disnavan sieu donzel. 1865 Sos hostes er' anatz ab el E preguet lo fort que manjes Sol un petit ans ques n'ancs. '<''- ^ — 57 — < Hostes , fai s'el , nom vol disnar ^ Car trop poiria demorar , tSTD Mas aquists donzel son toset E devon manjar matinet , Que non es vergona ni onta. » Son hoste saluda , pois monta E met s'en la via prumers. 1875 L'ostes ajudals escudiers Eatro que tut foron montât ; Lur senor segon abrivat Entro que foron près de lui . Ancara non troban a cui 1880 Demandon via ni semdier , Car il eran tut li primier Que de la vila donk ission y Pero la via ben sabion Car passât n'erou autra ves. 1885 Guillems vai prisant ab eill es Car negus hom mol no li sona ; A Borbo venc ad ora noua , A quîs tôt lo meillor ostal El plus f ros hom d plus leial; 1890 Et liom li dis quTn Peire Gui , Si cons pessavon sieu vezi , Eral plus pros hom de la vila ; Sa moller ae nom Bellapila . Ben foD quil mostrel la maison ; 1895 A la porta laz un peiron Sec lo prosomSy e quant el vi ^ Gufllem venir , em pes salli , Gen k) saluda e Tacoil : « Sener , fai s' el , albergar voil 1 900 Al^ vos, sius plas ni vos es bel , Qiuir hom m'a dig qu'en cesi castel* Non a nul home tan valen , — 58 — Cavallier , borzes ni serven». » — < Sener, hom vos dis soin voler, 1 905 Àf ais aitan vos fas ieu saber Que ja daus mi nous veng[r'] afans Si albergavatz neis .x. ans ; E veas estais e las maisons Al vostre plazer cm pcrdos ; 1910 Pro i a estables e soliers E cambras a cent cavatliers. > — c Sener ^ merces , ab tan s'alberga . » S'osta non semblet gcs Ramberga , Ans fon bella domna de teira 1915 E issirnida e presenleira , E saup ben parlar bergono , Frances e lies e breto. E quan vi Guillem aitan gen , Tan bel , tan gran » tan covinent , 1920 Pense t si bem que fos ries hom ; De sempre demandet so nom , E dis ausen sos douzellos : c Domna, Guillem ha nom lo pros. » — « Sener , vos sia ben vengutz. 1 925 En pauc de tems est fort cregutz ; '*'• " Ane hom non vi, mon eicient, Homen tan gran de tal jovent ; Ben aial maire queus portet E queus noirit nius alajet ! 1930 Vos non es[t] ges ancar disnat E sains es tôt adobat. Défera venc vostr' ostes ara , Perqae non em disnat ancara ; Pro i aura per vos e per nos , 1935 S'avias neis mais compainos. Totz pros hom que sains deissent Estai ab nos per covinent — 3^— • A tôt lo meins \o pruiuier dia , Pois tota hora , sil plazia. > 1940 — c Ben segrai vostra volontac E so qu'aves acostuinat , So dis Guiliems , mais tan vos plas > — < Sener^ merees, donquas lavalz. » •Li donzeil agron establal 1945 E tut lur arnes estuiat , Et il meteis porton la clau E soa albergat e suau ; Pron aa a luanjar et a heure Et hoste on si pogron pleure. 1950 Oimais pense quis vol d'amofs ! Que près es de Guiltem ii cors ; On es le cors qu'en son cor l\a Mais de lonc tems non o sabra Cil qu'es enclausa, et enclau i955 Lo cor de ce! que moût s'esgau Quan pot vezer ni remirar De lai on s'assis al manjar/ La lor on es so que tant ama , On plus manja e plus afama 1960 De vezer lai on sos cors es. Ja cil non er sadols ni pies Car plus ques abis non a fons ; Aiso sap totz homs desirons , E majorment cel que désira 1965 Joia d'amor quant trop li tira. Apres manjar Guillem lavet, Los bains e las cambras cerquet ▼0 — 60 — Ab soD osle que lot Ip moslra , E dis li : « Sener , cist er vostra , 1970 O aquist, si meils vos plazia. > Guiliems ren ais non atendia Mais [si] irobes unas fenestras Don pogues remirar las estras Ë la lor on Flamench' estava . 1975 Trobat a so que demandava , K dis a Toste : < Cil m'asautfl , Car es majcr c plus adauta. > L'ostes respon : c Al bonaùr ! SaÎDS eslares ben segur ; 1980 Ben poires Tar vostre plazer. Le coms Raols i sol jasser Cora que vengues a Borbo , Mais loue lems a qujs non sai fo '®'* ^ Car mon sener es fort camjatz 1985 Que soi' esser moût esseinalz ; Mas unquas , pois que près roollier , Non lasset elm ni vesti fer , Ni tenc en ren segle ni près, E ben sai qu*ausit o aves. > 1990 — « Ostes, ben o ai ausît dire , Mas d'autra caus* ai plus consire : ' Quar un mal ai que mi destrein , E si per aquest non revein Non sai rem quem diga nim fas«a . > 1995 — € Sener, (ol aures quant vos plassa , Dis Tostes , e joi e santal Doneus Deus per sa pietat. E d'aisous fas ieu ben certa Que ja nuls hom non s'avenra 2000 Tan destreitz non garisqu' els bainz , Ab sol que lo perque si bain. — 61 — I;i cambra foii beila c polida E de totas res ben garnida , Non fou meins iieitz ni fugairos 200S Ni Dulla res ques obs i fos. Guîilems a fah lains mudar Tôt son amei e estuidr. £ quan l'ostes s'en fou issilz , f Coma savis et eissernitz , 201 d Sos donzels prega e castia Ques gardon fort de vilanta ; Ben lur mostra e lur enseina *<* Per ren non digon nuiF enseina De lui , mas per unu rason 2015 Digou qo*el es de Bezansoii. Ja negus nos fassa mandar De nulla ren que deia far, E largamen menon vianda , So fara Tus que Fautre manda ; 2020 Tut siu senor e servido r E porte Tus a l'aatr'onor, Car totz jorns roanjaran ab Toste; G ja non gardon quant lur cosle, Sol pro n'i aia e bon sia . 202S Quaseus pense de cortesia E de servir a som poder , Car servisis ab bon saber Adus amix e guisardo , E val non mais tota sazo : 2030 « Pensas de vos , pensas de me . > — < Sener, fan cil, fait sera be. » So fol sapte de Pascba clusia , El tems quel rossinols accusa Tôt sels que d'amor non an cura. 2035 Us auriols per aventura Lo matinet cantet el bniil — 62 — Jusia Goillem que non daus Tuil Cella nug, ni far noi podia , E nonperquaut el si avia 2040 Lo leg net , mollet, lare e blane. Hais c'ora ques tengues per franc '•*• ' Ar si ten per près e per ser , E dis : « Amor , donna , conVer î Que fares d'aicesl cavallicr ? 2046 E jam promesesl vos Taulrier A bona fem cossellasses ; Kon auri'obs m'o tardasses , Quleo ai fah \ostre mandament ; Partitz soi de tota ma geni 2050 E vengutz sai en est {mis Aisi con estrainz pellegris ; Que negus hom no m'i conois. Tôt jorn sospire es angois Per un désir que mi destrein . 2055 Vers es que malautes mi fein , Mais a longas nom calra feiner Sin aissim deu gaire destreiner Le mais quem sent , que mais non es Ans mi plas mais que nulla res. 2060 Ancmais ses mal ta mal non aie, Mais uu proverbi disol laie Qu'ieu ai proat aras en me : < Adura ben , aquel ti ve , t Adura mal, fai alertai. 2065 De vos mi plain e ren nom val , Car neis no[m] deinalz escoutar ; Bem degraz sol u mot sonar Quem feses alcun bon conort. Mais vos aves dreg et eu tort 2070 Car mi deseonfort aisi leu ; ^* Ancar nom deu esser trop greu , — 63 — Ancara doo sain viuc querre ; « Amans deu porlar cor de ferre , E per io nom bem proarai 2075 Que totz aroanz am cor verai Dea esser plus ferms qu'azimans : Car cel es compoz , et amans Es Xotz simples , que non a partz , Pero es plus ferms » s6 dis artz, 2080 E per so duron relement Car simple son » e plus leumenl So qu'il compono si corromp , Car us contraris autre romp ; Mais amors es cais elemcns 2085 Simples e purs , clars e luzens , E fai soen de dos cors u » Quar si met égal en gascu : Us es dedins e dui defors , Et ab un cor lia dos cors ; 2090 Mas si non s'i met engalmeu Ges nom pot durar loogamen» Car cel cors en que meins n'aura Autres contraris recebra Quar mestier ha que sia p!es; 2095 Per so l'amors no i dura res Quar par n'i a e pauc non dura ; Car d'amors es tais sa natura Que non vol compainon en cor , Qui li met l'un o l'autre mor ; ^•'- >^ 2100 Tôt un cor vol aver per se , Et en aisi dura jase. Amors non foi ges coma falsa , £ s'o fai tengas la per falsa ; Per so l'apel simpla e pura 2105 Car non recep nulla mestura. E l'azimans , si tôt s'es durs , — 6t — NoD es tan simples ni tau purs , Car si d*€uliman ostas di Aves aman, cteDlati 21 10 Le premiers cas es adamas £ compo si d*ad e d*amas, Mas lo [vjulgar a tan mcrmal Gel /m que Ta eu t torual ; Mas tan con a val mais ques t ^115 Tan N'alon mais , eu sai ben qui Ad obs d'amor que sil non fan Ques van d'amor lot jorn gaban E d'amor un mot non entendon ; Ke non sabon ni non apreiulou. 21 20 Nom dirai plus quar non son digne ])e comparar plus qu'ad u signe Hua chafuesc'os uinozol , Entenda o chascus sis vol ! Levar m*ai doncs que ben es joms y 2125 Kl jassersnom'espassojoms. » A donc si leva e seina si , San Blaze pregu'e sant Marti E san Jorgi e san Geneis , E d*autres sans ben .v. o .vi. 2130 Que foron cavallier cortes , Ques ab Dieu l'acaplon merces ; Mais abans que vestitz si fos Ubrils fenestrals ambedos E vî la tor on cil estet 2135 Per ques el phis e sospiret , E sopleguet li de bon cor : < Na Tor, fai s'el, belFest defor , Ben cug dedins est pur' e clara ; Plaguess' a Dieu qu'ieu la[i] fos ara 2140 Si qu'Eus Anehimbautz non lamvis, Ni Margarida ni Alis. » w — 63 — A ccst mot laisalz bms cazcr E nos poc em pes sostener, La color péri, le cor? lî faii. 2145 Ab (an us de 90S donzels sail K ciijet si qu'el si Uesmcs , K sis feira , si nos coches Ques âb ^s braz io cap li seiu E (an quaut pot vas si rcstreiii -, 3150 Et en son licg l'en a tornat. Ane non vist home tan cochât En lan paue d'ora per amor. Le donzelle(z hac gran paor Quan noil (roba ni pois ni vena . i 1 55 Fin*amors Tesperit Feu mena Lai en la tor on si jasia Flamenca ^ que pas non sabia '^"'* ^ Qu'om fos pnr leis enamoratz. Guillems la ten entre sos bratx , 2160 Gen la bli^ndis c la merceja E Lm suavet la meneja Que ges sen(ir non o |K)dia . S*ela saupes qui la ténia Tan douzamen en visio , 2165 El gelos fos en pasmaso Tal don jamais non rcvcngiies , Non es homs qlic dire pogncs 1.0 deleig m la benanansa Ques dera per bon'csperansa . 2170 Si pogues csscr cominals Ailals plazers esperitals, Ben cug valgnes unas danc^as , Que désir e falsas espéras E pensar d*aiso que non fo 2175 M ja non et nulla sazo Adus cale* umbra de plazer. — 66 — Quanl Amors ac fag som plazer De respcrii , a lui s'entorna Drcg a Guîllem , el cors n'ajoma 2180 Quar tôt a vans quels oils ubris Tota la cara el fronz li ris ; So Ton alba , e quant ubri Sos oilz, adoncas s'esclarsi Le soleilz que fon ja levalz. 2185 Guillems es bels e ben coiratz , Beo fai parer aia estât Enluec don si ten a pagat , Car plus alegres ne torncl E plus bels que non lai anet. 2190 Le douzellctz ne tan plorat Ques a Guillem a toi mollat Lo mento e la cara el fron , E dis ii : < Sener ben gran son Aves aûl , et eu gran dol. » 2195 Sos ueils ensug ab un leiisol , E Guillems dis • « Amix, so auh. Tu as.sgut dol del mieu gauh. » Per so fon dib ben a rason : Autrui dol albadallas son. 2200 Em braias fon et en camisa ; Un mantel vert ap pena grisa A mes sot si a la feneslra. Li tor estai a la man destra ; Tant cant si poinet a caussar 2205 Nol poc ges liom la tor erablar. Toi bellamcn si xesl es caussa , E non ac sabbala ni caus[s]a Mais us bels eslivals biais to — 67 — Que foron fag ins a Doais ; â2IO Caussas de saia non eaussera Si ben hom tanl non la tirera. Soen sospiVa de preon Et a cascun sospir respon : < A gran peccat la tenon prcsa ; 2215 Ai ! bella res, dons* c corlesa, ^"^' ^ Franca , de lotz bos aips complida, Non veillas qu'eu perda ma vida Tpo de mos oils vos aia visla ! » Adones a sa gonella quista , 2220 £1 douzelletz tosl TapareiHa Qu'era plus savis ques abeilla , Plus alegres e plus formilz ^on es moslela ni formitz , De Taiga porta en un bassi ; 2223 Guillems lava, pois si eusi Las raargas moût corlesameu Ab un" agulleta d'argeni. Una capa de negra saia Ben faila vest, c pois assaia 22^0 Gom ira encapaironatz Aisi corn lioms cant es banhalz. . Ab tant l[ai] venc En Peire Gui E dis : € Bels sener, bon mati Vos don'ieu, Dieus et autras oras. 2235 £ con est ievatz tan aboras ! Grans ora cr abans ques diga- Aneui la messa, c*om la irign Per mi dons que la vol auzir. » Guillems fes adone un sospir 2240 K dis s « Bels lioslos, pur anu^ni — 68 — Dreg a la glieza et orein , Pois ireoi foras deportar Entro auiam lo sein sonar. » L'ostes respon : « Bel sener cars, 2245 Ja d'aiso nous serai avars Ni de ren que plazcr vos deia . » Guillems ac uoa gran correia En la maleta tota fresca Ab finella d*obra francesciia ; 2250 Be i ac d*argen.lro ad u marc, E c'om lo pezes neis beu lare, Car bella fon, rica e genla ; Guillems a Teste la présenta. L'osles l'enclina bellamen , 2255 £ dis li : < Sener , rie presen Ha en aquest , si m'ajut Deus ; Le pessamens es ara mieus Consius en reuda guisardo. Trop m'aves fag ara rie do ; 2260 Ben pot hom dir d'aital estrena Que bona es e tota plena , Car li finella qu'es tan grans El cuers qu'es beu dels vers yrlaus Val en cesl pais uu tesaur ; 226J5 Assas Tarn plus que s'era d'aur. > L'ostes fo moût de bona fe , Ë per mollier nom pcrdel re ; Noil quai |)ensar de sou alberc Per negun home que i alberc. — 6ff -^ 2270 Aindui s'en van dreg al mostier. Mais non son ges d'un consifier, Quar Guillems a som pensamen Toi en amor, qik'aU non cnlen^ '»*• ** Ë Tostes pensa de gazaiii 2275 K conssi appareil som liain , Car bes pensa que 1 endeina Sos ostes aquis liainliara. El moslier es GuHlen) inlratz , Ë quan si fon agcnollalz 2280 Davan l'aular de san Clemen Deu a pregat devolamcu Ë ma domna sancta Maria , San Michel e sa compania Ë tolz sans, c'usquecs li valgues ; 2285 Dos païens msters diis o très , Et una orason |)etila , Que l'ensenet us san limnila , Qu'es dels .lxxii. noms Dieu >i con om los dis en ebreu 2290 El en lalin et en grezesc ; Cisl orazon teu omen fresc A Dieu aniar c corajos , Consi fassa lot jorn que pros; Ab Domideu Iroba merce 22D5 To(z boni que la dis e la cre y. E ja non fara uiala fu Nuls bonis que de bon cor s'i fi' O sobre si la port'escricha . ' Quani GuHlems ac l'orason dicba 2300 Un saulier pren e ubri \o ; Un vers trobct de qiiel saup bo : Zo fon : Dilcxi (luoniam ; T». — 7a — c Ben saup ar Dieus que voliam , ^ Ha dih soau , el libre serra ; 2305 Adcs lenc los oils dis vas terra , Pero a van que s'en issis Garet ben on H donna sis Qu'ora que laïnz fos venguda , Mais nos penssava ques einuda, 2310 La lengues hom dedins la gliesa. Ab tan'sos ostes li dis : < Eia ! Sener, ben moul sabes orar. Moût avem saînz rie autar E moût gloriosa vertu t , 2315 Vos [o] avesben conogut, Que de letras sabes assas. » — t Ostes, ben sai, mais no m'en fas; Ces ara trop gais ni trop leri , Si ben sai legir mon sauteri 2320 E cantar en un responsier E dir leîsson en legendier. > — € Sençr, ben moul ne vales mais;. Si fos mon sener aitan gais Con esser sol , beus acuHira 2325 Et onrera sempre queus vira ; Mais gelosia lonz a tout. E nos conoissem tut de sont Qu'ei es gilos non sab per que , Car la plus de bon'airc re , 2330 La gcnsor e la mais ptazen, De bon adaul a tota gen , ''^'- ** Ha per mollier c'om a ver deia; Mais el languis e mor tfenveia , E fai l'eslar neis a rescosl , 2335 Canl es saïnz, tras eella post. > m "^uillems rcsjwn : « Non sap (|ucs fa , — 71 — E ja ben Icu non li vaira ; Mais no m'en cal , ques vol s'en fassa ! » Ab tan s'en passon per la plaza 2340 E van s'en focs en un garcii On le ronciuoLs s'esbaiuli Pe[l] (lous tenis e per la verdura. Uuillems se get en la frescura Desolz un bel pomier florit. 2345 L'ostes lo \i escoloril E cujet si quel inalautia De quel parlet a (autre dia L'a)i;ues en aissi dcseolrat; Fort prega Deu quel don santaC 2350 El lais complir tôt zo qu'el vol. Guillenis entent al rossinol E non au ren que l'osles prega . Vers [es] qu'Amors homen encega E l'auzir el parlar li toi , 2355 Kl fai tener adouc per fol Caut aver cuja plus de sen ! Guillems non aus ni ves ni sen, Nils oils non mou , ni ma ni boca ; Una douzor al cor h tocha 2360 Quel canlz del rossinol l'adus , ^^ Per qu'estai cecs e sortz e mutz, Et aisil clau tota l'aurella Cil douzors qu'el cor li reveilla Ques autra res no i pot intrar , 2365 Ans covcn que per joi menar Gascus dels sens al cor repaire ; Car le cors e? seners e paire, E |)er so , cant ha mal ni be , Gascus dois sens a lui s'en ve 2370 Per saber tost sa volontat ; E quan sou laïus ajostat — 7S -^ Om es defors totz escurz'Hz Et estai quais esbolauzitz ; E pos mais o be[s] dins los fui â37o Tornar, meravilla non ai Si jois d'amorsy cant es coiaLs E mescladamens bes e niais, I.OS fai tornar ad espero A liir senor, si l'en sonion . 2380 Ë tut ii sen an tal usage Que se Tus foraiis so message L'autre de pe non s'entremeta , Mais tota s'enteutio meta A lui ajudar e servir 2385 Si qjie tut aion un consir ; £ per cestai rason s'ave Qui pêssa fort que meinz ne ve , Men sen e men parla et au , K ja noi toc hom trop svau '®'' *^ 3390 Ccl colp non sentira ne gets ; Zo\e cluiscus p:r si meleis. •" Le possinol sa voz abaissa E de chaalar del tôt si laissa Setnpre quel sein auzi sonar. ^395 — c Sener ^ ben es ora d'anar. Dis Postes, oimai&a la messa. » Guillems enten , car plus non pensa , E iliz : < Hostes, aisi cous plaz , Qu'ieu la \oil esscr plus viatz 2400 Que sia la messa moguda Ni gaire de la gent venguda . > . — c Sener, abora laisserem, Eu c vos el cor intrarem Car ieu sai l(^ir e canlar ~ 73 — aoii Quesacomet, mais iiou ges clar. » — < A ! bels o$ie$, que beii aialz ! Perqiie so vos mi celavatz ? Pei' vostr' amor eu caiitarai Ab vos, que de caolar proo sai. » 2410 Al uioslier s'en van ambedui ^ Non troban eella ni oellui Que DON lor diga : < Deus vos sal ! > Usages es del tems pascal Oue volontîer totz tiom saluU ' 34 1 5 Quant al moiiestier son vengut Amdui s'en intrerou el cor ;; Per un pertus poc vezer for Guillems, ques lioms non s'en près garda ; Ades apinsa et agarda 24t20 De Flaiaenesi c'or' intraria ; Ë cujas ben si la vesia Que de sempre la conogues ; K sis feini s'il non tengues Qavan su cara ges de bend;i. iMo Non la vcira en als entendu Si non o fai tola eul)crta , Mais s'ilfos per nuila ren certa Qu'el mostier agues tal amie Non laissera per l'enemic 2t'J() Que ben non trobes uccaiso Coineii li mosires lo mento ; Al moins baissera lo nasil, O fcira parer c'ostes (il O calque ren davan sos oilz. ''2\^o Noit ioigra paors ni ergoilz Quant intrera que nom senes Ab lo nuin nuz , c non gairs TO 7* Tan sai e lai entro que vis Cel que d'amor per leis languis. â440 Ed gran baticor estai ara Guillems per si dons ques agara ^ Vejaire l'es de cascun' umbra Quel portai de la giieis' enuinbra Qu'En Archimbaut sia que venga. 2445 Li genz per lo mostier s'arenga . Quan fon venguda et intrada E la tersa monta sonada , '""i ^^' Adoncs venc le fers aversiers Per digastendonz totz derriers , 3450 Egaialz Ton e mal aceutz; Ane non fon mens mas sol Tespeul) Que non semblés tal espaveula Con vila fan ab vestimenta Contra senglar en la motaina. 2455 Josta lui fo e sa compaina , Ta] con fo , li bella Flamenca ; Et al meinz que poc s'aprobenca De so marit que dol li fa. Sus el portai un pauc renia 24GiO E sopleguet moût humilmen ; Adonc la vi prumieramen Guillems de Nivers si com poc ; Los cieilz nils oils de leis non moc Mais langui , plais » fol desplazer ^465* Car del tôt non la pot vezer. Amors li dis : « Zo es aquil En cui deslivrar m'assotil ^ E voil que ben t'i assotilles ; Pero ges lan no l'arodilles 2470 Que nuls homs s'en posca percebre. — iO — Bon t* cnseinarai a deccbrc Lo malastruc , fol , envcios A cui fora mieilz si uon fos , E de la bcndat venjarai. » 2475 Adooc Guillems sos oilz rctrai , Car si dons en la cambr'intret ^^ £ de sempre s*agenollct. Le preires di^ : Asperges me,. Guillem si près al domine 2480 Ë dis lo vers tôt per enter. An[c non] cug mais qu'e cel mostier Fostam ben dig; el preire issi Fora dcl cor, e porlet li Us vilasTaiga beneseila, 2485 Vas N Archimbaut , la ma dreita , Per zo que l'aigal dou'avanz. A Guillem remas totz le canz Kl a son oste que Tajuda , Mais socn gara vaus la muda SliM) Que del perlus los ueils non mou. Le cappellns ab Tisop plou , Lo sal espars per miei lo cap A Fhmencii lo mijis que sap , Kt ill a fag un' oberUirsoen mennt. Quant ac ravangeli mogut Le eapdias , li donnas dreissa ; A Guillem feira grau destreisa Uns borzes cpies drcisses em pes i5â5 Mas Dtnis o vole qiies oslct si ; Adonc gurot Guillems c vi Si dons que fou em pes dreisada , Et ab la ma ques Tod srii^ada Ac baissât un pauc lo nuiscl ; 2530 Los afflibles de son mantel Tcn ab lo pouzer davan se. (iuillem volgra ben qufrjassc Aqucl avangelis dures y Soi a Flamenca non graves y 2535 Mais (am petitet l'a durât Que col d'an nou Ta ressemblât. Quan fon dig , la domnas seînet ; (;uiHem la ma ntida mîret , V. fol vejaire que[l] toques w — 77 — 2540 Lo cor et am si l'eu portes. Aisi la puDg d'un douz esglai Qu'a penas si ten que non chai , Quar atressi con aiga freja Quan hom de primas. si refreja 2545 ^ro sus al pietz fai parven leu Ad omel cor el feg'el leu , E diz oi ! oi ! que ges uu mot Non pot torfliar, adoncs del toi Assi estet Guillems adonc. 2550 Davan si atrobet un tronc On si poc ben aginollar, Aquis gitet cais per orar ; Nuls hom d*aisso nos percebia Car sou eapion noif tollia , 2555 Ben fes parer quel cap li dolc Car a ravaugeli noi tolc Sobrel soc o[u] ades estet , Que vaus part nos moc nis menet Tro Nicholaus li donet paz ; 2560 A son hoste quel fen delaz Ne donet [el] , et al pertus Quant una croz a iag desus. < Nicholaus pren un breviari '"*'' ^^ ' On ac sautert et imnari , 2565 Evangelis et orazos, Respos e versetz e lissons ; Ab aquel libre pas donet A Flamenca, quan lo baizet Guillems ha vist dal pertuset , 2570 Que fora pies del menor det , Sa bella hoqueta vermeifla , AdoDGS fill'aniQrs li conseilla Mais per ren iio[n] s[î] descouort , Aribatz es a trop bon port ; — 78 — 2575 Gcs nos peiisava que d'un an Pogues a\cr de si don tan , Quar siei oil son alques pagat Del vczcr, cl cor dcl pensai. Quant Nicolaus fon^ repauzafz 2580 El cor Guilleno s'cs apensatz Consil pogues libre aver , E per ucaisou dcl tener Ha dtg suau : < Ha i comtier, Amies, aqui ni calendier? 2585 Quar saber voil per qu'ansim cosia Quant es dins jun la Pantecosla? > — < Seiner, oïl o, » el librel dona. Guillems non vol ques hom Tespona Gom te de luna ni d'epacta ; 2590 Las cartas unâ et una tracta E volgra las totas baisar Per sol una , s'o pogues far Cubertamen que non o vis S'ostes que [dejjosta lui sis , 2595 Mais trcbat lia un asaut gen < Bon es, fai ss'el , ques ieu ensein Per zo que sia enseinatz , » Pueis [ciâ] : < Glergues, et ou donatz Vos patz ? quar donar la devclz 2600 Ab lo sauteri, si podes. > — € Se ner, sim fas, e neis aisi La donei ar , > e inostret li Lo foil el luec,,abtan D*ac pro Guillem ^ c met s*en orason, 2605 E plus de mil ves lo Toil baisa ; Vejaire Tes tôt lo nwn aia E mai rcs noil posca Tallir } fO — 79 — E si pogucs los ueils partir Si qu'el pertus gares Tus oil% 2610 E Tautrc gares sai los foils Ben restera e beo Testel. En cel pensât tan demorct) « K tan si pac de cel consir Que non saiip mot tro ausi dir 2Gi5 Ite mk$a est al prcveire, Fort li pezet , so pot hoin creire. En Arehimbautz de sempre n'eis y É Car nom vol que nuls hom l'enpreis Âpres lui , non an pas lezer 2620 Que poscon orar ni sezcr Fiamencha e sas piuzellelas foi. 46 Qu'eran beilas e ginosetas E tais que degron marit penre , Quar plus de .xv. ans ae li meure. 2625 Elias s'en van ; Guillems rema Et atendet lo cappella Ques ac comensal so inieidia , E quan vi que plus non disia Yaus lui si Irai , gen lo saluda 2630 E dis : < Sener , per benvenguda Voirai que vos mi des un do : Queus disjics ancui a maiso , Et aitan quan si estarai Sias ab nos ades, sius plai. > 2635 [E] Tostes dis : < Sener, faitz o , Aver i poires fort gran pro. » Le cappeilas fon conoissens E plac li moût aiegramens De prohome y s'aver lo poc , 2640 El en après li a die d'oc . — 80 — Guilleins len ren merees trop geii El preir'a lui toi eissamen. Ab tan sou a l'ostal tornat E trobal dbnai adotMit y 2645 Mais^d'aiso ja nous dirai re, A manjar han assaz e be. Quan las tanlas foron Icvadas Non hac parlât doas vegadas Guillems, car en al res enten. 2650 D'aqui leva et iotra s'en ' En sa cambra per repausar E pcr la tor mielz remirar ; Son lieg trobet apparellat , E quant hac assu2 remirat 2655 La tor e la cambr e la ssala , El leg si mes , un pauc travalii Et en dormen ac recordat So qti'el jorn ac vist e pensât ; Bass'ora fon quant s'esveillel. 2660 L'ostes al capella noandct Et a Nicholau atrcssi ; Le capellan ac nom Jusli Et entendet si leialmens. Guillems H dis moût bellamens : â065 < Bel scner , nous fassas manda r Mais hui quant er tems de manjar, Per mai ogan est envidafz. > •— € Fait er, sener, aici cous plaz. » El pais foo acostnnuat 2670 Qu'el pascor , quant hom a so|>at , Tota II gens balki e trescft^ E 1 segon )o temps, si refreaea. — 81 — Cdla nuh las maias giteron E per so plas s'i deporteron. 2675 Guillems e Testes s'en issiron En nn vergier , d*aqui anzîron Devas la vUa las cansons . E déferas los auseHons Que canton de sot là vert foilla. '®*- *7 2680 Tôt cor que per amer si doilia . 'Tengasper dur si ben noil passa E noil trafora e noil cassa €il mescla , tan quel rescaliu Las plagas d'amor tro el viu. 2685 La gens si clau quan fon grans nuh ; L'ostes fo moût savis e dug De tôt ben, e dis : « Ora es Quen^ n'intrem , sener , e nous pes Quar nous es bona li serena. » 2690 Guillem s'en intr'a qualque pena ; E quan fon en son lieg tornatz On s'era io jorn repausatz E siei donzei foron colgat , A si meteis fort si combat 2695 E dis soen : c Amors , Amors ! S'em breu nom faitx vostre socors [Ges] nom poires loogas socorre . Mon cor ai lai en cella torre , £ sil cors vos mm lai mêles 2700 Sapias que perdu t m'aves. Ses cor joom pot hom gaire vivre , £ per sous die tôt a deslivre : Si ades nom pensatz de me D'un autr' aîmader feitz eonre , 2705 Qu'îeu m'en irai ; e on ?fKM) sai f T« — Sî — Mais lai on tota li gens vai : Ei> l'autre scgie, per saber Si lai aves tau de poder ; E nous cujes que ja saus torn , 2710 Per quan sam doues bon sojorn Ans cnh que malaus conogues. E vos , quem faz , donna Merces ? Ja soles vos venir a poinh; Kon vezes donc consi m'a poinh 2715 Amors , e feril de son darl Que lot lo cop mi crem'e m'art 7 Eu cug que fos entoissegatz ; Per doas partz mi sen n ifratz , Car per Taurclla e per Tuil 2720 Li près lo colp don tan mi doil. « Ane hom non vi tam prim arquier Con es Amors , qu'aisi dreg fier Per on que toc al cor s*en va Sos cairels , et aqui rema , 2725 El plaia defors sobresana Et es- de sempre bella e plana , E nom par que res i toques Ni dart ni sagefan passes. Per so non pens'aver dolor 2730 Le nafratz quan pert la vigor, Lo manjar el beur'el dormir ; E per mai re non pot garir S'ab lo cairel c'al cor li jai Endreli s'amor Amors non fai 2735 Autre oolb , e s'es tan pleners Le scgons con fou le primers , Per dreg covincnt si guerran Sil dui nafrat quant luec n'auran, foi. u Car Tus nafratz pot parir Vautre ; — 83 — 2740 Totz cors d'aman es d'aiso autre Que ja nou er fort ben garit% S'aulre non es per lui ferilz. « De quai guisa guerrai eu donquas , Gant cil oui arn non rni vi unquas 2745 Ni sap quim so ni sap quem l'a ? Gonssi A mors la poinera Ab lo darl qiies ieu ai al cor S*ella nom ve dins o defor ? Car s'il m'auzis o sim parles , 2750 si m'auzis o sim loques Adonc la pogra ben combatre Fin'amors per un d'aquestz quatre , E per mi guérir la ferra , Car non fora , quan mi vira 2755 Morir d'angoissa davan se , Que non n'agues calque merce. E pogra esser que non agra , Car ben ves hom donna tan agra y So dison cil c'o an proat , 2760 Ques es sens tota pietat Et escondis so qu'a promes. Quant ha sufferl dos ans o très Domnei e prec, solas e vista , E quan l'a cavallier conquisia 2765 Sos amix banc plus luein non fo , E coven li querre perdo Car banc cresel nil venc em pes ▼• Qu'il nul lemsamar lo degues. Per som part lo cors el cor laissa , 2770 Car cel non vol ben segre laissa E[l] cors pensa que l'esleisses , Sel forsava , que s en mogues 2775 — «4 — Eotro que los aîa gîtai ^ on ha tau lonc Urms mosat ; Mais eaDi ha cotM)giil e ^isi Q'qs antres ha cel hos conquisl Don el a trah si long' endnra. Non lia poissas de s'amor cura Ni désira plus sa paria 2780 Ni b ¥ol neis Irobar en via. < E pos cil catiu suffiron tan , Car son pagut de Tais aemblan .^1. ans .VII. .vui. o .viiii. , Qnes atrni en c'ades no[ni] mon 27^ Ans que plus fos d'anior nafratz ? Feira que savis e membratz Si penses de mi desUrrar An[s] que plus mi laisses forsar ; Mais tart mi sui reconogutz 2790 Quar abans que sai fos vengntz M'o deg^'aver eu ben penssat ; Mas pol aitant ai enansai Qn'oimais nom pos d*amor défendre , No i ha conseil mas de Tateudre 2795 E del sofrir si com poirai , Car ab estar o vaiserai foi. m E eaitius es qui trop s'esmaia. Dema sera kalenda maia E po[t] mi dar tam bon loguier 2800 Fin'amors, sis yoI , oon fes ier , Qoar festa er rica en ak De .II. aposlols cardiaais, E dni apostol devon ben Un casanier aver ab se ; 2805 Quar ben m'er festa si eu vei — 83 — La ren el mon qu'ieu plus envd, A cuî maulrei, a cui roi do. » A ccsl mol adormilz si fo , E ges los oils non liac ben clans 2810 C'Amors lo mes en bon repairs ^ Car dorment 5;i donz li moslret. Davan lieis de ginoils estet E preguet li : t Sius plas , merce Aias , donna , sius plas , de me ; 281 5 Voslra lausor fin' e veraia Que luz per lot lo mon c raia , Voslrc près e vostra valors , Voslri beulatz ', voslri ricors . Voslre sens, vostra cortesia , 2820 Voslre solaz , vostri paria E tolz bens c'om de vos au dir M'an fag a vos aisi venir Per esser voslre, s'a vos plaz; E si vos aitan mi donaz 2825 Que per voslre penrem deiues Ja non voil que plus mi dones » Car pro aurai si eu sui voslre. E car si tôt mon cor vos monstre Noos tengas , sius plas , a mal , 2830 Car deslreilz sui d'amor coral Quem fai ades merce clamar ; Mas s'ieu pogues ab vos parlar , O sius pogues veser soen D'aisso non dissera nient , 2835 Car del veser o del solalz Mi tengra per pagatz assatz ; E per 80 dei mais enansar En una ves de vos pregar Car non sai c'oraus mi verai 2840 Si de cor no ; el aisom fai TO — 86 — Parliir uisi ardidaineu Quar de paor prenc ardirneu ; E quar sai en vos conoisscnsa S'cnardis aisi'ma leniensa 2845 Qu-ieus diga ben ma volonlal. > Quan Guiilems hac assas pregat Ella respon : « Sener , vos qu'ies , Vos qu[e] aitan gen m'enquerres ? E nous enug sius o deman 2850 Car liane mais hom non mi dis (an , Ni tan ni re mais non ausi Qu'om rai parles d'amor aisî; » — € Domna , voslr'oms e voslre sers ; Eu ai nom Guillem de Nivers m. m 2855 E sui vengutz aisi a vos Merce clamar de ginollos y Quem moslres alcuu' ucaiso De parlar ab vos pauc o pro , Car mortz sui si nom conseiilatz. > 2860 — « Bel sener, vos eis o vcialz Cal consseil vos puesc eu donar. Ara sia queusvoiiï amar, Vos nous poires de mi aizir Ni eu de vos nulz tems gausir. 2865 £ si de mius est amoralz Et eu plaser ni ben nou[s] faz , Si far puesc e far non voit Deu m'esser lengut ad crguil ; Mais si o voil e far non podia 2870 Non deu esser li colpa mia ; £ ben vese[tz] lo mieu poder Cousi que sia del voler. — S7 — Per sous prec que nous aniores De mi, car ja pro uo i aures y 2875 Quar a mi non s'alain A mors , E so es li inajers honors Quem fai Deus en cesla preiso Car Amors de ren nom somo. » — c Ai ! dousa res, eu que farai 2880 Si de vos bon conseil non ai Cui am c voil , désir e blan , E tôt lo mon nom près un gan Encontra vos ? Quil mi dara to Sapias que devi sera , 2885 Car ges mon cor eu non diria A nulla re mais qu'el mon sia Mas sol a vos , ma douza res , Que m'aves si liât e près Que vos est mos entendemeus 2890 E mos jois e nOos peusamens. £ si pero m'en refudas Qu'ades per home nom prendas , Non deg presar ma vida moût , Car eu sai mon cor tan eslout 2895 G'uimais vivre non deinaria Si de vos vida non ténia. > — « Sener, gen vos humilias , E bem par en cor o aias, Si com dises , de mi onrar ; 2900 Ë sius pogues bon conseil dar Moût volonliera lous douera , Car en non ai ges cor de fera Ni sui de ferre ni d'assier. Non voil pas d'ailal cavallier — 88 — 2905 Moira per me sil puesc estorscr ^ Ë tan (lous pregar deu ben torser . Toi bon cor et adomescar , Quius [pot] tan ni quant escoutar ; Quar ferre freg deuria fendre 2910 Dousor de prec , quil vol'entendre. Trop es domna de mala guisa' Si dousors de prec non Tagaisa ; foi. m £ trop es cela causa dura Gui douzors de precs non madora. 2915 Trop es cel cors durs e giiatz Et en si meseis aturatz Quan dousors de precs i deiseo Si non desgela mantenent ; Quar cil douzors es calorosa , 2920 Plena d'amor e piatosa , E lai on ve , si gaire i dura , Noaesges de farina pura So que nom pot del tôt ableisser E segon si mermar e creisser. 2925 Dousors de precs Deu e sanz venz E la mar apaga els venz. E mas pregar a tan de forsa Non tenc a mal si precs mi forsa , E majormens quan de lai ve 2930 On jois e près e sens rêve E pren tost bens melluramen. Per sous conseillarai breumen D'aiso que vos mi demandas : Bel sener , cel quem dona pas 2935 Al mostier , si far o sabîa , Gug eu que parlar mi poiria Ben sol un mot a Tuna ves ; Quar ben sai que de plus no i les ; Et a r 2985 Lo somni recorda soen , A si meseis jura risen Jamais non voil manjar de pera S'aquest somnis ben non s'avéra, c Et ancar, si Deu plas, sabra 2990 Cest conseil qui donat lo m'a. » Asi a cella nuit passada E del jorn una matinada Entro que raiet )o soleilz Dins e la cambra tôt vermeilz ; 2995 Adonc si levet somnillos , Mais non fon ges si nuiallos Non ânes (a fenestr'ubrir Ans ques volgues del lot vestir ; E qui vis adonc sa color fo 3000 Ben semblet que fos d*aimador y Car pâlies fon els oils ac blaus De tôt entorn , els polses caus ; Un pauc tan fon esmaigriatz. E ges non es d amors nafrulz 3005 Quis meravilla don s'ave , Qu'om del mal d'amor non rêve Tan tost con liom fai d'autre mal — 9! — Que sec alcuu point uâturai: Quar mais d'amors es tan esquius 3010 Que pieilz ne fai us rescalius En un jor o eu una nug Ques autre ma[l]3en .xviii. E dirai vos rason pcr que : A uiors os mal ques al cor te 3015 Et ten Tarma prcsa e dausa , Que nom pot aver nulla pausa y £ quan que pense sai ni lai Ades en un luec si retrai > Et ades engalmen lormenta, 3020 E non es ora c'om noi senta ; Et autre mal an qualques ora De repausar , tart o abora ; E la nalura, qu'es maîstra Del cor , en son obs li ministra , 3025 Es al guérir fort entendiva , Mas per amor si ten caitiva Car nuil conseil donar no i sap ; .Per so met cel cor a mcscap loi. ss E dis a iarma : c Plus sabes, 3030 Donna , ques eu , e sius voles Al voslre mal quercr mecina , Mais non ges crba ni résina , Ni nulla re en qu'ieu obsaia , Car nos coven a vosira plaia. » 3035 Amors es plaia d*esperit , En qiics deleitou li ferit Tan que de garir non an cura , Per que nos n'enlramet natura. E qui d'amor es ben feritz 3040 Moût deu esser cscoloritz , — 9Î — Maigres e.teinz e flacs e vans ^ Et en als sia fort ben sans ; Quan tant es Tesperitz vesis Del cor , que si nul mal solTris 3045 Nom pot esser que non s*en scnta r Et el cors los mais H présenta ; Quar sil cors pena non traisses An cors non fora mais mais bes ; Mas qnar lo cor n*a greu trebail 3050 L'apeirom mal , e ges non- fail ; Car ben es mais durs e cozens E no i ten pro nuls honemens ; Car si res i pagues valer Phebus degra ben saber , 3055 Que fon meges meravillos E totz le prumers ques anc fos ; De las arlz dis per mal. d amor : to A totz valon mas al seinor. En aquest mot ben coufesset 3060 Ques anc mecina non Crobet . Que contr'amor valer pogues. Per so nom meravil eu ges Si Guillems cra fort laisalz. Tantost con bac los mas lavaiz 3065 Sos hostes venc vas lui adis i E dis : c Le reis de paradis Vos salve, bel seuer^ eus gart. > — € Hostes , Deus vos don bona part D*aiso que vos in^aves orat. 3070 A om anear lo sein sooat A la messa , o atiarcm Deportar for cm cr fesem? » — < Seiner, cous plaz , mas eu volria , Que begses un pauc , sius plazia , 3075 De bon aluisne, car oimai — 93 — Lo dea hom beur'el tems de mai. > — < Hostes, hocbeo, fais l'aportar. » — € Sener, vel vos cibel e clar. » Guiltems ha fait sa copa traire ; 3080 Sen pogra heure femperaire Tan foo bella, grans e hen faita , Ad ohra de ml pertraita ; .y. marc^ d'argen tenc em pesan E Tobra val heu atertau. 3085 Gnillems ne bec prumieramen E pois a 900 oste l'esten , m. u E dis : c Aîsi heves oimais , Car l'aluîsnes ne vaira mais » E moût mi plas que vostra sia 3090 Aicist copa que s'era mia. > L'ostes uon sap al re que dire , Slas de joi comeuset a rire El a grau penas l'en creset ; Pero Guillems tan l'en pregaet 3095 Que presa l'a , per lai coven Que mais nom hev'ab aulr'argeu T«iil quant aicist li durant , E ja nul tems non b vendra Ni la eamjara per meillor 3100 Ni per [minor] ni per major. A sa mollcr l'a çomandada , Et il l'a moût ben e^tuiadi^ E toroada en son copier. Dei manjar penson l'escudier , ^105 E Guillems e l'ostes s'en van AI mostier, Domideu pregan, Mais ges lur prec non fbron frairc Si lot si toruon ad un paire , De nulla ren non si tainion 31 10 Mais nom eomiual a^ion. — 94 — Guillems non s*cs ges oblidalz Car en eis Inec s'en es lornalz On ac a 1 aiilre jorn estât ; Ges non liac fort l)en saludat 311 5 Lo capella qu'el si giret tt Per vezer cella don intret. A ns que fos tercia complida Yenc N Archîrabautz, fera guida Que bella donna menar delà. 3120 Guillemfi vaus lo pertus colleia Si con fai austoi*s a perdiz; Pauc s'atent ad aiso que dis , Mais pero ane nom pcrdet vers Del salmi per gardar a travers. 3 1 25 Ë grans bon'aventura fo Que ges no i garct cm perde , Car sus el portai cella ves Plus longamen que mais non fes Flamenca per orar rema ; 3130 Son gan trais de la destra ma, £ per ucason d'escupir Baissai muzel , tan que gausir l^oc hen Guillems tola la 6oca. Ab los oilz la baisa e tocha 3135 E Tesdreissa tro al pertus. Ane non hac mais lan bon dilus Guillems ^gon lo sieu vejaire. Le soleilz non demoret gaire G'un rai aqui non trames[es] 3140 On l'autre soleilz s'era mes Qu'en orason vaus Dieu s'aclina ; Mais , si non fos li neolina Que Tcmiosa bendafai , Ja no i covcngra negnn rai m- m 3145 D'autre soleil aqui venir — ^5 — Per far ben l'angle resplandir Mas cet que de [l]a cara issira De Flamenco, que non conssira De lot aiso ne^una re. 3150 Guillems lo breviari le E sap moût de tornar al foil La bocha , et al pertus Toil , Quar aqui a tota [sa] pensa ; £ ben volgra que total messa 3135 Fos evangelis o Agnus, Quar adonc si dreissava sus Flamenca per cui el la era. Per son vol ganre l[i] costera Que cil postz fos ad una part , 3160 Que sos oils de sa dona part , El benda fos en autre loc O arsa néis en un gran foc. Quan [iNicolaus] dec pas donar Guillems li vole ben esseinar, 3165 En quai dels salms el la dones Per zo que mielz cel loc trobes , E dis : « Amix, eus mostr[ar]ai On dones pas quan m'en irai , Quar per mi deves mellurar; 3170 E tot'ora la deves dar En fiât pax in virtute ; E non voil que movas lo pe Entro queus diga la raso : to David dis a Salamo , 3175 Quan bac fait lo sauteri tôt. Que cascun jorn baises cel mot ; E tan quan Salamos reinet Sos règnes en gran paz estet. > Nicolausdis: < Beus en creirai 3180 Sener, e tos tems lai dirai. > — de — GiiiOems dis : c Lo librem tornas , Amix y comi ques o fassas. > — « 0, rasons i a trop ades, Qu*ea \*oil apenre, sius voles. > 3185 Quan Nicolaus acpas donada En la caria que li ac monslrada Guillems , c*al pertus s'atendet , En la man lo librel tomet. Quan Guillems lo sauleri (enc 3190 Totz le cors de joi li revenc ; En son capion si rescont Etab lo libre todial front, Los uilz el menlo e la cara , E vas lo pertuset agara 31 05 Per saber si ja o veiria Cil per cui d aiso fasia ; Quar moolas ves es ben avis Ad amador sia devis Uns autre cors d'aisso qu'ei vol , 3200 E ques doilla quant el si dol ; £ si fos Amors dreituriera Tut cor foran d'una maniera , foi. ss ^Mas so es d'Amor sa dreilura Que ja non gart dreit ni mesura, 3205 Guillems ha ben vist e notât S'om pogr'aver un mot parlât , En lan quan Nicliolaus poinet A dar pas nil libre baiset Flamencha , que moût humilmen 3210 Contrai libre som cap esten £ de sa bella bocal baia , Et avan quel libre retraia Nicolaus , segon son arbîre , Li pogra hom ben un mot dire. 32 IK Ab (an fon li messa cantada ; — S7 — £d Archimbautz , testa levada , S'en eis prumers , et après lui Yai s*en FlameDca senesbrui De juglars e d'autra maiûdda y 3220 For cella qu'es acostumada De leis segre e de servir Al descaussar et al vestir , So foD Alis e Margarida ; E neguna ren dod oblida 3225 De quaut ques a faire couveina Mi si dons comandar lur deina. Gan las gens s'en foron issidas Guillems ac sas orasos ausidas , £ pois a dîg a Nicolau 3230 In$ en Taureilla lot suau : c Yenes vos en quan sera liora , Que disnar si deu om abora . » — « Sener, hoc ben > , dis Nicholaus. • Guillems bac ja son libre claus 3235 £ pauset lo en un taulier , Et après issi del mostier E SOS hostes ab lui ades Que volontiers anet après. Las^tosetas agron ja traclias 3240 Las maias qu'el seras son fadius E lur devindas*canteron ; Tôt dreit davanJGuillem passcrou Cantan una kalenda maia Que dis : jc^Cella âomna;bcn aia 3245 > Que non iai languir son amie , > Ni^non tem gelos ni castic » Qu'il non an'a son cavallicr • > Em bose ^ ein prat.o eu vtrgier , 7 \0 3250 3255 3260 3265 3270 3275 ^280 =^ — 98 — E (Uns sa cambra non l'amené Per so que meilz ab lui s'abenc , El gilos lassa daus l'esponda ; E , si parla , qu'il li responda : Nom sonesmot, faitz vos en lai Qu'entre mos bras mon amie jai. Kalenda maia. E vai s'en. > Guillems sospira coralmen E prega Dieu tôt suavet Qu'en lui avère cest verset Que las tosetas ban cantat. Ab tan son en l'ostal intrat ; L'osles ha dig : t Voles vezer , Sener , con fis los bains , arser , Ou vos bainasses , adobar ? » Guillems dis : c Oi nom vol bainar , Car trop es sus en la kalenda , E bon es ques eu m'en atenda ; El luna sera dema nona , E bainar m'ai en hora bona. > L'ostes respont moût bonamen : • < Sener , al vostre mandamen . > Ab tan venc En P. Justis ; Guillems fes ben parer quel vis Car gen l'abrassa e l'acoil , E dis : c Sener , sius plas , e[u] voil Ab vos parlar privadamen . > Ad un douzel a dih corrent : c Ubri la cambra, non t'assetcs , E garât mais sains non getcs Sobre mi cobertor ni pel , E majormen quan fara bel , Si eu meseis non t'o disia. > Le capellans gran joi avia Car entent sa dousa paraula fol. S7 ~ 9a — b) diz : c Bel seuer capeilus , 3^285 Si toi non sui ara ben sas Pro sui rix hom, la roerce Dieu ! E voii que vos aias del miëu , Uns vestirs blans totz nous e fres Ab pena d'esquirols mores; 3290 E Nicolaus qu'es bos e francs Aura'n autres ab anlieilz blancs Qu'avia fah us mieus douzelz ; Fais lo venir, anVen ab elz. » Le capellas respon : < AJerces , 3295 Gujas vos y sener , qu*eu preses Aras aisi la vostra rauba? Zo non séria res mais rauba S*eu en aisi ar la prendia Si lot avan non la servia. > 3300 — c Sener, sius plas, vos la penres , E ja del servir non penses Quar ben la m*aves ja servida. > Guillems del pehre tan Tenvida Quel preire noil poc cpntrastar 330â E fai ne la rauba portar. Apres manjar Guillems intret Eu sa cambra , lai si pauset , Si pausar pot hom appellar Tremblar d'angoissa ni sudar , 33 1 Estendillar e trassallir , E badaillar e sanglotir , Planer , sospirar e plorar , Estavanir et ablesmar Guillems estet en aital pausa 331 5 En la cambra tro a nug clausa , Adonc anet, aisi con sol, El bruil auzir lo rossinol , vo — 40« — E;f5C5 509 mais non li raelluri '•»• ** Ans en recruza e pejura ; 3320 Mas adonc plus s'abouesis Mais d'atnor quao s'àdolentis y E per raeinz mal fai pieilz suffrir, Per qu'om nos pot de leis partir Plus ques al joc [soven] s*espert 3325 Que per menz perdre lo mais pert . Quan Tostes o vole s'en intreron , Per amor de Justi soperon ; Pois intret Guillems en son lieg E no i ac ges trop gran delieg ; 3330 Soen levet al fenestral , E dis: c Lasset! quam petit val Encontr'amor negus avers , Ni gen ni forsa ni sabers , Ardimens ni eavallaria, 3335 Enseinamens ni cortesia , Beutatz e sens e gentilesa , Parent et amie e proesa ! Qu'eiss*Amors non val ad amor ; E per som fai mais de paor, 3340 Quar s* Amor ad amor valgucs Eu am lo mais que nutla res , E degram ben valer Amors E eoutr'amor faire socors ; Car amors es le mais c'om a , 3345 Et Amors es zo quel mal fa , E Tus à l'autre pro non te Per so quar Fus de l'autre vc. Mais i val astres que {tarages , Quar d*Amor es sos folz usages 3350 Que non venga lai on deuria t« — 104 — Ni tenga pron lai on poiria ; Car cil cni am autr'amara , E cel un autra prejara y Et aisi eu leis non aurai 3355 Niz il cel^ ni cel leis de lai ; . Aissi Amofs si desacorda Et eu desacordan s'acorda , Quar ti^énsems égal liram Desacordai) nos acordam. 3360 Donc Amors vcr'a justicia , Que totlo mon vens e juslizia, Quar s'ieu am e non siu amatz , De mi donz non serai venjatz Si il de tal non s'enamora 3365 Que noil près samor una mora. Mais ancar non la puesc reptar Ad autra part deia tirar» Car eu nom puesc parlar ab ella , Et non ai douzel ni douzella 3370 Per cui li mande mon coraje ; De carta nom pose far messaje , Car en la tor non ha torrer Que \oIgues peore mon loguier, Car En Archimbaul n'es torriers, 3375 Seners e gaita e portiers. « Si eu meseis no m'o cosseil '«i- ^^ Nom trobarai quim don cosseil ; Mais scgon zo ques eu sompniei Hoi vas lo joru , quan m'esveillei 3380 Ques huncas poissas non dormi , M'acordarai ab don Justi , E serai sos cliers mai ugau. De Nicolau voirai ques an Dreit a Paris y car es (am pros , 3385 Por apenre doas sazons ; — 402 — E mon hoste farai mudar, E laissar m'a tôt son estar. Pois mandarai a raos baillos Quem trameton .nu. mausos 3390 Per trencar peire ben isnelz , Ques aporton pics e martelz ; A mon ostal de nuh venran , Ab la candela obraran , E far m'an una bella eslrada , 3395 Als caps ben claus'e ssagellada,- De la cambra entro als bainz ; E juraran roi sobre sanz, A nul home non ho diran. Quant auran fag s'en iran , 3400 Et eu feinerai mi garit E comorlar m'ai un petit ; E farai mon oste tornar, E [j]a non sabra devinar Per qu'ieu l'avia fait issir 3405 De sa maison ni départir, Mais quem pogues meiiz adaizar A ma guisa e sojornar. E part aco eisorbar l'ai Ab mon aver, tan l'en darai. 3410 A ma hosta Na Bellapila , Quar non teis ren , ni cos ni fila , Et es fort pros et essarnida , Darai una polpr'enrodida Ab bellas estelelas d'aur; 3415 A lonc temps i aura tesaur Can n'aura faita vestimenta Ab penas vairas , beila e gcnta , Quel donarai bonas e bcIlas , Tolas fresquctas e novellas. 3420 Mais »'Amors vol qua sia bes \0 — 403 — Nulla reii d'aisso, car mi prs , Passa mi calque demonstransa ! > A cest mot en son lieg si lansa , Sos draps remena e tomeja ; 3425 Amors feramens lo guerreja Et ab mans désirs l'agullona ; yeja[i]re Tes ades H sona E quel diga en r(*propjan , Gais per enug e meuassan : 3i30 < Car entre li e ton cor metz Ad icient doas paretz , Non fas ges a lei d'amador. » Adonc a la fenestra cor. Garda la tor entre al som , '«i- ^ 3435 Tôt adreissi com per so nom L'agues quiacom appeïlat. Ben fes erras d'enamorat Car si colga et ar si leva; E quan ves que sonz trop Tagreva 3440 El dis : c Amors, si m'adormes , Faitz mi somnar si com soles-, M ostras mi sevals pantaisan So que veser non puesc veillan ; De vos , ma donna , o voil dir , 3445 E sim puesc en vos adormir Ades m'en venra bes e pros. ' Per so dirai ades : vos , vos , Vos dona, domna, vos dirai Ades, aitan quan veillarai. 3450 Si miei [oil] s'adormo defors Eu voil ab vos veille mos cors ; Oc , ab vos, domna, oc ab vos. > Non pot dir .s. qu'en dormir fo E vi si dons a son talcn 3455 Que nulla res non lail defeu. — loi — E ben sol aisso avenir Qu'om somDe segon son désir Quan s'adorm sus el pensamen ; A Guillem esdevenc sovcn. 34G0 Enlro al jorn nos reveillel , Mas adoDcns tost si levet Per lai que puesca rae[ss'] auzir, Quar ben sap ques hoin la vol d'r, *o Quar non es festa , matinei. 3405 Apres la mess'els bains si met E fon ben tersa quan n'issi ; Los bains cerquet ben e eau si On i poiria far sa via £[n] aisi con pessats'avia. 3470 Le sols del bains era de tiure Tarn mo*2 ques hom i pogra escriurc E taillar lot ab un coûtée Que ja non i calgra martel. Un angle lai ac plus escur , 3475 E cel fon dreit escontral mur De la cambra on el jasia , Aquis pessa que la faria. Dels bains es eissitz flacs e vas ; Davan lui venc le capellas 3480 Esoshosles,EnPeireGui, El clers Nicolau[s] atressi, Et en la cambra es venguda Sa osta que gent lo saluda ; Per s'amor mangeron laïns 3485 Aquist quatre , et el fon quins. Apres manjar Guilleros fes querre Gella polpra que voU offerre A la doinna per acontctnsa ; Us douzels senes dcmoransn 3490 L'anet traire tost de la mala. Ane a Tebas ni a Tessala Non n'ac tam bella ni lam bona ; rgi. ei Guillems a sa hosta la dona. < Donna , fai ss'el , manlcl d'estiu 3405 Et un blisaut que beus estiu Yoil que fassas d'aquest bel drap ; Ë si Dieus vol ques eu escap De la dolor qu'ai cor mi sen , Quad'ans n'aures un veramen. » 3500 Puis li det bellas pennas vairas Que Tac donat le prebost d' A iras ; E foron failas a Cambrais; Quatre marcs costeron e mais. Poissas li dis una lauzenga , 3505 Si con sel ques a mel en lenga : < Non Toil aiso per don prendâs , Mais per arras, que sapias Que beus ai encor a donar. > — « Seiner , fai ss'il , si Dieus mi gar , 3510 Cestas arras valon ben do ; £ Dieu prec que poder mi do Et a mou seiner qu'es aissi Queus poscam servir en aisi Quel servizis a vos ben sia . 35 1 5 Gascuns de nbs fort o voiria . E segurÉmens demandas , Bel seners cars , so queus voillas ; Si vos fasem nauza ni brug , Car nos avem autras^maisos 3520 E mootz estars bels aisi jos ; E , s'a vos plaz y mudar lanz em ; t» — 406 — ■ Quant volres sa[i] lornarem. » — c Donna y merces , ben o dizes ,. E ben vei que vos conoisses 3525 Tôt so que malautes désira ; Beoi plai , s*a mon oste non tira ; Mais ans voil desaize suffrir Qu'en fassa ren ques a lui tir. > L[i] ostes respon : « Si pogses, 3530 Sener, faillir, aquesta ves Agraz faillit , car hanc parlez D'aisso quan anc neis [vos] doptes Que nulla res mi desplagues Qu'a voslre cors plager pogues. 3535 Lai nos mudarem volontier , E voil que demau al pruroier, Per tal que Dieus vos don salut , Nostra mainada lai si mut , Pare las cambras et adobc, 3540 Los sotols els soliers escobc A l'autre jom ; e nom de Dieu ! Mais vos plaz, mudar la[i] m'ai eu. > — < Ostes, aisi con vos volres. Pauc , si Dieu plas , lai estares , 3545 Car eu serai tost melluratz E d'aicest mal leu espassatz , E poissas tornares vos ne. Mas del mal c'aoras mi te No m'ause plainér per vergoina , 3550 E moutas ves voirai que moina roi. <» Lains al foc privadamens , Que non feira se i agues gens. E prec mon sener don Justi Ques ades mi tolla [\]di cri 3555 E quem fassa granda clerguada , Quar aût n'ai autra vcgada , — 107 — E sai que peccat i fazia Quar aitan creisser mi giquia Los pels ques ai en la corona. 3560 Eu sui canorgues de Peirona Et ancar i vol retornar ; Per so dei grau coroua far. E , merce Dieu ! mon orde sai E tôt jorn lo recordarai 3565 Ab lui , per so quel sapcha mielz ; Apenre pose, non sui tan vcillz ! > Le capellas nom poc respondi^c De gruneza car si vol tondre Sos cabeillz , ques eron plus saur 3570 Ques una bella fuilla d'aur , De cel c'a Monpeslier si bat On plus hom lo troba colrat. Ens Peire Gui nom poc laissar Que non Tavengues a plorar. 3575 Li donna fon de ginollos , Ben fes parer que mal li fos , [G]ar per los ueils j'aigal descent De que li cara fort l'escent. E Nicolaus tenc lo basci ; ^® 3580 Ghascus si com pot li servi. Li donzel s'oston d'avan lui , Gascus ad una part s'enfui , E ploron fortmen e gaimento , Et a ssi meseis si tormento. 3585 Ab unas forses ben tallanz , Que ges non ero massa grans , Le capellans sa crin li toi ; Los p[e]ls li botoisa el col — 108 — K fail corona gran e larga. *fô()0 Nous cujes gcs que las crins arga Na Bellapila , ans los met En un bel cendat blanc e net ^ Et obrar n'a un bel fresel Per far arflibles de mantel , «3595 E per joia lo donara A Flamencha quan fag sera ; E car scran mil bes baisât Cilz cabeil ans que siu usât ! Un bel enap daurat ses pc 3GO0 De .1111. marcs que trop l)en se Guillems al capellan estent , E diz H meut cortesament : < Sener , tenes vostre loguicr y Que pagar deu hom son barbier. * 3605 Le preire dis que nol penra : « Mal vos sap car res vos rema , Sener , per Crist, so faitz parer. » — € Vos lo penreSy sener , en ver, f«>'- ^* So dis Guillems, car mon solaz , 3610 Si nol prendes , ne perdriaz. > — € Sener » ja per so nol [perdrai] , Mas tan vos plas que bel penrai. > L'ostes e Tosta son issit De la cambra , moût esbait y 3615 Car de Inr lioste son dolen Car si dol si con fai parven ; Non agron oste mais tan bo Don aguesson tal guisardo , Car plus de .xxx. marcs valia 3620 So qu'en .m. joms dat lur avia. — 409 — Le capellaus renias ab cl , » E Nicolaus c siea donzel Aicels a faitz Guilleins venir £ fes lor de plorar giquir , 3G25 Car el lur [dis] : < 'Oimais ploras ! Ben par mon pro non voirias. » Le capellans Willem conjura : c Si Dcus vos don bon'aventnra , Scner , e so que plus amatz 3G30 Vos lais veser, vos mi digalz Que puesc eu far ques a vos plassa ! Quar non es res ques eu non fassa , Sol m'o comandcs , trop gausenz. E roi non es rasos ni sens 3635 Ni aibs per que dar mi dciaz, Sener, aitan coni mi donaz ; Mais aitatit sapchas qu*eu ai ben ^o Pervosfaria tota.ren. » — < Sener, merces» e tan fares 3640 Que per vostre clerc mi tenres ; E conseil vos que Nicolaus , De qiiem sap bo car es suaus » S'en anc a Paris per apenre ; Ancaras lia lo cor ben tenre , 3645 Et aura en dos ans après Mais que non agra fag en très. Quatre marcs d'aur li doiiarai , E cascun an lo vestirai. E nous cujes qu[e] eus en menta : 3650 Yeus Taur , e per la vestimenta Yeus aisi .xii . marcs d'argen , E pot s'en vestir ben e gen. > Le capellans ha tan gran joi — 140 — Que rcn nom pot dire mas : Oi ! 3655 Mas pois qu'an si fon apcnsalz Dis : « Bel sener benaûratz, Celz jorns que primas fom cssems Sia benezectes totz tems ! Car de mais re tan nom dolia 3660 Mas car mos neps aici perdia De son apenre tal sazon. Aicil vos ret, aicil vos doii Que tos tems sia]vostre sers. For[tl ben sap far letras e vers, 3665 E quan après aura dos ans El ne sabra faire dos lanz . f*^' ^ E d'aiso que vos mi pregas , Sener , que^os clerguesjsias , Sener es e sener seres , 3670 Et eu farai so qeus volres. » GuiUems respont : c Non m'o digas Aissi , ans vol quem prometas G'aissim menés con un clerson , m D'autramen no séria bon , 3675 Qu'ieu voil servir moût hurailmen A vos et a Dieu eissamen ; E solmon orde pose' ausir No m'estalbies de servir. Sim portavas major honor 3680 Ques ad un autre servidor , Cil honors mi séria dans El a vos , bel sener, afans. Fais mi tallar capa redonda , Granda e larga e prionda , 3685 De saia negr'o de simbru , De nacliu o de galabru , Quem cobri tôt d'orîs eu oris ; Non segrai plus los lorris loris De las cortz , que Don es mais trufn 3690 Tôt quant i a , e joc de bufa > E cel que plus i cuj*aver I troba meins, quan ve al ser. > Aissi presica Aengris , Mais sil capcllas fos devis . 3695 Ben pogra dir si con Bainartz Car si bolis daus totas partz. El bopc s*cn van per far la capa, Li donzel dison : « Si cscapa Monsener bem bos hom sera , 3700 Jamais en cort non estara ; Ben semblara morgues novels De Ghardossa o de Sistels S'agues los draps aras vestiz. » Guillems remas totz escaritz 3705 Et a fag una gran partida , D'aiso que vole ; e sonz Fenvida De repausar un petitet Apres los bains , el bon vinet Don sos hostes Tac fag pitansa. 3710 Amors en pauc d*ora l'enansa, E pot li bcn ara gabar Qu'il a fah un clerc ordenar , Mais per una de colum De secundum apostolum 3715 L'estorseria en jasse\ Car son titol sabia be Ans que feses corona raire. S'om pogues rcn en mal retrnire Que fin' amors manda ni voilla , 3720 Bcn pogr'om dir que trop serguolla TO 9 Quan fai home dissimular. Amors non a seinor ni par E per so pot far a ssa guisa Aissi cos Yol home déguisa. 37^5 Lo digous Tostes si mu el , El eis lo jorn Guillem mandel A Caslillou querrels obriers ; Uns vilans ne fon messagiers Que ges Guillem non conoissid , 3730 Non lur saup dir quils i querria En roca e'peira irenchar , E ben e gon l'en pagara Si que cascus l'en lausara ; E per so que meilz l'en crezesson 373:; Det lur pois , ans que [s'eln anesson .X, marcs d'argent ques ac porta tz , Don ad un mes los ac logatz. Le vilas era da Molis , E Guillems fon ben de lui fis 3740 Ques a nul home nom parles E de nug a lui retornes. Lo dissapte s'en es analz Le clercs Nicholaus, liemlpagalz, Quar d'aur e d'argen es lotz pies ; 3745 Apenre pot , si fols non es. Guillems es a vespras vcngutz , Fort botoizalz et aut tondulz , Et ab sa capa ques a fâcha , Qu'es de primas un pauc relracha , 3750 Car ades cujals braz gilar M. 6S Als ladriers aisi oon sol far ; Pero tant era eoseinatz Et a servir endoctriuatz Cas ^usz era qui lui vesia . ▼• 3755 Ges en gliesa dod sesia , Al capellan ades enten Per saber si dira nien. Le capellas cuja ss'ades Que per Sant Esperit parles 3760 E Dieus l'agues ealuminat , Quar hanc tau gran humilitat Non ac mais homs tan joveuselz ; On plus lo ve mais li par belz , Quar Tesgart hac simple e piu ; 37G5 Un angel semblava tôt viu Ques ades aportes salutz. Ben es Justis totz ereubutz Quar Dieus l'a tal clergue donat Quel vest cl pais el fai son at , 3770 El servis aissi volontiers Gon s'era us penedensiers. Apres vespras el recordet Las leissos els respos cantet Que dec hom dire a matinas ; 3775 Non l'en cal batre las esquinas Ni premer onglas per las mans Gar mais en sap quel capellans. Quant ac pro legit e cantat Van a l'ostal et an sopat 3780 Ab jorn , e pueissas s'en tornet Le capellans e Tenviet. E qnan son al mostier tornat Moût simplamen ha demandât fui. gk < Scner , fai s'el , jairai eu sai ? * 3785 — € Amix, vos non, qu'eu sonarai 8 — 4U — Per vos malinas» c venez Al prumier sein , si non dormez Tan fort que ausir noi poseas. Mais al ters clas pur sai sias » 3790 — « Bels seners cars , quius servira Donquas ni quius descaussara ? — » Bels douz amix, us nostre tos, Que per servent estai ab nos , Nos servira , sol al mostier 3795 M'ajudes a dir lo mestier ; D'autre servis! nom penses Quar ab aitant pro fag aures. » Guillems vai per la vila sols , Nos gara de fane ni de pois 3800 Nés leva d'autr'ome vergoina ; Quar de Franssa e de Bergoina Ë de Flandris e de Campaina , De Normandia e de Brelaina I ac assas homes estrains 3803 Que i cron vcngut per los bains. Ane de celia nug non dormi ; Lo prumier toc del sein ansi * Tost levet sus et apellet lJ[n] douze! qu'après lui serrot 3810 L'us de la cambra e la porta. Amors lo men', Amors [lo] porla , Amors li faî tôt son affaire , ^<* Amors Ta fag tondre c raire , Amors l'a fag mudar sos draps. 3815 Aï ! Amors , Amors ! quant saps ! E quis pessera ques tondes Guillems per tal que dompuejes ? Gant auti^amador s'acomplisson Es gensou c s aiiiïollissou 3S20 Ë pesson de bels garninicns » De cavals e de vestimens , Fraire Willems s*apataris , E per si dons a Dieu servis. Bea es fols gilos que s*esforsa 38i5 De guardar moillier ; quar se ioT:<\ Non laill toi , ben lai toira geinz Que non val, som cog, gaire mcinz De Guillem nos garet negus Egal que feira d'un reclus. 383() Al mostier s'en ven abrivatz Il tantost con si fon seinatz A don Justi , lo capellan , A tracha l'esquilla dei man , Ane mais esquilla non sonet , 38*i«*> Pcro de re nom si penset , Ans sonel clas et avau clas, £ quant venc a sonar lo clas Fes lo tam ben qu'eis le cloquiers S'en mera villa el mostiers. 3S40 Apres matinas , don Justis Dis a Guillem c'un pauc dormis ) foi. 6t Etal mes en una cambreta . Jostal cloquier, moul asauteta , En que sol jasser Nicolaus ; 38io Cuberta fon de jonc ab raus. Guillems no i poc g^ire dormir ; Trobat ha un novel consir Et a pessamen que dira A si dons quan paz li dara, 3850 E dis ; « Amors, que failz, on ses ? Que dirai eu car nom venes — 146 — Ësseinar so que deurai dire 1 Ben pauc vos cal de mou eonsirc. Vos es sorda o adormida , 3855 Esperduda o amudida ^ O erguillosa tau qu*eu re Nou tenes ar autre ni me. Gujas far si cou fes Dieus Quau trames los apostols sieus 3860 E dis lur : « B^rou, quau venres < Davan ios reis , ja non penses > Queus digas, que beus avenrn > Aqvi eis so c*obs vos sera > Ane a|)OStols tan gran paor 3865 Non ae davan emperador Cou eu ai ancui de faillir Davan celia cui tau désir. E nonperquant tôt proarai Yostre sen , et assajarai 3870 Si m'aures ben apparellat Que sapcha dir bon mot cochât , Quar ben a obs que sia leu So que dirai , e bon e breu E ta! c'o posca leu entendre 3875 Gella quem fai lo cor eixendre. Mas ren non sai qu'ieu delà dir , Et on plus fort eu m'o albir On moins atrop mot que li faza ; Mas folz semble ques ara jassa. 3880 Ab tan s'en eis e son uis clau , Sobrel luntar torna la clau , Domenz que don Justis l'a presa Aqui la mes quar ben Tadesa. Al serven ques ac nom Vidal TO — 447 — 3885 Fes aportar aiga e sal Per aiga benezeita far ; E quan n'ac près al mas lavar Fon reveillatz le capellas ; De l'aigal donet a las mas 3800 Et aa lur prima [comehsada] ; E quant agron tersa cantada E lur clars ricamen sonat, Aisi con fo acostumat , Tota H gens venc a la messa . 3895 Apres la preissa plus espessa E[n]s Archimbautz , aisi com sol , Venc totz derrers , e per son vol Non fora dimergues ni festa. Diabol semblet de la testa foi es 3900 De cels ques hom irissatz pein. Ges non a tort si noquas fein Flamenca per s'amor joiosa , Quar moût pot esser angoissosa Domna quant [lo] diabol ve. 3905 Empero après lui s'en ve Et intra s'en en son estug. Guillems o hac ben vist , son cug , Car en re mais non atendia. Qui d'aicest cujar non cresia 3910 Eu non creiria lui fort ben Si m'en plevia neis sa fe. Guillems saup moût ben sa fasenda , L'oSzi saup ben e ruffrenda De cor , e la eom[u]nio. 3915 Le capellas non fes senno Ni mandet festa la semana ; Guillems hac vos clara e sana E canta ben apertamen A YAgnus Dei , et el pren 3920 Pas, en aisi con far dévia, VA a son oste , que sezia El cor, de serapre n'a donat. I.'oslcs non ho a gcs celai Si bcn s'era lains el cor, 3925 Quar als borzes en dona for , El paspel monasteir s'esten. Guilleros vai son libre qucren , E per aiso demora tan Qa'En Archimbaut ne pren davan 3930 Qu'el sia lai defor vengiitz On estai sos jois escundutz , Per nulla ren [non] vol baisar N'Archimbaut, neisa pas donar ; Ab tan s'en eis, e Dieus l'ajut ! 3935 Car banc mais per tan esperdut Nos tenc per ren con et fai ara . Non levés sps oilz ni sa cara Per so que sai ni lai gardes. Yaus Flamenca s'en vai ades , 3940 E cuja ben certanamen Ab si dons aia parlameu El pusca dir sivals u mot, Mas sobr'Amor o laissa toi E dis : < S'Amors hui non m'aduz 3945 De mon désir a quelque luz Jamais en leis nom flsarai ; Mas , si Dieu plaz, be i avenrai. A mors non fail ges a la cocha , Mas a mi par que trop i Iccha 3950 Per gran désir qu'el cor m'aMama. Et aitals es totz homs ques ama. Guillems davan si donz cstel ; TO — H9 — Onaii il lo sauteri baiset , El ti|dis suavet : < H[a]ilas ! » 3955 Pero ges non o dis tam bas Ques il fort be non o ànsis. Guillems s'en \ai humils e dis ««i. «» Ë cuj'avcr moutcuansat; S'd agues ara dérochât 39tiO Eu un tornei .c. cavallters Ë gasainatz .v.c. destriers , Non aia joia tan perfecha , Car res el mon tan non dcleiga Tôt fin aman con cel jois fa ti9(>5 Que ven de lai on son qaw ha. Le e^ipellans nos bitenset , Apres la messa comcnset So mieijorn , aisi con solia . Guillems lo sauteri teuia 3970 Ë fes parer los salms i vis , Mais avan que d'el si partis M fueil plus de .c. ves baisât ^ Ë cel mot ailas ! recordat. En Archimbautz s'en eis dese 3975 Ëmenan sa moiller ab se , Que ges non la vol oblidar. Aitant com la poc endreissar Guillems ab oils de cor l'endreisa. Lo vestir plega e l'adrcissa , 3980 Lo calici e la patena Met en lue salv , e pois ne mena Son hoste e son capella . Apres disnar l'ostcs s'en va Ab don Justi per compaino, 3985 E Guillems remaa maiso. — 420 — . Qaan mangeroD li servidor El ÎDtret en son dormidor , ^*^ So es li cambra en que jai. Ben poc far camba sai e lai 3990 Car ben Tes près a son vejaire : Gran joi agra sil dures gaire , Mais aqui eis si desconorta Car aitan pauc estai a porta Gauhz entiers de ver aimador 3995 Con fai ad uis de jugador Et e menz d'oral camja cors. Zo dis Guillems : c Las ! corn no mors f A mors ! ben pauc enansat ta'as» .YI. cujei far et ai fait as ! 4000 Car banc mi dons nom poc ausir Zo qu'ieu ai dig ab un sospir , C'a pauc k> cors nom trasanet ; E quan mi dons so cap levet « Un pauquet sivals m'esgardera , 4005 E ja si tost non s'escondera Si tant ni quan m'agues ausit. Li benda sai que m'a trait ^ .Quel tenc las aurellas serradas. Bendas mal fosses banc obradas ! 4010 Pendutz fos qui bendas fes primas » Quar hom non las poe far tan primas La \ista d'ome non aifollon f Et ad home l'ausir non tollon ! Lasset ! caitiu f que dem farai 4015 Ni quai consseil ara penrai? Non sai qui donc, Amors, quet val m. 7a Qu'il non s'entremet d'autrui mal. — Tort bas. — Per que ? — Si fai. — Cossi ? — Peu ! fez ti parlar hui ab si. 40iO — Vers es ab ma dona parliei Mas quai pro i liai , iii qu'eoaiiciei ? — Tu si fesist ; digas mi quan Tu enansiest sivals ailan ? Qu'enanz que li donna baises 4025 Lo sauleri nis recondes Poguist vezer desliuramen Sa bella hoqueta risen. — Toi so es vers , e ben confes Que de ma dona fui tan près 4030 Qu'ambedui un libre tenguem ; E ss'acordat nos o acssem , E nonz o destorbes paors , E no i acsem aitans auctors , Bem pogram dir don melz nos fora. 4035 Biais hom dis que Tantalus plora Car mor de fam e mor de set , E per so , ins en Taigas met Que Tatein entro al mento ; Bellas pomas a enviro ; 4040 Quan cuja heure l'aigal fug , Atertal Tesdeve del frug ; Zo fon per gran peua donat Car un conseil non loue celât ; Doncas no fo ren als mas pena, 4045 Car siu tan près de la serena Que vaus sim trais ab la douzor De som près e de sa valor , De que fag m'a aital reclam Que de set m'auci e de fam , 4050 E tal talens de josta leis , Se i faiz follor heu Tam eu eis Car ben es dreitz qu'eu ei[s] la hcva E ja per autre no m'en pleva , Quar soletz vol lo mal sufrir , 4055 Sol que siam dui al garir ; 10 Quar de midons non gausiria Si del mieu gaug il non gausia ; Quar aissim pren bona sabo[r] Lo bon saber c'om ha d'amor , 4060 Quan Fus de l'autre si gausis Le bon saber assaboris. Car s'en am fort , aissi con fas , E teoc mi dons antre mos bras , Bais et acol e fas quem voil , 4005 Sem pes qu'il so tengas ergoil , sim euh qu'en ren non so te Mas suffri so non sai per que , No m'a sabor mos bos sabers. Doncas m'a obs le sieu plazers 4070 Que mon bon saber ailousisca E l'us per l'autre saborisca . E qui non sap aiso saber Non sap gaire de bon saber ; Ë qui aiso leu non entent foi- 7i 4075 Ane non ausi , mon eisient , Lo porverbi : d'aital grat n'aia [G]ei qu'en dormen sa donna baia. Mais eu non sai per que n/azire Ni per quem vol aisi aussire , 4080 Car so bon [l'Jave a doptar E meillor part dcu om tornar ; E ben ère que mi donz ausi So qu'eu li dis , mas suffris si , Quar donna es cuberta res , 4085 Zo dison, e sa? que vers es, E non vol far negun semblan Tro so agues pensât avant. Bem conoc per homen eslrang E dis ben leu : c D'aiccst clergang 4090 » Quem dis atlas ! eu cii[i]eii so 4095 h\00 4103 4110 — ^23 — Que cuja dir , nias s'alcun pro De mi aver el nos pesscs Non cug qu'en lai lue mi parles E son dig voil eu ben entendre , Mas car ve c'om mi vol défendre E lener presa et cnclausa , Que negus hom parlar non m'ausa Nim pot , em pla ni en carriera , Eli a trobat cesta maniera De parlar am mi si corn pot. » Cais per descug e per desnot, Ar qu'en vail meinz car mi conort, Ans mi val mais , qu'en desconort Aconsec hom assas per tems. Hom dis : Si ben amas, ben tems. E per so car be[n] am ben tem , E ja non aurai gaug massem Si davaus mi donz gauh nom ve Quem pot mot gaug d'u mot far pie , E nom pot fallir pcnssamens » Conort, désir ni marrimens. Et allais es tolz fis amaire Que per un -ben vol .c. mais traire. ^ TO Mout es Guillems en greu |)anlais, 4115 Leu s'alcgra e leu s*irais , Leu ha conort , leu ha esmai. Flamenca , que pres^li estai , Quan de la gliesa fon venguda E son cor ha ben retenguda 4120 La paraula ques ac ausida ; Quesacomet ne fo marrida , Pero betlamcns s'en cubri Ailan con sos maritz o vi. — 124 — Quant El) Archimbaulz Ton (lisn«i(%, 41^5 Aici com'era acostumatz leis de la tor et intra sa^sn El palais on mainol serven. Flamenca remas consirosa , Moût si clamet nialaûrosa ; 4130 Moût si doloira es gamenta , Trista s'apella e dolenta , Ab Taiga del cor sos oils moilla ; Ben fai pare[r] que trop si doilla , foi. 72 Ane mais per caitiva nos tenc ; 4135 Del mot de Guillem li sovene E dis : < Eu deu beu dir : Ai lassa ! Mas cel que dis oilas ! nous lassa E non es malaules ni près , Ans bels e gra[n]s , e mais cortes ; 4140 Nos es ges trop quar m'esquarni? Peccat i fes 9 e pesa mi » Car nol pesa del mieu enfern. . Ja non degra dir ver esquern , Quar esquerns vers enuja plus 4145 E ja non sia neis mais us , Que non farlon .c. messongier. Dieus ! e que dis ? que vol ? quem quer ! Non sui assaz lassa , cativa ! Non estauc per mal traire viva ? 4 ISO Bel sener Dieus ! que l'ai forfag Qu'en fal lue m'aia mes agag ? En estrang loc m'a donat saut. Pero bes garet que tan aut Nom parlet que lioro lo pogucs 4155 Auzir , et avan ques mogucs Mi fo veja[i]rc que mudes Color, et un pauc sospires, Aici com cel qucz a paor Tl) Ë pois vergoina e calor. 4 i GO Non sai donc que dire m'en dèia , Auria donc de mi eveia ? Yolriam ges aissi enquerre ? Autr'amor li cove aquerre ; Li mi' amors non es amors 4tOS Ans es angoissa e dolors, Plena d*enui e de trebaill. Sanglot e sospir e badaill , Gaitivers , destrechas e plors , Tristors de cor e amarors 4170 So mei vezi e mei privai , E N'Archimbautz » c'ap mis comku , Non sap perque , la nuz el dia E per mon vol morta m'auria. Bem fora melz esclava fos , 4175 Ab Erminis o ab Grifos » En Gorsega o en Sardeina , E que tires peira o leina Car per ren pejarar nom pogra , S'agues neis rivala e sogra. > 4180 E so qu'il dis ausi Elis , Mas non sap perque si marris Si dons » que Margarid 'apella : < Sa[i] vines , ma douza piuzelh , E vos Alis , auias mon dol : 4185 Morta séria per mon vol Quar al cor ai tan gran deslrecha Cap pauc non case morla freja , Quar us vassalz , non sai qui ss'es , Ni mais noi vi quel conogues 4190 M'a hui laiamen escamida. > — « Donna, qui fo ? dis Margarida , » foi. 73 — < Amiga , cel quem donct pas ; Dejosta mi vos estavas — 126 — ' Et einpero non enleiidcs 4 1 1)S So qu'el mi dis , fe quem deves. » — c Donna , sius plas , digas nos o — c Amiga , non failz si mal no Quan m'en soven , e nomperquanl Dirai vos o» conssi quem n'an : 4200 Pep mal de mi e per despieh , E car sap qu'ieu non ai deleig , Solaz ni joi ni benanansa , Mais dol et ira e pesansa , Mi dis : Ailas ! consi e[l] fos 4205 Moût fort et eu non consiros. Hanc non ho dis mais per menbrnr Quem dei tôt jom lassa clamar. > Adon Mairgarida respos : < Douza donna » fe que dei^vos , 4210 Non cug.que per mal o disses , Quar ges nom par ta mal après Ques a vos disses<^vilania . Ges aqnest patz .dar non solia\ Car cest es plus bels e plus grans 4215 E mielz legens e meiiz cantans E fort ben gentil home sempla ; Son cor li toi , so[m] cug, et cmbla Yostra beutatz , mais quar parlar Nous pot d'autramen ni prear , 4220 E[l] si mes en gran aventura Gonsius pogues dir s'aventura. » Alis ha dig : < Si Deus m'ajut, Mas vos avës [o] conegut, A ici es vers; mas quai semblan, 4225 Donna, vos fcs quan fon davan ? > — «t Alis, non garel ges dretz oilz. » i — < Ha ! ha ! don non fon gcs elgulz Ni malesa ni vilalesa So queusdis, mas vera temensa. » 4^30 — cAmiga, un pauc sospiret, « Quan m'o dis, e vern)cilz tornet . » ^ — « Nous quai dir, per qu'eu doplas i Eu vos enten, so sapias. Eu noi conose ni sai qui sia , i 4235 Mais vos fares gran cortesia v S'adrejamen K respondes. » < — c Amiga, ben leu o dises, ^ Ans [nos] coven, so sai, trobar Tal mot que puescam acordar 4240 A so quem dis prumierament ; Quar ges fort ben adreitamen Noil puesc en escofet respondre, Ë donna deu son cor rescondrc, Sivals de primas , tan o quant, 4245 G' om non conosca son talan ; E deu motz dir d'aitai egansa Que non adugon esperansa Ni non fasson dese[s]perar. > — c Donna^ mais sabes de jugar f«i. 74 4250 Ques eu non fas, mas, pcr ma Te, Ja noI dires, per mon grat, re Que noI fassal cor ben gausen. Dieus lo[u]s trames propriamen Per vos desliurar de preiso. 4255 Si vos meseisa vostre pro Vos toiles, qui v[o]s planera ? Jam boni planer nous en deura. » — c Amiga, quan sabrai del tôt Som cor, quem dira mot e mot, 42G0 (E d'eissi a dos mes sabrem Tôt som pensât, s'aitan viven), — 4 28 — S'ieu conosc qa'amors lo destreina Eil serai donna bon' e fma E ja mon cor ûoil celarai, 4265 Mais tant cant el voira voirai. E moût pot leu donna percebre Qui Tama o la vol decebre, E mais conois que sens bausia ^ Es amada, e pois forvia » 4i70 S'amors es falsa e truanda Et es folz qui ja la demanda. i i I c A mors non vol ges domna vairn, Non es domna pos son cor vaira E non atent aisso que dis ; 4275 E ques es donc ? Dieu ! truphairilz Que fai languir ab totz destrics Aicel que Tes corals amies E tôt jom la ser e la blan. Diabols t es fer s'a cap d*an 4280 Merces non l'a d'aitan forsada Qu'a sson amie, una vegada Savais, que no fassa plazer Tal que de leis non desesper ; E, pos r aura un plazer fag> 4285 Si pois li met s'amor em plag Que noil fassa tôt quan voira, Fegon que temps e luecs sera, Ben pot saber quel jois prumiei-s Ëra falses e messongiers, 4290 E ges de bon cor no veuia Mais car encanar lo volia E far musar tro l'agues mort. Si pois s'en part cel non a tort, Ansdeu cel loc pois esquivar TO — 129 — M\)li On [il] eslai ni deu estar. El mon non a drago ni viiM*a, Ors ni leon ni lop ni sibra, Qu'om nd pusea adomeschar Ab gent tener, sîei vol poinar. 4300 c Doncs es piegers ques autra les Cil donna cui non venz meroes» Car amors vens los venzedora £ lai on ren non val amors, Dreg ni rasos ni car tenaisa, 430r) Si merces ifai capteo[en]sa Acabat es senes faUida. E mais vostre conseilz m'envida roi. 7s De respondre, que respondrai ? E[l] dis : Aibu ! e que dirai ? » 4;> 10 — € Donna, per Crist, si fos on me, So dis Alis, en sapra ben De quai guisa li respondera, E ja, som cug, no m'i pecquera : El dis : Ailas I ara diguas : 4315 Ailas ! que plans ni demandais ? > — c Ailas! que plans ? eertas, fu ssi ; Ben aia qui cest mot chausi ! Ailas f que plans? trop ben si fa . > A Dieus ! aîtal con obs i a 43iO Mais de mil vez ann ajostat Ailas ! que plans ? e recordat La semana enans que veiic Al dimenegue ; âdonc nos tenc Guillems de servir a la messa. \ 3:25 En gran pesser avia messa Flamenca, ques ades l'aten Quil porte pas e gauzimen. î) — 430 — Quaa luec&fo, nos fes a loandar De penre pas ni de portar 4330 Guillems, si poc ; mais ben garet Qu'a M'Archimbaat ges non doiiet, Qnar fora del cor non issia Entre que d'antre près n'avia. Vas Fiam^ica venc àmplamen, 4335 £ Margarida gardas pren, Et Alis, de sa conteoensa ; ▼» Cascnna jura sa cresensa, Tôt suavet, c'om non l'ausi. Ane mais tan bel dergue non vL 4340 Bes non es Amors non ensein : Flamenca fes un certes gein ; Quant d ac lo sauteri près, Devans destre, on s'era mes En Archimbautz, que.pres l'estet, 4345 Quais per escrima plus l'ausset E Tautra part fes biaissar, E quant vole la carta laissar Tôt planamenz e senes gap A dig : c QUE ptAiNS ? > pois dreissal cap 4350 Et esgaret ben la semUausa De son amie e la mudansa De sa cdor» e ben conois Que savis es e tries e mois, E canta ben et abds pels, 4355 E si dans ella nos pert cels * Ja per lui non sera sauput Bes qu'il diga ni conogut. Non sai quai plus ar desires Qu'a maiso fos e recordes 4360 Zo que Fus a de l'autre vist ; — 434 — 1 MottI cuj'aver cascus conquist, Mais Guillems es plus gaozioAS Tan qaan plus cra désirons. Can fbo ve[n]gutz a son liostal 43C5 En dir : qne plans ? Iiao son jornal ; foi- '7f> Pero non voil ques enteudas A vespras uon vengues vivas, Ans ausi ben totas sas horas, Nom pari uoa tart ni aboras 4370 E non giquis el salm un vers. Si fos vaus Dieu aisi convers Gon vas Amor e vas si dons, De paradis fora totz dons. Quan la nug adormir si cuja 4375 S'agues losuils totz plens de suja NoI dissera[n] ja meilz de no. « Adormir! pron dormirem, pro, So dison Fuil, sovenga ti De so quet mostreoi oi mati. 4380 Non o vis! donc consi levet Lo sauteri quan lo baisei, E fes biaissar l'autra part Li belia cui Deus salV e gart ? Domnas aureUas, tort n*avés 4385 Car ades sivab non bondes, E non dises [aras] : que plariz ? Ane non fon mais si rix gasanz Gon vos aves hoi conquistat. Per tostems deu aver comprat, 4390 Amors e sol hui mon senor ; Quar li fes oi tan gran hoiior Gascuna deu esser curosa D'aicella vos bonaûrosa Que tôt cor revens et adousu ; ""^ 4395 Manna de cel non es tan doiiza Quecai plus soau que rosada, Parlât noo a uoa vegada Amors, hoimais es sobre \os De respondre, quar davan vos 4400 Nos a tornada la pilota. > Aicel que beo garda e nota Et en tôt so ques boni li dis De tôt ben es emperairis» Le cors dis : c Hoc, sol que non falla 4 405 Merces aqui eis la bataUla . » Li boca dis iradamen E fes un estrain sacramen : « Per Crist , don cors» foils es quius poinaf A tôt home faralz vergoina 4410 Que per vostre sen vos segues Ni vostre fol désir crezes. Cors eaitius, e per quet rancuras ? » — c Deusajuda! domna, que juras?» — c Si tôt ini jur ja not ferrai, 4415 Mas trop grans meravillas ai Quar de ren non t'es apagatz, E tôt jom parlas com iratz. £ no i ac donc trop gran merce Car nos deinet dir nulla ren ? > 4420 — c[D]onna, ben fon, som cug, us rams. E d'ont ven doncas aquest clams ? Dieu! soven mi del cavallier Qu'ab mon senor anet l'autrier foi. 77 Quel det lo lalcon montarzi 4425 Lo jom que fan de Montardi ; 3i te membra, el nos disia [Qu]e mont lonc temp amat nvia Una dona bella e plazen, Joveneta e covinen 4430 De bon adaut en tota[s] rens ; — -133 — E toi avan que renl disses L'ac amada plus de dos anz. Un jorn lo forset sos talauz, Son cor li dis, ella respos: 4435 < Ja mais non sias consiros De mi aroar, sener, sius plaz Car ja per ren pro no i auratz. » — < Dises 0^ donna, de jamai ? — € Sener, déjà ben leunon sai. > 4440 Quar dis : c ben leu non sai déjà. > Amors li dis : c Ben t'amara, < Non t'esperdas, prega, blandis, < Solassa, domneja, servis, € Esforsa ti e fai que sols ; 4445 < Eu t'en farai aver quet vols. > Tan lonc temps aissi el menet Quel meilz de son tems i gastet ; E non ac plus que fass' a dire Quel primer jorn pre son abbire 4450 Que trop que nescis i faria Si per que pauzar n'esbaudia. Mais vos, oilz, aureillas e boca ▼<> Pansas tal ora que mi toca Grans angoissas e grans martires 4455 Quar a vos non s'atain cossires, E donnas parlon volontieras E volon esserplasentieras. Si Flamenca non respondes Gujera si c*om la tengues 4460 Per sorda e per esguillosa ; Ges per tan non es amorosa. Ses dis : [qu\e plans ? ai com allas, Ja per aiso nom proaras Que t'ame ni quet voilKamar ; 4465 D'al rc ti coveu a pensar. » — 434 — Aissis combat, aissis tensona * Guillems que moût pensier si dona. Flamenca es en gran doptausa ; A ssi meseîssa pren esmansa 4470 Se pot auzir so qu'il a dig Sel qu'en son cor o a escrig. « Alis, dis ily vostr'ensenat Ai hoi retrag e comandat; Ausist tu» beir amigueta? > 4475 _ — «Etu, Hargarideta ?> — < Domna, eu non^ con o dises? Digas nos o un' autre ves, A donc sabrem s'ausir o poc, ' Voles vos, donna ? Nos hoc. > 4480 — < Yai sus, Alis, e contraCii Quem dones pas si con il fai ; ' 'oi. 78 Pren lo romanz de Blancaflor . > Alis si leva tost, e cor Vas una taula on estava 4485 Gel romans ab qu' ella mandava Qu'il dones pas, e pois s'en ven A si dons, c'a penas si ten De rire quan vi ques Alis A contrafar ap pauc non ris ; 4490 Lo romanz ausa davaus destre E fal biaissar a ssenestre, E quan Tes parer quel baises Il dis : tque plans? » et en après A demandât : « Et ausist o 7 » 4405 — < Hoc, dona, ben, s*en aquest to dissest, oi ben o auzi ' Gel qnem fai parlar cest lad. » ! Gesta lisson ben recordcron — 435 — La semana, tro que aneron 4S00 Al mostier on GoiUems esta Ben apensatz que respondra. Quau fon sazos non demorcl De penre pas, ans la portet Pel nM)sUer a tola la gent ; 4505 Vas si dons venc prumeirament Que non s'esireis tan de la benda Cou sol» per so que mielz l'entenda ; Quant il pren pas, il dis : c bor mi, ^ El aitaa tost part si d'aqui. 4510 Non fes parer motz n'i agues ; . ▼• S^o a[g]ttes8on tostz tems empres L'us l'autre melz non entendera. . Quils vis amdos ja non cujera Que rus agoes de l'autre soin. 4515 Amors tan sotilzmens los join Que, vezeni N'Arohimbaut, domneja Gttillems, e sa moiller autreja Tan que respon, et es U tart Que puesca dir la soa part. 4520 De mon musart es don» e sener Gilos qui vol donna destreiner De far tôt so quel plazera» Quar ja per lui non remanra . • Quan fon en sa cambra tornada ' #525 Flamenca, el lieg s es colgada ; Ques disne, sitôt non Tasauta, Ans dis a N'Archimbaut ques n'an Deportar de foras avan ; Iratz s*en eis fort e regana. 4o30 Flamenca dis : < AiiiGin gasana Qui es gilos ni envejos E malaslrucs aisi com vos. » Quan fon defors ab cor dolent Il levet sus e dis risen : 453S c Sai vines, sa[i] vines, puncelias, Voles ausir bonas novellas 7 > -- < E! donna, per Dieu ! digas las. Mon sener s'en eis totz auras Quar nos disna» e tornara» m. 79 4540 Que ja gaire non estara ! > — < Attias^cal lison ai apresa , Non vist tan leu ni tan cortesa : Mut mi. » Alis respont adonc : < Si m'ajut Dieu» cojatz es donc ! 4545 Dooina, fort vos deves penedre E vaus Amors colpavols rendre Quar banc pensest qu' el si penses Causa que a vos enujes. > Margarida nos pot tener 4550 Non di^ un pauc de sou plazer : — « Douma, fai s'el, ben puecs jurar Seguramen, ses perjurar, Qu[e] ieu non vis aici bel clerc ; Et on plus sas faissos encerc 4595 Plus bebs roi par e plus complitz, Si es segon faissos arbitz Non sai nuf borne tan asant ; Bel deuri' om jamar de saut ; E Dieus voila quel sieu saber, 4560 Donna, sius plas, voilas saber. E d'aisso nous meravillez Si nos volem que vos anietz, Quar moHt val mais d'amie parlar — 437 — Que de marit que fai plorar 4565 Del respondre vos apensatz, Qoar ben es obs al mieu vejairc ; Mon senernon estara gftire. E nooperquant tost er pessat ^o Qu'ieu ai, som cug, bon mot trokH ; 4570 Mas avan dires vos lo vostre, Et Alis lo sieu, qu'ieu lo mostre . > — c Amig», per que i pessaran Si de [vos] bon mot avian. » — < Yoles, domna, doncas qu'ieil diga ? » 4575 — < Son voil ! ans vos o prec, amiga. » — < Ar' augas donc se i ave : Atlas! — Quefians? — Mvermi. —[DequeP » — < Z)e quel Deu ! hoc, domna, boses. > — « Margarida, trop ben t'es près 4580 E ja eist bona trobairis. > — <Ôeu, donna, mellor non vist, Daus vos e daus Alis en fora . » En Archimbftutz plus non demora, , Ans venc rougent coma taurelz» 4585 De malesa coma sas piez, E dis : c Quen faitz ? s'es mellurada ? Ben garretz quant seres disuada . > — < Sener, so respon Margarida, Ben agra obs mieilz [fos] garida ; » 4590 E faa de la ienga bo[ss]i. ) Cascona en som poin s'en ri . Goillems non [a] jpausa ni fina, Tôt jom reoorda e déclina E despon sos motz e dériva ; 4595 Al plus que ^oc solàs esquiva, — 138 — Car sols si ten per solassatz. Et ab solatz per asolatz, ^oi. so E per meins sols adonc si te On mais ha de solatz ab^e. 4600 < Mur mi, fai ss*el, hoc Terameft ; Car soletz am mur solamen» Totz soletz mur car soletz am. Amors e mon cor n*aura dam, Gascus la mort donada m*a 4605 Per occaiso, non ges per ma . Qui a fol met coutel em poin» S'el s'e[n] auci» non es ges loin Del forfag quil det lo coutel. Si eu homicidam apel 4610 Mon cor et Amors, es rasos, Qu*il mi son de mort occaisoB. Eneas aucis en aisi DidOy ques hanc non la feri. c Bel aeaer Dieus ! si ja m'aura 4615 Merceui jasopenaara > Cil quem pogra del tort gprir, • A la fe non ben pose morir ; » £ oon sembla que dolor B*aia Si de ma doior non esaia? 4620 Qui mal non sen non a BKtroe. ' Mas s'il la demandes a me Eu l'agra neis apareUada Avau qu'il ra[giie8] demandada. Car eu sai qnes es mais e bes 4625 E eoBOsc don si ven merces. Autrui mais et autrui miseria to Es de merce caps e materia. Si per dolor ques autre sen — <39 - I^ictatz e mou cordesceo, 4630 Que debonairitat y mena Per una sotileta vena, So es de merce la radis. Si'^poissas mi.fai tan nim dis Sil pietatz que bom saupes 4635 Sos guerrers, s'aver lo pogues, . Aisso es de merce^l^ flors. Pois]s!en mou tant qu'il fai]secors Senes fenchas e senes^cuîtz. Aisso'esjde merce sos fruitz ; . 4640 Et es^florida e granada Et em bona rasis scmada, Car ab si mena earitat Per cui tut ben son coronat ; . - Ë quan val cesia sotillauza» . «.. 4645 Qu'ieu vei per eissa ma proansa^ Que merce^ nom valses amori -, D'amor ha hom cella douzor Ques dol per la do[lo]r d'autnii. Ane mais tan piatos mu M . 4650 Nim duele per las aulrni dolorf . E tôt aiso m'a fag Amors, • • Qu^ieu ai de mi donz pietat Quar estai presa mal mon graC^ E non es mab qu'ieu non volgnes 4655 A vanz aver ques il X agues ; foi. si E per tôt be[n] plus mi plazeria Ques il l'agoes que s'ieu favia ;> E de so mal sui eu doleoz» So esamors e chaosimentz. 4660 D'amor ven merces « comensa , D'amer pren merees la creissensa Qui la fai esser tan Humana, E ses amor merces non grana . • /»M — no — < Ben tart aurai eu doncas broilia Si aient que mi donz si doilla De mas dolors tan que dcscenda Merces en leis^ fan qu'ieu entenda Qu'il mi fassa qualque parvensa Quem port alcuna benvolensa , 4670 £1 benvolensa tan mi dure Que totas mas dolors mi cure. Amors \ Amors ! trop m'o alongas. Que la[s] setmanas son trop longas El mot trop breu el mal cochos ; 4U75 Ades seran autras meissos Et eu ai tan pauc semenat ! Gujas aver tant enansat Quar sol ai .11. mugz semenatz ? Tardius sera, som eug» mos blatz ; 4680 Ges non es madurs al voibre Ans atenda lo glasel gibre. Et om disque vens ni gelada Non td frucha endestinada ! Non sai per que tal aissam mené, to^ 4685 Car segon so ques eu semene, La merce Dieu t naisso mieu broil. Ane mais eestz jornz non fon e moil» Ailas! et a Tuchenbuillet E poiniei [i] pois autre set; 4690 E sol mur mi a semenar Et el deu ben aitan poinar Avan que bruilla mi paresca. Don Deus per sa merce l'acresca El fassa naisser al mieu gaug t 4695 Car nulla ren non veg ni aug ] Ion espère que bes m'en veina Si non de lai on tost ben reina. Ane nom vi inalaute leumcn D'aiga de riu agues talen^ 4700 Ans vei que tut son desiron De cella que neis en la fon ; E pauc val flor d'aquilenaier Escontra ceUa de rosier. Ma douma es e fons erosa 4705 Que tôt beu daura et arosa ; , E son de leis tant envejos Quel pensars m'en es saboros ; Et on mais pens mai voil pensar Que no m' en puesc neis abenar. 4710 A ra veias doncs que faria S'entre mos brasses la ténia Que la sentis et la baises Et a ma guisa la menés ! Mais trop ai dig senes Gomjat ni. k*2 4715 Quar de sen tener ai parlât, Quar non s'atain aisi la teuga ; Non voil que per orat m'aveoga Si non a via son autrei. Per dreg sobredesir follei MiO Quem fai esser outracujat. Mais per Amor o ai uesat Quem fai tener midon soven Tôt a ma guisa en dormen. Mais ges aiso fort no trigava 4725 Quo disses ses Amors mi dava Negun ben, dormen ni veillan ; Celar lan dei a mon semblan. S' Amor mi fai nulla lauzeufi» Eu dei ben castiar ma lenga, 4730 Que ja per ren non la mentava Si eiss' Amors non lam manda va , Car ieu sui lotz en sa comanda E non dei far mais so qu'il manda. » — 44î — Gel (limenegne siei obrier veiigron ; 4735 À gra[D] meravilla so tengron Desaenunen que lar enquis Âvan que ren lur desctrifris De l'obra que volia far ; Ben s[on] maistre de l'obrar 4740 E de far so ques el volia. En cambras esteron lo (lia E la nug obron ab lumoiera ; Bes gara cascus que non fera Taï cop que fassa cap ni b[r]uis, 4745 Non reten fers nifustz noi cruis. Dedins .vu. [joms] agron coinpiidn Tota lur obra, e polida Tan ben aïs caps que no i pareis Qu'anc i toques ; Guillems meseis 4750 Que fon ades es o sabia A grans penas o conoissia. Per cella via soen tréva, . Ginosamen las peiras leva , ' £ tôt fai per esproar 4755 S'om re i pogra mellurar. • / A Tueben jom s'en van t'obrier, f E Guillems tenc vas to mostier Que de servir non s'anuialla i • Bes garda que per ren non falla 4760 A peore paz quant es sasos, Quar aqui es s'ententios ; Quan si lain la dona e la pren, Que d'als pens' e non fai pansent . Flamenca : < de que? » H demanil». 4765 Et el noia ben e garauda — <43 — El mot e mot en cor prioQ ; Et ab tan la donnas rescon E torna e sa cambiola On Amor Taten e descola, 4770 Ë dis li qae nol sia gm De snfrir ua pnç, car plus leu Que 0os cuja l'estorsera m- «s De la gréa pena on esta. AUs e Margarida gardpi|i 4775 Guillem, et on plus fort l'esgardon Plus i troban ad esgardar , Car de beutat noil trobon par. Quant a maiso foron anadas En la cambra s'en son intradas, 4780 E M'Archimbautz s'en eis defors. < Margarideta, bella sors, Dis Flamenca, vostre motet Que m' esenest tan asautet Ai eu dig [hoi] tôt a rescost. > 4785 Dese Margarid'a respost : < Domna, Deus en sia grazitz, Zol que sia per lui ausitz Queus fai lo siea tambea entendre. > ~ c Amiga, nous en quai encendre 4790 Ni batre le cor de paor, Car fe que dei la vostr 'amor Sitôt davan mi tost si tôle * Fort ben poc ausir sis toIc, E ja d'aiso nous cal temer. 4795 Pero dijous en sabrem ter Quel Testa de l'Assension. » Alisa dig : < Ben pane ne son, Donna, de Testas vas que solon. J T> Cerlas, eu eug que mal hos ? oIou 4hO'J L'an el mej'an can pron non tenon, Van toi jôrn las festas e venon ; Consi n' es tam pauc en estât ! .V. semanas n*avem estât Que no i ac festas mas dimenegues, ^80o Mais celz nos mellura le dergnes ; E fort bon son ara dîroergue La merce [Dieu] e del bel clergue, Que ben aia qui l'ensenet Ni banc primas letral mostret ! 48 1 Quar ben conosc que pa ni sal Negus bom ses letras non val, E trop ne val meins totz rix hom Si non sap letras queacom ; E dona es trop melz cubida 48 1 5 S'es de letras un pauc garnida . Ara digas, fe quem deves, Si non saupses tan con sabes Ques agras fag ara dos anz Qu'aves durât aquestz afanz ? 4820 Morta foras e cruciada ! « Mais non seres ja tan irada, Quan leges, que Tira nos fonda. » Nos pot tenir que noil responda Flamenca e dau[s] si l'acolla : 4825 < Amiga, vos non es ges folla, E be m'acort d'aitant ab vos Que negus repaus non es bos Ad home si letras non sap, Anses [aunitz] e quais mort sap; 4830 E ja tant non encereares^ m- »i Que negun home atrobes, Si letras sap, que non volgues Ancara mais aver après; — 445 — £ cel que nou sap ni volm 4835 Aocar apeare si podia » E quil saber pc^aes coniprar, Ane non vist home tan avar -Que sivals un pauc non compres, Sol que a vendre n'atrobes. 4840 Ja Ikom que letras non saupes D'aiso^nos fora entrâmes. » Daus^l'autra part Guillems recorda Sos motz, e l'un ab Tautr' acorda : « De que? fai ç'el» m'a demandât; 4845 Cil que cel de quel m'a donat Pcr moût li fai a grasir, Car banc mi vole neis tant ausir Que de quem deines demandar. Ja non calgra gaire poinar 4850 Al respondre» qu'eu ben o sai Que d'amor es le mais qu'eu ai, El cel amors de leis mi ten Que in'a demandât sol de que. En dreg amor de lei mi lau 4855 Car reo noil puesc dir tan suau Ques a Ici fort be non sovenga . Tan grans bon' aventurai venga Gom pot voler ni de3irar , Ni eu sai a mos obs orar ! ^"^ 48ttO Quar beii mou de gran gentilesa Qu'il ja pense tal soiilesa Que sos motz ab los mieus àcort. [0]n plus los pessi nil recort Mdz los trop juns et aresatz 4865 Que s'en eis los [agues] tvobatz. iPoiria esscr ja per ren 10 — 146 — Qaes cl mi volgues neguo ben ? Quar mi rcspon si a rason Semblera que vol[gu]esmoQpron. 4870 Si nom volgues ben nom pensera , Si nom pcsses ja non parlera , E per so fas tal argumen : Cesla m'a donc a pessamen. Estru sabra so que m'ausi 4875 Ni per quel dis l'autrer : mur mi, > Lo dijous de Roasos a tersa Guillems fort ben sa paz a tersa ; Non vol per ren sa pas adesAie » Ans garet ben lo poin el terme ; 4880 Et a ssi dons que ben Tenten A dig : < d'ahor » , pois torna s'en. En Archimbautz non s'adormi , Totz prumiers del mostier issi ; E nous pcsses après dîsnar 4885 Issis de cambra per jugar ; Mais Deus vole c'us messages venc Que tôt jorn déferas lo tenc. Flamenca fon un pauc doptosa m. m Plus qtie non sol e consirosa , 4890 E jac en so lieg cais marrida. Davan leis estet Margarida E dis li : < Domna , con estatz ? Ja dises ques hui sabriatz Del mot qu'ieu dis si re[n]lendet 4895 Gel que Tau trier ab vos parle t.» — < Ai 1 bella dous' amiga mia , Non sabratz s'ieu nous o disia ! — 447 — Tôt es al re que nous pessatz : D'amor ha dig ques es nafratz , 4900 £ d'amor mor e d'amor plain ; Et anc no vi homeu estrain Que tan leu d'amor si plaisscs A domna que non conogues. » Ab lan Alis s'es embatuda 4905 En las no vas, e ges non muda Que tôt non diga son talau : € Domna , dis el', e de cal dan Pensa\gs ques vengues clamar ? Ja nous vengra sai rancurar » 4910 Qui l'agues ferit ni raubat , De sel oui par enamorat. Pos saup ques a vos si plania Beus dis , sius o sovenia , E que vos non am nom doptes. 4915 Mas pensas vos que respondres.» — « Araiga , non mi quai pensar, Car per cui ? li vol dcmandar; £ quan serai certa per {c]ui , Aissi con sui de que per [ï]u\, 4920 Adonc aurai major mcst'er De bon conseil que de prumier. » Alis respout : « Anc bos conseilz Lai non failli ou tais pareh: En una causa vole entendre ; 4925 Res nous pot toire ni défendre Que non fassas vostre talen , Sol que trop nous ones feinen Ni tengas vostre cor enclaus. Sovenga vos conssi es braus — U8 — 4930 Mon sener , qu'ades si rapcura ; Mas per vustra bon'aventura E queus plaza mais benanansa Vos dona Dieus tal malanansa ; E per far vostre ben meillor 4935 Vos donet Deus aital seùor. Ancara , se Dieu plaz, venra . Tais sazos que cest mais sera Salsa del ben que vos aures , E ja per so nous esmagues.» 4940 Al dimergue', quant venc li ora De penre pas , ges non demora Flamencha que non demandes : < Per cui ? » ans quel libre toques , E cant Guillems ac entendut 4945 c Pet cm' ? > tene si per ereubut \ £ dis soven quau fo soletz : foi. u « Bel sener Dieus , es so abetz Quan dis : Per gut ? e dopta y Qu'eu non Tami de bon cor fi ? 4950 Ben pot saber veramen lame , E que d'autrui a lui non clame Et a lei sui del tôt rendutz E per leis sui aissi vencutz ; Mais pos li plai quem dein sufrir 4995 Queil diga del tôt mon désir » Leu mi sera del tôt a dire ; Quar per lui sufri tal martire E per leis Amors mi tormenta Ab un dous mal que m*atalenta , 4960 Tant mi sap bon bon plus m*en doil ' Que ges garitz esser non voit . » — U9 — Flamenca e sas punccUetas , Que ges non son follas nibretas. Tenon s[o]Iatz e parlamen 4965 £ntre lur , quan podon , soven , Totz lur inotz recordon c dison El l'ucc d*amor ab cls atison. A Fantacosla , dreit per jom Guillems del paz , et ans que tom 4970 Al capella, moul lemeros A dig a ssa doinna : c per vo&j » Et [H] a dig en son corage : c Ben a [donc] passât vassallage Aquest rix lioms c'aisi m'enquiera ; 4975 Eu cug que sia la prunaiera to Ques anc mais fos aissi enquista ; Ab breu solatz , ab pauc de vista , Es vengutz de Tamor al precs. Ben es mon seiner folz e pecs 4980 Car mi len presa ni serrada.! Aras ai trobat , si m'agrada , Qui de sa preisom gitara , Que ja garda pron no i tenra. > Tôt aiso dis a ssas douzellas 4985 Quant ella cambra fop ab ellas ; Pois dcmandct quais sospiran : c E que dira[i] eu pipsaitan? Quar dcman sai que sera lues; E si dans mi parl'a jocs 4990 Non cug que m'estes bon ni gen. » Margarida respon corren : < Domna , si (an faire volses Que vostre cor nos mostrasses , Mcilz vos en saupram conssèillar ; — 450 — 4995 Mais y quan faretz ni queus en par , Non suffrires quieus am eus blanda Cel rix hom cui Araors vos manda Per vosire cor amortener. Domna , moul vos degra plazer 5000 Tais oms cui Araors vos tramet , Quar si de bon cor s'entremet De vos garir e desliurar. ^ Alis non pot mais escoutar , Ans dis : « Domna , irob alongiers ««i- ^ 5005 Esveiila falses lausengiers , E fai tan blandir em perdos Que refréna cor volontos ; Alonguis fam mas destorbier. Per zous don'eu per don intier 5010 Que vostre cor plus non celez; Fai li saber que ben voirez S'amor , som près e sa paria » Quar sencr es de cortesia . Tant es savis et enginnos » 5015 Aisi con ieu pes et Amors » Que ben gardara vos e se , Que ja nulz hom non sabra re Ques el vos ame ni vos lui. E die vos , quan sere[z] amdui , 5020 El mon non aura tal pareil , Ne geis la luna nil soleil ; El es soleilz e vos soleilla. E pos amors o apareilla Per Dieu ! non o tolla mas geins ; 5025 Res non séria mas defeins Si tais jocs fallia per vos. Bespondet li un mot doptos Quil fas£a bon entendement £1 don' amor ab espavent. > 5030 — € Bciramigueta , sius plasia , Sol qu'en pues ? li demandaria , Car cest moU es aissi cubertz Que ja per lui non sera certz Qu'ieu l'ami ni deseperatz. » ▼« 5035 — € Per Dieu ! noi> sia oblidatz, Zo dis Margarida, cest oioiz. Car mieller es, domna , de totz. > — € Amiga non l'oblidarai ; Se Dieu plaz , deniao lo dirai. » 5040 Aicest vanat ben altendet , Quar rendemao que pas li det Flamenca li dis c qu'en pcgs ? > suau , Mais el o enten ben et au Car ben entendre o ?olia. 5045 Nos bistenset , ans tenc sa via E dis : < Cest motz aitan m'aporta Que daus una part mi conorta E daus Tautra part si m'esglaia , Que non sai cal conort m'en traia 5050 En qu'en puesc ? non ai dan ni pron ; Ab qu'en puesc ? non dis hoc ni non. Pero qui. ben [o] vol entendre Ben sembla que mais deia penre Yaus hoc que vaus non tal doptansa. 5055 Ben atrobet mot de balansa; Veramens es domna rejais Que motz faitisses uaturals Atroba dese contrais mieus. Dirai vos o , bel sener Dieus , 5060 Del paradis quem deves dar Pogras ab mi fort ben passar, Passar ans i faria gietas , Els apostols e las prophelas /oL s» — m — Vos en darai [îeo] per fermansa 5065 Que la renda qu'ieu ai en Fransa Doœs a gliesas es a ponz Sim laissavas aver mi donz Ab son autrei el ab son grat » Qu'esiiers non voit m'aias donat 5070 Leis ni toi la re ques aves , S'avias neis dos tans ho très O aitant quan ne poiras foire E qu*ieu fos de toi emperaire. » Moût estet ben cella semana , 5075 Tôt lo cor ti reven el sana Gel motz qu'en pocs ? e fort s'en lausa E ges non Fengana nil bausa Qu'e manias guisas non Tespona , A tanta bona glosai dona : 5080 c Si Diens mi gart , foi s'el » de mal Quan dis : Qu'e[n] pues ? atertan val Con si disia : Eu en farai Tôt so que ja far en poirai. Non fail volontatz ni sabers 508B Ab sol quel terç fassa poders. > » A Vuctava de Pantacosta . Feiron la festa » mais pauc cosia , De Tapostol san Barnabe , Quar plus no[n] i gitaral pe 5090 Flamencha fora de la tor Per lui que per .i. confessor De cui hom fes[ta] non feses. to S'a dimeneguc non avengues , Car nom pogra ni [non] ausera 5095 Ni ja lezer om non l'en dera . A cel jorn , tôt per vcr'enseina , — 453 — Aissi con fiD'amors Tenâeina , Qnan fo sasons c'o pogues dir Guillems dis a ssi dons: c gabie. > S 100 Flamenca pensa e consira Et en son cor dis et arbira : c Consi poesc far eu garîmen Al[s] mais d'aatrors c*us autre sen ? Non sai conssim n'antremeses y 5105 Et on plus i consir niei pes Meins i trop de luec e d'aisîna Gonsi pogues faire mecina Als mais que cel suffre per me. Aissi con dis ^ e ben o cre , 5110 Cest ardimen ques el a fait Quar anc s'entrames d'aital plait Es ai^mens fis e verais Que per amor es en panlais ; E sitôt el non m*o disia 5115 Ben cre que cil amors es mia , Quar si d'autr[a] assi do[l]gues Non cug ques a mi s'en plaisses. > Tôt so qu'el mostier si pesscs A ssas donzelletas comtes , 5120 Et cllas pcnsson eissamen E lauson fort cel ardimen ; foi. «9 Mais quant ven a la corta fi Gonseillon quel deman conssi ? Quar ja ren non sabrion menar 5125 Que poguesson engien irobar Gos poguesson far garison D'amor a cel que lan somon , E dizon mais : « Aitan fag n'a , Alcnn bon engien trobara 5130 Per vos e per si veramen De que seres amdui gausen. > — 454 — — c E Dieus don per sa merce f Dis Flamenca , qu'eu non sai re Gos pogues aiso avenir 5135 Qu[e eu] en saupes plus gausir Ni cl de me que fai aora. > — c Em petit d'ora Deus laora , So dis Alis , e bos esforz Malastre venz . Ses el estors 5140 Que mon seiner non o conosca Tota Tautra gen fara losca ; Losca ! el hoc , neis , per Dieu ! orba , Car ab cara simpla Tissorba Et ab semblanz cubertz , bonils. 5145 E pos en so es tan sotilz Que , vezen totz , am vos paraula , Ques hom non entent sa paraula Mais vos sola per cui i es , « To[s]t aura bon engen après 5150 Gonssi ab vos posca trobar to Si vos voles autrejar, » Aicest consseil van recordan Entre al jorn de san Joan , Car lo sapte sa festa Ton. 5155 Ges non donet paz em perdon Guillems a ssi dons aquel dia , Car aissi con empres avia Li dis : < consi > mot suavct y Et ab pauc noil toqoet Jo det 5160 Del sieu quan so sauteri près. Ben agra fait coma certes Sans Joans s'o agues suffert^ Que tal signe e tau apert Guillems agues cel jorn avut y — 155 — 5165 Ben amera mais sa vertut; Pero tan petit en falli Que ab lo mot lo miclz compli Qui si Tateis ben tro al cor. Trop gauseûs s'en tornet al cor 5170 E volgra ben quel capellaus Agues dig meijorn antrenians Que ja ei non l'agues ausit. Quan agron lur mestier ausit A Fostal s'en vai totz joios 5175 £ menet ne sos compainos , So fon l'ostes e dan Justis. Apres disnar non s'adurmis Mais ben vai el lieg es sojorna Et a cascun de sos motz toma ; foi. m 5180 E cant s'es tornalz a conssi De joi canta e dis aissi : c Ma dousa domna , ben viatz , Sol que vos creire m'en vuillatz , Aurai eu bon engieu tiobat .5185 Per que serem ben desliurat Vos de preison de mal senor Et eu de las dolors d'amor Que per vos toi jorn mi deslrein ; Mas si merces mi fai captein 5190 E vos a merce conoissetz , Aissi con faitz e far devetz , Ja pois nous sove[n]ra dels mais. Tant es nostre bens comiuals , E per so l'apelle comun , 1595 Quar de dos ne farem sol un E poirem dir : tôt cest es nostre Quar totz es mieus e tôt es vostre E cascun lo tenra per sieu : — 456 — Eu lo vostre e vos lo mieu y 5200 Car aissi tain de coQipainia Que so de l'un de l'autre sia. » AI dimergue , [aprea] la fe^ta De San Joan » jes non s'aresta Guillems de so mestier assegre ; &205 A ssi dons venc ab car al^re Quan li det pas, mas ges nos fein Que uol diga suau: «per gein. > E Flamenca tôt so e mais A ssas piuzellelas rctrais , 5210 E prega las a bona fe La cossellon , que aras ve Li sazos qu'il n'a gran besona. Alis respont : < Non m'er vergoina Qu'ieu nous en diga tôt mon sen 5215 Aîssi con dis prumieramen ; E pos Dieus lous a enviât E pes mi ben qu'il a penssat De vos desliurar bona via ; Per so , sius plaz y li respon^ria : 5220 Prm li , car c'el eis non lui pren Vos nol penres » mon eissien. » Hai^rida ben o autreja , E dis : c Totz homs c'aisi domneja Ben sembla que dej' atrobar 5225 Tôt so que tain ad ops d'amar , Engieins e voûtas e cubertas ; E d'aissous fas endreg mi certas Que si fossem el temps antic Et eu trobes aital amie 5230 Ben cujera Jupiter fos ▼a — 457 — O alcus dds ilieus amoros. E seguraroen respomles: Pren li , car ge^ loc non n'aves De far lonc domnei si con fan 5235 Gellas domiias que legor an , Quar [de] lur fantaamelas paisson Los fis amans Iro qu'il si lasson foi. 91 De las pregar per plan enueg , Tan son de lur novas escug ; 5240 E pois eflas penedon s'en Quan le penlirs non val nien , Car qui non fes can far poiria Ja non fara quan far voiria. > Flamenca sospira e muda 5245 Color , et Alis estornuda E dis tantost : c Ben vai l'affars ; Nuls affars non fora plus cars Aora d'aquest estornùt. > Flamenca respon : c Dieus t'ajut ! 5250 Alis y c'aitan gen mi conortas ; Dans totas partzsolaz m'aportas. E pois vei que aitan vos plaz E a bona fem cosseillaz * Segrai vostre conseil ades ; 5255 Mais toi apertamen confcs En aquest mot qii'ieu voil s'amor , Non sai si m'i ai deisonor Car en aissi leujaramen Amor d'aital home consen. » 5260 — c Domna> ja nous er deisonors y So dis Alis , s'o vol Amers ; Mais si de cor ben non l'amas E nostre conseill séguias Nous estaria ges trop ben. 5265 Mais lai on Amors lirai fren £ bos conseilz e volonlatz to Beveus toi sens una foudatz. Pero sens os e non follors Zo que sens vol, et ai n'auctors 5270 Totz los adreilz el gais els pros , E celz cui non amon gilos ; E non sai tan fort malanconi Nom portes d*aiso teslirooni, Neis mosener , s'a plag tornava 5275 Ni las rasons hom li conitava. > Al jous après fon passions De dos aposlols glorios Que son major princep del cel 'Aprop monscnor san Michel. 5280 A cel jorn per bon'aventura Flamenca Guillem asscgura De s'amor quan li dcscobri En Tora qu'el mcseis causi , E fes li un cortes presen 5285 PIcn d'amor e de chausimen Quar mostret li plus que non soi Los.ueilz, la bocaelmorsol, E plus longaroen Tesgardet Dreitz oilz , entro que s'en ostet » 5290 Que quan leis dreitz oilz non esgarda ^ Quar hom non pot , de tot[z] si garda E majormen de l'aversier Que l'estet al destre ladrier. Moût es Guillems en gran delieg 5295 Quar de si dons a gran respieg , 'ol m E l)en tan ara per certan — 459 — Qu'A mors lo vol far sobeira De totz aimadors , c ben aia Qui aitan gen son cor apaia ! 5300 Gel jorn a sa osta mandet Yeugues a lui ; ben Yen creset Quar ab seinor et ab mainada S'essiblui rîcamen disnada. Del retornar lur det comjat 5305 Quar bes seu d'aitau meillurat Que Do[l] cal esta[r] mai ugan Aissi privât coo fes [eu]an , E non a meslier d*ongeuien MT uons vol bainar tao soven. 5310 Lo prumier joru que plus parlet Ab sa doua il respondet : c Près l*ai > , et cil si meravilla E moût dousamen lo rodilla Si qu'ap Tesgart si son baisât 5315 Lur oil elur cor embrassât. D*aicest bais tais dousor lur ven Que caschus per garitz si ten. Flamenca dis : < Pot esser vers Qu'el aia pensât en .m. sers 5320 Con eu li posca far guirensa ? A ! con fui de mala cresensa ! Pechat y fas , car fol y dopte ; Ane non so penset en desopte , A pessat venc c'om pogues far f^ 5325 Mom plazer , per quem dei garar Qu'en ren noil fassa son enuig ; Mas .II. jorn mi semblaran .vin. • I — MiO — Eiitro qu*eu sapja de quai guisa El engiena ni devisa. S330 E bel promet ci davan Dieu Que c'el pgt eoginar et eu, Gossi puscam esser essems , Soa vul esser per U>[i] tems ; Quar sol mi vol faire socors 5335 Vul que sols aia mas amors , Car sol mi vol de mort garir Voil eu a lui solet servir. c Pauc deg amar los cavallicrs De mon pais , dos ans entiers 5310 Hai estât en greu marrimeh Et anc ncgus non fes paneu Quiel pesses , c cil d'esta term Que veson con hom mi soterra Tota viva , em /ai languir 5345 A gran doior , a mi venir Ni auson ni volon ni deinon. Tort n'auran , si certes s'en feinoo Ci'aital dompna paura cstraina Laisson mûrir ; mais sim gasaina 5350 Aquest qu'en es aisi proatz Jamais nom deu esser camjatz Per feinedor als d'avol cor Qu'ab la boca dis ades mor foi. t» Et el cor pensa traicion. 5355 Malaventura Deus li don Qui mais vos amara qu'eu sia ! Mais si Nostre Sener volia Que cest fos cavalliers letraz Tôt los auria desliuratz 5360 De[l] mal qu'ieu lur voil per bon dreg » — 461 — Quar son iras mi tan mal adreg. Mas cest dei amar per rason Car si met per mi a bandon En tan certan péril de mort. 5365 Mais posas tan l'a Dieus estort Ancara Testorcera mai Quar de bon cor l'en pregarai ; E sai ben qu'et mi ausira Car sap ben lo mestier que m*a . » 5370 Tôt aisso el mostier si pensa. A [l'ostal] van aprop la messa , Hais aitant tost con fos issilz De la tor le gilos marritz, 01 maritz , sius voles , gilos 5375 Flamenca dis : < Yostre sermos , Donzellas , e vostre presics M'a tan fait que ges trop enix Non es mos cors de lui amar ; Qu'aitan belz e tan bos mi par . 5380 Et am dis hui qu'engien a près ; Mais ancara non sai quais es. > Alis respon e no i bistensa : « Domna , mais en nostra plevensa Vos metetz , a Dieu o grazem , 5385 Quar si ben vos ven nos serem Causa del ben y e ss'autrameu Vos avenia , eissamen Total colpa nostra séria ; E cascuna de nos volria 5390 Avan esser justisiada Que vos fosses de ren blasmada. Mais Dieus y qu[es] es vers perdonaire 11 ▼0 — 46Î — E conois ben lot vostre faire , Gossi hom a tort vos malmena 5395 Eus teo quais presa eu cadena , Vos er de tôt mal garimeiiz E de tôt ben avansamenz; E sol que booa fes uous failla Vaus cel que per vos si trebailla , 5400 Mais queil portes amor leial , Vera e fiua e coral ; Eus covenc donas per ma fe Totz le monz er a vostre be. E mais vos dis qu'engen penra 5405 Don si e vos estorsera , Demandes M, sius plaz: E qml? Car no i a mais conseil aital , E sius plas bona Taventura De son engien , plus volunticra ^410 Deves tôt la re consentir » . Margarida nos pot suffrir foi. 94 Que non parles , e dis : c Mil tans Deu esser majers le talans De vos, domna , quel sieus non es , 5415 Gossi pocses far quel plagues. E » sius voletz, pro a ra[sjo : El non a mais una preiso , Et aquil es alques joiosa E per vostr* amor saborosa , 5420 Mois vos aves doas prcisos: L'una es del marit gilos Que tôt jorn tensa e menassa E ja ren nous dira queus plassa ; L'autra es cors e volonlalz 5425 De faire so que vol beutatz , Honors e jois , precs e joveus , Domnei , solatz e causimens. — 463 — E car acabor non pôdes So qQeo[s] plaz, per presaus tenes. 5430 Ë per so li preisos es dbbla Quar vetz e destreissa la dobla : Le vetz vos toi fors' e poder El destrecha fai vos doler. A lui non sofrain ren mais vos , 5435 Tolz l'antre mons es a ssos pros, E vos est a sede perduda Et el a vos ear nous ajuda. E per so provi per rason Ques en la soa garison 5440 Preudes vos plus de garimeo t» Ques el meteis , quaf doblamen Seres gueri[d'] , et el gueritz D[el] mal don es per vos ferilz. > Flamenca dis : c Qui t'eusenel , 5445 Margarida , ni quit moslret , Fe quem deus, tan de dialetica ! S'a[cse]s legit arismetiga , Astronomia e musica. Non agras meils dig la fesica 5450 Dels mais qu'eu ai loncs tems suflerlz. Ja mos cors mais non t'er cubertz, Quar tan ben con eu vei quel saps De mon conseill vol sias caps , Eu et Alis no i serem plus, 5455 Quar nostre cors son assas us , Mai sol aquil a cui s'atain , En cui ma dolors si refrain £m fai esta semana longa ; yeja[i]re m'es quel jorns alonga.» 5460 A l'uiten jom ill demandet: — 46^ — c E CAL ? > poissas après estet Autres .viii. jorns; après rcspo.^ Guillems : < ibetz , > mais non espos On ni on no , car non podia ; 5465 Per so demandet l'autre dia Flamenca , c nol fon gcs pena , Dreg lo jorn de la Magdalena Quan fon sazos ni luecs : « es ox ? » El'endema Guillems «respon : ' f'>> »î^ 5470 « Als baj«z » , adocas enlendet Flamencal luec , e breu creset Que per rason esser pogues Ques alcun engien fag agues Per vengues a leis el bains. 5475 Domideu prega e totz sanz Que de tal gnisa [sia] fait Que noil sia en mal retrait. Quan so ac dig a sas piucellas Cascuna dis : c Bonas novellas , 5480 Domna , sabes ades comtar , Mais c'orans anarem bainar? Sapias que trop nos demora . » -r- C Voles donquas quel deman c'ora ? * — ft Hoc, domna , ben, que fort nos triga 5485 Pos luec nos fug quel jorn vos diga . » — c En so non cal gaire trigar Quar dimars o pose demandar , Ques er festa bona e bella De san Jacme de Gompostella . > 5490 A ceijorn < c'ora? » li demanda, Quan luecs e sasos o demanda. Ar es Guillems en gran sojorn , Quan si donz li demattda jorn ; * E be saupfa dese respondre , «j495 Mais avao si laissera tondre Ed eroz o coire ab fer caut Que sol fmrles un mot en aut , un dels sieus motz demanes to Apres cel de si dons disses, 5500 Ans lo coven quart jorn attendre , Et al quinte a fag entendre A si dons que c jorn breu e geni' * , Pueis s*ostet d'avan lui corrent. < Ara pose ben , sim voil , causir , S505 So dis Flamenca , sens languir A m mai tostems o una ves Mètre mon cor , pos aissim les y En aventura de guérir. Mais s'una ves pose avenir 5510 Lai on Àmors ab Joi m'aten Nom calra temer poeis tormeu , Nim calra doptar de ma vida Pos una ves serai garida. E no i a plus mai quem conselle 55 1 S E del respondre m'aparelle , Car 10 i ai mas deman el nueg Quant al respondre mis respieg ; Quar y si con retrais hoi le preire ^ Dimars er festa de san Peire , 55i0 Cil qu'es en kalenda [d'a]ost. E s'Amors vol aquest ajost Pree la , sil plaz , pensar mi lais Tal mot don sia mos cors gais. > • Ab tan s*eu eisson del moslier ; 55i5 Margarida , cent poc , l'enquier A ssa riomna dd jorn com es, ^ 466 — El il respoû : * Ma dousa res , ««*• ^ Del jorn es a nostre causit , Quarquec jorn es eslablit; 5530 Mais ara ven tota la forsa , Cas aissi con fum giens amorssa D'um petit lum sa resplandor , , Aissi m'esteiD ab s'amaror Uns pensameos c'ap mi s'irais 5535 Lo joi d'amor qtfel cor mi nais. » Alis respon : < Deu[sl sia garda , Que tôt quant es défont e garda , Quel joi d*amor qu'el cor vos raia E negun pensier dan nous aia î 5540 Quar fin*amor non \[a]l nient Ses paor e ses pensamen ; Ab pessamen amor s'esmera y E qui non temses non gardera. Mais una paor y a mala 5545 Que joi d'amor destrui e tala» Et autra paor y a bona Per cui joy d'amor s'asazona : L'us es de ser, autre d*e[s]veill. L'un es de joi , autre de fueill . 5550 E per so vei que ben amalz Quar ben ternes e ben pessatz. > — c Bell'amiga , veramens ame , E ren.non sai a cui mi clame De la dolor ni de l'angoissa ; 5555 Quar aissim destrein e m'angoissa * Paors et Amors e Yergonha , ^^ Vejaire m'es cascunam poina Ab aguillas o ab espinas Per lo pietz e per las esquiiias. 5560 Paors Mi castia em menassa E dis mi que ja reu non fassa — 467 — Que moRsegner nos teug'a joc y Car, s'o fas , metra m'en un fuec ; Vergonam dis quem garl de blasme 5505 Don tota gens a trop mi blasme. Daus l'autra part lom dis A mors Ques anc Vergoina ni Paors No feiron bon cor ni faran , E non a cor de fin aman 5570 Si[l] toi vergoina ni temensa^ De far tôt so qu'ai cor agensa. E, si coD om dis [e] déclina, Amors es dorona e reiua Que vol que tota gen trahut, 5575 Et eu non l'en ai ges rendut. E ss' Amors pert en mi sos Tiens L'anta er soa el dans mieus Car lo [rjieus es [en]corregutz S'a tems non es le cens rendutz. 5580 A issi vol esser senoressa ; E pos a mi s'es Amors messa Non sai consi lam desalberc, Car per fleu mi demand'albere Et am trames cortes message 5585 Ab cui assagi mon coragc foi. 97 Si ieu l'albergarai non. E mas aitan gent m'en somon E sai que son dreg vol e quier , Si eu i met nul destorhier 55^)0 Ai paor que[m] torn sus el cap , Car si fail cel que rasou sap Assas fai maj[o]r failliment Que cel que rason non entent. Et eu conosc ben que vers es 5595 C'amors a en las domnas ces , En totas , que non ges en nna ;, — 468 — [El] aisso deu saber cascuoa Qu'ai tresea an qnerrel coroensa» E si neguna s'en bistensa 5600 Que noil pague iro al setzea Lo [Qieu ne pcrl , si per rocrce Amors nom pert lo ses avan. E si passa .xxi. an Que non aia sivals pagat 5605 Lo lers ol quart o la meitat , Jamais non aura fieu entier , Mas a lei d'estrain soudadier Estara pueis ab la mainada ; E deu si tener per pagada ^610 Qui mot li soufr ni Tacuell. Per sos deu ben garar d'ergueill Tota domna mentre quel les ; Car si mescaba una ves En autr' afar pot revenir , 5615 Mais ja tan nos sabra formir Pos er mescabada per jom Que beutatz ni jovens i torn. E per so die c'ariva tôt y Car mi soven ab sol un mot y 5620 O autrejar o escondir. Adoncs TacoGhon li sospir , Soven sauglotis e badailla , Yeja[i]re l'es quel cor li falb, Als oils si pren , teunamen plora 5625 < Lassa ! foi ss'il , e mafa ora » Nasquei , e cric e fui lan graos » Que mos viures mi fos affans ; » E mi non a mas .i. conort, ' E quai ? Deu ! car venrai a mort 5630 > Per Amor que m'a si naffrada » » Que vaus leis non ai plus durada. T» — 169 — Per Deu ! Amors , inal sabcs traire Quar mi fagz aissi greu mal traire ; Ane mais vostr'arcs tam mal non (rais , 5635 Neis eu per ren tan mal non trais ; Non cujera tam mal traisses Sol per amar neguna res ! Mais pos vei qu'a suffrir m'ave Yostre colp, qu'aitan suau ve 5640 Gon pejers es plus douces par, No i a mai ren mai d'albei^ar , E descendez a vostr*osta! ; Mais non aquest aitan liai, (•>!• ^ Car mos cor , queus er ben corals , 5645 Vos sera cambra et ostal , Que ja oonirast no i trobares Quar eu farai toi quant vôtres ; Et a cel que per vos demanda So qu'eu tenc per vos en comanda 5650 Respondrai : plas mi , a desliure , Car ben vei qu'estiers nom puesc viurc.* A cest motablesmadafon, Et estet tan en pasmason Que N'Archimbautz fon retornatz. 5655 Alis la ten entre sos bratz Et ac paor qu'ai resperir Alcuna causa'degues dir Perque N'Arcliimbautz perceupes Que per amor blasmada s'es ; 5660 Per so ploret e cridet li : c Dorana, veus monsenhor aissi. » Tan cridet : < Veus si mosenor ! » Que la vos entendet el plor , E tôt avan que mot sones 5665 Appesset si quefrespondes Quant En Archimbaulz li dira : « Doinna que failz , ni coiisius va ? » Le gelos fort si deconorta » De Taiga freida tost aporla 5670 E gieta Ten per mei sa cara. El* obrils oilz , sobre cel gara E sospiret mot longamen . ^ « El li demanda : «Quio mal sen?» ^ cSener» al cor ai una gota 5675 Que m'auci e m'afolla tota , E cug [ieo] que d'aquest mornii Si cooseill de mege non ai.» — cDona f eu cug que prous faria Si manjavas a cascun dia 5680 Sol un petit de noz miiscada.» — < Bel sener cars , autra vegada D'aquesta gota mi senti » Mas quan mi bainhei ne gari ; E per so bainnar mi volria , 5685 Seiner, dimercres , sius plazia , Quel luna es a recontorn ; Mas quan seran passât .ui. joni Et il sera del tôt fermada , Et ieu serai plus mellurada 5690 D'aquesta mala Deu menlida Cap pauc nom toi ades la vida. » -- < Domna» ieu vueill l)cn queus baines, E d*aisso nous estalbies Que non annes» seus plus, al[s] bains ; 5695 E fassaz candellas a sanz ; Ë non si perda neis li parlz De san Peire, ques er dimartz. Ans vueill ques aia un gran sire Tarn bel que tota gens lo mire. » 5700 — c A ! ssegner, quam ben o dises ! Mais de sains» sius plas » cisses, m- — 474 — E laissas nos un pauc estar, Ë pensas dels bains ailobar. El li respon : c Ben o farai . > 5705 Iratz s'en eis , el plan s'en vai. [P]ero ben sera i'us e clau E met a la sencha la clan , Pois s'en va an Pciron Guison » Sezen lo Irob' a ssom peiron , 5710 Dis li : » Fagz vostres bainz lavar , Que nostra donas vol bainar; Dimercres sion assesmat, Car per luna o a laissât. » En Peire Gui respon dcsse : 5715 «Bel segner cars , fag sera ben. > Quan Flamenca fon revenguda De passion qu'el' a tenguda, E IiTArchimbautz s'en fon issitz Dolens et iratz e marrilz , 5720 Et il plora , plain e ssospira Et assi meseissa pren ira, E clama ssi d'Amor soven. Pero tro al dimars s'aten E dis : c PLAS hi » y aissi com poc , 5725 E nom saup dire plus gen d'oc , Et un pauc ab lo man senestre Toquet a Gnillem lo ssieu destre En dreg d'amor cuber tanoen y Et aqui eis retorua s'en 5730 Per sezer, car nos pos suffrir; to Car mot dec aver gran coDsir , Gran paor c gran marrimen Car s'amor en aissi consen , E nulla ren non sap a cui. 5735 Ben o sabra si non s'en fui , E ja guire non tarzara, — nt — Al pruinicr deroan o sabrs). Qaant Guillems ac ausît plas mi , De flo joi totz Iç cors H ri 5740 Et ac lo pie de bon saber; E SOS hostes , quant venc al ser^ Ausentel dis a .11. servens : c BaroDS, los bains faitz bels e geiix. Lavas ips totz ben d'or en or 5745 Ë gilas'lota Taïga for Ques ara i es , pois venga fresca , E gardatz beo mesura cresca Quar ma domna si bainara Al primier jorn que i avenra . 5780 Guillems non tes anc sol parer Que so ausiSy e sap per ver Que cesl bainars es per lui faitz Et Arehimbautz y sera tragz, E non trobara qui l'en plaina, 5755 Car geâ non cugc'uimais remaina Que noil fassa una passada Flamenca, pos s'en e» vanada . Al dimercres , quan jorns parec , Flamencha plais , e far dee » 5760 Car la nueit non ac ren dormit. m. ioo Suau appella so marit E dis , plangen ab gran pantais r < Anc mais 9 lassa ! tan mal non trais , Sener , con eu ai fag anueg. *^'^05 Levas d'aissi , e nous enueig Quar de mi seres tost desliures ; E plus mi plas murirs que viures^ Tan son destrecha e cochada !. — 173 — E s'un pauc qaant serai baiiiliada 5770 D'aqaesta dolor nom revenc Per morla sapias mi tenc. » — < Domna, ja d'aisso non morrcs , Ab lo bainar estorseres , Noos esmagués e fagz conorl {(775 E non aias talent de mort. » Las donzeilas son ja levadas E vestidas et adobadas , E dison ben ques ora es lyanar aqni on an empres. 5780 Prendon bassins et ougemens E totz Inr appardlamens ; En Archimbantz em pes si .dressa , De la testa semblée cabeissa Quar las canas foron fumadas , •i/ôS Cortas e per luecs irissadas. De la tor eis a calque pena » E sa mullier pel poin ne mena A son amie ; per mon ^jaire Sa gilosia uoil val gaire. to 5790 Los angles dels bainz quer e cerca , Mais pauc li val aqueia cerca Quar loi égal y conoissia Alcun perttts com far solia. Pueis s'en issi e Tuis sern^ , 5795 Et ab si la clau ne portet. I^s donzeilas non s'oblideron Quar aitan tost dins io fermeron Ab una barra gran e ferma Que de paret en paret ferma. 5800 D'aisso qu'an fag an meravilla ; Gascuna sa par arodlHa , £ dison : « Dona , que farem ? — 474 — Trop granz ineravinas avem Per on inlrara ni consi 5805 Aicel qu'aicest laec vos cbausi. » Flamenca dis : « Eu nt)n o sai , Quar eu non vei ni sai ni lai Neguna re plus que far sneill , Mais nous penises que siem despucill 5810 Quar hanc non sa vinc per baindr, Mais que pogues ab lui parlai*. > Mentre qu'esta en cest ag^rt Non sabon mot , quan una part Dels bamz auson un pauc de gap ; 5815 Et adoncas cascuna sap Qu'aisso es cel qu'eilas attendon ; Non an cor que ja li deffendon y Ans a Tuna Tautra tocada , m. m E quant ac la peira levada 5820 Guillems broillet e crée viatz. £ si negus mi demandatz Gossi venc ni de cal faisso , c Non m'er affars, » dirai vos o. El man porlet una candela ^ 5825 Garnis' e bragas ac de tela De Rens , ben faita e ssotil E per corduras e per fil » Blisaut portet de cisclaton , Ben fait e fronzit per razon 5830 E tiran per lai on s'atain , Et estet li moutavinen; Li corregeta don s'estrein Tro al som del blisaut atein. Gaussas hac de pâli am flors 5835 Obradas de mantas colors , Tan ben e tau gen si causseron Que disseras c*ab el nasqueroii. (Jn capell lini ben cosut Ab sedHy e môseat meiiut 5840 A c en son cap , non per celar La corona y mais per garar Sos pels de la cauz qu'es el irauc. Fin' amor l'a donat un pauc De son tenc, mas non Teste! mal » 5845 Tarn bes [tain] ab lo naturel Ques assas plus belz ne sembict. Davan si donz s'aginollet ▼« E dis li : c Domna , cel queus fes E vole que ja par non accès 5850 De beutat ni de cortesia Salv vos e vostra compannia ; » E sopleguet li tro al pes. Flamencha li respont après : « Bel sèner» cel qu'anc non menti 5855 E vol que vos sîas aissi Vos salv'eus gart eus lais complir « D'aisso queus plai vostre désir. » — c Doussa domna , totz mos désirs , Mos pessamens e mos cousirs 5860 Es vos y a cui mij son* donatz , E s'aquest don vos m'autrejatz . Tut miei désir seran complit. » — « Bel segner, mais Dieus m'a cobit Qu'ieu si' ab vos, ja non dires 5865 Quau de mi vos departires Que perdas ren per mon antrei , Quar tam beH e tan gent vos vei E tan cortes e tan adreg Que per fin'amor e per^dreg 5875 Aves mon cor lonc tems avut, ^ — 476 — E veus lo cors aissi vengut Pervoslre plazer autrejar. > Adonc lo prenc e val baisar E douzameu vau[s] si Tacolla. 587S Ara pol far , sis vol , coroUa En ArchimbauU dcsolz lo fraisse, foi. m Qu'iea bon cug que per el si laisse Flamencha quesanric non fassa. Guillems la baisa e Y abrassa. 5880 Et aqail que nosire amix son Pregue Dieu qu'aital gauh iur don Con ill ac, tro l'aion major. Guillems es ben segurs d'amor E dis : < Ma dona, sius plasia , 5885 Per una novelleta via , Que per mi eper vos es faita, On nous cal temer nulla gaita , Pogram anar ben , sius volcses , £ ma cambra » don manias ves 5890 Ai vist la tor on vos estatz. > — c Belz dous amix, aici cous plaz, leu irai lai on mi dires , Car ben sai qu'aissim tomares , Si podes y salva e segura ; 5895 E guidas per bon'aventura . > Adoncs si met Guillems prumiers; Ges non fon escurs le cemdiers Ans i ac candelas cremans. En la cambra foron abans 5900 Vengudas qu'ellas nom pesseron. Trop ben gamida l'atroberon E de tapitz e de bancals , E de bels cubertors riais , De vefdîers e de garnimens » — 177 — 5905 Mais nous cal dir los paramens . ^o En ung lieg basset son assis, E Margarida et Alis Segron el sol en un coissi. Guillems moutgent las aculli 5910 E preguet las fort de som ben ; Flamencha dis : cNon las coven , Bels dons amies , pregar de vos; Per lur conseill, per lur somos, Per lur sen ni per lur parlar 591 5 Nom perdres null vostre plaser .» Guillems las donzellas merceja ; Apres solassa e domneja Si donz ) e comens'a l[i] dire : « Dousa donna » lo greu martire 5920 Qtt'ieu ai sufert per vos lonc tems Vos grasisc ar quar em ensems. Vos non sabes de mi quim sia , Mais tan con Amors vos disia Que vostr'oms era verament. » 5925 — < Bel segner , ben sai et entent Que vos est rix homs d'aut parage , E conosc al vassalaje Car esser voles mos amix , Quar si non fosses pros e risc 5930 Ja de mi non agras pensât.» Adonsc a mot e mot comtat Guillems qui es ni consi venc , Ni en quai guisa si captenc Dans que fo vengutz a Borbo. foi. los 5935 Quant il saup de Guillem qui fo Tan gran gang en son cor l'en dona Que del tôt a 4ui s'abandona ; 1^ — 178 — PreBt s'a son coll , cstreg lo baisa , De Dulla ren mai non s*esmaia 5940 Mas que lo paesca pron servir E de baisar e d'acuillir E de far lot so qu'Amors vol. Oilz ni boca [ni] mans non col Ans Fus l'autre bais es estrein ; 5945 De ren Tus vans Tautre non fein , Ans es tolz cels d'cntrels eissitz , Qu'estier non fora jois complitz. Gascus s'esforsa de grazir Lo cochos mal el looc désir 59K0 Que Tus a per l'autre suflert ; Neguns per amor ren no i pert ; Gen los envida el[s] somon De far tôt so que lur sap bon. veramens Tus l'autre ania ; 5955 A mors los empren elz [ajflama , E doua lur de plasers tanz G'oblidat an tôt lur affans Ques an suffert entro aissi. Aquist eron amador fi , 5960 Petit ne son ara d'aitals , Mais non m'en cal , car un sivals Ne conosc eu c*aitals séria Si trobes bona compainia. Ane Guillems trop non clerguegel 5965 Quar ren non quis ni demandet , Mais tant con si dons li présenta , Que de far plasers non fon lenta , Ans li fes mais honors e bens Non saup grasir eissa Merces 5970 Qu'es , som cug , de grasir maislra . — 4T9 — A mors tans plazers lur ministra Que jassers no i es mentagutz , Ans los ha ben cel jorn pagutz De baisar e d'embrassar, 5975 D'estreiner e de manejar, E d*auires jocs qu'Amors ansina Lai on conois amistat iina. Aitan gran delieg si doneron Quan los motz qu'an ditz recorderon , S980 Que non e» honas pogues notar Ni bocea dir ni cors pensar . La benanansa c'usquex n'a , A negus homes moils non va ; £ quanc die meilz non jes tan be, S985 Quan die tan be non lo mile« Jes las donsellas non oblida GuillemSy car mot gent las envida Que de lui amar las sovenga ; Poissas lur donet per lausenga S990 Cordas e fronlals e frezells , Noscas e fermais et anells E botonetz plens de musquet foi. lOi E d'autras joias qu'ieu no i met Qu'eron bellas e covinens. 5995 Quascuna dis : < Totz mos talens Es , bel sener , de vos onrar E de totz vostres plazers far. > AI départir nos poc tener Guillems de plorar, car vezor (tOOO Mais non la[s] cuja , don l'ies grieu ; Mais el las vcira lien en brieu — 180 — Car Flameoca retornara Al bains tot'ora quan voira , E soven si fara malauta 6005 Quar tais malautia l'asauta , Quel cor li reven tôt eii sana ; Al meins .un. ves la semana Retornara , si pot , aïs bains » Ans que a glieisa ni a sans. GOiO Amdui si ploron coralmen , E Taïga que del cor deissen Mesclon ensems, e pueis la bevon. Un petit fan plus que non devon , Mais anK)relas son corals 601$ Don [non] gostan vilan ni Tais Domnejador outracujat ; E pesa mi car n'ai parlât , Mais tan n'i a que nom puesc mais . Sin parle mas ab tan m'en lais. 6020 Quant venc a penre lo comjat Estrechamen si son baisât y Soven si baison e s'abrasson , to Nulla ren non sabon ques fasson ; Tant lur enuejal departirs 6025 Que vengut es als greus sospirs Et als badails et als sanglotz Tan grans c'a penas n'issi motz. Pero Flamenca s'esforset Tant c'un petit a dreg parlet 6030 E dis : c Belz dous amisc cortes » Mon aver nous ai donat ges , Sabes per que ? car totaus don , Mi meseissa eus abandon. > Ges tôt aisso ad un alen 6035 Nom poc dire , ans la coveu Pausar soven , tant fort la cocha , Lo sanglotirs tan fort y locha Que SOS amicx ben entendet De quai guisa la presentet ; 6040 E mercejet lan soplejan , Baisan , ploran et abrassan , Et a penas leva sa teula; Del plorar li dolc fort li leula , Mais so mal non près' una foilla , 6045 Tal paor a que plus si doilla Sa dorana ques els bains rema , E tan solamens lai esta Quel fronz un pauc si remulliet. Dese Margarida sonet 6050 L'esquilleta y el gilos venc Tan tost que a penas si tene m «o» £ miei la via de caser. L'us obri , e non ac poder De parlar, tant a corregut ! 6055 Flamenca dis : < De gran verlut , Sapchas, sener, bon son li bain ; Garida serai se m'i bain Que jam sent un pauc mellurada ; Mais res non val una vegada , 6060 So dison tétras que lai son , Mais adoncas tenon gran pron Quant om si baina per egual Dels jorns ques a sentit lo mal . » — c E donc 9 domna , bainas vos i , 6065 Sius asauta , cascu mati y Qu'eu omet ben en vostr'asaut.» Âdoncs a dig Alis enn aut : < Segner, ben a obs del bainar, Car homs nous poiria comtar^ — 182 — 6070 Las espoiuchas m las dolors , Las angoissas ni las sizors Ques a ma dona uei sufferlas. Tal ora fon non siam certas De sa vida , niais ar vezem , 6075 La merce Dieu ! e conoissem Qu'ab lo bainar eslorsera , Oi mais ren pron no[nl l[i] tenra.» Aisi pariei con eissirnida ; Sa part y fes ben Margarida , 6080 Car en son lieg la fes colgar Gais per dormir e repausar E per miel[z] sufrir un petil ; Mais il non a gaire dormit Quar joia d'amor lo defeu. • 6085 Alis li dis, jugau , risen : « Domna , que fagz » disnares vos ? > Il li respont ab cor joios : «Non bai pron manjate begut Gant mon amie ai hui tengut 6090 Entre mos bras , bell* Aelis ? E eujas ti qu'en paradi» Aia hom talent de manjar ? Pron mange quan puesc recordar Los dous e:sgartz e plens d*anior 6095 De mon amie, c'una dousor Tan saboros' al cor mi meiin Quem replenis mielz e m'abena Que non Tes li mana de cel El désert los fils d'Israël. 6100 Aissi sui plen'e jausionda Que ges mons cors ben non m'aonda A tener lo gauh ques ieu ai, An[s] se breveza sai e lai. De ueguna ren non ai fam T» — 483 — 6105 Mas (le veser celui cui ain. * Ab tant veuc de fors le gilos E dis : < Domna , ben es sasons Queus disnes ueimais, s'a vos plas.» — « Bels sener car, non m'o digas , 6110 A QS vos prec ben que nom pregues foL loe De raanjar; vos , sius plas , manges.» A cest mol s'en e[s] fors issilz, L'ora maldis que fon roaritz , Quarpueisnon resl[et] ben un dia. 6115 Tôt aissol fai sa gilosia , Que si tan fort gilos non fos Non fora ges tan engoissos , Ni ssa mollier non calgra fener D'csser malauta, car ateiner 6120 Pogra ben a lot so que volgra ; £t aissi uegus dans nos dolgra , Mais so ques es a lui dolors A leis era jois e dousors. Mais hom dis : «Qui non sap non sap.» 6125 Del gran joi que el cor uoil cap Es Flantenca tan jausionda Que de sou lieg non sap l'esponda , Ans dorm ades et avallona ; Vejaire l'es que la somona 6130 Guillems de baisar e d'esti*einer , A raieja bocha dis : « Bel sengner, Veus m'aici ben a vostra guisa Tola nudeta en camisa.» Aissi repausa e sojorna 6 1 35 Eutro qu'En Archimbaulz relorna , Mais adonquas tosl la réveilla Alis , cl al dig en l'aureilla : — 484 — € Domna , nom |)arles ara plus De voslre amie, mais levas sus, to 6140 Que moDseoer es a la porta Que per vos fort si desconorta. » — «Amiga , vai, e digas K Mon sa intre , que pause mi. > Alis nos fai gaire pregar 6145 D'aisso queil manda si dons far ; A lui s'en vai ans ques intres En Arehimbautz , e dis ades : «Segner, scgner, non sa inires , Ma domna dorm , ben loruares 6150 Vaus k) vespre quan s'er pausada , Ques ara es fort trebaillada ^ E non a obs quel fassas nausa , Mais tenes ben la porta elausa. > — < Ben dises , so dis le dons 6155 En Arehimbautz , ben aial donz Si tan ni quant la revenia. > •— c Sener , mais teues vostra via , Quar eu sai ben que proil tenra , Jatam petit non dormira, 6160 Et a[p]rop ne manjara mieils. » — « Tu as ver dig » « so dis le vieils Gui Alis fai papiejar Tan que dal uis lo fes tornar , E pueis s'en lorna en son luec. 6165 D'aisso qu'an dig an trop gran juec Flamenca , que nos poe tener De rire , c fes la sezer Un petit plus près davan se : fou 107 < Alis , digas mi , per ta fe , 6170 Que t'es semblant del mieu amie ? > — < Creires m'en, domna, sius die ? > — < Eu hoc, stni voil , tôt em perdons.» — 485 — — c Domna » die vos qu*es bels e bons E tais con a vos si coveD. 6175 Adc hom non vi tam bella ren , Tam cortesa ni tan adrecba. * AdoDcas Ta un pauc destrecha Flamenchâ vau[s] si bellaroen : c Anûga y beus die veramen 6180 Que nuUz homs non sap valer tan ; Mais .1. jorns mi teura un an Entro qu'eu sia justa lui , Mais gran bem fai quar [ai] a eui « Diga de lui tôt mon voler. » 6185 -- c Dou2a domna » digas mi ver Tan douzamen vos baiz eus ten ! £ quan phzenmen vos acaeill ! E eon son amoros sieu ueill I » — c Si m'en soven ! per Dieu , oil o ; 6190 E die ti ben , nom sap jes bon Quar demandest tan gran follia Ni doptiest , si m'en sovenia ; E de quem sovenria donc ? Ja per lui nom cal irencar jonc 6195 A san Johan per esproar S'ambedui em en amor par. Amdui sem ben en l'ausor poing ^o lyamor , e d'un dart égal poing. Nos pot mais creisser ni mermar 6200 Nostr'amor quant a ben amar , Mais per obra pot ben parer Anca[ras] mielz , per far saber CoDssi uns cors amdos nos lia ; Mos amix es et eu s'amia 6205 Que no i a si ni retenguda . Tener mi poira tota nuda — 486 — Quan U plasera, o vesUda , Que ja DOD li farai ganzida , Quar baratz es e tricharia 621 Quan corals amies si fadia En so que plus vol ni désira ; Quar d'aqui qais eorros et ira E mal cujars e sospeissos El vilans motz fols enujos 6215 Que cuon» a nom , maisanlre nos Non aura luec , si Dieu plas , nos , Car el non vol ni eu non voill , Qu'avols molz es e plens d'orgueill. Mas tal n'i a que fan lanjjuir 6220 Lur amador ab lur c non» dir. Quasque digon ques ellas son Castas e puras per dir non, Mal aia dona qu'esconditz De bocca so ques ab cor dilz ! 6225 Quel semblans es simples e purs El respos sera braus e durs. foi. lot Mais sapchas ben, bellas donzellas , Que ja non vueil esser d'aquellas , Ans vos die ben non m'es veja[i]re 6230 Qu'ieu puesca tan de plazer faire Ni dir a mon bol cavallier Quiel renda neis so meg loguier De Tafau ques a per mi trag Quar banc si mes de mi em plag 6235 Ni penses consim desliures D'enuei , e a joi mi liures. Fadeta es et erguillosa Domua ques fai carestiosa De son amie niais cor y a 6240 D'onor , de près ni de plazer , \ — 487 — Que pauc uoil deia neis parer , Qaar mot es paucs le bens quel fai Quant al mal que sos amix trai ; E prega Dieu qui ja racre, 6245 Qu'a las oras non volgues ben Ques hom la forses de son pron , Mais il non saup mudar rason Ni dire d*oc per nesciesc. Et hom pot esser trop corlcs 6250 A l'autre motz , ver ne digam , Pos sera vengutz a reclam S'atent ques si donz lo somoiia ; Mais si luecs et aises o dona Prenga de lui seguramen 6255 So qu'il noil doua nil defen , ^o Et [en] après plaidej' ab ella per domna o per donzella per autra dan cuminal Qu'a negun dams non vuilla mal. 6260 Ben meravillon a son cor Domna quan ve que per lei mor Sos amies , tan la tem e l'ama , E per Dieu e per leis si clama ; Et il ja parer non fara 6265 Qu'en ren so tenga , neis la ma Non la deigna vas lui estendre. Gertas hom la deuria pendre Coma lairon per miei lo coll ; Trop a mal cor e dur e foll. 6270 Maldiga Dieus aital follesa , Plena d'ergueill e de malesa ! 4 Mala vi dona sa beulat Quan merce [pert] e pietat E conoissenza e mesura , 6275 Car beutatz faill e merces dura ; — 488 — Aissî con Ovidis retrai , Tems sera que sel c'aras fai Parer de son amie nol quilla Jaira sola e freja e veilla ; 6280 E cil a oui hom sol portar De Dugz las rosas al lumtar Per so qu'ai malin las irobes Non trobara qui la toques Per nulla ren que puesca dire. foi. lo» 6285 Garas sis ben de fol consire Joves donna qu'es tant eniga Que son coral amie destriga , Et el reman corals amix Car domna es plus Icu anada 6290 Que non es rosa ni rosada. Peccat i fai e gran fallensa Domna que sou amie bistensa , E per temensa de mal dir Non tem vaus son amie faillir. 6295 Quar eu sai ben qpe plus faria Bos amix per sa bon' amia Que tut l'autr'ome qu'el mon son , E tut volguessan neis son pron. Qui ausir aneui mi volia 6300 Elz mieus amix dous [s]i podia Per mi far aucir e guérir , Avans voiria el morir Ques citsuffris anla ni dan. Ben a donccas fol cen d'enfan 6305 Tota dona que y per cridar De lauzengier , laissa d'amar Gel de oui sap que tan se i les Per liei farie iota res. Contra lauzengier maldizcn — 189 — 6310 Domna deu penre ardimen , Laisel cridar , fassa son be , Qu'en aisil vencera desse ; E qui ben ama lealmen "^ Ab se deu far cest jugamen <)315 Que tôt lo mon a son dan sia, Ab sol ques el puesca un dia Entr[e] sos bras , a som plaser , So quel plaz sentir e tener. Aicest jugamen n'ai en fag , <)320 Tan ss|i d'amor e de som plag. ! » Aissi ha tôt lo jorn passât Que non ha begut ni manjat. Pero lo ser tan l'an preguet Ëns Archimbaut c'un pauc manjet , €325 Quar dis li que nos bainaria Ja l'endema si non cresia Que per s'amor un pauc manjes ; E mange[t] per so ques baignes. Guiiiems fon ben en gran delieg, 6330 De tôt jorn nos levet del lieg Ni vole ques en sa cambr' intres Neguns homs que mot li sones Nil partis de son bon pensai ; E per son hoste a mandat 6335 A don Justi lo capellan Que nos sentia ges ben san , Ans era sos mais tan greujatz Que non s'era lo jorn levatz E ben ha ops uéimais encerc , 6340 Sis pieu , per lui un autre clerc ; E ges aisso a mal nos tenga , Aissi com sol a totz joms venga foi m — 490 — Manjar e heure a Tostal. Message lai trames liai , 6345 Car so qu'il manda formir sap Kt es ne ben vengotz a cap. Lo jous matin non s*oblidet Flamenca , so marit sonet • E dis : « Segner , vos qu'en fares ? 6350 Anares vos , o remanres ? Qu'ieu nom puesc ges dels bains suffrir ; Ist gotam vol ades aucir , Et aitan fort per tôt mi doil Ques anc anuit sol non claus Toil. 6355 Le gilos dis : < Si Dieu m'ajut , Domna y ben o ai conogut , Que mal aves anuig pausat ; Per so manjares per mon grat Un petitet ans qu'anasses. » 6360 — c Belz sener cars , no m'en parles , Mal mi faria , ben o [s]ai ; Vaus lo mieijom mi disnarai Quan serai dels bans repairada. » — c Anem donc , pos tan vos agrada. > 6365 Una samarra fera e trida Veât bins Archimbautz, e pois guida , E vai s'en dis bains totz descaus ; No i conoc ni peira ni caulz Ni ren c'om mogut y agues. 6370 A grans penas mogut s'en es E serra l'uis aissi con soL ^« Flamenca remas en lo sol Ab sas donzellas qu'en desc Apres de lui serran l'uis bon ; 6375 K non an p:aire demorat Qu'intret Guillems tôt a ceint , Kt ac ana poipra vestida Ab esteletas d'aur florida ; Et estet H tan ben e gent 6380 Que niiilla re no i si desmcn ; Gaussas ac d'un vermeil samit. Ben intret a lei d'issarnit Mais desempre s'uroiliet Que vi si dons ,[e Tenclinet] 6385 Ans que el leis , e vaus lui venc E dis : c Amix , de cui eu tenc Lor cor el cors e tôt cant ai y Ben sias vengutz ara sai. » — < Dousa donna , de cui hom son , 6390 Nostre Sener aital gaug don • A vos et a vostre solas Que vos queres ni demandatz. > £ l'uns vaus l'autrel bras esten E SOS baizat estrechamen. 6395 Ces el[s] bains non esteron gaire, Ans aneron a Inr repaire Que lur plas mais et atalenta ; So fon li cambra beU'e genta On Tautre jom si repauseron. 6400 Per lur sendier lains intreron ^o\. m On non lur faill jois ni deportz , Ans es cascus demiei estortz. Guillems estet un pauc en dopte E Flamenca conoc o sopte , 6405 E dis : — c Amix y digas tôt quan volres , . 6410 Car ja nulla ren non dires A mi enug , queus voîllas sia bes mais , sens o follia , Ab sol qùes a vos plazer deia , Quar totz mos bes a vos s'autreia 6415 Per vostre plazer consentir, Que de ren nous vueil contradir. » — < Ma dousa res , dui miei cosin , L'us a nom Ot , Tautres Clari , Estan ab mi per adobar; 6420 Rie home son , [de] gran afar; E volgra ben , s'a vos plagucs , Cascus de vostra saupes ; Car mos joisne valria mais. Car mant' angoiss' e man pantais 6425 Mant' angoiss[a] e man péril Ai [eu] suflert, que vos ni ill Non saupes ren ; e pos Dieus vol Que m'estiu mielz que far non sol E lot quant ai es gauhz e bens , ▼<> 6430 Volgra cascus sa part n'agues. Li miei donzel son jovensell , Cortes , adreit e bon e beil , Et aital son vostras donzellas ; E s'ambedui eron ab ellas 6435 Aurion ab cui si deportesson. E s'avion cor que s'eutramesson A marin mai vos c me. » — c Bels dons amix , ieu o voill ben , Mais tan vos plaz faiz [vostr'albir] . > 6440 Ab tan Guiltems vai l'uis obrir E fai los ambedos intrar. Quant il viron el lieg estar — 493 — La domna , fort si meravillon , E quan las punzellas rodilion 6445 Ben cujaii esser eiicantat. Pero tost son aginoillat Davan la domna bellameu ; Cascus dis : < Vostre mandamen Farai eu , domna , volontiers , 6450 Aissî aves .ii. escudiers.» Flamenca fon moût plasentiera Et aculli los volontiera E cortesamenz lo[s] saluda. Cascun a près ab la man nuda 6455 E Tes los de genoils levar, Car mot a lK)n cor de Tonrar, El a présent el n rescost , A ssas punzellas a dig tost : m. us < Sai venes , fai ss'il , ambedoas ; 6460 Aquist son dui e vos est doas E voil quel sieu aia cascuna ; Non s'en fa3sa pregar neguna , Car eus prec eus die eus coman Que fassas tôt so qu'il voiran. 6465 Isses vos en elz bans defors On nous fallira ja demors. > * — «Penrem o, dona, per Testixîna, » Fo dison , e poissas ne mena Gascunal sieu : Ot ac Elis , 6470 De Margarida fon Claris. Van s'en els bans per deportar E podon las ben solassar. Cambras y a bonas e bellas Don ja non cal eissir punzellas 6475 Oimais Alis ni Margarida, 13 — 494 — Sis volon , car gen las e[n]vida Jovens et A mors de son joc. E pos n'an aizina ni luec Ferai , son eug , ben mal laissar; 6480 Al meins lo pogr'om ben taular, E por aventurai jugiieron. Conssi ([ue fos, tan gasaneron Ques aniix han bos e corles ; ^ Et an si picvidas lur fes 6485 Que tostems sion amie intier, E quant il sernn cavullier Autras domuas non amaran, v» E quant ellas donnas seran Non fassan autres ea>alliers ; 6490 El aissi er lur gaugz entiers. Daus Taulra part (luillems juguet Al mielz que saup, e l)en trobet, Moneitient, qui juec li tenc Aissi cou a lui si covene. 6495 Jugar podon a lur talan ; Mas nom quai dir a mon semblan Los gais envitz que chascus fai, Mais ailan sivals ne dirai Que non es jocs tan sal)oros 6500 Que sapcha nulz cors amoros Penssar ni dir ni desirar Ques ill nom puescan dir e far, E ben del tôt faire non volon. Ben pensson conssi mais nos dolon 6505 Per negun plazer que oblidon ; Soven envidon e reyidon Lo jors la mostra e la presa. Et Amors fai coma cortesa — 195 — Quar non consent que i aia triga» 6510 Quar tant era corals amiga Flamenca que non sap jugar Ab son amie mais a joc par^ E pcr aisso lot o gasaina. Pero abanz quel juecs remaina 6515 Cascuso a lot gazâinal, Et anc non n'escaperon dat, '«i- **' Car negns non s'irais ni jura. Fin'amors tan los assegura Qu'ades lur dis que ben soven 6520 Poiran jugar c longamen ; E vol que Flamenca s'en torn, Cap son amie plus non sojorn. Per so la fai quais sospiran Parla[r] ab lui abau ques n'an. 65â5 « Amix, Tai ss'il, dons e verais, Ora es qu'eu m'en torn ueimais ; Deman, si Dieu plas, tornarai, Aissi a vos malin serai. > Giiillems nom poc un mot respondrc, 6530 Veja[i]re l'es qu[e]l deia fondre Le cors d'anizoissa c partir Quar si vol de lui départit ; Mais ill lo conorta mot gent E dis : « Eus promet verament, 6535 Amix, qu'eu deman torn a vos E totjorndeportarem nos. > Los ueilz li baisa e la cara Et aissi dousauien Tesgara, Dreitz oilz. que tola la dolor 6540 L,i trais del lor, e lai doussor Li don'Amors ab cel esgart Que non sen mal vas nulla part. — 496 — • E dec faire per rasou, Quar mot dee al cor saber bon 6545 Aital dousors que ruilz adus : to Car tant es granda sa vertutz Qu'ensems faî viare doscorages, Si que risc cors ni nuillz coratges Mas cascuns a l'autre soplia ; 6550 Car cilz dousors tan dousa es C'uei non es motz que la pogues Far entendre perfiechament ; Car a grans penas mais Tentent Entendementz, que sol consebrc 6555 Montas res que non sappcrsebre Aureilla» ni lenga parlar; E per so vueil dir e mostrar Que cil douzors ques al cor tocha Per oilz val mais que cil de bocha, 6560 Plus (ina [es] e plus entiera ; E prec qu entendas la cariera , Cascuns aissi meseis consire De quai guisa o vueil eu dire, Quar, si cou ieu die, non es motz 6565 Que feses entendre a totz Mais \yev ombra e per semblanza Ne dirai qualque demostransa : Quan dui aman fin e coral Dreigz oilz s*esgaron per égal, 6570 En dreg amor» mon eitient, Tan granz jois al cor lur deissent Que li douzor que d'aqui nais Lur reven tôt lo cor e pais ; E ruei[l], per on treva e passa' sti. m 6575 Cil douzors quez el cor s'amassa, Son tan liai que nulla ren — 197 -- Negus a ssos ops non reten ; Mais la boca uos pot teuer, Quao baissa, que del bon saber 6580 A SOS obs qaesacom nom prenga Avan que ren al cor ne venga, El baisar que sa boca pren Es fermansa que eascuns son Lo fin joi ques amors lur dona. 658S Nom quai que ja plus o espona, Quar lotz boms ques am finamenl E nom pren autre jausiment Mais los egartz simples e purs Plus douzes e plus saboros 6590 Qu'eu non sai dir ni boni entendre , Si totz tems i dévia entendre Er' ab mid'aicest jugamen, S'en aissi con icu o enten. Mai cel autre que baizar podon 6595 A lur guisa?, e puissas rodon Ades eotorn per las faissolas, Non s'asauton d'ailals esgolas. Mais tal n'i a oui non coven Le joi d'amors que d'ueilz lur ven 6600 Neguna sason oblidar, Ni per tener ni per baisar, Quar ren non sabon neis ques es ; Mais tan con rasons e merces to E consiensa lur ensegna 6605 Que baisars es vera antressegna Del joi que fin'amors aporta Per oilz> per cui ba faita porta Clara c pura e lusen, On si ve es mira soven, / — 498 — 6610 Quau vai ni ve dins ni defora, E d'un cor eu autre s'encora ; E fai cel[s] cors tan encorar L'us en Vautre ques acorar Pensa cascus quan Tautreil faill 6615 S'adcs noivc sus el uiiraill On lur désir lur fai venir, Baisar abrassar e len[i]r E tan sotilmens esgausir Que tôt i)ens>at e tôt consir 6620 Laisson aitan con aifadura ; El anc non hac bon' aventura D'amor qui dopta tan ni quan Qu'aissist douzors aissi non an. Aieist dousor a Guillcrn plae 6628 Aitan ques anc poder non ac De coutradir que non a[n]es Dedins los bainz, e non sones Las douzellas els douzellos, Pois s'en retorna, mont coclios 6630 De toruar lai on fon mogutz, Mais abanz que lai foç veugulz Flamenca To cm pes levada, m «t» Antre sos bras l'an* a menada Tôt dreit elz bains mot suavet. 6635 Ab tant eisson li douzellet ; Pero abanz que s'en partisson Lo ben e la honor grasisson A Flamenca que fag lur ba. Il lur dis : c Baron, consi va ? 6640 Fort beus podes csser l)ainal, A Dieu sias vos comandat. » Guillems pren comjal atressi ; — 199 — • K quun las douzelletas vi V;iu[sj si venir percomjat penre, 6645 Lur oilz foroii del plurar terne ; Fan li merces l)eD cl eiii pas Dei rie déport c del solatz Qucs an avul de sos douzels ; Ques anc pueis que foron ab els 6650 Non agron neguii pensament, Ira ni dol ni juarinicnl Ni lur sovenc de la prciso On las tenc gilos em |)erdo ; Quar vengutz lur n'es gaugz e bens. 6655 Aissi lur estel .un. mes, So fou Aoslz e tutz Setenibres , Tolz Oetovres e totz Novembres Tro a la festa sant Andrieu ; Mas adoucas, la merce Dieu ! 6660 Flamenca fon si ben estans, (jaia e conda c presaiis to Qu* En Archimbaut ren nom preset, Et anc sol per lui no[s] levet C ora (jucs anncs o veugues ; 6665 Non les parer (|u'en rel lengues. Et el aissi cass oms eon fon Conhoc ben, mais Tocaiso Don so avenc non conoissia ; Per so partel ab lui un dia : 6670 « Donna, fài ss'el, ben mes veja[i]re Que nom ternes ni m presasgairc. Tornadaus est eueontra me, Ergoillosii, non sai per que. » Flamenca dis, que no i tarzct : 6675 « Bel segncr Cius, r^ui ajostet Mi c vos gran peccat y fes ; Quar uDquas pois que mi agucs Vostre près non fes mas caser ; Ë vos solias tan valer 6680 Que totz le monz de vos parlava, £ Dieus e segles vos amava ; Mais ar est tornatz tan gilos Que mort aves e mi e vos. Mas certas bon plag vos faria : 6685 Ma ves sobre sanz juraria , Yezent mas douzellas ades , Qu'en aissi tostems mi gardes Co vos m'aves sains garada ; E prendes, sius plas, la palmada 6690 c Mais dese a las domnas vegna, foi. ««• An s'en ab ellas al mostîer. £ sone clas per eavallier £ per borges lo sein major, £squilla per laorador ; 6695 E pos uegus er classejatz Non sia poussas tan ausatz Que d'un an si meta en plassa . Eu vueill que li costumaus plassa , E tut eusems la m'autrejes. > 6700 Tut ensems cridon una ves : « Sia ! sia ! ben la volem £ tostems mais la ma[n]tenrem. > ^ — < Ancar, fai ss'el, vos dirai mais : Lai en pascor , quel lems er gais 6705 Yueil que tengam aissi lornei, Et aurai y, si puesc, lo rei £ totz los barons del régnât , Aissi cou mars c mars lo bat , — 204 — • Et aissi con Rosei*s lo part 6710 E Garona de Tautra prt. E quar m'ai lavada nia testa Yueil que fassam ancuei gran Testa, E que mangem ancuei ensems Car trop n'avem estai loue teros ; 6715 E per ias domnas mandarem ; Huei toi jorn nos deportarem. > Moût a ccl jorn gran festa fnclia ; Flamenca es de preison traclia, El cavallier tan s'alegreron vo 6720 Car a prescrit ab lui parleron Et a celât, aissi cos volgr[o]n ; ' Per lur vol negun tems nos tolgron De son conseill, mais per onransa, Ne fai Tus a l'autre pitansa. 6725 Ane Flamenca de tôt cel jorn Penre non poc voûta ni toru Coiisi al bains anar pogues, Quar non a talen ques mogues D'entrcis cavallicrs on sezia. 6730 E cascuns al mais que podia Eforset si per mais plazer Consi la pogues sol vezer ; E cel tenc si per ereubutz A cui il dis un bel salutz. 6735 Mais lo matin, al plus que poc, Dreit ves los bains et elas moc ; E N'Archimbautz no i anet gens Quar mestier a que d'al re pens^ E non vol esser plus claviers 6740 Dels bains ni de la tor portiers ; Mais de donas entre a .vu. - 20i — Yaii al) elias, mais iioii iiilret Ueiliiis los bains ah leis iiesjuiia ; Et il ha pregada cascuna 6745 Que torn al sou de Tcsquilleta, Car issir ne vol aboreta. Ë pcr sa paraiiF agensar Somon las un paue de bainnar, '«^ «t^ Mais cllas d'aquo non aii soin 6750 Ans cstan voluntieras luein, Car li bain flairon de prumier ; Ë (|ui non a trop gran mcstier Ces trop voluntier non s'i bainna. Ah tan si part eella compaina, 6755 K lias dousellas an serrât De senipre TuiSj e per lur gral No i Toron la[s] don ;s vengudas Car trop las avia[n] tengudas Ëm paranlas et ein bis[tcn]sa ; 6760 Ë d'aisso era lur temensa Cuillems venuues, c mal estera. Ces non o fos, bon s'en garel, Mais après mot non demoret, Ans es vengutz, e siei douzel 6765 Vengron ensems rl[s] bains ab el. Saludon si gent e s'aoullon, Ben fon parer quo mal nos vueillonj De baysars y a ac plus de cent Preses dese ad un tenent. 6770 En la cambra s'en son intrat ; De sempre [li] a tôt comdat Flamenca con es avengnt D*En Archimbaut ques n perdut Sos mais aips e sa vilania * 6775 Et a cobrada cortesia ; — 203 — « E pcr so, amies, non vueill plus Que vos estes saïns reclus ; ▼• Anas vos en, ques eu o vucil. Car ges aissi cou far o sueil 6780 Sai a vos venir nom |K>iria { Per so vueil tengas voslra via Et en voslra terra torues, Et al tornci sa toruares ; Et antretan maudares mi 6765 Per alcun adreg pellegri, Per message o per juglar, Tôt vostr* çssere vostr al'ar. » Aras y a gran marrimeu, Ira e dol e pessamen, 6790 Las donzellas elz doiizellos S'en van als bains ad esperos ; Laîns ploron a[quist] tutz .un. [Aissi] con s*om los degues batre. Comjat prenou en totas guisas ; 6795 Desotz lur pellissetas grisas Lasson lur mans etentrebescan,- E sai e lai taston e pescan, Baison , abrasson et acoUon E garos ben que non s'afollon, 6800 Quar dousamen e ssenes gap Fai cascus so que faire sap Ë so que fin'amors l'ensengna. Quascus a presa calqu'enseingna De l'autre , que deia portar 6805 Per s' amor e per recordar Los covinens ques an parlatz w. us Et ab mil baisars aftinatz, Et escri^ ab lur lagremetas Sus els detz^ per mieg las ongletas ; — 204 — 6810 E so ques cscr[i]vou defors Escriu cascuns ios eu son eoi^s ; Car ÎDS el cors sevals romau» G'ora que s' osie de la man ; [Et] aitals era rescriplara 6815 DoD cascus som par assegura : c Bels dmics, sovengaus de me. » — c Si fara[il,doaina» per ma fe » — < No m'oMides, ma doussa res > — • « Amix» tengudaus n'es ma fes. » 6820 Guillems foo sai tant esmagatz Qu'entreis braz casec ablesmatz De Flamenca, sa dous'amiga ; Et ili non sap al res quel diga, Quar laîssar nol vol per amor 6825 Ni auza cridar de paor. Mais ben ac de plorar [lezer]. Tant si pioret> ses remaner, C ap Taigueta que dei cor mou E per ios oilz ades H plou 6830 Lo fron si moilla el menton E la cara tôt environ, E dis : c Amix , eonsi estatz Que vos a mi ar nom parlatz ? Es cortezia ques estez 6835 Que vos ab mi ai* nom parles ? » Guillems la vos cl pior enten, ?» Per pauc le cors d'ira nol fen ; Tan gran dol a e tal vergoina A revenir mot lonc tems poina» 6840 Et a grans penas li respon, Car li suspir que de prcon Del cor a la bocha veniun — 406 — La vozel parlar li tollion, Pero si dis : c Canl mi dises 6845 Qu'ieu de vos mi parta voles, No i a plus mais quem partisses Lo cor per miei e m'aucisses > Flamenca dis : < Beus dous amix» Ja es vos tam pros e tan rix, 6850 Tan cortes e tan conoisseus Qae ben vezes que tolz mos sens Es en vos servir et onrar ; E sius podias neis pensar Quieus pogues far majors lionors 6855 A mi séria grans douzors, E volontiera o faria ; Que ja per ren non remanria, Queus vueillas, fos senso folleza. > — c Dduza domna, vostra proesa 6860 E vostre sens es tan complitz Qu'el mon non es homs tan coplitz Que vos conort noil donasses. > Adonc si baizon ben mil ves E prendon comjat si con tain. 6865 Neguna res non y sofrain foi. 119 Mas un pauc de bon'esperansa Que lur fassa qualque fermansa Ques puescan vezer si con solon . Mentre qu'estan ensems non colon 6870 Ans fan ades tôt lur plazers ; Et es lur vengutz bos espers De la pasca qu'er aboriva, Car a l'autr' au fo moût tardiva. El bains s'en von, e Guillems tos 6875 Un pauc avan que lains fos, — 206 — Per so quel douzel [o] ausisson E dels acuillir si garniason ; Ans prendon aulre curaîal, Assas y ac plang e ploral, 688(' E dis : « A Dieu sias vos mais. » Benvolgran [cl] c'aiUin pies Mais De kalendas con es Girniers; Non sap cal s*en esca prumiers Tan lur enuja e lur pesa, 6885 Mais Flamenca , coma corlesa , Ab so[n] amix dos moul parlet, E dis : « Amix * , puis lo baiset , € Ab cesl baisar mon cor vos Hure, E prenc lo voslru quem fai viure. » 6890 Guillems respon : « Domna, el prenc El relenc per lai covinenl Ques ieu en luec del mîteu lo tenga, E prec vos del mieu vos sovenga. « Ab tan parton, elas remanon , 6895 Lurs crins adoban et aplanon, Et an lurs caras l>en lavadas Que non parèsca sion ploradas. E quan fon ben près d'ora noua Margarida Tesquilla sona, 6900 E las .vu. domnas qu[es] estavon Sus el plan, que las agaravon, Vengron dese, vau s'en ab ella ; Mais no i ac domiia ni douzclla A cui Flamenca mot sones 6905 Ni volgues que^ ab lui parles. Elias cujeron sel agucs E per so parlar non volgues. Trisla eslel e conssirosa TO — Î07 — K de ren nons fes plus joiosa 6910 Que faire s^l, ans ne plais fort ; E quan eujava far conort Aquel conortzJi remembra va L'amor de cel qu'ai cor lesl^va. Kn Archimbautz eujava si C9 i 5 Que per s*amor estes aissi , E penssa ben cerlanamens Ab lui si port mot lialmens. Son affar plega et eslrcin (luillemsy c tan garit si (en 6920 Que près a comjat bon e breu IVaissels que dec, e vai s'en leu, Quar deniers ni draps ni vaisselz Laissa tant de bons e de bels foi «to Que los lems mais s'en ganziran 6925 Sos liostes ab lo ca))ellan. (iuillems es vengutz en sa terra Et ausi qu'en Flandres ac guerra, Lai en vai ab sos compainnos ; Trezens eavalliers ac de bons, 6930 E fes lai lot so que volia, • Quar lo près de cavallaria Lai conquis abans que tomes ; E non cùg [>er als lai ânes. Flamenca venc dese veser 6935 Sos paires, quant saup ben per ver Qu'En Arcbimbautz era garitz E dâverasdesgilositz. De GuiHem de Ni vers comte t C.omenl enFlandiis si portet, — 508 — U940 E cant rie prcs lai a conquisl, E coinen cl avia vist Qu'en la cort (iel comte FlauKMic Per ineillor cavallier lo teuc Ques uncas fos de nuUas gens, U945 lant es sos cors adautz egens. A des vol guerras e torneis El eslan [j]oves c'ades creis. Eu Archimliautz respouladoucs : < Al torneis sai quel veiremdoncs, (5950 E prec, sener, que lo digas S'abans ques ieu lo veziatz. > — « Ben lo dirai e be i sera, ▼<> Quar en dreg mi sai convenra, Quar moût a gran pari'ab me ; U955 £ d'aisso creira m\, so cre. E , belz genre, fe que dei vos, Die vos ben que s'il es daus vos, Daus Tautra part quis voila sia ! Quar tant es grans* sa compainnia U9G0 Ben son mil cavallier jurât. » Tant al coms de Guillem parlât Qu 'En Archimbautz dis que Tira Veser, tan tost corn luec n'aura, Ë fort vol avcr sa paria G965 E pregar l'a daus lui estia ^ A son tornei, e ja noi calgra • Qu'eu fotas guisas cug quel valgra S 'Ens Archimbautz non l'en prcgues. Mais honors l'er sivals ades 0970 Si tam pros liom li quer captein ; E per la beU'aroor quieil tein Tolz torneis n'es mielz aisinatz — 209 — Quant hom es del marit privalz ; E' uom pes negus m'en desroenta. 6975 E qui alegra ni ^usenla Mais Flamenca quant aus comtar De son amie que non a par De proesa ni de beutat ! Aissi a tôt sel an passât 6980 Entro lai ves carem' antran ; Mais adoncs le dux de Braiman foi. m A Lovan, en un sieu repaire» Fes tornei, mais non duret gaire; Pero be i ac de oavalliers 6985 Entr 'a[m]bas partz .iiii. milliers. En Archimbautz y fon, le bar, Car aqui vole som près cobrar; £ venc tan ricamen garnitz Que pels meillors y fon grasjtz, 6990 Car .m. cens cavalliers valens Ac ab si bels e covinens, Ab cubertas et ab senals ; E triet los totz uns seinnals, So fo aquel d' En Archimbau 6995 Ab flors jaunas sus el camp blau. Guillem de Nevers lai trobet, Ab lui dese s'apareillet. Cent lo saup Guillems acullir Et en totas res obesir, 7000 E moût l'onret al plus que poc E dis H de tôt quan vole d'oc. Ensems cavalgon ambedui ; Tôt le torneis frémis e brui Gant il intran el camp armât ; 7005 E tencses cel per ben aurat Que negus dams ânes requerre : 44 Coirassa ni laimas de ferre, * Perpoinz, ausbercs ni garbaisos No y ajudava .11. botos 7010 A cui Guillems som bras estent A terra nol port mantenent ; ▼». En Archimbautz fer y tan gent Que ca\ ailiers pren e reten. Cavals etcavalliers gazainnan, 7015 Mais nous pesses que lur remainnan. Ans donon ses bistensar A celz c*o volon demandar. Del tornei ac lo près e laus Apres Guillem En Archimbautz ; 7020 Adoncs fes eridar son tornei Al paschor, ab lo dous Avrei, E Guillem de Nivers somos Que a son tomej[amen] fos. Guillems respon : < Ben y serai, 7025 Et ab vos, seiner, mi métrai. Car bon cor ai de vos servir S'ieu ren podia far ni dir * Ques a vos fos ni bel ni bon. Car sapias vostr* amix son. > 7030 Ab aitant le torneis partis ; En Archimbautz e Jauselis, • Soscoignatz, tengron daus Nemurs. Ges non lur fol camis escurs, Que bella cort e grau lur fes 7035 Quar fait n'avia manias ves. Avant qu'En Archimbautz tomes A Borbon, cug ben que passes i)e carreira una .xvi.zena. — tu — Quan fou ve[n]gutz gran joia mena ; ' 7040 De Guillem de Nivers retrais foi, m Las grans proezas els assais, ■ Los dons e las cavallerias, Los solatz e las cortesias Ques al tornei a via faltas. 704S E qnant «n ac montas retraitas^ Non die ges totas, car retraire Non las pogra meilliers contaire, Alis, la pros e Tissernida, Ausent si dons e Margarida, 7050 De Guille[ra] de Nivers enquis A4ressi cons*il hanc noi vis : c Segner, fai ss'il, es amoros Gel cavalliers qu* es aitam pros f Car hom dis qu'aital cavallier 7Û5S Non sabon esser plazentier^ Quar per lur forsa tan si prcson Que donneis e solas mespreson. » — « S'es amoros? od, per Dieu ! Bell* amigueta, phis ques ieu ; 7060 E bens deu per rica tener Tota domna qu'el dein voler. E per so que mielz m'en cresas Uo breu qu'en esta borssam jas, De quel preguci qu'el m'cscriusses 7065 Per tal que de s'amors saupes» Vos mostrarai ara dese ; E si m[e] logasses fort be E ja non dires, quant aures ?• Las salutz que i soa apresas, 7070 Ques hanc n'ausisses plus cortes»s. » Flamenca dis : < Ë dis î bel seiner^ Sembla quens vuiltas d*Alis feinec i Quar Faportas cartas e brieus ; Mais sest feners non m'es ges grieus, 7078 Ans vos die que m'es bons e bels Qoar banc pessest que ver novelz, Gobla ni rima ni chanson Nos aportasses tal sazon. E prec que vezen mi, sius plas» 7080 Estas salulz vos eis digas, Car vos la[s] sabres mielz legir E faire los motz avenir, Qu'autra ves las aves legidas ; E c ' ellas son aissi polidas 7085 Con vos dises, quant las sabrem Voluntieras vos logarem. > En Archimbautz fo moût joios» E dis : c Dona, fe que dei vos, Gel que las salutz mi donet 7090 Mais de .iiii. ves mi preguet Non venguesson entr' avois mans , Ni ja non las ausis vilans. Car de la bella de Belmont, Qu'es 11 plus bella res del mont 7095 De vos en lai, car o auses Doas ymages bon formadas un. m I ac faitas tan sotilmen Yivas semUavan veramen. SU d'avan de ginoilz estet 7100 E dreg vaus l'autra susplejet ; Una flors l'issi per la boca Que totz lo[s] caps dels verses tocha ; Et a la fin autra n'avia i Quel[sl preu atressi totz els lia 7105 Els inen'eussem totz a l'aureilla De Tautr ' emage, on coossella En forma d'angel fin*amors, Qu'entenda so quel mostral flors. Ara nous cal dire» so sai , 7110 D'Eu Archimhaut que sia mai De sa moiller gilos ni garda . Flamenca las salutz esgarda £ conoc Guillem aitan ben Gomsil vis ades davan se, 7115 E la faisso de si meseissa Aitan ben consi fos ill eissa. Totas très las salutz ne portou ; Pron an ara ab ques deporton, Ben las aprendon e decoron 7120 E gar(lan ben non las aforon, Ni volon qu'autre las ap[r]enda Ni un mot per ellas n'entenda. Soven las plegon e desplegon, E garon ben tan non las bregon 7125 Ques en letras ni em penchura t» Nom paresca effassadura. Ab se las colguet quada sers Flamenca, e mil baissar vers. A l'emage de Guillem det» 7130 Et autras mil quan las pleguet ; Quar tota ora qoan las plegava L'un'ymages. l'autre baisava ; Tant asautet la[s] saup plegar Ambas las fes ades baisar. 71311 Sobr'én son pietz las mes soven E dis : « Amix, vosire cor seu £n luec del mieu oo es cncbus^ E per so taiQ près de lui paus^ Estas salutz que las seutis 7140 E si con ieu s'en esga[u]zis. » Cascun mati , quan si ievet, L'eroage de Gnillem miret Et ab honor parle! suau, E dis : < Araors» sitôt ro'estau 7145 De mon amie ara trop luein, Ges mon cor de lui non desluio» Qu*el lo ten, si corn dis, en g?ije. E nous penses ques ieil desgaje» Mais sil pogues mais engajar 7150 Per null plazer qucil saupes far Quieu autra vos fag non agues,. Ni ieu ensegnar lom pogues y Ancara Tengajera plus. Mais anc non fo plazer uegus iqk m 7155 Que domna pucsca far ni dir A son amie per mielz désir De qu*iea hanc li disses de ne. E vos meseissa sabes o. Et el messeisses si so sap. 7160 E no i a plus mais que dans cap Comens' ab lui c'ora quel veja ; E car li mostre[tz] la correja Aissi asaulet a plegar Qu'el fes a mon sengnor cujar„ « 7165 Que cela de Bel mon âmes, Don noi venc em pens quen pesses. A vos, douz'Amors, o grasis. > Ab Marga[ri]da et ab Elis Aç scias de lur amadors. — ta — 7 i 70 Moût lur tarzava Je pascors, Soven ne gronisson cd tosson, 1'] s'aqueslas salutz dod fossoD Longa lur fora moût garesma. Cascun jorn disou que non merma, 7175 Gcs non avion barata presa De que li paga fos empresa. Lo Sapte sans^per sagramen. En Archimbautz ac pensamen De far sou tornei après Pasca . 7180 D'un serpeu, c'om appella drasca O creastes, Tac enviât Le pros marques de Montferral Un margue ad obs de coutell ; ▼• Estug ac d'argent ab niell. 7185 En Archimbautz, aissi con es, Al rei de Fransa l'a trames En una carta sageilat Et al mot caramen pregat Ques al tornei ve[n]ga sil plas, 7190 Car sens lui non auria assas. Messages mand' a totas partz Que ja non sia tan coartz Negus cavalliers non remainna. De Bordel tro en Alamangna, 7195 E de Flandris tro a Narbona Non bac baron ni grau persona Qu'En Archimbautz non somoses Ques al tornejamen vengues. Apres Pasca, al .xv. jorn^ 7200 Bobles albergo tôt entorn De draps, de lotjas e de tendas, Li mercadier ab lur grans vendas Foron vengut de longas terras ; Los pueitz perpreudoD e las serrai. 7205 Daus totas partz cavallier venon Etes granz la br^ que menen^ E tuis e buis, e Tue el crit. Ed doas part2 si son partit^ E dirai vos la partison : 7210 Tut li Flamenc cl Borgonon E l'Alvernas el Campagne E ben mil cavallier Frances w. i» Si son mes davan N'Archimbau . Desa Toron cil de Petau 7215 Et Saogomer et Eugolmes, Breton e Norman e Torne» E Beiruier e Lemosin, Peiragosin e Cahercin, Rosengas e Bedos e Got. 7220 Mais noiz piiesc dir tofô mor e mof. Mais beoscTic que tal mil m'i vengroui Que jasol lo penon Tatengron Si per Flamenca non lur fos. Mais casGuns era envejos 7225 De lei vezer, qu'en sol la vista Cuj'aver gran honor cenquista ; Et el si Tavia per ver Quar meillor ren non puec vezer. Plus douza ni plus faissonada»* 7230 Plus plasent ni plus adautada,, Ni que mielz saupes retener Ab son adaut et ab plazer Totz celz que l'auson ni la veson ; Ades plas mais on plus la veson 7235 Ni acostuma sa paria^ Et es le mielliers aips que sia. Mais, aici con dis noo sai quals^ A motas fail fregz cors e fais , Tant an de bon asaut petit. 7240 Ab eellas albergoil marit, E dison pueis quebonas son^ to Mais hom cortes n'a de pauc pron. Mais anc [liom] pâuc ni pron non ac De Flamenca, car aitantplac 7245 Que totz homs per pagatz s'en len, E ja noil fassa culla ren, E ja homs pron de lui non agra En neguu tems aitant li plagra. En un portai, davan los pratz 7250 On s^era le torneis rengatz, Fes hom [un] gran escadafals. Que vi ben los plans e las vais ; Las donas aqui estarau El baron qu'armas non tenrau . 7255 Un jorn avan c'om tomejes * Per tal c'om armas y portes , Venc le ries Guillems de Mivers, E vi per dreg e per travers Cum s'alberga valz e monlanha. 7260 Mot ac ab si bdia companlia Quar be i a cavalKer tais mil Ques anc negus arma ni fli Nom portet mas tôt fi%c e nou, E movon tut lai on el nK)u. 7265 Cent trombas ausiras sonar E plus de mil grailes comar Lai on Guillems es albergatz. En un camp quefon loncs e latz Jostal portai tendet son trap, m. m 7270 Car ben conois e ve e sap Que si doDs laissos estaria Per les cadafals qu'el vezia. £n Archimbautz a pron que fassa. Car Tus baisa erautr'embrassa, 7275 L'us saluda e l'autre acueil, A l'autre dis : < Sener, heu voil Que dius la vilaus [aljbergues, Quar mielz, so ère, lai estares.» Al trap de Guillem es [vjengutz 7280 Quau Guillems y fo fncDtagutz ; Fort s'onreron et accuilliron Arobedui, de seropre qoes viroo. Ot e Claris foron aqui; En Archimbautz sempre quel[s] vî 7285 Dis lur : « Baro, voles ades Cavallier esser o après ? » — c Sener, ades, cascus respos. S'a vos plas non rcman e nos. > En Archimbautz aqui meseis 7290 Ad amdoslas espazas seis, E per lur anior a quaranta ; Etilldui feiron en .l. , E vel vos cavalliers novelz. Cavalz lur donel bos e belz, 7295 Armas e draps e palafres Ab las sellas et ab lo Très Tôt avan que d'aqui moguesson ; Pueissas lur disque no[s] tenguesson Ges de lui de tan per pagat 7300 Entro que mais lur aia dat. — 149 — A Guilleni dis : < Seguer, preçeo Dei far per vos per covinen A vostra domna, s'a vos plas, Per sous prec ques a.lui vengas. > 7305 El palais on Flaroencha fon Estel le reis e siei baron. E quan Guillems lains intret Le reis sus em pes si levet , E tut li baron que lai foron 7310 Moût gcnl Tacullon e Tonoron. E Guillems tost vaus lo rei cor , Dîsli moût gent com a seinor : < Seigner, merces, tornas sezer. Ma domna sui vengutz vezer. » 7315 — < Segner, fai ss*il, vostra merce, Sezes doncas [de]josta me. » — « Fag 0, Guillems, so dis le rei» Mais ill vol eu [o] autrei ; Quar ben es tais ques à nos dos 7320 Aura solas ; vist Fane mais vos ? » — < Segocr, be n*ai ausit parlar. Et es i ben, ab mais, som par, Tolz le bcns que n'ai auzit dire. » Le reis a dig : < Senors, nous tire, 7325 Nos sai avem ganren estât , E cil que son aras intrat Voirau per lur ues domnejar, E laissem los, sius plas, estnr. > toi. m — < Hoc, segner, hcn, so dison tut. > 7330 Comjat prendon e fan gran brut. Mais quan le reis suau estet Flamenca son amie baiset, E dis suau antre sas dens : — t%0 — < Sempre pesca qui una preD » 7335 £ talz baisars en cor[t] donatz Val moût d'autres baisars privatz. i Le reis a près de lei comjat £ dis li : < Domoa, per mon grat Ja Guillems vengutz dod sa fora, 7340 Quar ieu sai ben qu'en petit d'ora Quant vos aures parlât ab lui Aures oblidat qu'ieu sai fui ; Tant vos aura cortes solas. £ non per quan a Dieu sias, 7345 Car ben vueil ques ab lui parles ; £ ben sai que salv o aures Car als pros et als conoissens. Si fai le vostre parlamens. > Le reis s'en va, Guillems rema ; 7350 Flamenca tenc per mieg la ma .£ mostral gp[n]ren de sa forsa. Car amors e désirs l'anforsa. Ot e Claris cais vergoinos Dizon : < Domna^ que farem nos ? » 7355 — c Aures estrena bon' e bella. > Alis e Margarid' apella : « Ana[tz] y fai si^ tost a ma caissa, ^o £t aportas mi cela faissa On son li conbinon vermeil ; 7360 Cist vueil que n'aian un pareil ; E prec vos de vostra mais prendon. » Pos qu'il dis ben o entendon Quar aissi lur det ucaison Per que pogron ben a rason 7365 A lur guisa paiiar ab ellas, Car jes cavallier ab doozellas — 221 — En cor[t] non parlon ni solasson Si troban domnas que lurplasson , E laînz ac ne plus de cent 7370 Que cascuna em près entent Et en domnei et en amor. Guillems demandet ap paor : « Ma douza res, mos cors que fai ? > — » Amix, en luec del mieu estai , 7375' E, sol quel mieu. ren non movas Del luec del vostre, non cresas Qu'ieu negun tems lo vostre mova . E cist razons es assas nova E par d*amor o de lauzenga 7380 Qu'en luec del mieu vostre cor tenga, E vos lo mieu, per tal maneira Ques eu en vos lo mieu so6era E vos lo vostre eissamen Sufras en mi per fin talen ; 7385 E de talen faim tal liam Don nostres cors amdos liam . E non cal temer que ja rompa, foi. m Sol qu'autre talenz nolz corrompa. > Guillems respont : < Domna, si rom[p] 74)90 De vos mos talens nis corromp En alcun temps per negun autre, Ja nom sîa g[u]i[r]ens ni autre , Quant obs mi sera, sanz Miquels ; E sia GaymSy vos Abek , 7395 S' ieu vueil que sia desliatz Per tal quem fos totz le mons datz. > — c Bels doas amix, donc respondes; Lai ves Belmon c'ora annes Yezer cella qu'es aitan bona 7400 Que tôt lo près del mon li dona ? > 74ti5 El a vcstit un albergot Desotz lo vermeill sobrecot ; Un coutel mes a la sentura Ab prim taill' et ap ponchadora. Non vole compagnons plus de .xxx. 7470 Sai e lai feiron gran tormenta Homen e caval e carrelas ; Dau[s]as e viQladura[s] bretas Pogras auzir sai e lai tantas Qtt'esser cujaras inz e Nantas 7475 [On] hom las troba e las diz. ^o Ab lo seneseal de Sanliz A l'issir del Irap s'enconlret ; Gen l'acuilli el saludet» E li dis : « Sener, on annas ? > 74gO — « Seuer, tro al palais, sius plas. > — € Irai ab vos. > — < Sener, vos no, Car vos aves a faire pro Ab mon senhor lo rei, so cre, Et eu ai pro solaz ab me. > 7485 Mous penses pas ses lum ânes Guillems de Nivers, ni de pes, Ans foron tut em palafres, E .XX. brandos grans et espes, Aitals corn poe us hom portar, 7490 Fes davan si ades cremar ; De .XX. liuras era cascuns El a via y .x. flars o plus, Qu^aitals los fai hom en son a[i]z. Quau foron vengut el palais 7495 Ausiron brut que la meneron Juglar e cil que lainz eron, Mais quant ill calon tut si callon Que ren non danson ni non ballon. Ans dison : c Ben sia vengulz 7500 Le pros el rix el mentagutz, E cel pcr oui le monz s'alegra ! Quar tos tems es sa car'alegra. Sa nias larga et aondosa Et a ben donar volontosa. foi. iw 7505 Ben aial dona que l'acuell Tan que josta leis si despuell ! • Le coms daus su ira s*era mes Ab Flamenea per cosines, Mais eant el vi Guilleni venir, 7510 c Domna, fai cil, bendeu giquir A tan pros cavallier mon luec. » Em pes levety e quais per juec Et dis : c Sener, en dreg d'amor Vos farai ara gran honor, 7515 Quar ma cosinaus laissarai E josta leis vos asseirai, E pregar Fai, sil plas, de vos. • — c Sener, raerces, > Guillems respos, Que vau[s] si dons ades s'en venc ; 7520 Mais ill per pagada s'en tenc Quan Tac près per la man dese, Ans lo tiret moût gent vas se E tant adaut lo fies baissar Que a ssa guisal poc baisar. 7525 E ja nous meravil negus S'en tal bruda c'6m leva, Tus L'autre gira e l'aatres baissa , E Fus son luec a l'autre laissa, Tota domna qu'es eissernida, 7530 Pos amors e cors l'en envida, 45 Baisa son amie una vcs, Quar ben o pot far e bel Tes. E domnas an gran majoria ▼» En tais affars^ car mais poiria 7535 Una domna faire plazers, Gant amors lo dis e volers , En pauc d'ora que non faria Us eavalliers en tôt [un] dia. £ dirai vos don so ave : 7540 Tota bona dona sab be Qae ja sos amies nos moura [N]i sa boca non fagira C'ora ques ill baisar lo vueilla, Mais homs ha paor qu'il si dueilla 7545 De josta lui, e que fugissa S'el la vol baisar, os gandissa Sa boca o [so] teng'a mal. E per so plus en tal art val Una domna que mil baron ; 7550 So dis Ovidis qu'en saup pron. Ben fol palais enlumioatz, Qnar de las donas venc clardatz Que monstreron tota lur cara; Mais la plus bella e la plus clara 7555 Fon de Flamenca que sezia Josta Guillem, e non sabia De quai guisa d'aquis mogues El en sa cambra l'en meses Ab sol Oto et ab Glari. 7560 E montre qu'estavon aissi Nonsaupron motz qu'En Archimbautz foi. isi Intret, e non fon grans l'esclaus, Ans s'en kitret aissi suau — %%1 — Ques inlrar hom nol ve ni luii ; • 7503 Ë fes tôt pcr cortesia Qu'e Qulla guisa non volia Que tota li cortz si levés C'ora que vengues o annes. Ane negus hom adonc dos iuoc 7570 Per luiy ni faire non opoc. Mais ben viron quan fou intratz. Drcg vas Guillem s'en es aualz , E quan Guillems cajet levar Sus em pes, el li vai pausar 7575 Sus el ginoil la destra man ; Mais tan suavet e tan plan La i pauset, ques liane non senli L'ausbergot que desot tenti. Sobrelz [ginoils] l'autre pauset 7580 De Flamenca, e pueis estet Aciis vas el , si con hom fai , E dis : « Domna, novas vos sai : Le coms de Bar, vostre cosiz, E sos fraires don Raolis 7585 Seran cavallier al mati, Et autres .x. vostre cosi ; Ques al mati sai quels veires — € Segner, fai ss'il,pron lurpuesc d[a]r De joias, mais non sai triar 7590 Las quais a quai d*elz si conveina. • ^^ — « Dona, per Dieu ! si far o deina , Mos sener Guillems qu'ez aissi Et Ot e Claris atressi Vos en poiran ben conseillar, 7595 Car il sabon tut lur affar. > — « Bel segner, doncas pregas los — M8 — Qa'en las cambras vengan ab nos. > Guillems li dis : < Domna , uon quai Coin mi pregue d'aisso ni d'al, 7600 Quar per vos e per mon seinor Fana ben affar major Que cest non es, sol conogues Ques a lui et a vos plagues. > En la cambra s'en son intral ; 7605 En un bel tapit lonc e lat Flamenca fes avau pausar De joias qu'en puesca donar A mil cavalliers, aitan lare Que d'unquec valguesson .i. marc, 7610 Et aquel fos de bon aur fi. E quant En Archimbaulz las vi El dis : < Domna , massa n*aves I Engas las aissi cous voles , Qu'ieu m'en vauc a l'ostal del rei ; 7615 Vos est très et aquist son trei Et entre vos acordas vos Consi partas vostres cordos. > A Guillem dis : c Nous o tengatz, Seiner, a mal car ben viatz (oi. isi 7620 Aissi a vos retornarai. > Ab aquest mot et el s'en vai. Gant de la cambra fon issitz Guillems non estet ges marrilz Quais de las joias degues penre ; 7625 Josta se ac bel cors e tenre , Blanc e delgat et escafit , Don nol cal temer que ja crit Ni oontradiga son talan Ni vueilla que ja rel deman, 7630 Mais que so prenda el mescis. — 2M — Toi bellamcn vau[s] si Testreis Et anc d'aqui nos moc Dis tolc Tro qu'en ac fag toi zo que vole. A mors e désirs feiron garda , 7635 E Margarida que Fuis garda. Ab Glari sou coral amie Qu'en la garda nom pren deslric, Ans au tut très assas baisât , Tengut estreg e manejat; 7G40 l.t aire sis feiron ben leu, De qu'ieu a dir cocha non leu ; Mais tant y feiron a lur guisa Ara vejas can fort enansa Amors lai on vol enansar ! 7645 Mais zo laissem aras estar ; De la cambra gansent issiron ^ Ta Cil del palais em pes salliron E penssa quex consi l'acueilla. Ja mais nos rancure nis doill[a] 7650 Per amor negus cavalliers, Ni laisse per folz lauzengiers Que non sia certes e pros, Ey quant luecs er , ben amoros f. Guillems s'en eis, e tut ab el, 7655 Mais banc non ac cella ni cel Ques el avan non saludes Que Fuis de la sala passes. Flamenca remas jausionda , Yejaire l'es que ben aonda 7660 A son amie zo qu'ar a fag. Anc mais dona tan rie assag — 230 — Nou ausel einpenre, soin cug , Qu'en ptena eort, on ren iwn fug Ad oilly a man ni ad aureilla^ 7665 Ab son amie baisan cosseilla Ey \ezent tostz, to cog ab se^ Que negus homs non conois re. Al matin foron adobal Cil rie honle ques an donat 7670 A Guillem aitan gran deleg, Quar N'Arehimbautz lo mes el lieg On ab sa dorona poc jasser Aissi cos fes a som plazer ; Mais le cailius non s'en gara va 7G75 Car el sacnunen si fizava , m. m El sopbisme non entendia Que Flamenca mes y avia. Baboins es e folz e nescis, S era plus savis que Boecis» 7680 Marilz que son despendre cuja Que mullier ad aniic estuja. Lo ben mali, quan te soleills Qua[is] vcrgoinos parec termeilz, Apres lo sein de las malinas 7685 Ausiras trombas et boxinas. Grailles et coms, cembolz» tabors E flaûtz, non gcs de pastors Mai [de] cels que la monta sonon Delz tomeis el volontat dono» 7690 A cavalliers et a cavals D'anar de galobs e de sais. Kl (rebolocis non fou paux, — 234 — Car Tus fou clars, l'aiitres fou raux Dels sonais quel caval porteron 7'J95 C'ades corregron e passeron L'us de galop, l'autre [de] cors. Mala si vi erba el flors ! Quar lot es trissat e bail ; E veus lo tornei establit. 7700 En los cadafals s'en moutet Le reis e! baron plus de .vu. E Flamenca e sas dpuzellas E moût d'autras donas ab eflas ; El baron que desus esteron to 7705 Ades dels cavalHers monstreron Los seignals e las destriansas D'esculz e d'elmes e de lansas. Flamenca s'es dese vauada Que sa marga sera donada 7710 A cel que prumiers jostara E cavallier derocara, Ges non ac ben lo mot complit Que tut ensems le von un crit £ disonquesades la parca 7715 Del braz, quel comte de la Marca . A Guillems de Nevers ferit E dérochât e desconGt, Levât del camp e retengut Son cavall neis e son escul. 7720 Quan Guillems ac lo comte près Dans totas part vengron borzes Quel volon de sa mau levar, — 23* — Quar moût i eujon maDlevar Mas el lur dis : c Non vueil quein don 7725 Le ooms neguna resemson , Mas aitant mi fara sil plai Qoar a cel portai on estai Mi doDZ, de part mi s'en ira Et a leis per près si rendra. » 7730 Las armas el caval li ren, El coms es montatz mantenen, La preissa part e romp e trenea E vai ss'en tôt dreh vas Flamenca ; Davant leis venc de ginollos fou is» 7735 E man[s] jonchas coma prisos » £ dis li : c Domna, sai m'envia Gel qu'es flos de cavallaria , E vol per près a vos mi reuda ; Mais ieu ai gran ces e gran rcnda , 7740 E si voles de mon aver D'aquel poires assaz aver ; E sim solves de ma preison Aurcs ne, si puesc, guisardon. » Flamenca dis : c Sener, be[m] plaz . 7745 Que de preison quitis siaz y E cel queus près n'aia bon grat Quar vol[c] qu'ieus aia desliurat ; Mais aitan, sius plas, mi fares Que cesta margal portares 7750 Per seingnal de bon'aventura A cel cui fis jois assegura ; Car huei mati , atressi tost Gon fui aissi sobr'esta post £ puec vezer tôt lo tornei, 7755 Auzen de mon scinor lo rei Eu dis que la imrffu daria — 233 — A cel que prumiers jostaria Pcr tal ques autrem desroc|ucs ; E pos Dieus vole qu'ieu m'en vaiies 7760 Kt ara vol tam prohoms Taia Non es mais res que tan mi plaia. » — € Domna, siusplas, voslre message Formirai eu de bon coraje ; to E lan vos puesc en dreg me dir 77U5 Que nom lais Deus d'aissi partir Ni venir lai on eslar sueill S'ieu mais casugz esser non vueill Que s'ieu agues derocat lui, Per so quar tramesses vos sui I » 7770 La marga pren , vai ss'en ab elia , E non es domna ni donzella Tant adaut la saupes plegar. Ben cuja Guillems alegrar , A lui s'en venc , saluda lo : 7775 — € Sener, fai c'el, un eortes do De part mi donz aissius aport , Ques uci m'a de preison estort. Aiccsta margaus a tramessa Gella que mais ren ben non pessa, 7780 E manda vos ques huei mali, Dese quel, torneis si basti » Ausent del rei ill si vanet , Ques banc d'ome non s'en garet , Que la dones en dreg d'amor 7785 A tôt \o prumicr jostador Ques autr'auria derocliat. E quar Deus l'a tal plazer dat Que vol sias luiei le prumiers — 234 — Per cui es casutz cavalliers , 7790 Ha en son cor gran alegransa Don cesta marga es fermansa . » Guiliems pren la marga corrcn , Dcsplega la cortesamen , roi. 135 Dedins l'escut la fes pausar 7795 Et ab latons d'argen sesmar Ques hanc non paret per defor Mais sol un petit sobre l'or ; Per tal fes que la pogues Vezer quai ora ques volgues. 7800 Bels segner Dieus I ira tan ben Jamais ad home l'non cre ; Et a cui deu tan ben anar Con a cel que nom puec trobar Ane ab si don bisten ni failla? 7805 E res non es ques aitan vaill», Quar tota benanansa passa A mors de domna que nos lassa De far plaser e non bauseia Som bon amie, c'ora queil veia. 7810 Mais si com bona domna es De tôt lo mon le meillers [r]es Li plus douzell'el plus grazida , Aissi la mal' el decausida Es la piejers el plus amara , 781 5 Plus enujosa e plus avara . E cil que n'an tastat sabon , Quant pauc enanson et acabon ! De mala domna sai eu tan Que ren non pensa maiengan, 7S20 E lot jorn troba ucaison — «35 — • * Coiisi pucsca dire de non ; Aicist' es mala e noada to E per ren non er aplanada Entro ques hom non aia cura ISio Dcl[s] nnz ni de l'aplanadura ; Quar si non dis hoc de prumier Quant hom li demanda nil quier Ja poià SOS hocs luec non aura Quant hom ren noil demandara. 7830 £ cil qui es joves no i eira , Ja veilla non sia, o quiera , Quar de nulla ren non valc mieilz De son jovens ni de sos vieilz. Mais d aitan sui eu ben devis , 7835 Si beutalz fos com aurs o vis Que cascun an si meillures , Ja per afan c'ôm ne dures Ab domna mercen non trobera , Qu'en totas guisas li plus fera 7840 Vol c'om la serva e la blanda ; E qui neguna reil demanda Fai ss'ergueillosa et esquiva , Gonsi nos pensa, li caitiva , Quan petit li dura sos brieus ! 7845 Ja fail plus tost que non fai nieos De pluja qu'es plus rabiners De. cel ques es acostumiers De corre que de fon a cap. Araus cujares que per gap 7850 O diga, e die o daveras , Que ren non valon lois espéras '«i- *^ De domna que fan trop languir, £ nom pessa mais de non dir E do inantcner cel usage — Î36 — 7855 Qucs îi prcs en son fol coragc , Car tal malesa com liomuesa A grauz penas pueis la desuesa ; E si con Oracis retrais , Que non parle! jes per esquais , 78C0 Ges ola leu perdre non deu La sahor don primas s'enbeu ; Et en vaisselle qui noi (e net, Aigrezira qui ren no i met. Ja Guillems non quai esmagar 78G5 Per ren queil deia si dons far Car il li vol dir c far tôt Aisso quel plaz al primier mot. Ab lo comte de Lovanic Com appellava Gontaric 7870 Anet jostar le coms Amfos , Le mieilers comsques uncas fos ; De cel de Tolosa o die. Amdui foron [bon] cavallier. Tais colps si donon pelz escutz 7875 Que tolz los an fragz e romputz ; Trcncon senglas , treucon peitral , A terra van amdui égal ; Al rellevar cavallier brocon , Tu r ton e feron e derocon, 7880 Franhon astas, franhon arson, Cason massas, cason baston. Las espazas al los elms coton, Cellas oscan e cil encloton. Hom non vi mais tal avalot, 7885 Quascus y fer al mais que pot, Cascus vol mostrar com es pros ; Mais abanz que |)artit si fos TO» — 237 — Guillems de Nivers, demoslrot De cai gui^a l'obras menet, 7890 Quar .\vi. cavalz de Castella, Que non fo meinz ni fres ni cella, 1 gazanet ab lu[r] segnors Ques eran vengut per socors Del comte valent de Tholsa , 7895 Mais il son près et ill s*en va . Gaufre de Blaia era Tuns Quas anc non cavalguet jejus^ L'autre fon Arnautz de Benvila Ques anc non vole manjar d'anguila, 7900 L'autre fon Uc de Rosin[elI]a, L'autre foron tut a Gastella Rie home e de gran poder. Guillems lur dis : < Voles saber , Segnors , consi escapares ? > 7905 — € Scgner, hoc ben .» — c Don vos n'ires llreita mi donz, a cel portai On vezes la seina reial ; A leis vos rendres de par me Et il solvera vos, so ère. > 7910 — « Sener, merces» ben o farem, De part vos a lei nos rendrem. > Los cavals lur tent e Tarnes foi m Que non fou meinz neguna rcs. Ab tant s'en van dreg a la porta 7915 On Flamenca ri e déporta Ab lo rei et ab sos barons, E dizon quel torneis es bons. Quan davan leis foron vengut Da part Guillem li son rendut 7920 E dizon: c Douza domna bona — 238 — Que de beulat portas coroiia, A oui près e valors s'aclina Car est de totz bos aips reina, Guillems de Nivers le cortes, 7925 Que totz essems nos a huei près, Nos traniei a vos per présent Per far tôt vostre mandamen. > Flamenca ris e dis al réi : c Seiner, ben ai salva, so crei 7930 La marga qu'ieu de! braz parti Per tan baron con vei aissi. » Apres dis : c Senhor cavallier, Voslra preisons non m'a inestier. Ans vueil que sias tut deslivre ; 7935 Et a celui queus près vos livre , Et a lui ne rendes merces. Car el vos solv' et el vos près. » Ab tant prenon de leis comjat E van s'en a Guillem el prat. 7940 Rendunt H de part lui salut, Per cui jois e près l'es cregutz. En Archîmbautz vai per cambon vo E quan poc jostar saup li bon. Trobatz s'es ab lo don d'Andusa 7945 Que sa josta pas non refuza, Ans si feron per lai vertut Que tre[n]cat foron lur escut E lur ausberc fort desmaillat ; Mais per tant non sou derocat. 7950 Le comsde San Paul vai per renc, E non sap mot tro vaus lui veuc Aîtan quan sos cavalz raDdona En Aimeric duc de Narbona ; Tal colp si van dese ferir 7955 Que negus dams nom poc sufrir Entro a terra non vengues. A cascun sos cavalz mortz es Car pieg e pîeg tan dreg turleron G'ambedui los cors si creberon. 7960 Daus ambas partz cavallier poino CoQsi puescan tal causa faire G'om lur deia tostems retraire En gran laus et en gran proesa. Gascunapart los sieus esdreisa ; 7965 Cil cobron cavals e destriers. Ane hom non vi tans cavalliers Aissi ferir menudamen. Que us colps autre non aten. Quan foron ben revolopit 7970 Et assaz massât e ferit 111 si son partit per [jostjar , foi. iss Car mielz podon jostan monstrar Consi cavalgon ben e dreg E con son lur caval adreg. 7975 Ab En Guillem de Reortier Jostet Garis de Monpeslier, Mais non saup tan le bergoinos Que non vougues totz los arsos, Et a terra non Testendes. 7980 Ane non trobet qui Ten levés, Mais cascuna part Fescamiy Quar majers fon de Gostanti, E cel que feri era paucs ; — 240 — Mais ges non fon adonc lan raucs 798S Que non disses en aula voz : € Segner, voles ren mais de soz. » Ab lo vescomte de Torena Joslel Gauliers le coins de Brena, E feiron moul corleza josla. 7990 L'iis a l'autre Tescul ajosla Al bras, cl bras join al costat; El fer son tost d'outra passât Per mieg Tescul e per lo bralz; Mais ja non lur o conogratz 79Q3 Car tant eran près e valent Ques hanc uegus non fes parvent Corn Tagues ferîl ni lochat , E sis foron tan Tort nafrat Que pueissas armas non porteron 8000 D'u mes, ni plus non tornejeron. Ab lo pros comte de Rodes Jostet le coms delz Campagnes. Cascus era cavallier bos, E deros colps meravillos; 8005 Régnas, senglas , peitrals e sellas, El sobrefais ab grans fincllas. E Testreup, [qu'Jeron bon e non , Frais tôt, e negus dams nos mou D'aqui on ses , mais en estan 8010 Vai en terra, e tenc davan Lo pieg son cscut e sa lausa ; E fes tôt atertal semblansa Con si volgues a pe jostar. Desempre fes le reis cridar : 8015 c Baron, baron, non sia plus! 19 — 241 — Oimais non i joste negiis, Quar ben avem tal josta vista , Que si Tagues hom a pom quista Mon la pogran mielz dir ni far. > 8020 Adoncs viras cavals menar E cavalliers près ad ostals. Mais a celz n*estes ben, sivals, Qaes ac près Gaillems de Nivers, Car hanc non fon en ceps n'en fers 8025 Ni lur cal ferroansa donar, Ans foron sont per saludar CeBa cui près evalors guida. Manl'enseinna e manta crida. Sonon joglar e cornador ; foi. is» 8030 Li baron dison antre lor Apres disnar davan lo rei Ques anc mais non viron tornei On estavan bon feridor, < Mais sobre totz porta la flor 8035 Cil c'ui matin o comenset A cui mi dons sa marga det. » Entoni vespras quel solcilz baissa Sel cui amors pausar non laissa Al palais va[i] si dons vezer, 8040 Qu'esliers non poc (in joi aver. Gen fon per si donz acuillitz, £ per leis fon a leis grasitz Le dons de la marga polprina. L'us de l'autre moût trop s'aizina 8045 Per far saborosos plazers, Si con es baisars e teners De mas e d'al re sobre drap ; Mais so es pro, car cascus sçp — «4a — Que l'ans a l'autre ben faria, 8080 Si luecs era, tôt quan volria. Al toroei veogron l'eBdenia ; Le reis tenc Flamenca pel ma E mouton s'en en la bestresca. Cil del torneis movon lur tresca 8056 Per mi^ lo prat gran et espessa , Pieompau ni balz d'abadessa Non val un as per soven volver. Moût ne \iras penre e solver Plus menut c'om non pot neis dir 8060 Caser e levar e ferir. Le vescomtes de Melaii Que sec en un gran destrier bru Près lo seiior de Cardillac ; Et anc negun baron non ac 8068 Que fort non s'en meravilles, Car le vescoms fon ben .ii. pes Majer que l'autre e plus foriz ; Mais aitals es agurs e sortz De prodome et aventura 8070 Ques ailan con l'estrais ualura E de forsa e de grandesa Li rent en sens e em proesa» E ja defors non er mendies Qui de bos aips es dedins rix, 8075 El repropiers dis : Sit masautas Non es tôt cm pelz ni en gantas ; Quar tais es grans que non es pros, E tais es paucs qu'es vigoros. Le coms de Flandris vai poinenty 8080 Per miei lo camp isnellament T* * — «43 — Troban Jaufre de Laisina Que vaus lui venc corrent lo pla • Tais colps si dooou per las largas Pessas ne fan longas e largas, 8035 Treocon perpoinz, aubbercs desmaillon , Prop de lur carns lur draps si talion £ per pauc a terra non venon ^W NOTES. t2. Rayuûuard Q, si f; — it n*6st pas dans le iu<. et fausse le vers. 27. P$rOy — nos. Mai$ pero, 65. comte Gui, — ms. eonUei 6twi. 80. En qu9rr[ê] , — ms. enquerra, 81. Je restitue [not] pour la mesure, car dimetêêgv$, est de trois syllabes, comme le montrent les vers 478 , 248, etc. 401. coms y — ms. comtes. 446. co[m] ma, — ms. coma ; une seule m sert pour les deux mots. Le copiste de Flamenca fait souvent cette économie ; voyez des cas semblables aux vers 344 , 563, «*S94, 4000, 4,442-3, etc. Cet usage n'est pas spécial à notre ms., cf. Hnguei Capetj note sur le v. 7 de la p. 429, et GuirautRiquier, pièce 76, v. 407, dans Mahn , Werke d. Troub. IV, 446. 420. vostreSf — Raynouard noslrety ce qui va moins bien au sens , et d'ailleurs le ms. porte plutôt un u qu'un n. 421 . Ei, — Raynouard Et; la forme 01 donnée parle ms. est très fréquente dans certains textes et notamment dans le Breviari d'amor. Raynouard imprime aussi ( vers 242 et passim ) que au lieu de ques,' 437. prwnieri, — ms. pnwmrif forme que je corrige à cause de la rime , mais que je laisse subsister dans deneir 383 , deilreir 447 , nUlUir 493, etc. qui ne sont pas dans le même cas. 444. apareUa ( lisez apareU[a]] , — ms. aparelUm, 453. E per totz^ — Raynouard lit à tort E pros e. 457. amorosy — ms. amorosos, faute qui se reproduit encore aux vers 6188 , 7052 cl 7058. — 246 — 164. Stt/r'«/(l. Sufr[e]l), — ni», sufril. 1 66. a[g]uet , — ms. aquês , la substitution de h forte .'i la douce se représente plusieurs fois dans lems. dd Flamenca : eictot56, aquesson 4514 , «nroiuir 4294 , etc.; il y en a aussi quelques exemples daos le ms. de Girarl d9 Jfoitilho conservé à Paris [Quoroina pour GtMroino V. 3, etc.). 472. aguês (I. a[g]uei) . — ms. aque$; voy. la note précédente. 484. P[e]rUecotia , — ms. PatUecosia. 487. Je restitue maif pour la mesure, néanmoins le vers est encore tréi-douteux parce qu*il n*est guère probable qu'on puisse faire la diérèse de /Uro. 495. vavassars , — ms. valvatsors, 202. [i]raps , — ms. draps. 243. parauUu, — ms. paurauUu. 266. a Fkmenea, — ms. af/tammca. 274 . Senêr, [tt], — ms. SeMt répété. 296. que Vagues , — ms. çim la pogues, 300. Raynouard omet ren , suppression inutile parce que no i compte pour une seule syllabe. 307. Au lieu de Que , il faudrait peut-être Ni, 328. nos , — ms. non si, 366. Ame[ne]^ — ms. ame; j*ai conservé, peut-être à tort , une correction déjà faite par Raynouard. 372. Raynouard lit à tort envia» et au v. 374 Beiria. La forme mviu est à remarquer ; ici elle pourrait être amenée par la rime , mais aux vers' 874 et 3362 on trouve siu pour jta ; vv. 4345 et 6428, estiu pour esfia , et V. 6437 , amariu pour amaria en des cas où cette explication n*est point valable. 44 1 . ms. Entom l caUndor ; voy. un cas analogue , V. 4434. 432. Endly — ms. £1 mit. 434. rei , — ms. reis. 458. Am, — leçon douteuse, le ms. semble iiorter Ane. 545. posea ni manjar deia (I. manjar posca ni deia), — ms. posea ni deia manjar. 532. Mais non , — ms. Jf . anr ti. Il eût peill-dtre été meilleur de rorriger M. anr no f . - 247 - (>35. bmiai , — ms. bnUaui. On a vu qnekf ue cliose d'analogue au v. SI 3. 640. beUazers » — Raynouard lit à tort beUaxon, 693. cêlj — ms. celt. 646. DaUéaày — Rayuoaard DaUdaL 680. Durtf , -r c'est la leetare de Raynouard ; die n*est pas absolument certaine ; on pourrait Kre peut-être éruet , ou iwêi f 923. /atUttJroft, — ms./iitU9Pon. 742. eujH y — Raynouard ofiai. 763. an , — ms. aun ; cf. la note sur le v. 535. 768. La mesure serait plus régulière si on retranchait M. 802 et 809. manêça n*a que deux syllabes , coravrio marga ou nutrcha^ v. 798 ; c'est comme pourdtme»e^t<«, voy. la note sur le v. 84. 808. M cors, — la forme correcte serait $oê cors y locution assex fréquente ; ainsi àaimJaufre p. 62, col. 4 : Perquetn dilz mon cor em conorla. 947. El, — peut-être doit-on corriger [l>>f. 992. [on]or, — ms. amor, répétition fautive du mot qui termine levers précédent. 4027. non , — ms nom ; te dernier jambage de Tm est pointé en dessous, ce qui en indique la suppression. Dans ce texte, la négation n'est ordinairement écrite nom que devant les lettres p. et à. 4036. Ar avmn [nos] moUier , — on pourrait encore restituer : ^r[aj] avtm molHor. 4046. som defora, — Raynouard, à tort, $oen rai de fora. 4046. aiora, — le ms. porte plutôt acora , leçon qui acquiert une certaine probabilité à cause de l'infinitif acorar qui se rencontre au v. 6643 ; Raynouard lit adora, ce qui est une correction très-basardéo. 4073. bom , (l. bolm]) , — ms. bon. 4096. menon tan, — mênar Van serait une leçon meil- leure. 4424. dire, — ms. diere. 4433. genSf — il y a plutôt dans le m$. geus, qui serait pour ja ti«, contraction de^a vos. — 248 — H 35. En tomen$o, — ms. En$o mmto ; ii est évident que le scribe a copié sans comprendre. Je pense qae la bonne leçon est en iogpeiuo» 4438. Greu, — ms. Greui, Paur le reste du vers voy. Verrata. 4459. Irobaranj — il y a plutôt trobarau; cf. la note sur le V. 6902. 4463. Que la deu gardar el aver, — ms. e'aquel no q. /. d. g, 0. a.; les mots gardar et sont en partie grattés » erreur du copiste ou d'un lecteur qui a bien vu que le rers était trop long , mais n'a pas compris que la sup- pression devait tomber sur les premiers mots , simple répétition de la fin du vers précédent. 4493. foiian , — La rime serait meilleure si Ton cor- rigeait {os$[6\n, comme au v. 74 7S. 4224. [Q]uan, — ms. Duan. 4226. /br[f], — ms. fmt, 4232. Ce vers parait corrompu, mais je n'en vois pas la restitution. 4243. Vers faux ; la restitution est peut-ôlre [que] g. e. 4244. AvasOf — leçon douteuse, ms. Aua so. 4256. ail, — leçon très-douteuse ; il y a plus proba- blement ciit, 4280. nien, — on pourrait lire également men. 4320. non (l. no[nl), — ms. nom. 4330. tcolla , — il semble que le ms. porte etoUa ; ce pourrait être alors le subj. prés, de eetolre, iroj.lex. rom. V. 370. 4336. luecêj — ms. luesce. On trouve de même dans ce nis. riêc pour ria , toU pour toit , adonsc pour adonct , etc. 4364. eesaradat t — ms. eneuaradat, 4362. eut{rni]dai, — ms. estedat. 4372. bevion (1. bevi[on\ , — ms. beviu 4 374. [ré]freilor . — ms. freilor, Raynouard s'est fondé sur cet unique exemple pour admettre freilor dans son Lexique roman (VI, 23 ) ; mais le vers étant trop court d'une syllabe, il faut évidemment restituer [re] freilor. 4376. Raynouard citant ce vers [Isx. rom. VI, 23] lit à tort obr au lieu de ob». — 249 — 1378. Qua\is] — ms quar, 1 381 . la cosina , — ras. la cosinas , et primitivement lai dont Ti a été grattée. 1384. la% — ms. las, 4 403. L'autrappillel hom M, (I. Vaulr"[ap]pelle( [hom]), — ms. Vautre pellel M. 1409. angoiss[a] e, — ms. angoisse. 1421-2. H est certain que la rime joc-luec n'eM p.'.r, très satisfaisante. Rien ne serait plus aisé que de corri- ger ^or-Zoc, ou juec-luec y mais je ne vois aucune raison décisive en faveur de l'un plutôt qu'en faveur de l'autre, ce qui est un premier embarras ; de plus , la môme rime se représente plus loin (6477-8), il est donc à croire qu'elle n'avait rien de bien choquant. 1 431 . [iU] , — ms. es, 1 433. meln]to, — leçon douteuse, le ms. semble porter tneco (>u mero. 1435. sa[s\ , — ms. sau, 1494. er[a] , — ms. ero leçon que j'aurais dû conser- ver parce que Uns est en réalité au pluriel , ainsi que le montre eran, v. 1497. 1510. nis [de}vesca , — ms. m it vesca, 1515. uiSf — ms. uins, 1531 . estait] , — ms. estar. 4550. sas,,, sas, il faudrait /aj, cf. un cas analogue v. 34 47 et 3554. 1616. Atlas rime avec espallas ^ ce 'qui indique que le dernier de ces mots doit être corrigé en espatlas. On remarquera aussi q\x' Alleu conserve , comme en latin , l'accent sur la première, ce qui déjà au XII^ siècle était rare ; voy. Gaston Paris , Essai sur le rôle de l'accent latin, ^, 22-3. 1635. Ce vers parait trop court ; on pourrait restituer : Englies saup [el], 1 648. XVI r, — prononcez conmie s'il y avait X e Vil ; de môme v. 3012 XVIII, pron. Xe VIII. 4665. s'[u>, — ms. sos qui semble une répélilion fautive du sos qui commence le v. 1664. 1675. [Ben], — ms. Per. 4696. Vers qui se retrouve mot pour mot dansl'Ercc et Enide de Chrestien de Troies, v. 2218 de TMition de 47* Bekker [ lïaupt , ZeUschrifl f. deulsches allerthum , X, 430): Chevaliers prenl, chevax gaaigne, La même idée esl encore exprimée dans Flamenca au V. 7014. 4730. Ce vers esl trop court, il serait peut-être régu- lier si on lisait ferial au lieu de /etra/, mais comme il renferme une allu&ion obscure qui ne me permet point d'en démêler le sens , je ne hasarde aucune restitution. 1745. di{c] , — msi dir, 4754 Dan , — le sens serait plus net avec Dar, 4760. Pcr, — ms. Oper, 4764. /b[*], — ms. fora^ 4770. [lo] , — ms. per, 4808. Après ce vers il manque un feuillet dans le ms. 4 940. Ce vers commence par Domna , que je supprime. 4945. estuiat , — le ms. porte bien nettement esUuat; c'est de même qu'on trouve fréquemment dans le ms. de Girarl de Rossilho conservé à Paris ( Bibl. Imp. fr. 2480) Ihiu ^onr Ihui. 2020. «tu , — on a déjà vu dans ce texte siu pour Ha (Voy. la note sur le v. 372) , mais ici siu serait pour «tan. 2029. Val non ne présente pas un sens bien net , faut- il corriger valgron ? 2040. mollet, -r- ms. mol suivi d'un point. 2061. proverbi y — ms. puerai, le p est barré, on pourrait donc lire porverbi. 2066. no[m] , — ms. non en toutes lettres. 2122. chauesc'os uinozol, — c'est la leçon du ms ; évidemment le copiste n'a rien compris au vers qu'il transcrivait; la bonne leçon devait être: chavesc'o un nozol. 24 26. leva e , — ms. levœ , de même 24 84 carœl , pour cara eL 2439. la[i] , — ms. lam ; le copiste a écrit par ant'ci- patinn un mot qui ne devait paraître qu'au vers d'après. Cctlo faute est très-fréquente ; elle a reproduit encore V. 3400, 3163,3644, 3890, etc. 24 44. color, — ms. colors^ avec un point sous Vt. 22S4. Il faut élider le a de porta, ce qui n'est point — 254 — ordinaire dans ce texte ; aussi serait-il possible que le Be, qui commence le vers fût suralx>Ddant. J232. <;«!, — ms. lo. 2239. adonc, — ms. adoncas, 2360 rassinol , — ms. rostinoU. 2374. he[s] , — ms. ben. 2384. e servir y — ms. et asservir, 2391 . ve y répété dans le m.^. 2573. no[n] s[i] , — ms. fios ; cf. une correction ana- logue V. 6077 ; c'est l'inverse de «e qui a été fait au V. 328. 258 f . Peut-être conviendrait-il de faire passer libre avant pogues» 2584. aqui ni ealendier, — ms. ni calendier aqm. 2594. [dejosta, ms.josla; on pourrait encore corri- ger ce vers ainsi : S[os\ ostes que josla. 2720. lÀ semble une mauvaise leçon , Ai vaudrait mieux. 2750. auzis se trouvant déjà au vers précédent, sa ré- pétition doit être une erreur du copiste ; on pourrait le remplacer par vezes, 2753. ferra , — ms. ferira, 2869. si doit être prononcé s'o, 2871 . vese'tz] , — ms. veser. 2931 . tost est sans doute ici pour tots , comme risc pour ries y luesc pour luecs , cf. la note sur le vers 4336. 2937. a l'una , — Raynouard lit à tort alcuna. 2958. ais[i\ , ms. ai sa; on pourrait aussi corriger : en soi y — faitzvos en sai mettez-vous çàjC'ej't-à-direprès de moi, comme v. 3253 : failz vos en lai, mettez-vous là, éloignez-vous, t96S . pa'njaisan , — ms. pailaisan. 3021-2. ora .., abora . — il y aurait peut-être lieu de corriger ora [«]... abora [s] . 3031. querer , — quereTt vaudrait mieux, voy. v. 2871 un cas analogue. 3043. Quan, — Quar vaudrait mieux. 3078. cibel , peut-être si bel ; dans ce ms. le c et Vs sont souvent mis l'un pour l'autre. 3080. i/en, il faut entendre ben au sens de ben ne (bien en), ou i'ii substituer be i. 3089. Au lieu de moût, le sens parait demander mais. 3100. [minor] , — ins. major. 3440. Ce vers est trop court. 3124. Il suffit, pour rendre à ce vers sa juste mesure, de supprimer la dernière lettre de ^almi, 34 47. [/]a, — ms. ta, 3463. [Nicolaus] , — ms. GuilL 3486. Prononcez H ac d'une syllabe comme h o an v. 2869. 3228. Ce vers est trop long d'une syllabe, je crois qu'il faut substituer horas k orazoi, en conformité avec le V. 4368. 3249. l'amené, — Raynouard to mone. 3234. mon , — Raynouard mos. 3278. Ms. E g. m. de «.,— de fausse le vers, car il n'est guère possible que iaim soit monosyllabe. 3294. Ms. X. c. r. setier m. 3344. c'om a , — ms. céna» 3362. Cf. la noie du v. 372. 3403. [j]a, — ms.sa. 3455. defen, — ms. denfen; c'est de môme qu'on trouve au V. 4203 pensansa pour petansa » et v. 5584 mentta pour messa, 3462. me(«'], — ms. meilê ; la suite indique la cor- rection. 3469. £[n], — im. El. 3495. Voy. la note sur le v. 372. 3504 . Il est probable qu'^tra* est Arraz ; il serait môme possible que la leçon du ms. fût en réalité Arrat , parce que les lettres t et r ne se distinguent pas facile- ment Tune de l'autre; la plus grande difficulté est qiï Arraz a l'accent sur la dernière syllabe tandis qu'ici la rime avertit de la placer sur la première , mais ces déplacements d'accents ne sont pas sans exemple. 3542. mon seiner , — telle est bien la leçon dums. au lieu de mon seinor^ la môme faute reparaît au v. 3553. 3543. poscam [\. posca[m]) , — ms. posealz. 3554 [fla, — ms. sa, 3577. iC]ar, — ms. Par, 3588. p[e]ls , — ms. poh. 3597. be$, — mauvaise leçon , pour vm. Il ne faut point en tirer d'indice pour le dialecte da nis., c'est une simple erreur produite par le voisinage de baUat. 3598. Cf. la noie sur le v. 2020. ' 36M. [perdrai] , — ms. pwrai, 3646. agra fag , — ms. afagra, 3649. £ nota cujes qi^e] eut , — ms* E non noue' cujei queus. 3743. Je vois bien qne ce vers est faux, mais non point comment on peut le restituer. 3809. Vin] , — ms. Ut, 3874. eo , — ms. e'om. 3890. [conwntada] , — ms. canlada , mot qui termine le vers suivant. 3896. E[n]t , — ms. Emt. 3904. [h], — ms. /). q. alcu d.v.] alcu est en interli- gne. On pourrait également restituer [un]. 391 4. com[u]nio , — ms. cominio ; de même v. 6074 tizort pour tuzort, 3954. nia]Uat, — ms. hailat, 4009. mal , — ms. mala. 4044. que dem, — cette leçon n'est point inadmissi- ble, néanmoins je soupçonne que le copiste a voulu écrire de quem ; c'est ainsi que v. 3646 il a mis afagra pour agra fag. 4054 . Ce vers me semble inintelligible. Je propose de le corriger ainsi ; Se i faiz follor beurmteu eit. « Boire une folie »est une expression habituelle à ta langue d'oc ; ainsi daiUsGirartz de Rotsilho^ éd. Conr. Hofmann, v.845,ed. Fr. Michel p. 27 : Se Karlet fetz folhia , en ett loc la bec. El un proverbe provençal dit : Quau a fach la faulo, que la hegué. 4058. tabo[r] , — ms «a dona, 4077. [C]ei, — ms. E el. 4080.* [rjore, — ms, mave, ■ 4090. en[t]en , — ms. enquen» 4406. he{n\ , — ms. hem. 4424. iro — 431 \ . a[(j]iieisot% , — ms. aquesson ; voy. la note sur le vers 466. 4547. pensesl... penses y — cette répétition est sans doute le fait du copiste ; on pourrait substituer cujes k penses* 4573. [vos] , — ras. nof. 4590. bo[8s\i , — ms. bofi, . 4607. s'e[n] , — ms. sel. ^G1t3, a[gues] , — ms. aneis^ les lettres nets sont pointées. 4656. be[n] , — ms. bel. — plazeria doit être prononcé plairia. voy. Diez Grarnmalik der roman, spr. 2« éd., II, 204. 4739. s[on] , — ms. sut ou siu. 4746. [jorns], — ms. mes. 4770. nol , — ms. non H. 4796. Quel pourrait être une contraction de Ques la, mais c'est plus probablement une mauvaise leçon pour ÇUBS. • 4808. Un lecteur du XV« siècle a écrit en regard de ce vers : Nota de liUeris , et en effet Téloge des lettres qui suit est digne de remarque. 4829. [aunitz] , — telle la restitution très incertaine que je propose au Heu de la leçon corrompue du ms. ulizis. 4836. pogues comprar , — ms. comprar pogues. 4863. [0]n, — ms. Un. 4865. seu, — ms. si eus. 4869. vol[gu]es , — ms. voir es. 4876. Le vers a une syllabe.de trop; il faut vraisem- blablement substituer jous à dijous. 4918-9. [ç]ui... [fluî, — ms. lut... eut; il me paraît évident que le copiste a transposé les rimes. 4964. s[6\lalz , — ms. salatz'. 4973. a[donc\ passai y — ras. appassal. 4987. dirait] , — ms. dtran. 5008. fam mas , — leçon peu satisfaisante , on pour- rait corriger fa man. 5039. Dieu y — ms. Dieus. 5069. qu*esiiers , — ms. quiesliers. 5071 . Les mots dos tans ho très laissés en blanc par h copiste du ms. ont été ajoutés au XV« siècle. — 256 — 5092. f€s[la] , -^ ms. feses. 5426. Coty — ms. Consi; il y aurait toutefois une autre restitution : poguesson est suspect parce qu'il est déjà au vers précédent, on pourrait donc remplacer poguetton far par fezesson. 5135. Qu[eeu] , — ms. Quen. 6467. mol , — ms. molz, 5472-3. La répétition de ausit à la rime est probable- mont fautive. Ce n*est point au reste un fait isolé , voy. 6547-8 , 6590-4 , etc. 5478.04, — ms. eti. 5496. dir , — ms. dire, 5202. [après] , — ms* mon» \ faute évidente. 524 4. ieu , — ms. ieus, 5255. loi , -^ ms. lost, 5265. Amors , — ms. hamors. 5306. no[l] c. esta[r] , — ms. non c, eslan. 5307. [en]an , — ms. ugan, 5352. als , — ms. aul». ; le sens parait demander al, 5359. Toi , — Il faudrait Tosl, adv. ou Tolz adj. . 5374 . A[to$lal] , — ms. Al motlier, 5393. votlre faire ^ — voêlr'afaire ne serait-il pas préférable? 5402. Ce vers parait corrompu, je proposerais: Seue covenc damna^ le sens serait : a Si son amour vous con- vient, tout sera pour le mieux, d Le sens du v. 5403 concorde avec celui du v. 5435. 5408. Je doute que plazer puisse se construire ainsi avec un adjectif ; la correction , s'il y a lieu à corriger , est facile , on peut substituer par à pUu , ou encore dona à bona, 5446. ra[s]0f — ras. raio. 5429. queu[s]y — ms. queul , la dernière lettre est pointée. 5434. lui, — le ms. portait d'abord luet'Z, l a été gratté; mais pour que la forme fût correcte il eût fallu supprimer aussi 1*0. 5442. gueri[d*]f — ms. gnerilz, 5443. DM, — ms. Do. 5447. a[c»e]$ , — ms. agueesas, 5470. enlendely — ms. enlendels. « — «57 — 5476. [iia] manque dans le ms., le vers est terminé par un , tracé par une main da XV* siècle. 5490-4. Ici , comme aux vers 5472-3 le mAme mot termine deux vers. 5505. smu ne se comprend pas ici, je propose t'e[u]. 5558. nos(r0, *— ms« rwitrcB, 5559. Ce vers est faux , il faudrait au lieu de quee on mot comme «j^iiao. 5534 -S. Ces deux vers me semblent pea intel]i((ibles ; ils le deviendraient davantage si on lisait luln an pre- . mier et fwn an second* 5540. v[a]lj <*^ ms. vol, 5543. gtwâttu.ne présente pas ici on seMbien net, je préférerais atnêra. 5548. d'e[s]vêUl, -- ms. â$ fuéiU, comme à la rime correspondante. 5566. Um, -^ [$](m serait pent-étre une bonne cor- rection. 5574. Qtte snpose nécessairement nn verbe , ce verbe manque à moins qii'on admette comme tel IroMa, ce qoi n*est guère possible ; mais si à gue on substitue de, le sens sera satisfaisant : a Amour est dame et reine qui veut de toute gent tribut , et je ne lui en ai pas encore rende. 9 6578. Ce vers est très ocMnrompu dans le ms. : ear lo siêus e$ eortêguix âaUmps. 5584 . messa, — ms. men$ta; cf. la note sur 3455. 5590. que[in], — ms. qûen* 5692. mtt/[o]r, •— ms. majer; on a vu une faute ana- logue aux vers 3742 et 3553. 5604 . [f]ieu , — ms. iUu comme au v. 5578. 5603. Prononcez JX 9l h 5607. a M, — ms. allA*. 5647. Que hwMîx , — ms. Q. jamais b. 5632-3-4-5. Dans ces vers traire et trais rïment avec eux-mêmes , ce qui est certainement une incorrection ; néanmoins , comme le sens demeure satitfaisant , il ne faut y voir qu'une recherche de mauvais de goût. 5644. a, — ms. an. 5643. Je ne comprends pas ce vers et propose de le corriger ainsi : Mai$ aqueit non a tan Ual, le sens serait: 48 — t58 — Descendez k votre hôtel , il n'y en a point d'anssi loyal. 9 6706. [P]erOj — njs. Bero. 5723. Après Pero, le copiste a répété ^amar qui est déjà au vers précédent. 5744. d'or m or, h ms. portait d'abord ior en or,\e I a été corrigé en d sinon par le copiste lui-même , an moins par une main contemporaine ; cette location est peut-être analogue au d'oris tn orit duv. 3687. , 5762. plangen, ms. planegn. 5783-5. Ces vers sont cités par Raynouard, Lbs, rom. II , 323 ; on y lit frmada» au lieu de fumadat. 5845. [tain] , — cette restitution est très conjecturale, cependant il faut tenter quelque chose puisque le ms. donne un vers incomplet et dénué de sens. Voici com- ment je comprens : a Amour lui a donné un peu de son teint y mais cela ne lui allait pas mal ; cela convenait si bien à son teint naturel que bien plus beau il en semblait. » 594 4 • Dans le ms. FUtmoneha est d'une main du XV* siècle. 5948. {[t],— ms. Ua. 5945. non, — j'aimerais mieux tiot. 5974. Vers faux ; entre autres expédients on peut pro- poser de suppléer E au commencement du vers , ou encore Sol ? 5984. meilz n'est pas bien net dans le ms.^ on lirait plutôt nutlx , mais le sens demande évidemment meilx. 6065. Stttf , — il faudrait Si vot. 6443. L'ora maldis , — ms. E maidii tora. 6420. Pogra, ms. Pograi. 6460. a[p]rop, — ms, cUrop. 64 65. Il faut entendre le second an au sens de a na , ou retrancher l'n. 6485. Le vers qui manque après celui-ci était proba- blement : De $a faiio ti vos toven , OU quelque chose d'analogue; l'idée qu'il devait exprimer est à peu près indiquée par l'exclamation de Flamenca au v. 6489 : Si m'en êoven I 6488. amoroi , — ms. amorosos , comme au v. 457. 6244. Elf — ms. EU, faute évidente puisque vilane motx est au cas sujet du singulier. — 169 — 6S46-6. La rime de ces deax vers est au moins suspecte. 6J73. [péri] , — ms. prm. 6290. Eq regard de ce vers un lecteur du Xy« siècle a écrit sur la marge : Nota , de marcesnone floriivel rorU uUlur ad muUerem* 6300. [s}i, — ms. mt. 6347. ErUr[9]y — ms. EfUro. 6328. mange[t], — ms. manges , comme au vers pré- cédent. 6340. sis pku est sans doute pour le sens Véquivalent de ^l plalz , pour la forme je ne sais s'il faut le rattacher au pleure du v. 4949. — pKeu pour pHu, [ de pieinr , cf. Bartsch, Denkm,, note sur 45« 27) ne me parait pas convenir pour le sens. 6364 . [*)« , — ms. foi. 6369-70. Mogut se trouve répété dans ces deux vers et à peu près à la même place , il serait possible qu'il y eût une faute dans l'un des deux cas. 6384. [e VencUnel] , — ms. s'umiliet , comme à la rime correspondante. 6405. pensât , — sic, il faut pensas. 6422. Le sens et la mesure laissent également à désirer ; un lecteur du XV« siècle a tenté une correction évidem- mcffit mauvaise en intercalant au moyen d'un renvoi donzeles entre vostra et saupes; il faudrait quelque chose comme axaut . E volgra ben.,, Cascus de vosir' a[zaui] saupes, 6439. [vostr'albir] , — au lieu de ces mots, qui sont une restitution simplement probable » le ms. porte tuis obrir, leçon qui a sa place au vers correspondant. Au reste la faute a été remarquée , car les mots que je rem- place ont été raturés anciennement. 6477. Hs. /. ejois et a, 6507. Jors , — jom serait une leçon plus correcte. 6624. Parla[z] , — ms. parlan» 6530. qu[e]l , — ms. quil. 6539. to dolùr, — la leçon primitive du ms. était U dolors , ce qui a été corrigé. 6562. aissi meseis , — Cette leçon n'est pas satisfai- sante , a ssi ou en si meseis vaudrait mieux. — 260 — 6574. uei[l] , — ms. «etn. 6588-9. Les rimes de ces deux vers étant isolées , il est évident qu'il manqae ici deux vers. 6590-1 La répétition de enUndrê à la rime est certai- nement mauvaise , on ne peut cependant pas affirmer qu'il y ait là une faute de copiste, car le sens reste satis- faisant , et d'ailleurs m/efidren'apasabsolumentlaméme signification dans les deux cas. 66j7. ten[i]rf — ms. I«n«r. Le copiste en écrivant iener malgré la rime, était dans les bons principes, car, ainsi que dit Raimon Vidal , « cill que dizon... manienir per numlenêr et reUnir per retmer, tut fallon, que parau- la^ son fràncezas; e non las deu hom mesclar ab lemosi- nas> [Guessard , gram prw. p. 85] ; mais, comme eût dit le même Raimon^idal , « la cobla vai en ir I s 6620. aifadura , — ce mot , inconnu à Raynouard et à Rocbegude^ me parait suspect. La bonne leçon est peut-être aitsa dura; en ce cas le copiste aurait fait la même faute qu'au v. 4590 : bofi pour boni, 6626. a[n]et , — ms. ornes. 6635. Ms. t'en eitson. Je supprime $'en pour rétablir le vers à sa juste mesure. On pourrait aussi corriger ê'en vcm , mais $en se trouvant encore une fois au vers suivant, il est plus probable qu'il faut le supprimer icî. 6641 . Dieu , — ms. Dieue , cette erreur s'explique par un fait de prononciation ; on dit encore dans les patois du midi : adeettoi, 6662. En, — ms. Ens. 6663. no[s] , — ms. non, 6670. Vs. donna, en toutes lettres, et de plus un signe d'abréviation su l'o. 6689. Il manque ici un feuillet. 6724 . volgr[o]n , — ms. volgran. 6734. il , — le ms. portait d'abord «1 qui a été corrigé en il. 6742. eUat devrait être rétabli au singulier, à moins que l'auteur ait entendu désigner par ce pluriel les suivantes en même temps que leur maltresse. 6793. a[quitt] , — ms. aisti, que je fais passer au vers suivant trop court de deux syllabes. Cette restitu- — Î64 — tion, qui modifie deux vers pour eu corriger un, ne me satisfait pas pleinement. 6826. [lex$r] , — ms. paor, répétition da mot qui ter- mine le vers précédent. Il fant assurément une termi- naison en «r , toutefois je ne propose Uzer qu'avec doute. 684S. tMm'tifi, — tic , nous avons déjà vu bmriu pour àevUm au v. 4372. 6847. (meùêêM , — ms. aucisesêet. . 6861 . coplilMy — il est sûr qu'il y a ici une faute ana^ logue à celle que j'ai corrigée au v. 6826 , mais cette fob je ne vois pas quel mot pourrait être substitué à copUtf, il est plusieurs qui pourraient être proposés , tels que cobitz , dêUiz , falMlz. 6874 . venffutz , — ms. vmgunlz. 6876. [o] , — ms. au, 6886. «o[n] , — ms. «m ; — ai]i môme vers il faudrait motz au lieu de mo\U> 6902. Il y a bien vau et non pas van ; je conserve cette leçon sans garantir qu'elle ne soit pas due à la faute du copiste, comme j'ai laissé subsister éouzel pu dfmzélla toutes les fois que le ms. m'a paru porter plutôt un « qu'un fi. On trouve de même w. 7253-4 eUara»" (enrau; cf. aussi la noie sur le v. 4459. 6946. vol , — ms. vole. 6947. \J]oves , — ms. roves. 6980. carmn, — mS. carerm. 6985. EfUra[m]bQ$ , — ms. entras b 6998. aculUr, — nuu aeuUier. 7023, tomêj[am9n] , ^ ma. (onMt. 7047. La phrase serait plus correcte si on restituait l'article [/] avant meilUert, 7050. GuilU[m], — ma. GuilUr, 7052 et 7059. omorot, — ms. amorosoê ; noua avons , vu la même faute aux vers 4(7 et 6488. 74 24 . ap[r]enda , — ms« apendra. 7440. esgd[u]zit , — ms. $$garzi$» 74 62. mottr$[iz] , — ms. moiir» ; cette première per^ sonne ne présenterait ici aucun sans; cf. une faute toute semblable au vers 7357. 7200. Bodfet, pour Pobles, ^ — 262 — 7207. £ itiM 6 Mf , — p. e. £[(]? 7249. RosengoBy, — ms. Roungo$ avec un a écrit an* dessus de l'o. 7260. compcmha , •— ms. compahna. 7264. de, — >iRs. den. Cette eorrectîon est nécessaire pour que ht ne forme avec • qu'une syllabe. 7279. [v]enguix , — ms. (engtUz. 7298. no[s] , — ms. non, 7302. 11 y a deux per dans ce vers , le premier m*est suspect , et devrait , ce me semble , être remplacé par de. 7357. ana[lz], — ms. anai ; cf. la note sur le v. 74 62. 139f, g[u\i[r]en$ , — Tùi. giteni. 7453-4. Ici encore la répétition de $'m wd à la rime semble fautive. 7472. l}an[s]ai, — ms. Danfcu. 7474. e NarUat, — ms. m antas. 7484. iolaz , — ms. eoMolax. 7493. a[i]z , — ms. aux- 7494. vengxU , — ms. vengulz, 7497. colon , — ms. callon , le second l pointé. 7500. elrûs, -^ ms. elz, 7520. per pagada $*en lene , — il parait bien que non , puisqu'elle l'attire à elle de façon que a sa guUal poc bai- tar ; le sens parait donc demander noe lene. 7538, [tin], — ms. o 7542. [iV]t,— ms. Si. 7559. Ce vers est répété dans le ms. 7579. Sobrelz [ginoili] ; — le mol restitué entre [ ] manque dans le ms., il est difficile de deviner la posture d'Archambaut, ce n'est peut-être pas ginoiU, mais bratsee qu'il eût fallu restituer. 7588.d[a]r, — ms. dtr. 7625. e lenre , — ms. entente. 7642. Les points marquent la place de deux vers grat- tés, et si bien grattés que je u'en ai rien pu déchiffrer. 7649. daill[a] , — ms. doiUe. 7667. non, — j'aimerais mieux no i. 7683. Qua[i$] , — ms. Quar. 7689. el volonkU , — l'élision de l'article féminin de- vant un root commençant par une consonne a sans doute — 263 — SDrpris le copiste , puisqu'il avait d'abord écril e la vo- lonkU, l-aa été pointé. 7691 . saU est une surcharge ; au lieu de cette forme, que la rime exige, le ms. portait primitivement saulx, 7723. manlevar^ — il est bien certain que ce mot, sim- ple répétition de la fin du vers précédent , doit être rem- placé par un autre ; je propose gazainar, 7844 . reil , — le copiste a mis sur re un signe d*ab- bréviation ; dont il n'est pas possible de tenir compte , à moins de lire renl^ comme au v. 4434 . • 7858-64 . Horace , liv. I , seconde épitre : Quo semel esi imbuta reeens servabU odorem Testa diu. 7868, Lovanic, — on pourrait aussi bien lire JovarUc. 7882. colon est sans doute ici pour tocon. 7892. lu[r] , — ms. lui. 7894. Tholsa , — la leçon primitive était Tholoia ; le second o a été pointé : il s'agit du Toulousain, non de Toulouse. 7898. Benvila, — le copiste a écrit BeneovUa ; co est pointé. 7900. Rosin[eU\a, » ms. Rosina , la correction est motivée par la rime. 7939. E van s'en , — ms. E van s'en van» 7974 . \Jost]ar , ms. monstrar. 8040. Vai 9n terra e lene davan, — ms. Y» e. I. « terra etc. 8027. Cella eut , — ms. CeUa per cm. 8039. va[i] , — ms. van. TRADUCTION. Puis il leur dit en toute franchise : < Ouvrez-moi votre cœur^ et dites-moi : si Dieu m'euvoie une heureuse aventure» ne sera-ce point un bonheur pour tous? J'ai longtemps désiré l'al- liance du seigneur Archambaut, or voici que lui-même recher- che la mienne : par son anneau il mande qu'il prendra Fla- menca» si j'y consens; certes » il y aurait bien de l'orgueil à dire non. D'autre part le roi ^ me fait une semblable proposition , mais il me serait bien pénible que ma fille devint esclavonne. J'aime mieux qu'elle soit simple châtelaine» et la voir une fois par semaine ou par mois ou même par an, que reine couron- née à condition de ne la voir jamais. Oncques père n'éprouva pour sa fille douleur comparable à celle qui m'affligerait si je venais à la perdre à tout jamais. Mais dites-m'en votre avis? — Sire, répondent-ils*, puisqu'il vous plaît ainsi, vous ne devez pas cacher vos sentiments au seigneur Archam- 4 Le roiesclavon, dont il sera question plus loin. 3 La perte des premiers feurllets du roman nous empêche de déterminer avec certitude la qualité des personnages à qui s'adresse le comte Gui de Nemours; c'étaient probablement ses conseillers. 49 - 266 - baut; meilleur chevalier ne ceint l'épée d'ici au bout du monde ^ et son cœur est pur de toute inclination mauvaise. En cas de besoin Archambaut vous serait d'un plus grand secours que le roi esclavon ou le roi de Hongrie. Au reste» parlez en à Madame et interrogez Flamenca ; elle est d'un carac- tère à ne pas s'écarter de la voie du sens et de la raison. Nous autres sortirons et vous attendrons dehors. (Y. 43). Le comte manda sa femme et sa fllle , et lorsqu'elles eurent pris place auprès de lui : «Dame, fit-il, nous avons besoin de nous consulter. Vous savez que ma fille que voici peut avoir le roi pour mari ; vraiment , c'est un grand honneur qu'il nous fait en daignant la prendre pour femme. — Sire, que je pé- risse par l'épée si jamais j'y consens ; je m'étonne de vous entendre ainsi parler. Voulez- vous donc que j'envoie au loin l'être qui me tient le plus au cœur ? ( V. 58). . . . Ils ne se reposèrent point jusqu'à Bourbon ; là ils trouvèrent Archambaut à qui pesait l'absence de son messager Robert. A sa vue, il devint tout joyeux et l'interrogea sur le comte Gui et sur Flamenca. Mais chacun des chevaliers assura qu'eUe était cent fois plus belle que Robert ne le disait, c Certes , dit Archambaut lorsqu'on lui eut rendu compte du message, voilà d'excellentes conventions, et je m'y confornierai de tout ))oint. Robert, tu t'es distingué, et je saurai gré aux chevaliers de t'avoir si bien secondé; ils auront bonne récompense. Mais, le terme est bien rapproché et il ne faudra pas donner trop de temps à nos préparatifs. Dimanche nous nous mettrons en route. Nous serons cent chevaliers^ sans plus, chacun aura 4 Le texte présente ici ime lacane d an feuillet. Il était sans doute conté à cet endroit que la demande d'Arcbambant ayant été agréée, «68 envoyéi revinrent chargés de riches présents. Le premier vers du fol. 2, Ben voie una rica ciulat, semble en effet s'appliquer à un don considérable. - 2C7 ^ i|iiatrc écuycrs ; nous porterons une nséme enseigne ; et les écuyers armés de fer et vétas à nos couleurs seront sem- blables de costume, de jeunesse, de bonnes manières et de politesse ; nous aurons selles et écus pareils , et Foriflamme ; ( c'était sa bannière seigneurial^, qui aux tournois passait la première M- H "^us faudra cinquante bétes de somme, en bon état; je ne veux pas que personne vienne à pied ^. > (V.93). Les préparatifs terminés , Robert ne manqua pas d'envoyer à Nemours un messager intelligeul et JScbant bien parler. < Je serais grandement émerveillé , dit alors le comte ù son fils , s'il ne nous fallait tenir cour , et à bref terme, car le seigneur Archambaut me mande qu'avant quinze jours il sera ici. — Ne soyez pas en émoi , beau sire père, vous serez prêt à temps ; vous pouvez faire les choses large- ment, et sans demander crédit. Vous avez assez d'or et d'ar- gent, car j'ai vu l'autre jour le trésor, et depuiscinq ans il s'est tant accru que nous ne risquons pas de l'épuiser. Et de même que ma sœur est la p^us belle du monde et de la plus noble race, ainsi convient-il que nous fassious une cour comme il ne s'en est pas vu depuis Adam. Mandez tous vos amis et pardonifez aux ennemis. Je ne sais d'ici en Allemagne baron qui ne s'empresse de venir à cette cour, et de meilleure grâce qu'à une chevauchée. — Beau fils, charge-toi de conduire toute cette affaire. Je veux que tu sois preux ^t large : à qui te demande cent sols, donne dix marcs, et pour cinq donnes en dix. Ainsi tu monteras en prix '. — Sire, faisons lettres i Le vers 6995 nous apprend qu'elle était ornée de fleurs d'or sur champ d'azur. 2 Les trois vers dont cette phrase contient la trailuclion sont aux Additions él corrections, m 3 Je conserve l'expression montar en près qui au moyen âge ap- partenait aussi bien ^ la langue d'oil qu*^ la langue d'oc, et qui main- tenant encore se comprend sans peine-. - 2G8 - et brefs S envoyons de bons et rapides messagers; que tous de loin comme de près viennent à cette cour. > (V. 135). Alors ils dépèchent cinq messagers : SalomoUi Guiot» Bobin, Girart et Golin ; ceux-ci firent si bien que sept jours après il n'y avait dans toute la Flandre baron» duc ni comte qui ne fût informé de la cour sans pareille qui se préparait. De son coté le comte invite ses amis et fait trêve avec ses ennemis, afin que personne ne manque à la fête. Archambaut n'y manqua pas : il vint trois jours avant le terme. On l'accueillit avec honneur et tous le %aluèrent de c beau sire ». A la vue de Flamenca il se sentit le cœur enflammé» inondé d'un feu amou- reux» d'une flamme intérieure dont aucune trace n'apparais- sait au dehors: au dedans il brûle» au dehors il tremble. Sa maladie n'était pas la fièvre» et pourtant elle fût devenue mortelle faute d'un prompt remède» mais il trouva bonne médecine; loin qu'elle fût àmère» elle était si douce que l'homme le plus sain du monde eût consenti à rester toute Si) vie perclus des mains et des pieds pour user» ne fût-ce qu'un seul jour» d'un remède aussi parfait. Archambaut est tout en émoi; l'amoureux souci l'oppresse ; ce lui fut grande peine et grand martyre d'attendre jusqu'au dimanche. Il voudrait bien avoir abbé on clerc qui la lui donnât, cette médecine » le vendredi ou le samedi ; certes si c'était une in- dulgence que l'on pût acheter» il ue demanderait pas crédit pour le paiement. (Y. 183). Le lendemain de la Pentecôte la cour s'assemble à Nemours, belle, riche et plénière. Jamais en aucune foire » ni à Lagny ni à Provins > on ne vit tant de vair et de gris » de draps de 4 Nous possédons quelques types de ces lettres d'invitation à un tournoi, mais ils sont du xve siècle. On en trouvera un dans V Histoire héroïque de Jehan d'Avesne» par Jehan du Qaesnes, ( Peigné-Delacourt, €cmple des dépemes de la chevalerie de Robert comte d'Artois^ p. 36, extrait du t. xii des Hémoires de la Société des antiquaires de Picardie). i On sait que les foires de Champagne , dont l'histoire vient d'être - 269 - soie et de laine. Tous les riches hommes^ y vinrent à Tenvi^ de huit journées à la ronde. Telle fut l'afOuence des comtes et comtors , des seigneurs , vavasseurs et autres barons riches et preux » que les hommes de prix , ne trouvant point place en la ville , durent se loger à Tentour parmi la belle prairie.* Ou y voyait en abondance tentes et pavillons de mainte guise qui ne redoutent ni pluie ni vent. Il y en avait par centaines', de jaunes, de blancs, de vermeils. Les aigles brillent sur les pommes dorées des tentes , et quand le soleil est levé, toute la plaine flamboie. Il y avait aussi toute une • bande de jongleurs, et s'ils avaient été aussi riches de cœur qu'ils l'étaient en paroles , ils auraient été hommes à chevaucher sur Damas. ' Il ne resta dans la ville riche vêtement qui ne leur écrite d*ane manière si complète par M. F. Boarqaelot , se tenaient à Troyes, à Bar-sur- Aube , àLagny et à Provins. 4 Je conserve ici une expression du moyen-âge qui n'a plus son équivalent dans noire langue actuelle. Riche implique l'idée de no- blesse unie à un certain degré de puissance. Ainsi Jean de Joinvîlle , rhistorien de S* Louis , était un riche homme : « le légat se courrouça moult forment à moi, pour ce que il n*avoit demeuré avec le roy de riches hommes que moy. o (éd. Fr. Hichel« p. 99 ]. On va voir les riches hommes opposés aux simples a hommes de prix » qui étaient aussi des personnes nobles mais d'un rang inférieur à celui des seigneurs suzerains. Voyez pour plusâ'éclaircissement les observations de Da Gange sur Joinvilledans le tome VU du Glo»sariummed,elinfim. lot, éd. Henschei , p. 357 au mot Bici homine», et une note de Fr. Michel sur le v. 803 delà Guerre de Navarre de Guillaume Anelier. 2 C'était une nécessité^à laquelle on se trouvait fréquemment réduit en pareille circonstance. Ainsi , lors d'un parlement tenu à Ilerck pni* Edouard III, il arriva, au rapport de Froissart, que a quant tuut furent venu , la ville fut durement plainne , et se logierent moult de signeurs à nu chiel ou desous fuellies et contre les haies et les huis- sons et ens es jardins au dehors de la ville, d ( Froissart , texte du Vatican publié par H. Rervyn de Lettenhove , 1 , 237 ]. 3 Gette traduction e«t conjecturale ; il y a dans le ms. Cavalgar pogran a domas , le dernier mot ne présentant aucun sens , je crois qu'il faut corriger Damas et entendre que si tous ces jongleurs avaient — 270 — fut donné ' : pour en obtenir le don , on n'avait qu*à le deman- der de la part du comte. (V. 219). La cour fut établie sur un bon pied : pour riche se tient qui plus invite et fait plus de dépense. Chacun s*empresse de donner à qui veut bien accepter. Les gens ne sont pa s mesquins commi on l'est maintenant. Au temps présent , on en a bientôt fiût assez. Et il ne faut pas s'émerveiller si Prix dècheoil : tout le monde tend à un même but ; et savez vous quel il est ? Mauvaiseté^ qui a mis en exil Valeur et tout ce qui dépend d'elle. — Eh Dieu! pourquoi? — Dieu! parce que Vergogne dépérit chaque jour. — Et Connaissance ne s'efforce point de la guérir? ^ Par Dieu ! non , car à Bienveil- lance a succédé Tromperie. Ne demanderiez-vous qu'un simple conseil , personne ne vous le donnerait , à moins d'y trouver avantage pour soi ou pour son ami , ou le moyen de nuire à son ennemi. Aussi est-ce folie désormais que se conduire suivant les enseignements de Jeunesse.' Que sert-il de le dire ? chacun voit bien qu'Amour décheoit et porte la tête basse. Mais je reviens à ma nouvelle. (V. 247). été aussi braves en fait qu'ils Tétaient en paroles , ils cHkift été ca- pables de chevaucher contre lesSarrazins et de délivrer Damas. C'était presque une expression proverbiale, ainsi dans Benari le Nouvel y Renart avait réuni tant de soldats que Contre le soudant de Damas Peûst combattre gent à gent (Edit. Méon. t. IV, p. 205.] 4 Mot à mot : a il ne resta en la ville bonne robe qui ne fût là. « y ai interprété plutôt que traduit ce passage me fondant sur l'usage , attesté par des témoignages sans nombre, de donner aux jongleurs de riches vêtements ; d'ailleurs , à part les jongleurs , on ne voit pas qui aurait pu recevoir des cadeaux de cette nature. 2 Ces derniers mots sont la paraphrase de l'expression maintenant intraduisible captener joven ; c'est se comporter avec la politesse et la générosité que commandaient les usages des cours au X1I« siècle. -« 271 — Le dimanche de bon matin , Archambaut, qui depuis trois nuits ne dormait pas, était déjà, vêtu et chaussé quand le comte entra dans sa chambre et le salua de la part de Flamenca. « Beau sire , répondit Archambaut , Dieu vous donne autant de joie que }!en éprouve à vous entendre nommer Flamenca ! — Eh bien t levez -vous et la venez voir dans sa chambre; il y a en abondance du musc , de l'ambre et d'autres joyaux qu'elle vous peut doLner. — Seigneur , si vous m'y voulez mener , jamais depuis que je suis au monde , je n'aurai été si volontiers nulle part. » Le comte l'ayant pris par la main le présenta à Flamenca. Ln jeune fille ne fit point mine d'affligée, mais elle rougit un peu. c Voici votre épouse, seigneur Archambaut , dit le père, s'il vous platt prenez-là. — Sei- gneur, s'il n'y a point obstacle de sa part, je ne pris onques rien si volontiers. » l a pucelle sourit : c Sire , dit-elle , on voit bien que je suis à vous , puisque vous me donnez aussi facilement; mais, puisqu'il vous plait ainsi, j'y consens. » Ce mot c j'y consens » rendit Archambaut si heureux qu'il ne put s'empêcher de prendre la main de Flamenca et de la lui presser. Sur c^ils se séparent. Archambaut sait bien à qui il laisse so^^jff^ gage ; sans quitter des yeux la jeune Olle il se dirige vers la porte , et lu , du regard il prend congé. Flamenca ne Gt pas la dédaigneuse , et gracieusement lui dit à plusieurs reprises: < Dieu vous garde! » (V. 289). Cinq évéques et dix abbés revêtus de leurs ornements les attendaient au moutier. La longueur de la cérémonie contraria beaucoup Archambaut. L'heure de sexte ^ se passa avant qu'il eût épousé Flamenca ; quand il lui donna le premier baiser il s'estima l'homme le plus fortuné. La messe dite tous vont JQuer a table servie , 'et personne n'y perdit, car on trouva le festin préparé. Je ne veux pas vous conter longuement ce qui s'y 4 Midi. 2 11 y a ici un jeu de mots : le j w de (ables est une espèce de trio-lrac. — 272 — passa : le récit en semblerait fade ; il n'y manqua rien de ce que l'esprit peutimaginer on la bouche désirer. Areharabaut et le comte servireDt, mais les yeux du premier se tournaient souvent, là, où était son cœur, on n'avait pas à moitié dîné qu'il eût voulu qu'on se levât de table. Les jongleurs commencent leurs exer- cices : les uns jouent de leurs instruments et les autres chan- tent. Tout cela fut un grand ennui pour àrchambaut, et s'il n'avait point eu en perspective la nuit prochaine comme com- pensation, potion ni breuvage ne l'eussent remis. Mais il sut bien se dédommager quand la nuit il dormit avec la jeune fille et la fit dame nouvelle. Il était passé maître en cet art : la dame la plus rétive , pour peu qu'il l'en priât , tombait bientôt en son pouvoir ; il lui fut donc aisé d'apprivoiser ^ Flamenca qui ne savait se défendre ni par force ni par ruse. Doucement il la baise et l'étreint, se donnant bien garde de lui point faire mal, où qu'il la touche. Quoiqu'il en soit , elle ne se plaignit de rien et ne réclama point. (V. 334). Plus de huit jours durèrent les noces. Evéques et abbés crosses en passèrent bien neuf à la cour , au dixième ils prennent congé et s'en vont gaiement. Le seigneur Archambaut a le cœur joyeux , car il possède l'objet de ses désirs : son unique souci est désormais de servir selon son gré celle à qui il veut porter honneur et se rendre agréable. N'était la honte qui le retient , il lui présenterait sa parure , son peigne et son miroir. ^ Quant il vit la cour tirer à sa fin , et qu'il serait 4 a L'autour qu'on prend au piège est farouche tant qu*on ne l'a pas apprivoisé, puis il devient doux et pirivé , s'il y a quelqu'un pour le bien tenir et le caresser... ainsi doit faire qui veut aimer jeune damB f ii la faut doucement apprivoiser, o ( PsmE ViDÀL, Neu$ ni geU). % En cela il n'eût fait que suivre le préc<'.pte d'Ovide : Nec tibi turpe puta, quamvis sit turpe plaeebit, Ingenua spéculum sustinuisse manu. {Art. m., II,S4o-6). - 273 - malséant de rester plus longtemps, il prit à part le comte, son beau -père , et lui dit : < Sire , il faut que je me prépare à tenir cour , et bien vite ; je vous recommande à Dieu et m'en vais ; envoyez moi votre fille au terme que vous avez fixé. » (V. 356). Ayant donc pris congé , Archambaut retourna à Bourbon , songeant à ses préparatifs. Il veut une cour splendide et qui fesse oublier l'autre. Il envoie messagers au roi de France , et le prie de lui faire l'honneur de venir à sa cour et d'y conduire . la reine : s'il lui plaisait de passer par Nemours et de lui amener Flamenca, il lui en aurait une éternelle obligation. En Poitou, en Berry et jusqu'en la marche.de Bordeaux, de Bayonne ou de Blaye, il n'y a baron qui ne reçoive une invitation. Tous sont mandés, tous viendront. ( V. 377 ). Cependant Archambaut fait orner la ville: on tend les rues, on y dispose des banquettes , de riches tapis , des étoffes de soie.^Or, argent, deniers et draps et tous objets suscepti- bles d'être emportés seront par son ordre libéralement donnés à qui daignera les prendre^ Par tout le bourg chacun s'occupe démettre les rues en état. Outardes, cygnes, grues, perdrix, canards , chapons , oies , poules et paons sont en telle abon- dance qu'on n'en saurait désirer davantage , mais il n'y avait poiiit de viande de qualité inférieure.^ Archambaut fitappro- 4 Cf. dans Eree et Enide une description analogae : De joDc, de mentaslre et de glai Sont totes joQchies les mes, Et par desore portendues De cortines et de tapiz , De diaprés et de samiz. (V. 2354-8 , dans Haapt, Zeitschrifl, t. X.) Voy. aussi le ChevaUer au lion [ôdit. Holland, Hannover, 4862) v> 8340 et suiv. 2 H y a dans Jaufr9 une énamération analogae ; voy. Raynouard , Lexiqw roman 1 , 54. — 274 — visionner largement les hôtels de légumes , d'avoine , de cire ;■ pour rien au monde il n'eût voulu qu'on en manquât. Il avait amassé assez d'épices , d'encens , de canelle , de poivre, de girofle , de maeis , ^ de zédoaire , pour en faire brûler un plein chaudron à chaque carrefour; quand on y passait, on sentait une odeur plus agréable encore qu'à Montpellier lorsque vers Noël les épiciers pilent leurs drogues.' Cinq cents paires de vêtements , tous de pourpre , de Tor monnoyé , mille lances r mille écus, mille épées, mille hauberts , mille destriers frais et dispos sont préparés pour ceux qu'Archambaut armera chevaliers. (V. 420). Quand tout fut prêt, le roi se mit en route accompagné de son grand baronnage et menant avec lui Flamenca. Sa suite était si nombreuse qu'elle se déroulait en Gle serrée sur une lon- gueur de six lieues et plus. Devant tous chevauchait le fils du comte, car il voulait aborder le premier Archambaut qui venait à leur rencontre en riche équij âge. Il y avait là bien mille chevaliers , mille bourgeois , mille serviteurs ; chacun • fait accueil au roi et l'invite en disant : c J'ai de beaux ombra- ges , bonne maison , bon verger ; Sire , accordez-moi s'il vous plait un don : c'est de venir loger chez moi. — Vous m'invitez en vain , dit le roi , je suis avec Flamenca , mais vous pouvez héberger ces barons. — Sire , ils seront tous hébergés et ne manqueront de rien. » On se loge sans bruit et sans tumulte , et personne ne tint sa porte close. La mne eut bon hôtel , 4 Macis , « écorce intérieure de la noix muscade » Dict. de TAca- démie. 2 Montpellier faisait au moyen -&ge an grand commerce d'épiceries. L'auteur du Département des livres ^ énumèrant les villes où il a laissé en gage ou en paiement les débris de sa garde-robe et de sa bibliothè- que s'exprime ainsi : Ausespicesi à Montpellier, Lessai je mou antefînier. [ mtoire mUraire XXIII ; 99*) _ 275 - olFlameDca lui fut bonne voisine. Il y eut des gens qui furent mécontents de ce que les dames ne penncltaieut point qu'on leur vint faire la cour; c'est qu'elles étaient lasses de chevau- c^.ier et avaient souffert de la chaleur , mais elles se reposè- rent et furent bientôt remises. A l'heure de none » toutes vont manger, et de bon appétit. On servit du poisson de mainte espèce y et tout ce qui convient un jour de jeûne,' sans oublier les fruits qu'on a au mois de juin : des poires et des cerises. Le roi fit présent à Flamenca de deux agates, et elle sut bien Ten remercier après le diner , ainsi qu'on doit faire. A cette cour il ne manquait rien , sinon des pauvres à qui donner les restes pour qu'il ne fussent point perdus. (V. 466). Le lendemain était la Saint Jean , une grande fête , et la cour n'empêcha point qu'elle fût dignement célébrée. L'évèque de Clermont chanta la grand-m^ss^ et fit un sermon sur Notre-Seigneur qui aima saint Jean au point de l'appeler c plus que prophète. ^ > Puis il fit défense de par le roi à tous les assistants de quitter la cour sous aucun prétexte avant quinze jours, le roi en ayant ainsi fixé la durée. Il parlait à des fous , non pas à des sourds ; certes , pas un ne voudrait partir d'un an, et si le roi voulait s'y prêter, ils le feraient rester jusqu'aux gelées. La messe ouïe , le roi choisit Flamenca et sortit avec elle du moutier. Après eux venaient bien trois mille chevaliers conduisant autant de dames. Tous ensemble se dirigent vers le palais où était servi le festin. La salle était vaste , dix mille chevaliers y tinrent bien à l'aise , sans compter les dames , les damoiselles , les personnes de leur suite, sans compter non plus les damoiseaux et les do- mestiques qui avaient h servir leurs maîtres , ni les jongleurs au nombre de plus de quinze cents. ( V. 500). 1 On verra plus loin que le iendemiin ^tait la Saint Jean. 2 Math. XI , 9 ; Luc VII , Î6. - 276 - Après s'être lavé les mains tous s'assirent, non pas sur des bancs, mais sur des coussins de diaspre , et loin d'être rudes , les serviettes qu'on leur donna pour s'essuyer les mains étaient bien douces et bien unies. Les dames assises, ou servit des mets de toute espèce. Que vous dirai-je? tout ce qui peut se faire de froment, de racines, de raisin, de fruits , de jeunes rejetons , toutes les bonnes choses que pro- duisent l'air , la terre et les abimes de la mer, figuraient sur les tables, et celui qui en avait la moindre part en avait assez pour ne pas porter envie à ceux qu'il voyait plus favorisés. On les servit à souhait; toutefois, il y en eut plus de cinq cents qui restaient absorbés dans la contemplation de Flamenca, et cependant qu'ils repaissaient leurs yeux de sa bonne mine , de sa grâce, de sa beauté, ils laissaient pâtir leur bouche. Dieu la confonde si elle leur en sait gré ! et néanmoins , s'ils pouvaient réussir à lui adresser un seul mot , il leur serait bien égal de jeûner ensuite. Beaucoup se levèrent à jeun. Parmi les dames il n'y en avait pas une qui n'eât voulu lui ressembler, car de même que le soleil est d'une beauté et d'un éclat sans pareil , ainsi brille entre toutes Flamenca ; si frais est son teint , si doux et si plein de charme son regard , si plaisantes^ et si délectables ses paroles, que la plus belle, la plus sage , la plus enjouée demeurait quasi muette , et , se tenant pour battue, disait qu'on chercherait en vain à paraître belle auprès de cette dame. Les vives couleurs sans cesse renaissantes de son visage font pâlir les autres beautés ; certes, Dieu n'épargna point sa peine le jour qu'il la forma si belle. Elle parait toujours plus charmante à ceux qui la voient et l'entendent. Si les dames elles-mêmes la déclarent belle, vous comprenez bien qu'elle devait l'être en effet , car dans le monde entier , on n'en trouverait pas trois en qui elles s'accor- dassent à reconnaître une beauté accomplie, c Nous savons 1 II ne faut pas oublier que plaitanl vient de plairt. — 277 — mieux que vous apprécier la beauté d'une dame , diraient- elles ; vous autres hommes , vous êtes contents pourvu que la dame soit agréable , qu'elle vous fasse bon accueil et vous parle gracieusement , mais qui la voit quand elle se déshabille, à son coucher ou à son lever , n'ira pas , s'il est sage , conter ses impressions aux servantes ! » Voilà comme elles parlent d'ordinaire , voulant par dépit déprécier les dons que Notre- Seigneur a départis à celles qu'il préfère. Flamenca n'eut point à se plaindre de pareilles méchancetés ; faute de prétexte les dames s'abstiennent de toute critique à son endroit, mais pour peu qu'elles y eussent trouvé à reprendre^ croyez bien qu'elles ne s*en fussent pas privées. ( V. 574). Après avoir mangé, on se lava une seconde fois, et sans se déplacer on prit le vin ; c'était l'usage. Puis les nappes furent enlevées, et on apporta aux convives les conseillers des grâces. * Chacun put s'accoutrer à sa guise. Ensuite se levèrent les jongleurs , tous voulant se faire écouter. Alors vous eussiez entendu retentir des instruments montés à tous les tons. ' Quiconque savait un nouvel air de viole , une chanson , un descort, un lai, faisait de son mieux pour se pousser en avant. * 4 Celte expression empruntée au vocabalaire des précieuses est exactement celle du texte : Bels conseillers ab granz ventaillas Aportet hom davau cascu. toutefois la fin du premier vers n*est pas claire. Raynouard qui cite ce passage ( Lex, rom. II , 460 ) traduit verUaillai par vantaux ce qui n*éclaircit rien. Je pense qu'il s'agit de miroirs munis de panneaux pouvant se rabattre sur la glace ou la plaque de métal poli qui for- mait le miroir. % Raynouard traduit : « Alors , vous entendriez retentir les cordes de mainte mélodie. » M. Mary-Lafon se contente de substituer sons à cordes , ces deux interprétations, surtout la seconde , sont loin d'offrir un sens précis. Je n'affirmerai pas cependant que la mienne rende parfaitement l'idée exprimée par cordas de manta tempradura. — 278 — L'un* vielle le lai de chèvrefeuille * , l'autre celui de ïiula- 4 Cette forme de développement : l'un... l'autre , qui peut servir à une énamération pour ainsi dire indéfinie , se rencontre dans deux pièces de Peire Cardinal, Una ciutaiz [Parn. OccU. p. 321 , Bartscb, Lesebuch p. 422]i et De paraulas (Bartsch, DmfcfiuMler p. 439.>M. Bartsch conteste l'attribution de cette dernière pièce à Peire Car- dinal). Chreslien de Troyes use aussi de la môme tournure en un cas analogue : Quant la corz fa tote assemblée ^'ot ménestrel en la contrée Qai riens seûst de nul déduit Que à la cort ne fussent tuit. En la sale molt grant gent ot : Chascuiis servi de ce qu'il sot : Cil saut , cil tome , cil enchanle ; Li uns encontre l'autre chante ; Li uns sible , li autres note ; Cil sert de harpe , cil de rote. Cil de gigae, cil de viele , Cil fleûte , cil ciialemele. (Erec et Enide, v. 20Î5-Î036, dansHaupt, Zeilsehrift, lom.X.) On remarquera une grande ressemblance entre les quatre derniers de ces vers et les vers 596-600 de Flamenca. 5 Le célèbre chansonnier de Berne et le ms. Bibl. Imp. fr. 42645 (olim. suppl. fr. 484) nous ont conservé un lai du chèvrefeuille dont les paroles semblent bien du XIl» riècle , et dont Tair est plus ancien encore , car on lit à la fin : Doce , plus doce ke miex , Cis lais ki est boins et beaus • Est fais por vos tos noveaus Et s*il envielist , seviaos Tosjors plaira mais A[s] clers et as lais. Tel est le texte du ms. de Paris (fol. 66 v» ) ; le manuscrit de Berne porte soUviali, leçon inintelligible, au lieu de seviaus, qui équivaut auprov.Mual*. du moins. Ce lai est dans le ms. de Berne précédé delà rubrique : TriHans, cesl li lais dou chievrefuel, eten effet, une tradition, dont la source nous est inconnue , mais que Marie de France a accueil- lie et à laquelle divers textes , et entr'autres une des branches du ne- — 279 — gueuil; l'un chante les fldèles amants * , l'autre le lai que lit Ivau. L'un joue de la harpe, Tautre de la viole; l'un de la flûte, l'autre du fifre; l'un de la gigue, l'autre de la rote ; Tuu dit les paroles , l'autre accompagne ; l'un joue de la musette , l'autre du pipeau; l'un de la cornemuse, l'autre du chalu- fiort (éd. Méon, 1. 1, v. 5-6), font allusion, attribae à Tristan un lai de chèvrefeuille (voy. Wackernagel, AUfr. Lieder, p. 478-9). La place que le chêvrefeuUU occupe dans Ténurnération des divertissements offerts par Archambaat à ses hôtes, semble indiquer que Tallusioa de FUantnca se rapporte plutôt à 4a .musique qu'aux paroles de ce lai célèbre. 4 La touchante histoire des deux Amants est le sujet d'un lai de Marie de France (Poésies de Marie de France 1,952-274); toutefois ce n'est point à ce joli récit que se rapporte l'allusion de Flamenca. 11 faut en effet remarquer que le mot lai désigne des composilions appartenant à deux catégories bien distinctes. Par abus* on a appliqué cette déno- mination à des poèmes, généralement assez courts, composés en vers oetosyllabiques rimant deux par deux, et destinés à être lus ou ré- cités, nullement à être chantés. Tels sont les lais de Marie de France, tels sont aussi les seuls lais dont parle V Histoire UUéraire (XXIII, 64-8), Pour le fonds ils peuvent être imités de lais véritables, pour la forme ils en diffèrent absolument. Les lais proprement dits, ceux d'origine bretonne, sont faits pour être chantés; aussi les trouve-t-on dans les mss. accompagnés d'une notation musicale qui ne s'arrête point à la fiu de la première strophe, comme pour les chansons des trouvères ou des troubadours, mais qui s'étend à toute la pièce ; la musique constituant véritablement le lai, et les paroles n'ayant sans doute qu'une importance secondaire. Tels sont le lai du chèvre- feuille, ci-dessus mentionné, les lais de la Rose, d'Aelis, des Pu- celles, le lai Markiol, le lài Norapar (B. !. fr. 12645], le lai de la Pastourelle, celui des Hermins (à la fm du ms. B. I. fr. 845). C'est évidemment ce genre de lais que veut désigner l'auteur de Flamenca, puisqu'il spécifie qu'ils étaient chantéi ou joués sur la viole ; ailleurs même, il se sert des mots viuladurat breku (v. 7472), sans doute pour exprimer la même chose. Or il existe précisément uu a lai des Amans » que nous a conservé le ms. B. 1. 42645 (fol. 69]* C'est une longue requête d'amour qui n'a aucun rapport avec la légende des deux Amants et pourrait bien n'être, comme le lai du chèvrefeuille, qu'une poéiie de la fin du XI1« siècle adiptée à un air plus ancien. Quoiqu'il en soiti en voici la première strophe : ~ 280 — V meau ; Tua de la mandore, Tautre accorde le psaltérion avec le monocorde; Tuu fait jouer des marionettes, l'autre jongle avec des couteaux ^ ; l'un rampe à terre * et l'autre fait la culbute : un autre danse en faisant la cabriole ^ ; l'un traverse im cerceaUy l'autre saute ; aucun ne manque à son métier. (V. 608). Ceux qui voulurent entendre des histoires de rois, de marquis ou de comtes purent satisfaire leur envie, car Tun Cesl U lais dei amans : Ichi comens tôt en romans Le gentil iai des amans. D*amors est estrais li chans Et si le fist .1. fins amans , D*aroors est tote la note Del sonet Par amors le chante et note Cui boin est; Cil s'entremet Ki son cuer i met. 4 Un magQÎfiqae mauufcrit de la Bibliothèque Impériale (fonds français 95, contenant THistoire da Saint Graa), Merlin et le roman des sept sages] est orné d'an grand nombre de figures grotesques parmi lesquelles on voit, au fol. 237 r», un jongleur jouant avec deux épées. Giraut de Calanson , recommande à son jongleur d'appren- dre ^ recevoir de petites pommes sar les pointes de deux couteaux : E paucs pomels Ab dos coltels Sapchas girar e retenir {Fadet joglar, Bartsch. Denkm, p. 94). 2 L'fu vai per sol, ma traduction est incertaine, Raynouard : a l'un va par terre », ce qui est exact, mais aussi obscur que le texte. 3 Cet exercice était sans doute analogue à celui des « ménestriers» dont parle Joinville, qui a fesoient trWmerveilleus saus, car on leur metoit une touaille desous les piez, et tournoient tout en estant, si que leur piez revenoient tout eu estant sur la touaille. » [^. Fr. Nichel, p. 160). .-»' - — 281 — conta de Priam, l'autre de Pyrame * ; Tuo conta de la belle Hélène que Paris enleva, d'autres d*Ulysse, d'Hector, d'Achille, d'Enée qui laissa Didon malheureuse et dolente ^ , de Lavine qui, du haut des remparts, fit lancer la lettre et le trait par la sentinelle ' . L'un conta d'Apollonice, de Tidée etdTtéocle ^ , 4 11 nous est parvenu un poëme de Pyraroe et Thy^é, que Méon a publié [FabUaux et cmUes, 4808. IV, 326). Cette fable était fort goûiée au moyen-âgo : il y est fait allusion par Giraut de Cabreira, Cabra juglar, (Bartsch, Denkm., p. 92], Arnaut de Alaruelh, Dona gtruer [Bartsch, Lesebuch p. 446), Elias de Barjols, En a^r«to/ (Mdhn, GeéUehU, n<» 946), Buiian et Izarn, Vos que amatz (ifttd., no 954) , Arnaut de Carcassonne, Dinsunverdier [Lesebuch^ P- 36), un trouvère anonyme. En dût camors (Wackernagel, AUfr, Ueder, p. 42), par Robert de Blois , Beaudoua [Hisl. lUt. XVlll , 746] , par Jackemart Gielée, Renari le nouvel (Méon, IV, 344) etc. 2 L'histoire de. la guerre de Troie et celle d'Enée étaient bien connues au moyen-âge. Un grand nombre de mss. nous ont conservé le Roman de Troie, et celui d' Eneas, le premier de Beoeoit de Sainte More, et le second pouvant aussi lui être attribué ; mais les aventures d'Ulysse étaient loin d*avoir la même popularité. A la fin du roman de Troie Ulysse meurt trappe par son fils Thelogonus qui le rfKX)nnait trop tard ; d'ailleurs ce texte de Flamenca et un vers de Giraut de Calanson (Bartscb, Denkm. p. 97) sont, à ma connaissance, les seuls témoi- gnages d'où l'on puisse induire qu*il ait existé au moyen-àge des récits en langue vulgaire sur ce béros. 3 Allusion trèâ précise à un épisode du roman français d'Eneas. Voy. A. Pey, Euai sur le roman d'Eneas , p. 44-5, et le Jahrbuch /*. roman, u. engl. lUeralur d'Ebert, II, 34. 4 « ApoUonices et Tidiocles sont des noms défigurés par Tortho- grapbe od inconnus, d dit Fauriel [HisL de la poésie prov. III, 486). Il est évident qu'il s'agit d'Etéocle et Polyaice, les frères ennemis; ce sujet était bien connu au moyen-àge. On lit au commencement du roman de Thëbes : Ne parlerai de peletiers, Ne de vilains ne de bouehiers, Mais de .u. frères parlerai Et leur geste raconterai . Li uns ot non Ethiocles Et li autres Polinices..etc. (Bibl. împ. fonds fr. 60 [anc. 6737-1] fol. 4 .) 20 - 282 — l'autre d'ApoUoniusJ; Tud du roi Alexandre, l'autre d*Héroelde Léandre; l'uu de Cadmusqui, exilé de sa patrie, fonda Thébes l'autre de Jason et du dragon vigilant; l'un retraçaK les tra- vaux d'Atcide, l'autre disait comment Démophon remit en son pouvoir Pbyllis par amour ^. L'un raconta comment le beau Narcisse se noya dans la fontaine où il se mirait ^ j d'autres i Ils*agitde ] 'histoire d'Apolloniuâ de Tyr, récit d*origine by- santine qui fut imité au moyen-âge dans presque toutes les langues de rEnrope.^(Voy. Graesse , 3ie giv$$m Smgenkreise des MUlelaUers, p. 457-460 , Ed. Du Iféril , Flaira tt BUmehe/lor, -Préface p. cxxj). Il «a été compris dans le recueil des Gesla Romanontm (cap. CLIII) et p:ir salle dans le YiolUr des nuioirea romaîHes (Chap. CXXV). La popularité des aventures d'Apollonius du Xll« au XVII* sièeie est attestée par un nombre presque infini de témoignages. Ceux que fournissent les troubadours ont été réuniapar Fauriel {Hisl. de la Poétie prov., III , 486), et on en trouverait un plus grand nombre encore parmi les auteurs delà langue d*oïl. (Voy. Aye d'Avignon, v. 3489, Gui de Cambrai, Barlaam et Josaphal, p. 228, v. 37). On sait que rhistoire d'Apollonius est la source àuPericlet attribué à Shakespeare, mais on n'a point remarqué que la fin de la chanson de Jourdain do Blaye en est paiement imitée. Quelle qu'ait été la popularité de ce récit au moyen-âge, on n'en connait maintenant aucun texte ancien, ni en français, ni en provençal. Quant au texte latin, le plus ancien ms. qu'on en ait signalé , parait être celui qu'exécuta , Oans les premières années du XII« siècle, Gautier, moine de Saint Amand [Jaum, des sav, juin 4860, p. 374, art. de H. L. Delisle]. 2 C'est ainsi que traduit Raynouard, et le texte ne peut guère s'interpréter autrement ; il se pourrait qu'il fût corrompu (d'autant que la rime de forsa, v. 636, est mauvaise), car ce sens s'dçcommode diflicilement avec la fable * Démophon avait promis à Phyllis de l'é- pouser ; il se rendit d ms sa p itrie pour mettre ordre k ses affaires, et tirda si longtemps que Phyllis, se croyant délaissée, mit fin à ses jours. Elle fut métamorphosée en arbre; Démophon, arrivé trop tard, embrassa le troncde l'arbre qui aussitôt poussa des feuilles (voy. Ovide , Epiil. II]. Est-ce à cette dernière circonstance que l'auteur de Flamenca tdii allusion ? 3 Ovide, Melam, lib. lil. Un témoignage de Pierre le Chantre, cité bien souvent (en dernier lieu dans la préface d^Aye d* Avignon, p. xxj) nous apprend que dèi le XII« siècle, on chantait l'histoire de Nar- ^ 283 - disaient de Pluton qui ravit à Orphée sa belle femme \ et du philistin Goliath que tua David ; l'un contait de Samson à qui Dalila e4)upa les cheveux tandis qu'il dormait, l'autre de Ma- chabée ' , qui combattait pour le Seigneur; un autre raconta comment Jules César passa tout seul la mer, sans implorer cisse. Elle forme l'an des épisodes da roman de Beaudoos, par Robert de Blois (Voy. HùU UU., XXIII , 745-7, et Bibl. Imp. ms. Sorb. 44A, p. 547-9). Bile est racontée dans le roman de la Rose (Méon, 1. 1, p. 58 et sniv.]. Enfin il existe aussi on poème de Narcisse, ayant environ mille vers octosyllabiques, qui a été publié par Méon, Fa- bliaux et contes, II. 443. 4 11 y a dans Ritson , Aneient engîeish mêtrieal romancées II , 248 , un petit poëme intitulé Sir Orpheo , qui semble imité du fran- çais. 2 Noos possédons deax poëmes sur Judas M achabée, l'un et Tautre du XIII« siècle et en V'trs octosyllabiqae». Le premier et le plus considérable (22000 vers) fut commencé par G latter de Belleperche « arb'ilestier, » ainVi qu'il se qaalifi') lai-néoie, et terminé par Pierre oa Pierrot dd Ries. L3 seal ms. qai nous l'ait conservé est à la Bibl. Imp. fonds fr. 789 (anc. 7490-4). Il est daté de Tannéts 4280, indicitionqueF.mchet, ancien possess^ar de ce ms., et ceux: qui Font suivi rapportent à l'achèvement du poë ne, tandis qu'à mon sens elle n'a trait qu'à la copie. (Voy. Fauchet, Recueil de l'origine de la langue française, Uv. Il, dans les œuvres complètes, Paris, 4640, fol. 588 ; La Rue, Essais hisL II ; 478-9]. — L'article Gautier de Belleperche j annoncé par M. P. Paris, Manuscrits français, VI, 298 , comme devant figurer dans le tome XXI de X Histoire Utlé- raire , n'a pas paru. Le second poème sur Judas M:ichabée n'a guère que 8000 vers ; il fut a translaté et mis en rime» en 4295, ainsi qu'on l'apprend par les derniers vers, [voy. le ms. BibL imp. fr. 45104 , anc. 632-21). L'al- lusion de Flamenca se rapporte incontestablement à un texte plus ancien, comme aussi colle de Giraut de Gilanson qui recommande à $on jongleur d'apprendre De Macabieu Lo bon juzieu, Don polz trop bona chanso dir. (Bartsch, Denkm,. p. 98). - iSl — Vaide de Noire Seigneur et sans trembler ^ . L'un dit de la Table Ronde où la vaillance fut toujours en honneur, et où le roi répondait de son mieux à tout venant, l'autre contait de Gauvain et du lion qui accompagnait le chevalier que délivra Lunele * ; l'un dit de la pucelle bretonne ' qui tint Lan- calot en prison, lorsqu'il lui eut refusé son amour, l'autre de Perceval ^ ; l'un conta d'Ereo et d'Enide, l'autre d'Ugonét de Péridc ^ , l'un de Gouvernail ^ qui pour Tristan eut à souffrir tant de peines, Fautre de Fenisse ^ que sa nourrice fit passer 1 Ce texte, joint à plosiears aatres qai ont été réunis par tf. Fr. Misbel dans une note sur la chanson de la guerre de Navarre (p. 421-4), donne à penser qu*il y avait au moyen-&ge sur César des récits poétiques. Toatefois il ne parait pas que sa légende se soit jamais développés autant que celle d'Alexandre. Le seul poëme sur César que le moyen-àge français nous ait laissé n*est guère autre chose qu'une traduction de Lucain; son auteur, Jacob de Forest, parait avoir vécu au XIII« siècle. Voy. V Histoire UUraire, XIX, 681. 2 Ce chevalier est Yvain ; Raynouard traduit « qui délivra, » ce qui s'accorde moins bien avec ThisCoire du Chevalier au Lion, telle que la raconte Chrestien deTroyes. 3 Viviane; il existe sur Lancelot, outre le grand roman en prose que Ton attribue à Gautier Map, un poème de plus de 47,000 vers, dont le l'auteur se nomme , dés le premier vers , Jehan , il a été si- gnalé dans là bibliothèque de Mgr le duc d*Aumale. (Voy. le Bel 'inconnu publié par C. Hippeau, p. xxv). 4 Perceval, encore peu au fait de Tusagc des cours, entra à cheval dans la salle où se trouvait Arthur. 5 Je ne sais s*il faut l'identirier avec Parides qui flgure dans Lan-- ^lol , le sens de cd passage n*e^ pas certain. 6 Le maître d*abord, puis rami dévoué de Tristan. 7 Fauriel rapproche avec rai.^on ce texte de Flamenca de cet autre témoignage fourni par le roman de Jaufre : Aiial amor me sobreporta Cum fes Fenisa, que per morta Se fes sebeltr per clergues, Que pueis visquèt lonc tems après. a Ces deux allusions, dit-il, se rapportent sans doute à un môme - 285 - pour morte. L'un dit du Bel Inconnu * , l'autre du ver- meil écu que Lyras trouva à la porte, l'autre de Guiflet. L'un contait de Galobrenan, l'autre dit comment il retint un an dans sa prison Queux le sénéchal, pour l'avoir injurié; l'autre con- tait de Mordret ' , l'autre disait l'histoire du comte Duret* qui fut chassé par les Vandres et accueilli par le Soi Pécheur.. L'un retraça le bonheur d'Hermelin , l'autre dit de quelle ma- nière las assassins agissent sous l'influence du Vieux de la Montagne '. L'un raconte comment Gharlemagne tint l'Alle- magne jusqu'au moment où il la divisa, l'autre contait toute l'histoire de Clovis et de Pépin ; d'autres parlaient de Lucifer que son orgueil précipita du ciel, du Vallet de NanteuiM, roman. La seconde (^celle de Flamenca) n'est guère explicite , mais la première nous apprend que rhéroïne eut, comme Charte- quint (?) la fantaisie dé se faire enterrer de son vivant, ce qui ne l'empêcha pis de vivre longtemps après. » {Hist. de la Poésie prov. U\, 501). Ce n'était point une simple fantaisie ; sans le stratagème de Ttiessale, sa noarrice, Feaisse n'eût point réussi à se faire enlever par Gliget, son amant. Les deux allusions de Flamenca et de Jaufre se rapportent à un épisode du CUgel de Chrestien de Troyes ; voy. Hï«/. Zi«. XV, 247-9. f Le Bel Ineonnu, qui figure dans Jaufre fJLex. rem, \, 49 a) est le héros d'an poëme dont une édition ^ malheureusement très insuffisante, a été donnée en 4860 par H. Hippeau. On ne peut affirmer que l'al- lusion de Flamenca se rapporte précisément à ce roman , aitendu qu'il parait avoir eii^té une autre rédaction da môme récit. Ce qui le fiit supposer, c'est la comparaison avec le Wigalois, poëme alle- mand composé dins les premières années du XII1« siècle par Wirnt de Gravenberg d'après des sources franc lises. Le sujet en est le môme que celui du Bel Inconnu t mais les développements sont trop diffé- rents pour qu'on puisse admettre que l'auteur allemand ait suivi la. rédaction qui nous est parvenue. 3 Personnage du roman de Lancelol. 3 Ceci élait véritablement un récit d'histoire contemporaine. 4 Gui de Nanteuil, héros d'une chanson de geste que j'ai publiée en 1861 dans le recueil des Anciens Poètes de la France. - 286 - d'Olivier de Verdun ^ L'un dit le vers * de Marcabrun, l'autre conta de Dédale, qui trouva le moyen de voler dans les airs, et d'Icare, qui se noya par son imprudence. Chacun dit de son mieux. Musiciens et conteurs faisaient si bien qu'un grand murmure régnait dans la salle, (v. 701). Le roi dit à l'assemblée , < Seigneurs chevaliers , lorsque les écuyers auront mangé, faites seller vos chevaux et nous irons jouter; mais, en attendant, je veux que la reine ouvre le bal avec Flamenca, et moi-même j'y prendrai part. Levez- vous tous, que ces jongleurs se tirent de côté parmi les tables. » Aussitôt chevaliers, dames et pucelles se prennent par les mains. Jamais en Bretagne ni en France on ne vil bal aussi splendide : deux cents jongleurs, bons joueurs de viole, se placent deux par deux sur les bancs et règlent la danse sans manquer d'une note. Les dames se regardent sou- vent et font leurs feintes amoureuses; il semble que le jour les ait frappées si vivement qu'à peine en peuvent-elles sup- porter la vue, elles le témoignent par leurs soupirs. ^ Amour animait ces figures d'un plaisir si vif que chacun se croyait en Paradis. Et je vous dis bien sans mentir que jamais, de- puis qu'Amour existe, on ne vit si belle assemblée. On serait \ On lit dans la pièce de Cabra Juglar de Giraat de Cabreira r Ni dOlivier No sabs chantier, Ni de Verdan ni Yosprezon. (Bartsch, Denekm. p. 92]. Olivier, le célèbre compagnon de Roland, étant déjà mentionné dans la même pièce (p. 96, y. 27), il 8*agit sans doute ici d'un antre OPivier, et vraisemblablement de l'Olivier de Verdun aoqael fait al- lusion Flamenca. Da reste, le texte de Giraat n*est pas décisif; Voiprezon, sartoat, me semble an nom bien doateax. 2 Nous ayons environ quarante vers ou chansons de Marcabrun. 3 Ce passage, qui semble faire allusion à une danse pour nous in« connue, est fort obscur. - 287 - veuu dire au roi que Paris el Reims étaseol pris, qu*il n*aurait point' quille la danse ni fail la mine d'un homme affligé. Joie cl Jeunesse ont ouvert le bal avec leur cousine madame Vrouesse. En ce jour Bassesse ^ pensa se cacher sous terre,, mais Convoitise vint lui dire: < Dame, que faites-vous? Voyez-les danser entre eux ! Leur folle joie tombera bien vite; ce n'est pas tous les jours la Saint Jean; les^ voilà bien repus et gambadant, mais ce qu'ils dépensent , un autre le pleure, et iL y a tel parmi eux qui, avant un mois, nous aimera et regrettera les prodigalités^ d'aujourd'hui. > Bassesse Gt un sanglot et dit : < Soyez la bien venue, vous m'avez rendu la vie. Par Dieu ! Dame Convoitise, je veux que tous vos iiefs soient francs , que dorénavant vous soyez dame sans suzerain, que vous ayez comtes et barons, rois et ducs, clercs el marquis, chevaliers el bourgeois. Quant aux. dames, je ne puis vous les donner,^ n'ayant moi-même aucun droit sur elles *. Pourtant, si quelqu'une veut être do votre compagnie, ne croyez pas que j'en éprouve du dépit. > (V. 769). Les chevaux étaient sellés et omé& d'enseignes et de grelots ; le bal cessa, et chacun se fit apporter ses armes par son écuyer. Les dames, gaies, sages et bien apprises qu'elles élaient, allèrent se placer aux fenêtres afin de mieux voir les clievaliers qui joutaient pour l'amour d'elles. Archambaut ne perdit pas son temps, car, sans désempa- rer, il arma neuf cent quatre vingt dix-sept chevaliers. Tous vinrent à pied au palais, en chausses de soie, et se présentè- rent au roi qui, pour étrenne, leur souhaita qu'en amour fut ^ Le texte porte Àvolesa; ce mot, qui n'a pas de correspondtnt en- français et n*est rendu qu'assez imparfiitement par BauetHf est l'opposé de Proe$a: il indique l'absence de tous sentiments grands et généreux; ce n'est donc point la lâcheté, ainsi que traduit Ray-^ nouard. t Voilà qui est poussé dans le dernier giUut ! — 288 — leur plus grande peine ; et la reine coutirma la proie de son ê|K)ux. En ce jour le roi porta les armes, et je tous assure qu'on n*eûl pas trouvé trois chevaliers d^ meilleur air que lui. Il avait ajusté au bout de sa lance une manche de je ne sais qui; la reine ne laissa point paraltriî qu'elle en fut affligée, mais elle pensait bien que la manche n'élait pas là sans motif, car c'est une enseigne afmoureuse ^ Si elle savait qui Ta don- née au roi, elle la ferait bien payer. Entre toutes les dames Flamenca fut celle qui attira ses soupçons; ils étaient mal fondés; cependant elle mande Archambaut. (v. 812). Archambaut se présente armé de la lance et del'écu et revêtu des insignes qu'un chevalier doit porter dans un tournoi. Arrivé devant la reine, il descen lit de cheval, s'inclina et la salua courtoisement. Elle le prit par la main et le lit asseoir à la fenêtre : « Seigneut Archambaut, dit-elle, je ne suis pas bien, et, si vous ne me conseillez, mon mal redoublera. — Dame, répondit-il, Dieu vous ga:de de tous mauxl» La reine toucha de la main Flamenca qui était assise prés dii roi ^ à la fenêtre et lui dit : < Si vous le permettez , Dame , je parlerai du seigneur Archambaut. — Je le veux ainsi, reprit Flamenca, puisque vous le désirez. » A la fenêtre voisine, toute couverte de palmes et de joncs ', était la comtesse de Nevers qui 4 Dans la Mort d'Arthur, qui forme la dernière partie du romande Lancelot , c'est par un motif analogue que la reine [Genièvre devient jalouse de Lancelot. Il s'était rendu, sousundêgai!iemeqt,au tournoi de Wincester, et, cédant aux prière» de la fille de son h6te^ avait con- senti à porter sur son haaume une manche de cette jeune demoiselle . La reine l'apprit et se crut délaissée. [Voy. cet épisode dans le ms. B. I. fr. 342, fol. 458 v» et suiv.). % Pourtant on a vu plus haut (v. 795], que le roi n'était pas resté simple spectateur du tournoi, mais qu'il y avait pris part. 3 C'était l'usage, à cette époque, de couvrir le sol des chambres de }ones (d'où notre moi joncher) et de plantes odoriférantes: Moult par out la meison li estes atornée, La sale portendue et bien encortinée ; — 289 — avait les cheveux plus blonds que n'esl l'or, mais c'était son meilleur trésor. Flamenca s'en vint à elle et fut bien accueillie. La comtesse lui fit un coussin de son manteau ; elle s'assit et regarda le tournoi, (v. 847). La reine ne perdit pas de temps ; d'un air tout marri : «Seigneur Archambaut, dit*elle, n'est-ce pas bien mal de la part du roi, de porter ainsi, sous mes yeux une enseigne d'amour. Franchement c'est manquer à vous comme à moi . > Archambaut vit bien qu'elle soupçonnait Flamenca d'avoir donné au roi la manche, c Dame, répondit-ih par Celui qu'oir adore, je ne vois pas que le roi vous fasse déshonneur pour éprouver la joie amoureuse : il n'en remplit que mieux son devoir; je voudrai» être de compagnie avec lui« afin de jouer pour de bon le rôle qu'il joue par galanterie ^ De sa part c'est pure récréation. — Seigneur Archambaut, voilà des raisons dont vous aurez vous-même besoin avant que la quinzaine soit écoulée. — Ne mêlez point la jalousie à tout cela. Madame, ce serait sans cause. » Elle secoua la télé : « Dites-vous que De jonc et de mentastre lu bien englaiolée. (Gui d€ Naniêuil, v. 434-6). Mandez la mesoun elajunchet. (Walter de Biblesworth, dans Th. Wright , {À volume ofvocabulariei, p. 471). Sur C3 vers M. Wright remarque que l'avige de joncher les chim- bres venait de ce qa*alors les tapis n*ét lient point encore en usage. Tou- tifois un pissa;;e de la chanson de Gui de Nanteuil montre quon ébnlail pirfois àùs tipis sur celte espèce de litière : Une coûte pourpointe lor a l'en aporlée. Par dessus le mentastre T^nt esparse et getée; L^ s'iissit la pucele qui preus est et senée, De jouste le vallet de qui ele est aroée. (v. S30-3). 4 Mot à mot : « afin que je puisse faire pour di vrai [per de vêrat) ce qu'il fait pour montrer joie. » Joie, c'est ici la joie d'amour ; on a vu quelques lignes plus haut [v. 868] Téphitéte dejoios d'amor appli- quée au roi. >» — 290 — voos De serez pas jaloux? par Dieu sir vous le serez*, el> peut-éire non sans motif. — Dame, ' pourquoi parler ainsi ?. Ne me donnez point de leçons, croyez-moi , je m'entends en ces sortes d'affaires. (v.880). Sur ce, voici venir un jongleur : • Beau sire, dit-il à Ar- chambaut, le roi veut ceindre l'épée à Tliibaut le comte de Mois, et je viens de la part de Tliibaut lui-même vous prier de vous rendre auprès de lui. » Archambaut prend congé de la reine, plus affecté qu'il ne le fait paraître; mais la. belle enfant (Flamenca) n'en sait rien. Ah ! quel péché ! la reine a tout fait pour troubler le repos d'Archambaut ; elle lui a mis au cœur une grande douleur, dont jamais il ne reviendra, si Amour ne daigne l'en guérir : et il l'en guérira, mais par malice il attendra que les soupçons soient devenus réalité, (v. 899). Quand Archambaut eut rejoint le roi, le comte Thibaut fut adoubé chevalier, et avec lui plus de quatre cents hommes,, tous cousins et parents. Archambaut avait quitté la. reine de mauvaise humeur à cause du fâcheux discours qu'elle lui avait tenu; il appela un écuyer et lui dit: c Fais sonner vêpres, car il sera bien temps de souper quand le roi les aura ouïes. » Mais les dames qui étaient aux fenêtres à regarder le tournois s'écrient- en entendant les cloches : < Il n'est .|)as encore none ^ , et déjà on sonne les véptes ! perde sou mari celle qui s'y rendra tant qu'il y aura un chevalier dans le champ ! les vêpres ne nous feront pas quitter la cour ! > Sur ces entrefaites le roi entra ; comme sage et bien ap- pris il vint à Flamenca et l'emmena ; barons et chevaliers allèrent à sa suite et conduisirent, joyeux et galants, les dames à l'élise. On chanta les vêpres haut et bas. L'office terminé,, le roi ramena Flamenca , et par familiarité il lui mit la main au sein *. La reine en fut très-irritée, et Archambaut I Trois heures. t tf Les égards du roi poor Flameno, dit Raynouard , excitèrent encore la jalousie de la reine et celle d'Archambiud.» - 291 — pour le moins autant, mais il n*en Gt pas semblant. Ou soupa, et la table fut bien garnie de nouilles, de piment S de roli, de fruits, de roses fraîches et de violettes, de glace et de neige pour rafraîchir le vin afin qu'il n'empéchàt point de dormir. Tous étaient fatigués des divertissements de cette journée, aussi alla-t-on se reposer jusqu'au lendemain. De bonne heure, les nouveaux chevaliers, revêtus de leurs insignes, vont chevauchant par les rues, agitant des clochettes de mainte guise. Ce fut un beau charivari ; et le souci d'Archambaut s'en accrut. Telle était sa douleur qu'il en pensa mourir. Ce- pendant , il fit eflbrt sur lui-même , blâmant la reine des soupçons qu'elle lui avait inspires à l'égard de Flamenca . Il cela son mal le mieux qu'il put, ouvrit généreusement son trésor, donnant et dépensant largement, et s'estimant heureux quand on prenait de son bien. La cour dura dix-sept jours et plus, et personne n'aurait pu dire à quel moment il y* avait éprouvé le plus de plaisir, car de jour en jour elle devenait plus brillante. Biches hommes et barons s'émerveillent d'où Ar- chambaut peut tirer tant d'argent. An vingtième jour le roi et les autres invités se retirèrent. Lsi reine n'eût pas voulu que la cour durât encore un mois, car elle se figurait le roi amoureux de Flamenca ; mais il ne l'aimait point d'amour, au contraire , il croyait faire honneur au seigneur Archambaut quand, en sa présence, il embrassait sa femme et la baisait; c'était sans penser à mal. Chacun s'en va, se se louant fort d'Archambaut. Les jongleurs surtout étaient contents, car (1 leur donna tant que le plus pauvre, p3ur- vu qu'il s'abstint de jouer, avait sa fortune faite, (v. 1000). Archambaut reconduit gracieusement ses invités, mais il a le cœur serré par un mal cuisant qu'on nomme jalousie , un mal qui le fait extravaguer et le plonge dans des pensées dont I On sait que le piment est une boisson c^picée, (voy. Du Gang(\ au mot Pigmenlitm). à — 292 - it ne sait plus sortir. Lorsqu'il fut rentré diez lui , ses corn- pagDODS le quittèrent jugeant bien qu'il n'était pas sain d'esprit. De douleur il se tordait les bras , et pour un peu il eùl pleuré. Il avait hâte d'entrer dunssa chambre pour chercher fu femme et la battre , mais il ne la trouva pas seule : elle était en compagnie des dames de la ville. Dolent et marri il leur tourna le dos et s'étendit sur un banc , se plaignant coniinc h'il avait mal au coté. Il prend la vie en haine, et notait la crainte d'encoirrir le blâme du monde , il ne bougerait pas du lit. Il se tienl à l'écart, l'air soucieux : < Las ! disait4l souvent , à quoi pensai-je quand je pris femme ! Bon Dieu ! j'étais fou ! £t n'avais-je pas tout le bonheur désirable ? Malheur sur m. & parents qui me conseillèrent de prendre ce qui pour l'hom ne fut une source de maux ^ ! Maintenant nous avons femme , hélas ! et qu'il est dur de se sentir étreint par la jalousie ! Je ne sais quelle conduite tenir ; et tout cela pour celte belle dame ! Et du diable si elle y pense ! Mais je l'y ferai bien penser. Dieu ! Dieu î que faire ? » Vraiment , il est dans une mauvaise passe : il laisse tout en suspens , il entre , il sort ; dehors il brûle , dedans il est glacé. Il faut être bien jaloux pour regarder comme il fait ; ses chants sont des bêlements , ses soupirs des éclats de voix; toutes ses idées sont brouillées; souvent il dit la patenôtre du singe , marmotant des mots que personne n'entend. Toute la journée il peste et bougonne , les visites lui sont odieuses. Venait-il un étranger, il se faisait tr%s affairé et sifflait par contenance , disant entre ses dents : < Je me tiens à quatre pour ne point vous jeter dehors la tète la première. » Il tourne sa ceinture entre ses doigts et va chantant tullurutau et dansant sur l'air vadoi vadau '; puis 4 Au temps qu'Eve vivait. 2 C'étaient des refrains populaires que nous retrouvons au nord de la France. Ainsi , dans une pièce attribuée à GaiUaame le Yinier , qu'un seul ms. nous a conservé (Bibl. Imp. fr. 845, fol. 126] on lit: - 293 — il lève les yeux cl guigne du côté de sa dame ; ensuite il fait signe au domestique d'apporter Teau, pour se laver, car il vou- drait diner. Il dit cela pour qu*on s*en aille. S*il tisse, il fi'ourdit pas moins ^ car il est toujours allant de çà et de là, et lorsqu'il n'en peut plus: « Beau sire, dit-il, dlnez-vous avec nous, car il est bien temps. Vous me ferez plaisir en accep- tant , vous aurez occasion de vous montrer galant. » Et là dessus il fait une grimace de chien , montrant les dents sans rire. (v. 1076). Son goût serait de ne voir personne ; dans le premier venu il croit trouver un rival , et malheur à celui-là ! s'il voit quelqu'un parler avec sa femme, il sefigure qu'on va la lui ravir sous ses yeux '. < Voil]i comment nous avons combiné noire in- irigue! Le roi a entamé l'airaire en temps propice; avant de |)artir de Nemours ', je crois bien qu'il en a talé. Il la connais- sait pour un friand morceau , et voilà pourquoi il prenait avec <îlle tant de privautés! De lui je croyais n'avoir rien à craindre, # Mes vos erres ja Que Guios vint qui turulurata, Valara valura valuraine , Valuru va. [Hiit. lin. WIW, 59C). Et dans une chanson anonyme. Et perlidoureles , vadou vadu vadourenne. (/&ic2. XXIII,580). De là le nom de vaduries donné aux chansons qui avaient ce refrain ( nisi. lia. XXIII , 604 ]. M. Dieza signalé quelque chose d'analogue dans l'ancienne poésie portugaise [ Veher die ente poriugiesitche kunst und hof'poesie, .4863 , p. 99). 4 C'est-à-dire * il marche en long et en large. 2 Le monologue qui suil commence bien brusquement, il se pourrait que quelques vers eussent été omis à cet endroit. 3 On a vu , p. 273 qu'Archambaut lui-même avait prié le roi de lui amener sa femme resiée à Nemours auprès de son père. - 294 - car tiulrcmctit j'anrais bien su la préserver de ses alteiales. Mais mainlenant va et et vient qui veut , et à son gré il ne vient pas encore assez de monde! Voyez un peu raccneil qu'elle fait aux visiteurs. Elle montre assez ciaurement qu'elle n*est pas à moi. Bon Dieu ! ils la mènent à sa perte. Mais je ne veux plus être leur pasteur : mauvais est le pasteur qui se nuit à soi-même et sert Fintérët d'autrui ! La mener à sa |)erte, c'est facile à dire, mais je ne crois pas que le roi , malgré ses privautés , y puisse réussir. Las ! malheureux ! maudite soit l'heure où je naquis ! Si je ne puis garder une dame, je porterais mal la couronne' qui est auprès de saint Pierre de Rome * ; et j'aurais peine à faire choir une dame * si je ne puis venir à bout d'une fillette. Plût à Dieu qu'elle le fiit resté , fillette ! car par elle je perds les bonnes manières et tout ce qui convient a Jeunesse '. Bon Dieu ! j'ai fait une mauvaise affaire et j'ai suivi un fol Conseil. La reine savait bien ce qu'elle disait quand elle me prédit que je serais jaloux. Dieu la maudisse , la pro- phctesse de malheur ! si au moins elle m'avait donné le remède ! Céar vraiment je suis un jaloux comme on n'en vit jamais. Je |es dépasse tous , et je serai infalliblement cocu ! Je serai ! Mais je puis bien dire que je le suis déjà ; je ne le sais que trop. > Alors it entre en fureur contre soi-même , se tire les cheveux , s'arrache la barbe , se mord les lèvres , grince des dents, frémit, brûle et fait des yeux féroces à Flamenca. Il ré- siste à peine au désir de lui couper ses beaux cheveux brillants et clairs. < Madame la traîtresse , lui dit-il , qui me tient que je ne vous tue, que je ne vous dépouille de votre chevelure ! Vous 4 Je ne saisis point le sens de cette allusion. 5 E mal deroeharia doma [v. 4 1 06] ; le sens de ce vers est très dou- teux ; j*ai supposé que doma était ici pour domna à cause de la rime correspondante Rama, mais c*est une hypothèse fort incerlane. 3 Joven , voy. la noie 2 de la p . tlO. - 295 - Tavez allongée en queue , Tan prochain je crois bien que vous ^n ferez un chignon , de crainte que je vous l'arrache ; et j*imagi- «iie que vous serez vexée quand je vous la ferai couper avec des ciseaux ; ce sera un grand chagrin pour ces beaux galants qui viennent pour se dire Fun à l'autre : < Dieu I qui vit jamais si beaux cheveux ! ils brillent plus que l'or fin. » Je connais bien le petit manège des regards , des mains serrées « des pieds pressés. A qui pensez-vous avoir affaire ? Je suis aussi rusé que vous ; mais c'est autant d'angoisses que vous me faites endurer. Je me tue de fatigue et vous reposez ; je n'ai os ni nerf ni muscle qui ne souffre par votre faute. Mais il ne sera pas dit que vous n'en aurez point eu votre part. — Sei- gneur, qu'avez-vous ? -- Eh quoi î c'est ainsi que vous répon- dez! Ciel! malheureux que je suis, je meurs et vous me raillez ! Voilà l'œuvre de ces galants ! mais , par la foi que je dois à Notre-Scigneur, ils ne trouveront pas ici porte ouverte. Oui tient une dame en sa garde perd sa peine , s'il ne com* menée par la mettre en un lieu sûr où elle ne soit vue que de -sou possesseur et gardien. C'est là le bon moyen, (v. 1164). < Hélas ! malheureux , te voilà fou de jalousie , rogneux , barbu , hérissé ; ta barbe est rude et inculte et semble à Flamenca un buisson d'épines ou la queue d'un écureuil sau- vage. Tu t'es déshonoré toi et ton lignage ! Mais n'im- f)orle! j'aime mieux mourir que d'être honni pour ma complai- sance; j'aime mieux être un jaloux fieffé que de porter patiemment les cornes. » (v. 1178). Tout le monde sait par le pays que le seigneur Archambaut est un jaloux hors ligne. Dans toute l'Auvergne on fait chan- sons, serventoiSy couplets et sons , estribot ou retroenche * sur Archambaut et sa conduite à l'égard de Flamenca ; et croyez bien que lors(|u'on venait les lui chanter, il n'en devenait 4 Formes de {roéaiQ dont on trouvera la définition dans les Uyg d'amors , I, 340 et suiv. - 296 - pas plus aimable ^ ! Qu'un de ses amis le blâmât , D'allvz pas ' croire qu'il lui en sût gré; lom de là, il lui répondait avec , humeur : c Seigneur , j'entends bien et je vous comprends, mais, par Dieu ! si je suis jaloux , qui pourrait m'en faire lin grief ? j'en sais bien peu qui à ma place ne le deviendraient pas. Tels me raillent qui le seraient plus que moi , si à tou!e heure i Is voyaient, comme je fais, une si belle créature ! De ce côté là il n'y a empereur ni roi à qui je porte envie. Aussi sais-jc bien que ce n'est point folie dé ma part si je suis en souci pour elle. Le sage n'attend pas que le mal soit arrivé pour se tenir sur ses gardes. £h bien ! que ferais-je si quelque vaurien simulant un amour courtois , sans ménoie savoir ce que c'est, lui fai>ait faire une folie. Et que dirais-je pour couvrir ma honte? je perdrais ma peine à la vouloir garder; au lieu que maintenant , vienne qui voudra ! Par Dieu ! on ne la verra pas, on n'auia point la faveur de lui parler hors de ma présence ! Non par ma foi ! fut-ce le comte son père, ou sa mère , ou sa sœur, ou Jocelin son frère ! » (v. 1220). Lorsque cet ami fâcheux s'est éloigné , il dit , se parlant à soi-même : « En voilà un qui me blâme de ce qu'il devrait louer ; il est fort pour reprendre les autres , mais c'est tout. Il croit avoir fait merveille en m'appelant jaloux ! si fin qu'il ' soit , j'aime encore mieux ma folie que sa profonde sagesse.... Il est fou avec ses conseils , cet homme riche en grossièreté! « , voici ce qu'il devrait dire : c Beau sire , prenez garde de > vous laisser prendre aux cajoleries de celle qui vous appar- > tient, j'entends de Madame Flamenca, et qu'ainsi elle par- » vienne à ses fins. » Il n'en fallait pas davantage, mais de cela il ne dit ni peu ni prou ; parlant à tort et à travers, il vient comme un extravagant, me dire que je suis un jaloux! Rien fou qui me tient ce langage ! et plus fou sjrais-je si j'en croyais rien. Par ma foi! c'est un pauvre esprit. Et vrai- 4 M. à m. : Ne croyez pas que son ressentiment {sos mais cors) s*élcigQit. 9 - 207 -- mont on ne se gt^ne guère pour venir me faire chez moi un aiïront que j aurai longtemps sur le cœur! > Là dessus il se lève préciptamment et prend sa course, ébouriffant ses cheveux et relevant les pans de son vêtement ; il avait bien la tournure de la paysanne au moment du galop ^ En gronde hâte ^ il vient à la tour. Il y trouve Flamenca en société de danries qui Tctaient venues voir. Voilà notre jaloux furieux! < Je sais près d'ici quelqu'un qui recevra sa récom- pense,» dit-il, et il se retire par Tescalier , mais , le malheu- reux ! il tombe à la renverse et manque de se casser le cou. Le voilà qui se gratte la tête, qui frotte son vêtement, relève ses braies, lire sa botte, se lève, s'asseoit, s'étrille, baille large- ment ^ , et se signant: c Est-ce là un présage de bonne aven- ture ? > puis il entre chercher sa ceinture et tâche d'éviter Flamenca qui est très-contrariée, «f Je perds la tète, dit-il; jamais, homme n'eut femme comme la mienne ! Et tu dis ^ que tu ne sais comment la tenir ? — Si fais ^! — El comment? — Bals-la ! — La battre ! en serai-je plus avancé ? Dieu! devieu- dra-t-elle plus douce et meilleure ? Hélas non ! elle n'en sera que plus acerbe et plus méchante, car j'ai toujours ouï dire que les coups ne fout point passer les lolles idées; bieu au contraire , qui châtie et reprend cœur amoureux ne fait 4 Mot à mot: ail fait le bal de la pavianne (\h) où elle court 1o pluà», ce qui semble faire allasion (i une danse qui se serait a p- pelé3 la pagesoj la paysanne. 2 Traduction incertaine, le passage semble corrompu ; voy. la note sur le v. 1256. 3 On a remarqué que le biillement est fréquent chez les gens pré- occupés et inquiets ; voy. dans le ThécUre de Clara Gazul une note sur V Occasion. 4 On sait que les méridionaux dialoguent volontiers avec eux- mêmes. 5 Si fas , je mets k dessein fais, et non faily comme on écrit ordinairement pour avoir perdu le sens exact de la locution. — 298 - (praugmcnler son ardeur, et forleresse ni tourne sauraient Tem- ))ceher d'arriver tôt ou tard à son but. Chacun en fait à sa $;uise ; quant à moi, voici mon plan : je la mettrai à l'abri du froid et du soleil, aussi bien que de la faim. Malédiction sur moi, puisque ji Taime tant, si je ne sais la garder d'au- trui ! De garde, je n'en veux point d'autre que moi-même ; je ne saurais trouver plus fidèle, même au ciel. Qu'ai-jc de mieux à faire ? Le boire et le manger me sont assurés, et je me sens tout las de chevaucher. Je veux me reposer pour devenir gras; car, lorsqu'on vieillit il faut prendre du repos. Toutefois je reposerais mieux encore avec ce souc» de moins, car vieil homme qui a fillette en sa garde ne dort que d'un œiK Enfin, je l.i garderai, si je puis ; j'unirai riiabileté à la force, eu cela consistera toute mon étude. Ln tour est haute, fô mur fort; je la tiendrai enfermée là dedans avec une demoiselle de compagnie, ou deux, afin qu'elle ne soit pas seule; et que je sois pendu par la gorge si 'rlle sort sans moi, même pour aller à l'église! et encore n'ira-t-elle que les jours de grande fête f » Il n'y tient plus, et s'en va droit à la 'tour, nionaut avec lui un maçon par qui il fit pra- tiquer un pertuis semblable à ceux qu'on fait pour les reclus. Cette ouverture répondait à la cuisine. Il n'eut pas de cesse qu'il n'eut accompH son projet. ( V. 1327). La jalousie dont il était frappé lui faisait perdre la tcte, et toujours allait croissant. Il ne se lavait ni ne se rasait ; sa barbe avait l'air d'une gerbe d'avoine mal faite ; il l'ar- rachait par places et en mettait les poils dans sa bouche. Lorsque ses accès le prenaient , il était comme un chien en- ragé. Les jaloux ne sont guëres sains d'esprit; quant à lui, tous !es écrivains de Metz ^ ne viendraient pas à bout dénoter 4. J'ignore si Melz arrive simplement ici (v. 4341) pour le besoin de la rime; toujours esl-il qu'à f époque c:iîlovingieiine il y avait *à lletz une école de .scribes tiés renommée. — 299 — SCS paroles ai les mines qu'il faisiit ; en vérité, Jalousie elle- Tnéme n'était pas de sa force en Fart d*ètre jaloux. Aussi, je laisse aux jaloux le soin deseflgurer ce que je ne dis pas. (V. 1348).... La douce enfant ne savait que faire; trop souvent il lui fallait souffrir les bourrades et les menaces du jaloux; sa vie •valait moins que la mort. Sijes journées étaient mauvaises, pires étaient les nuits : elle n'y trouvait qu'ennui, ttien ne venait alléger son affliclion. Elle avait deux gentilles pucelles, mais leur tristesse égalait la sienne, car elles aussi étaient prisonnières. Courtoises et intelligentes, elles faisaient de leur mieux pour réconforter Flamenca, et, ne songeant qu'à l'ai- mcr4 elles en oublaient leur peine. Le jaloux allait et venait, ayant toujours les clés à la main. Il ne restait guère en place, mais sans cesse regardait , épiait , scrutait les abords de sa tour.(V. 1370). Les deux pucelles servaient à table, car à la fenêtre de la tour , comme dans un réfectoire , Archambaut avait fait disposer d'avance ce qu'il fallait pour le repas. Après diner il sortait comme pour se promener ; mais n'allez pas croire qu'il s'é!oig!iat trop ! il entrait dans la cuisine, et de là suivait tous les mouvements de sa femme. Souvent il la voyait couper elle-même de la viande et du pain, et en donner gra- cieuscmonl à ses pucelles, ainsi que de l'eau et du vin. Il avait bien été convenu que le cuisinier ne soufflerait mot de l'e.^pion- uage d'Arcliu.nhaut, mais voilà qu'un jour, pendant que les jeunes filles dînaient., le vin manqua. Sans se douter qu'on les guettât , l'une d'elles se leva pour en prendre à la fenêtre , et aperçut dans la cuisine Archambaut qui, à sa vue , s'éloigna ; elle le raconta à sa maîtresse. L'une de C3S jeunes filles s'ap- pelait Alis , c'était la meilleure personne du monde ; l'autre , iviar^uerife , (tait de tout point accomplie. Chacune faisait de ^on mieux pour honorer Flamenca et lui complaire. (V. liOC) .'.. - 300 - Comme elle n'avail pas d'enfaut. Dieu permit par une grâce insigne, qu'elle n'aimai point, car aimant et n'ayant rieu pour nourrir son amour elle eut bien plus souffert. Jamais elle n'eût aimé si Amour ne s'était plu à lui enseigner ses jeux , quand il connut que le moment était opportun. Mais long- temps elle vécut affligée , ne passant jamais la porte , sinon les jours de fête et les dimanches ; et il n'était cavalier ni clerc qui pût lui parler , car , à l'église , Archambaut la for- çait de se tenir dans un angle obscur : des deux côtés était la muraille , et par devant il avait fait placer une épaisse cloison qui venait à la hauteur du menton. Ce réduit pouvait recevoir Flamenea, ses suivantes et le jaloux encore, s'il eût voulu, mais il aimait mieux rester dehors, à part lui, comme un ours; il avait bien l'air d'un sournois. (V. 1439.) A l'évangile, pourvu que le temps fût clair et qu'on se trou- vât prés, on pouvait voir la dame, en regardant bien. Elle n'allait point à l'offrande, mais Archambaut lui faisait venir le prêtre; n'allez pas croire qu'elle lui baisât la main, si- non qu'il l'eût bien couverte; et ce n'était pas elle qui donnait, mais son gardien Archambaut; il ne lui permettait pas de se découvrir le visage ni d'ôter ses gants. Aussi le prêtre ne la voyait-il jamais, pas plus à Pâques qu'aux Rogations. C'était uu petit clerc qui lui donnait la paix, et celui-Iâ au- rait bien pu la voir s'il avait su s'y prendre. Après Yite niissa est^ Archambaut s'en allait , sans attendre midi ni heure de nonc '. < Venez-vous eu, venez donc, criait-il aux I L'office de sexte ni celui de nonne; voy. Du Gange, Meridies. Le passage suivant d'un miracle écrit au temps de Charles VI nous apprend en quoi consistait la prière de midi, dont il est encore ques- tion aux v. 2627 et 5n« : Suer Marie. Rladame, 8*il vous plaist, sachies Voustre portehons si dirons — 301 ~ jeunes Glles, je vais de ce pas me mettre à table, ne me faites pas attendre, je vous prie; > il ne leur laissait pas le temps de dire leurs oraisons. Ainsi se passèrent deux années, pendant lesquelles les pauvres prisonnières voyaient chaque jour leur peine doubler, tandis qu'Archambaut pestait et gémissait matin et soir. (V. 1470.) A Bourbon il y avait des bains richement installés où tous, gens du pays ou étrangers pouvaient se bien traiter. Un écriteau placé dans chaque bain en indiquait les propriétés, et il n'y venait boiteux ni éclopé qui ne s'en retournât guéri , pourvu qu'il y restât le tamps nécessaire. On pouvait se Alid\% il en est bien saisons, Je vous créant. L'Abbeesse. Ja ne m'en verrez recréant; Vez le cy ; or ça commençons; Mais je lo que nous la disons Tout bassement. Suer Ysabel. C'est bien dit, dame, vraiement; De ma part je le vous ottri. Commancez, dame, sanz detri, Quant vous plaira. L'Abbsesse. Or versilliez-vous, .ij. de \^ Ensemble ou nom de Damedé : Deu in adjxUorion meum intendoj Domine ad adjuvendwn me feslina . Gloria Patri et FiliOy Sicul erai in prindpio. Amen. Benedicamus Domino. Les Seurs. Deo graciai. l De Noslre Dame, conmenl elle délivra une abbesse qui esloil grosse de son clerc. { Bibl. Imp., fonds français 819, fol. 43. ) — 302 - baigner qu3iul on voulait, et Ton navait à rciluiiler aucun empêchement, du moment qu'on avait fait marché avec le propriétaire des bains. Dans chacun d*eux il y avait une source d*eau bouillante, et à côté surgissait uûe eau froide qui rafraîchissait la chaude. On trouve là des bains d*un effet certain contre toutes les maladies, chacun bien cou- vert et clos de murs comme une maison; des chambres sont préparées en lieu tranquille où l'on peut se reposer et se rafraîchir à son aise, f V. 1492. ) Parmi ces établissements de bains, il en était un, le plus beau et le plus riche de tous, dont le propriétaire, Pierre Gui, était lié d*amitit^ avec le seigneur Archambaut. Ce dernier y venait souvent et y menait sa femme quand il voulait bien la distraire un peu ou lui' témoigner quelque ailection, mais cette amitié, de nature farouche, ne durait pas longtemps, car avant de sortir des bains, avant qu'elle se fût déchaussée et déshabillée, il scrutait les coins et les recoins, puis s'en allait comme un malin qu'on jette à fa porte tout grognant et qui va cherchant un os à ronger. Il fermait la porte avec une forte clé, et restait dehors. Quand Flamenca voulait s'en aller, elle faisait sonner par ses Glles une clochette; aussitôt' Archambaut courait ouvrir l'huis, et ne pouvait s'empêcher de dire avec un air bourru : « Eh bien ! est-ce pour cette année? Je comptais vous donner d'un vin excellent que m'a envoyé monsieur Pierre Gui, mais la contrariété m'a fait changer d'avis, je l'ai porté à la maison. Voyez un peu le temps que vous avez demeuré ! nous devrions déjà avoir diné : d'un an vous ne retournerez au bain , si la prochaine fois vrus y restez aussi longtemps.» Puis il regarde du côté des bains pour voir si personne ne sort« car il avait l)esom de se convaincre par ses yeux qu'il n'y avait point un homme dans quelque coin. < Seigneur, lui dit Marguerite, madame seroit bien sortie , mais elle est restée à cause de nous qui la servions pendant qu'elle était dans le bain , et qui - 303 - y soin:nes eulrécs après elle; voilà ce qui nous a relardées*, et c'e>t nous qui sommes coupables. ^ Cest bou, dit-il , en se mordant les pouces, grandes et petites vous aimez Teau plus que ne font les oies ; de votre part cela ne m'étonne pas. > Alis regarda son maître en clignant de Tœil : « Et vous donc , seigneur, vous vous baignez plus souvent que nous, et y restez plus longtemps ! > Puis elle rit, sachant bien que c'est men- songe , car depuis son mariage il ne s'était pas baigné ; l'idée ne lui en était même pas venue. Il croyait avoir assez fait quand il s'était mis dans le bain d'où sortait sa femme. Pour rien qu'on put' lui dire, il ne se fût rasé les moustaches; aussi avait-il l'air d'un griffon ou d'un prisonnier esclavon. t Ma- dame me redoutera davantage , se disait-il , si elle me voit barbu et moustachu; elle y regardera à deux fois avant de faire un amant. » ( V. 1568 }. Au temps qu'Archambaut était jaloux, sauvage, farouche, vivait en Bourgogne un chevalier que la nature s'était complu ù former et à instruire. Elle y réussit, et sa peine et ses leçons ne furent pqint perdues , car jamais on ne vit si belle personne ni si portée au bien. 11 était si sage, si beau, si preux, qu'Ab- salon et Salomon, les deux réunis en un, n'eussent rien été au prix de lui. Paris, Hector, Ulysse, combinés en un seul personnage, ne le valaient pas pour le sens, le mérite, la beauté. Il était plus beau qu'on ne saurait le dire, j'es- saierai cependant de le dépeindre. II avait les cheveux blonds frisés et oAdoyants, le front blanc, haut, uni et large, les sourcils noirs et arqués, larges et bien fournis; ses jeux étaient grands, le nez long et droit, bien en ligne et formé comme la tige d'une arbalète S le visage plein et coloré; 4 Celte comparaison d'un nez bienfait avec le bois d'une nrbalôle* rjppelle les vers de Pierre Vidal : E Tolb el cil negr'espos El nas qu'es en loc d'abrier, - 304 - rose de mai, le jour qu'elle s'épanouil, a moins d'éclal que son visage où les teintes colorées se marient au blanc. Il avait les oreiMes belles, grandes et fermes, la bouche jolie, fine, et amoureuse en tout ce qu'elle disait, les dents plus blanches que n'est l'ivoire, |p menton bien formé et un peu fendu, le col droit, grand et gras et sans aucune saillie. Il était large des épaules et les avait aussi fortes qu'Allas; ses muscles étaient puissants, son braon ^ charnu, ses bras d'une gros- seur raisonnable. Il avait les mains grandes, fortes et dures, les doigts longs, les jointures unies, la poitrine large, les flancs dégagés, les baiiChes grosses et carrées, les cuisses arrondies et larges en dedans, les genoux unis, les jambes longues, droites, bien unies, les pieds cambrés et nerveux ; personne ne pouvait l'atteindre à la course. (V. 1628). Tel que je vous l'ai dépeint, il fut élevé à Paris, en France; là il apprit tant des sept arts qu'en tout pays il eût bien pu tenir école, lire ou chanter, si bon lui avait semblé. Il savait l'anglais mieux que pas un. Son maitre, Dominique, lui en- seigna si bien l'escrime, qu'on avait beau se couvrir, il trou- vait toujours un point découvert. Jamais on ne vit si bel hom- me, si sage, si franc, ni d'aussi bonne graine ' il avait sept pieds de haut, et du pied il atteignait fort au dessus de sa tête quand on lui mettait sur un mur une chandelle ou' quel- qu'autre objet. (V. 1646 ). Veus Tare de qu'aitals colps fier. {"Tant an ben diy, B.irtsch, Peire VidaVs lieder^ n» 42 : cf. Ray- r.ouard, Ijbx. rom. If, 412). 4 J'emploie à dessein le mot qui en langaed'oil correspdndau prov Brazon; voy. Raynouard, Lex. ronif i\, 247. 2 C*6st de môme qa'Amanieu 4e Sescas a dit : No ère que nulh hom que viva. Vis anc dona de tan bel gran, (A vos quieu am, dans Raynouard, Lcjt. rom. III, i9o|. ^ 305 - Lorsqu'il fui armé chevalier, il u avait encore que dix- sept ans el un jour. Le duc son oncle l'adouba el lui donna 1700 livres, le roi 1000, le comte de Blois 1000, son frère 1300, Tempereur 1000 marcs. Le roi d'Angleterre, qui éUiil son cousin , lui donna 1000 livres slerlings. Tout cela était cons- titué en rentes, et ne pouvait se perdre en aucune manière. H était frère du comte Raoul de Ncvcrs, et on peut bien dire qu'il n'était pas seul quaud il se trouvait en sa com- pagnie. Il mit tous ses soins^et employa toute sa fortune ù fréquenter les cours. Les dons qu'il faisait n'étaient point une vente déguisée; en effet, une promesse qui n'est pas prompte- raent réalisée ne laisse à l'esprit qu'un sentiment pénible; el faire attendre trop longlemps un don , c'est ne savoir pas don- ner, c'est plutôt vendre; si au contraire le don suit de près la promesse , il acquiert une valeur double. Le plaisir de recevoir fait oublier l'ennui qu'on éprouve à demander. * Aussi, ce que donnait Guillaume avait-il une saveur excellente, car il aimait à donner avant qu'on l'en priât. Il offrait avec grâce, et de tout ce qu'il faisait on lui savait gré. Comtes et rois , marquis et ducs étaient enchantés de lui , et vous eussiez tenu pour bien mal doué quiconque ne l'eût point aimé sur le simple récit de ses perfeclions. A son égard il n'y avait point d'exagération possible, car les paroles restaient toujours au dessous de la vérité. En un an on n'aurait point écrit ce qu'il faisait en un jour. Heureuses les dames qui le voyaient et paraient d'amour avec lui ! (V. 1692). C'était un cavalier accompli; il menait aux tournois une ^ L'auteur semble s'ôtre ici inspiré du traité de Beneficiis de Scnè- qiie; voy. les premiers chapitres du second livre. Les mômes idées, puisées à la môme soarce, se retrouvent dans Bninet Latin, éd. Cha- bailte, p. 410. On peut encore & citera ce propos un ancien proverbe ; « Petit disné longuement attendu « N'est pas donné, mais chîeremenl vendu.» ( Le Roux d»,' Linry, Le livre dex prov. franc-, 11. 370. ) - 306 - suite brillaiilo , prenail les chevaliers, gagnait Ic5 cirevaux K Tout sou profit passait en dêpeoses et en dons. Lorsqu'il se mettait à jouter , personne ne pouvait soutenir son assaut ; il enlevait un homme de la selle, et s'en allait l'emportant avec lu:. Il ne>se servait ni de masse ni de bâton, car du premier coup il eût assommé son adversaire , tant il avait le bras puis- sant et fort ! Il était grand amateur de tournois, de dames , de jeti , de chiens , d'oiseaux , de chevaux , de plaisirs enfin et de tout ce qui plaît à un prudhomme. P^n'euu a la perfection , il ne pouvait devenir meilleur. Son nom était Guillaume, le sur- nom «de Nevcrs». Pour les chansons, les lais, les descorts, les vers ^ , les sirventcs et autres chants, il en savait plus (pi'aucun jongleur. Au prix de lui, Daniel même, qui était bien savant, eût été un ignorant ^. Ses hôtes se louaient tous de lui ; ils avaient beau exagérer leurs prix et le tromper, au momviut du départ il Jeur donnait toujours plus qu'ils ne de- mandaient. Aussi, lorsqu'on le voyait venir, s'empressait-on de parer et de garnir son hôtel. Pour bien des gens sa pré- sence était une source de profits. Bon ou mauvais, jamais un jongleur ne fut triste en s;j compagnie ; il les mettait à l'abri de la faim et du froid; aussi tous l'aimaient-ils, et avec raison, car il les fournissait d'habits et de chevaux. Il eût été royal dans ses libéralités s'il avait pu, mais, pour être juste, ou devrait lui en savoir autant de gré : il fait selon ses moycis, et souvent au delà ; car je sais bien que cent fois par au il lui arrive de dépenser en un jour toute sa rente d'une année. Je ne veux pas me mettre à vanter ses mérites , mais , sauf qu'il devrait aimer davantage Bernardet, qui cependant ne se plaint pas, 1 Voyez la note sur le vers 4696. % On sait qa*en langue d'oc, comme en langue d'oii, vers signifie toute une pièce dé poésie. 3 C3tte allusion peut s<) rapporter au célèbre Arnaut Daniel qui, n^ îçjQtilliomme, se fît jongleur, ot mériti phu qu'iucin iiilrc trou- hulour (Ivtrc ron):inn(^ pour s.i science - 307 — je pourrais l)ici> dire qu*à foire son éloge je ne risque pas de mal employer mes louanges * . (V. 1744.) Guillaume de Nevers aimait Dieu et son prochain, les clercs ( t les lais. 11 ne promettait pas seulement à ses compagnons du pain et de Teau, comme on fait ù Thôpital, il les graliGait de bcMUX vêtements, de chevaux. richement harnachés il les mettait à même de vivre largement, de donner, de jouer à leur aise. Voulaient-ils prendre deux ou trois mois de bon temps? i!s n'avaient point à se soucier de la dépense, Thôte n'en parlait seulement pas, sûr d'être payé dés qu'un tournois ou une guerre ramènerait dans le pays Guillaume le courtois, celui en qui se réunissaient tant de qualités excellentes que mille chevaliers en auraient eu assez pour mériter le renom de pru- dhommes. Il avait l'esprit si franc, si noble, si subtil, que les plus grandes difficultés n'étaient pour lui qu'un jeu. (V. 1777). Il ne s'était point encore mêlé d'amour ; toutefois, s'il n'en pouvait parler par expérience, au mr>ms savait-il ce qu'on doit entendre par là, car il avait lu tons les auteurs qui traitent de l'amour et enseignent comment se doivent comporter les amoureux. 11 comprit bientôt qu'il ne pouvait, sans aimer, mener la vie qui convient à Jeunes'^e. Dés lors il songe à engager sou cœur dans un amour qui lui procure satisfaction et honneur. Il entend dire comment Flamenca était tenue pri- sonnière par celui qui espérait ainsi la dérober à tous; il ap- prend qu'elle était la meilleure, la plus belle et la plus cour- 1 Cotte phrase (v. 4741-4) àéjk assez obscure par elle-môme, le di^vient encore davantige à cause de l*aUusion qu'elle renferme. L'au- teur, parlant de Guillaume comme d*un contemporain, semble lui re- procher de n'ai mer pas assez Bernardet, a qui pourtant ne se plaint pas.o Qui est ce B<*rnardet? serait-ce l'auteur lui-même? On peut à P'ine le conjtîclurep. En tout cas, un nom aussi répandu ne peut sugg^n^r aucun rapprochement , et rien n'autorise à identifier B irn irdet avec quelqu'un des Bernirds qui figurent dans la table de* t-oubidours dressi^i^ pir M. Diozdmsses Ijabenund Werlie der Troubabours, p. i>î'7. - 308 - toise du monde. 11 se prit à penser qu'il Taimcrait s*il était possible de lui parler. Sur ces entrefaites, Amour s'approche de lui, se faisant enjoué et gracieux, lui promettant une heu- reuse fortune. Amour le prêche, le sermonne, lui remontre qu'il est plus fin, plus ingénieux que personne. « Tu connais les présages et les sorts, mais encore, ne sais-tu pas le. bon- heur que je t'ai réservé, que Ton garde pour toi. Un fou ja- loux tient renfermée la plus belle dame du monde, et la plus digne d'être aimée. Toi seul la(îois délivrer, car tu es chevalier et clerc * ; aussi convient-il que tu cherches * (V. 1808) C^tte nuit il coucha a quinze lieues de Bourbon. Amour ne lui laisse paix ni trêve, et lui livre assaut do toutes parts. Veillant ou dormant, Guillaume le sentait à son oreille, et croyait Tenlendre dire : t Lève-toi, c'est trop tarder. » Pour l'attaquer de la sorte, il fallait bien qu'il l'eût trouvé seul, car dans un tournoi, au milieu des coups donnés et reçus, Guil- laume eût peu songé à l'amour, je vous assure. J'ai oui dire eu effet, et c'est la vérité, que trop de bien-èlre et de loisir amènent a leur suite l'amour. Egisthe en est la preuve, lui qui savait aimer, si on en croit les poètes ^. Chassez le repos et vous chasserez l'amour ^ ; bien fou (|ui voulant se reposer et prendre du bon temps, s'imagine lui échapper! Voulez-vous le faire mourir, ou au moins le tenir captif? Sachez vous priveç 4 C'est-à-dire instruit, savant. î Notre unique manuscrit pré^ienle à cet endroit une lacune d'un feuillet; nous y perdons la suite des conseils donnés par l*Amour à Guillaume de Nevers, mai§ nous pouvons les deviner, car nous allons voir ce dernier les mettre à profit. 3 Qnseritur iËgisthus quare sit factus adulter? In promptu causa est : desidiosus erat. (OviD. Remed. am. 161-2.) ^ 4 Otia si tollas periere Cupidinis arcus. • Contemptrn|uc jacent et sine lu^c facos. [nmed. am. 4 30-iO.) — 309 - de repos ; c'est un proverbe : « Qui prend irop ses aises succombe bientôt à Tamour. » (V. 1839.) Guillaume est tout eu souci; Amour le ropait de belles chi- mères ^ , lui faisant aimer ce qu*il n'a jamais vu. Il voudrait avoir un bon devin qui lut Ht connaître son sort, puis se ra- visimt il se dit que mieux vaut aller à Taveuture, car espé- rance assurée n'a pas la saveur de celle où la crainte vient se mêler. (V. 1849.) Le matin, au lever de l'aurore, Guillaume se leva sans qu'on- eût besoin de l'éveiller, et le jour ne le trouva pas au lit. Ses damoiseaux étaient debout, ils avaient sellé et chargé les chevaux et il ne leur restait plus qu'à se laver. Guillaume alla prier au moutier, et souvent il dirait : < Beau sire Dieu, veuillez mon bien, défendez-moi de mal et d'affliction, et me donnez bon logis en ce jour. > Il rentra à l'hôtel pour prendre congé, et trouva ses damoiseaux dînant avec du vin, du rôti et du pain tendre ; et comme l'hôte le priait de prendre au moins un morceau avant de partir. « Hôte, répondit-il, je ne veux pas diner, car j'y perdrais trop de temps, mais ces da- moiseaux sont jeunes et doivent manger de bonne heure; il n'y a vergogne ni honte. > Sur ce, jil salua, se mit en selle et partit le premier. L'hôle aida les écuyers jusqu'à ce qu'ils fussent montés; ils rejoignirent leur maitrc au galop. Sortis les premiers de la ville, ils ne trouvèrent personne à qui de- mander leur .chemin, mais ils connaissaient bien la route pour y être passés autrefois. Guillaume allait tout pensif, et per- sonne ne disait mot. Il était heure de none lorsqu'ils arrivèrent à Bourbon ; aussitôt Guillaume se mit en quête du meilleur hôtel et de l'hôte le plus honnête et le plus loyal. On lui indi- qua Pierre Gui. Le prudhomme était assis à sa porte, sur un perron; à la vue de Guillaume il se leva, le saluant gracieuse- ment : t Seigneur, je me propose de loger chez vous, s'il vous \ Mot h mol : «Do beau néanl.» — 310 — plaît, cur on m*a dit qu'en celte ville on ne saurait trouver chevalier, bourgeois ni serviteur qui vous valût. -- Seigneur, on dit ce qu on veut, mais toutefois croyez bien que de ma part vous n'aurez à redouter aucun ennui , dûssiez-vous de- meurer ici dix ans. Voici les logis, qui sont entièrement ù votre disposition; nous avons des chambres et des écuries pour cent hommes à cheval, — Seigneur, je vous rends grâces, » répond Guillaume, et il entre. (V. 1912 ). Son hôtesse, madame Bellepile , ne ressemblait point i\ Baimberge ^ ; cetait une dame de bonne mine, intelligente et avenante, elle parlait égalemeiit bien bourguignon, français, allemand et breton. Lorsqu'elle vit Guillaume aussi gracieux, aussi beau, aussi accompli, elle pensa bien qu'il était riche honmie ^ , et s'empressa de demander son nom ; < Dame, ré- pondit l'un des damoiseaux, il se nomme Guillaume le preux. — Seigneur, soyez le bienvenu, vous avez grandi bien rapi- dement, car jamais on ne vit un homme si jeune avoir une aussi belle taille. Bénie soit la mère qui vous porta et vous nourrit de son lait' ! Si vous n'avez pas encore diué, vous allez ])Ouvoir le faire, car tout est prêt. Voici que votre hôte re- 4 Fort heureusement, car voici le portrait que trac3 dedioie Raim- berge l'auteur à'Àudigier : Moult fil diine Uiiinberge saige et voiseuse : Onques de bien chier ne fu oiseuse. Turgibus la reg irde qui la goulouse. Qu'il n'.ivoit el païs si bêle touàe. Por ce qu'el erl un poi bjrgne el ligneuse, Et por ce qu'il la vit si aiuoreuse, En la bouche la baise qu'el'ot b.iveuse. \Atidi(jier, Bibl. Imp. S. G. F. 4239, fol. 66; Barbizan et Méon, FaùHuuXy 4808, IV, 2^9). 2 Voy. la note 4 de la p. 260. 3 Et chacun lor dira : a Bien ait qui ce vallet norri et alkta! [ Lan d'amours, Bibl. luip., Fr. 4C65 [olim 76lo] fol. 179 ). - 311 - • \icnt, cest lui que nous altcndious. II y aura assez pour vous «l pour nouSy eussiez-vous même plus de compagnons que ^ous n*en avez. Il est d'usage que tout prudhomme .|ui des- cend ici demeure avec nous au moins le premier jour, et le reste du temps s'il lui plait. — Je m'y conformerai, repond Guillaume, puisqu'il vous plaît aiusi. — Seigneur, je vous en remercie, donc lavez-vous. > Les damoiseaux avaient mis les chevaux à Técurie et serré les harnais. Bien logés, hien nourris, ils ont un hôle.avec qui ils peuvent se plaire. (V. 19&9.) El maintenant, pensons à l'amour! le cœur de Guillaume est pris. Où est-il ce cœur? De longtemps elle ne le saura, la prisonnière, et c'est elle pourtant qui tient en prison le cœur de celui qui se sent tout aise d'apercevoir de sa place, ù table, la tour où est l'objet de son amour ! Après manger, Guillaume se lava, puis visita les bains et les chambres. < Celle-ci sera la vôtre, disait l'hôte qui l'accom- pagnait, ou cette autre, si vous la préférez. > Guillaume ne désirait qu'une chose : c'était d'être logé de façon a voir de ses fenêtres la tour où vivait Flamenca. Lorsqu'il eut trouvé son affaire : t Cette chaiiibre me plait, dit-il, parce qu'elle est plus grande et plus agréable. — A la bonne heure ! répondit l'hôte; là vous serez bien tranquille et maître de toutes vos actions. Le comte Raoul y loge aussi souvent qu'il vient à Bourbon, mais il y a longtemps qu'il rie s'est montré, car Monseigneur est bien changé, lui qui était un cavalier si accompli ! Depuis qu'il a pris femme, jamais on ne l'a vu lac«r le heaume et vêtir le haubert; il se soucie du monde comme de rien. Je ne doute pas que vous ne l'ayez entendu dire. — Hôte, j'en ai ouï parler, mais j'ai d'autres soucis, car je souffre d'un mal aigu, et si le traitement ne me remet pas, je ne sais ce qui me restera ù faire. — Seigneur, vous aurez tout ce qui vous plaira, et Dieu veuille vous accorder joie et santé I Tenez-vous pour assuré qu'on ne vient pas à nos bains, si malade qu'on puisse être, sans revenir guéri, pourvu qu'on s'y baigne le temps nécessaire. » (V. 20()I.) - 3ii - s, La chainhrc était belle, propre et bien garnie. II n'y mau- (|uail lit ni foyer ni rit'u que Ton piit souhaiter. Guillaume y lit porter et serrer sou h igagc. Lorsque l'hôte, en homme bien appris, se fut relire, i| engagea ses damoiseaux à se garder de toute vilenuie , leur recommandant expressément de ne donner aucun renseignement sur son compte, mais de dire simplement qu'il était de Besançon. < Qu'ils fassent en sorte qu'on n'ait pas besoin de leur rappeler leur devoir; ils vi- vront largement et devront se servir mutuellement; que cha-' cun soit à la fois maitre et serviteur, et [)orte*honneur a son compagnon. Ils mangeront désormais avec l'hôte et ne devront point avoir égard à la dépense, que seulement ils aient une nourriture abondante et. qu'elle soit bonne. Que chacun soit courtois et serve de son mieux, car ainsi on se fait des amis et on se préparc des récompenses. — Sire, font- ils, vous serez obéi. » (V. 2031.) Ce fut le samedi après Pâques, au temps où le rossignol accuse par ses chants ceux qui n'ont soin d'aimer. Un loriot par aventure chantait dans le bois, prés de Guillaume qui ne pouvait fermer l'œiL bien qu'il fût dans un lit douillet, large et bi<^n blanc. Si naguère il s'était cru franc ^ , maintenant il se regarde comme serf. « Amour 1 s'écrie-t-il, qu'adviendra-t-il de moi? que ferez-vous de ce chevalier? L'autre jour vous me promites de me conseiller loyalement. Il serait bon de ne pas trop tarder. J'ai suivi de point en point vos ordres : j'ai quitté mes gens et suis venu en ce pays comme un pèlerin étranger, • inconnu à tous. Sans cesse je soupire, je souiïre, le cœur serré par le désir. Oui, snns doute, maintenant je fais le ma- lade, mais bientôt je n'aurai plus l)esoin de feindre, si le mal que je souffre doit m'étreindre longtemps encore. Et vraiment ce n'est pas un mal, c'est un sentiment dans lequel je me com- plais plus qu'en aucun autre; mais il y a un proverbe qui dit : i C. à d. homme libre, - 313 - « Prends révéncmcnt eu bien, et tu seras heureux; prends-le en mal et tu seras malheureux ^ » Je me plains en vain, car vous ne daignez même pas m'entendre ; vous devriez bien me dire un mot, au moins^ pour me donner courage. Mais c'est vous qui avez raison; moi, j'ai tort de me laisser abattre aussi (ôt.... Un amant doit avoir un cœur de fer. Et rien que par le nom je prouverai qu'un véritable amant doit ctre plus ferme que l'aimant. Aimant est compose, amant est simple, eC partai^ offre plus de résistance. Amour est pour ainsi dire ui: élément simple, pur, brillant ; de deux cœurs il fait un, se mettant également en chacun : au dedans il est un, au dehors il est double; mais s'il ne se partage pas également entre eux, il n'y pourra demeurer longtemps. En effet, cduijdes deux où il sera en moindre quantité admettra un élément contraire, . car un cœur a besoin d'être rempli; or, comme l'amour ne peut souffrir le partage, force lui est de se retirer. C'est donc avec raison4|ue j'appelle l'amour simple et pur, puisqu'il n'ad- met aucun mélange. L'aimant, au contraire, a beau être dur, il n'est point aussi simple : d^aimant ôtez i vous aurez amant; de plus, en latin, le premier cas (le nominatiQ est adamas, composé de ad et d'aman, mais la langue vulgaire a écrasé le second a au point d'en faire un i. Eb bien! autant a l'emporte sur I, autant certains que je connais valent mieux que tels au- 4res qui se moquent de l'amour, auquel ils n'entendent rien. Je n'en veux pas dire davantage, comparer les uns et les autres, ce serait mettre une chouette ou un hibou en parallèle avec un cygne. A bon entendeur salut! Et sur ee, je >'ais me lever, car il fait jour^ et rester couché ne me repose pas. Alors il se lève, se signe et prie saint Biaise, saint Martin, saint Geoi^es, saint Génies et cinq ou six autres saints qui furent chevaliers courtois, de lui obtenir la merci de Dieu. Avant de '\ Cette traduction est très incertaine; le mot à mot serait : aSouf' ire le bien, il te vient; souffre le mal, il fait de même.» 22 — 314 - se vêtir, il ouvrit In fenêtre et vit la. tour où était renfermée celle pour qui il soupirait. < Dame tour, lui dit-il, vous êtes belle par dehors; au dedans vous êtes purs et claire. PInt à Dieu que je fusse dans vos murs, de façon à n'être point aperçu d'Archambaut, ni de Marguerite, ni d'Alis! > (V. 3141.) A ces mots, les bras lui tombent, ses pieds ne le soutien- nent plus; il pâlit et s'évanouit. Un de ses damoiseaux le voyant s'affaisser, le saisit entre ses bras, le presse contre soi et le porte au lit; jamais on ne fut en si peu de temps serré d'aussi prés par l'amour. Le damoiseau a grand peur, car il ne sent plus battre le pouls de Guillaume. C'est qu'Amour transportait son esprit dans la tour où reposait Flamenca, qui ne soupçonnait guère qu'on fût épris d'elle. Guillaume la tient entre ses bras, il la prie, la caresse si doucement qu'elle ne pouvait s'en apercevoir. Si elle avait pu savoir qui la tenait si tendrement en songe, et si le jaloux était tombé pour toujours en pâmoison, qui pourrait dire le plaisir , le bien-être que Guillaume eût goûtés? Si cette jouissance tout immatérielle pouvait être partagée, je crois qu'elle aurait bien son charme « car le désir, les espoirs décevants, les illusions * procurent une ombre de plaisir. (Y. 2176.) L'esprit de Guillaume ayant accompli la volonté d'Amour, revint au corps, et celui-ci aussitôt s'éclaira ; les yeux étaient encore fermés que le front et le visage étaient riants, c'était l'aurore ; et quand ils furent ouverts, ce fut le soleil dans tout son éclat. Guillaume est beau, son teint est animé et on voit bien qu'il sort d'un lieu pour lui plein de charme, car il en est revenu plus allègre et plus beau que devant. Le damoiseau a tant pleuré que ses larmes ont mouillé le visage de son maître. « Seigneur, lui dit-il en s'essuyant les yeux, vous avez dormi 4 Ce que je rends par « illusion » est mot à mot : « Penser te qui ne fut et ne sera en aucun temps, n bien fori, el moi j'ai eu grand chagrin . — Bien ! mon ami, repril Guillaume, lu t*es affligé de mon bonheur. » (V.2I97) * En braies et eu chemise il se mit à la fenêtre, plaçant sous lui un manteau vairc et fourré de gris. La tour était à main droite et rien ne put en détourner sa vue pendant qu'il se chaussait. Il ne portait point de savates, au moins, ni de sou- liers, mais d*élégantes bottines faites à Douai... Souvent il pousse de profonds soupirs, souvent il s écrie : < Quel crime de la tenir ainsi reuferitiée ! Être charmant, doux et courtois, assemblage des plus excellentes qualités', ne me laissez pas mourir sans vous avoir vu ! » Alors il demande sa gonelle, que lui apporte aussitôt le damoiseau, un jeune homme plus sage qu'une abeille, plus actif et plus vif qu'une belette ou une fourmi. Guillaume se lava, laçxi éléganunent ses manches au moyen d'un passe-lacet d'argent ' ; puis il vêtit une cape de soie noire et examina la tournure qu'il avait, étant ainsi enchaperonné, comme c'est l'usiVge lorsqu'on revient du bain. (V. 2231.) • Sur ces entrefaites entra Pierre Gui. «Beau sire , dit-il, je vous donne le bonjour et prie Dieu qu'il vous conserve. Comme vous êtes matinal ! il se passera bien une grande heure avant qu on dise la messe, car on la retarde à cause de Mada- me qui veut y assister. » Guillaume soupira el répondit : « Bel 1 Ici se trouve un proverbi que je dois renoncer à traduire ; le sens du mot principal albadaUca [v. ^199] m'échappe complète- ment. M. Le Roux de Lincy qui Ta relevé dans la a« édition de son livre des Proverbes français^ [i. Il, p. 489), en donne la traduction suivante : « C'est pourquoi l'on dit avec raison que lo deuil d'autrui n'est qn'aubades» o Hais rien ne prouve q\i'albadaUa signifie aubade. 9 C'est une mode qui est constatée au Xll!« siècle par plusieurs textes. Ainsi dans le Roman de la Rose : Bien et bel et estroitement Ot nndeus cousues ses manches. (Ed. Méon, v. .362-3. ) - 346 — hôte, allons toujours u Téglisc pour y prier, puis nous irons nous promener jusqu'à tant que nous entendions sonuer la cloche. — Beau sire, je suis à votre disposition, pour cela comme pour tout ce qui pourra vous plaire. » Guillaume avait dans sa malle une ceinture toute neuve avec une boucle de fabrication française qui pesait largement un marc d'argent; il l'offrit à son hôte, c Seigneur, vous me faites-là un ri- che présent, dit ce dernier en s'inclinant, c'est h moi de penser comment je pourrai vous témoigner ma reconnaissance. Vraiment c'est trop beau ; la boucle qui est si forte , le cuir, vrai cuir d'Irlande ^ , valent en ce pays un trésor. Certes, je l'aime mieux ainsi que si elle était d'or. > Cet hôte était un digne homme« et il ne perdit pas à se marier, car, quoi qu'il arrivât, il pouvait se reposer sur sa femme du soin de son hôtel. (V. 2269.) Ils se rendent tous deux au moutier, mais leurs pensers étaient bien différents : l'un met tout son souci en amour , tandis que Tautre songe au gain et pense à préparer ses bains pour son hôte qui sans doute voudra se baigner le lendemain. Guillaume entra dans l'église, et, s'étant agenouillé devant l'hôtel sahit Clément, il pria dévotement Dieu, Madame sainte Marie, saint Michel et tous les saints de lui venir en aide. H dit deux ou trois pater et une courte oraison que lui avait en- seignée un saint hermite. Cette oraison est composée des soixante-douze noms de Dieu, comme on les dit en hébreu, en latin et en grec. Elle affermit l'homme dans l'amour de Dieu et la pratique du bien ; on est assuré de ne point faire une mauvaise fin si on b porte écrite sur soi *. Après l'avoir 4 Les cuirs d'Irlande sont mentionnés dans un recueil de dictons populaires du XIII« siècle. Voy. Le Roux de Lincy, la livre du Proverbes fronçait, 2« éd. I, 290. 2 Cette oraison existe encore : elle s*est consenrée dans un recueil de prières maintes fois imprimé depuis le XVI« siècle , tant en latin — 317 — dite, Guillaume prit un psautier et Touvrit; il tomba sur un verset qui le remplit de joie, ce fut Dilexi quoniam ? ^ « Dieu sait ce que je veux ! » s'écria-t-il en fermant le livre. Avant de sortir il examina attentivement l'endroit où se plaçait la dame, mais il ne soupçonnait pas que dans l'église on la tint en prison. « Eh! seigneur, lui dit son hôte, vous savez bien vos prières. Nous avons ici un riche autel et de précieuses reliques, mais sans doute vous avez vu cela tout d'abord, ins- truit comme TOUS êtes.— Je puis l'être en effet, mais je ne suis pas autrement glorieux de savoir lire mon psautier, chanter les répons ou dire les leçons. — Seigneur, vous n'en valez que qa*en français, sous le nom du pape Léon III, et tombé enfin dans la bibliothèque du colportage; voy. Ch. Nisard, Histoire des livres populaires, 2« édition» 4864, 1, 454 . Dans ce livret qu'achètent encore les habitants des campagnes, la prière des soixante-douze noms de Dieu est précédée ie la rubrique ci-après : a Voici les noms de Jésus- Christ ; quiconque l«s portera sur soi en voyage , tant sur la terre que sur la mer, sera préservé de toutes sortes de dangers et de périls, qui les dira avec foi et dévotion. » Voici une autre' de ces prières , véritables amulettes auxquelles on attribuait la vertu de préserver ceux qui les portaient de certaines maladies; elle se trouve dans un livre de prières acquis par M. Didot à la vente des manascris de la duchesse de Berry (n» 4 6 du catalogue) : « A lo porte de Galilée gisoit sains Pierres moult travilliés. Nostre Sires vint à lui et li demanda * a Pierres, pourquoi gis te chi?» Et sains Pierres li respondi : a Sire, par maladie de fièvres, n Et Nostre Sires vint à lui et se li dist : ce Lieve sus et s'en vieng avec mi. » Et sains Pierre dist : a Donnes- moi le don que tout chil et chelles qui eeste orison. .ix. jours sur iaus le porteront f ou f com f louin f sonvin soient delivret et garit de toutes fièvres quelles que elles soient. — Et jou le Totrie, dist Nostre Sires. Li crois, li claus et li pas- sion, que jou souffris soient medechine à tous ciauls et celles qui cest brief sur iaus porteront. » Amen. Nostre Sires le velt otriier. f Poten- cia Dei patris^ sapiencia filii Dei f virtas Spiritus Sancti f deffendat fimuîumsuum N.a fsbre quartana, tertiand aulcotidiana et ab omni dolore venlris per virlutem Sincli Spiritus. Et puis Pater Noster, m. fois. » 4 Psalm. 414, 4. " 318 ^ mieux. Si Monseigneur était dans son humeur ordinaire, ii vous ferait bon accueil et vous comblerait d'honneurs, mais la jalousie nous l'a ravi. Nous voyons bien qu'il est jaloux sans motif de l'être, car il a pour femme la créature la plus douce, la plus gracieuse, la plus affable envers tous qu'on puisse trou- ver. Hé bien ! il languit et meurt de jalousie ; ici même il .^^Tobjigg^ se tenir cachée derrière celte cloison. — Il ne sait ce qu'il fait, reprit Guillaume, et peut-être n'y gagnera- t-il rien. Mais que m'importe? qu'il fasse à sa guise! » (Y. 2338.) Ils traversèrent la place et s'en allèrent hors de la ville dans un jardin. Le rossignol y prenait ses ébats, joyeux du beau temps et de la verdure. Guillaume se mit au frais, sous un pommier en fleurs. L'hôte, le voyant tout paie, pensa que la maladie dont il s'était plaint la veille lui enlevait ses couleurs ; il prie Dieu de lui rendre la santé et de combler ses vœux. Cependant Guillaume prête l'oreille au rossignol et n'entend rien des prières de l'hôte. C'est vérité qu'amour aveugle l'homme, lui enlève l'ouïe et la parole, et le fait passer pour fou alors qu'il se croit le plus de sens. (V. 2350.) Guillaume n'entend rien, ne voit rien, ne sent rien; ses yeux sont fixes, ses mains et sa bouche sans mouvement, son cœur est inondé d'une douce joie que lui inspire le chant dn rossignol * . Il est aveugle, sourd, muet, car chacun des sens 1 Le chant du rossignol est un des lieux communs de la poésie du moyen ^e. Dans les descriptions da printemps on n*â garde d'ou- blier : .... le roussignoulet qui dit : aOci, oci.» {Aye d'Avignon, v. Î579.) Sa douce mélodie réconfortait les soupirants désespérés ; «J*ai en- tendu le rossignolet sauvage qui s'ébaudit par amour en son langage et me fait mourir de jalousie; car, celle que je désire ne se laisse point voir et refuse de m'entendre. Et cependant, le doux chant qu*il fait de concert avec sa compagne relève un peu mon courage, et je chante fi mon tour pour réconforter mon cœur, ce que de Tannée je - 319 — s'est rendu auprès du cœur pour partager sa joie. En effet, le cœur est sire et père; si donc il lui arrive un bien ou un mal, aussitôt chacun des sens vient à lui pour connaître sa volonté, et pendant qu'ils sont ainsi réunis à Tintéricur, on reste sans connaissance et comme tout hébété. Et puisque le bien et le mal les amènent de la sorte auprès du cœur, je ne m'étonne point que la joie d'amour, qui est un composé de bien et de mal, les fasse accourir au galop vers leur seigneur qui les appelle. Les sens ont tel usage que lorsque l'un d'eux accomplit sa mission, les autres mettent tout leur soin à l'aider et à le servir, s'unissant ainsi dans ta même pensée. Voilà pourquoi plus on est préoccupé et moins on voit, moins ou sent, moins on entend. Heurtez douce- ment un homme en cet état, il ne sentira pas le choc. C'est ce que chacun voit par sa propre expérience. (V. 2391). ne pensais pouvoir faire. » (Gauceim Faidit, Lo rotsinholel salvatge, Raynouard, Ch&ix, III, 282; Parn.occ. ^02; Mahn, Werke der Trow hadourty II, 85). Des esprits austères allaient môme jusqu'à réprouver le chant du rossignol à l'égal de celui des syrènes : Nos qui coveitons estre de pardurable vie Hoir Devons de le sereyne do tôt lo cham laissier, E cels do rossinol qui meinz fait foloier. (Vie (le saint Thibaut, mise en vers par Guillaume de Oye, dit Be- lious, vicaire de l'église de aTremblins», vers 1277; Bibl. Imp. Sorb. 4682. fol. 88]. L'éloge du rossignol a été fréquemment traité en latin pendant le moyen Age. On en trouvera un en vers élégiaques dans l'antho- logie de Burinann (II, 427 ; cf. le Bulletin de l'académie royale de Bruxelles, t. X, \^^ part., p. 49-50). Un autre, en vers rimes, a été re- cueilli par M. E. du Méril dans ses Poésies populaire» latines arUérieures au xn« siècle, p. 278. Maintenant encore le rossignol lient une grande place dans la poésie populaire, voy. Ampère, Bulletin du comité, I , 265-6; Dam;ise Arbaud, Chanli popuLde la Provence, H, 435, 163, iOl ; Max-Buchon , ^'oels et chants popul. de la Franche- Comté , n»* 4 > :j. 4, G, 11, 30. — 320 — Le rossignol abaisse sa voix et cesse tout à fait de chanter dès qu'il entend sonner les cloches. « Seigneur, dit l'hôte, il est bien temps d'aller à la messe. » Guillaume l'entendit, car il avait cessé de rêver. « A votre volonté , répondit-il , d'au- tant que je veux être à l'église avant que la messe soit com- mencée et qu'il y ait beaucoup de monde. — Nous y*serons de bonne heure, et nous entrerons au chœur, car je sais lire et chanter quelque peu, mais non pas d'une voix 1res claire. — Ah ! bel hôte, soyez béni ! Pourquoi me le céliez-vous ? Pour l'amour de vous je chanterai avec vous, car je m'y entends assez. » (V. 2409.) Ils se rendent tous deux au moutier ; et chemin faisant chacun leur disait : « Dieu vous sauve f > C'est l'usage au temps jpascal de* saluer ainsi les gens. Arrivés dans l'église ils entrent au chœur ; et de là Guillaume pouvait , grâce à un pertuis, voir au dehors sans qu'on y prit garde. Il épiait le moment où Flamenca entrerait, bien persuadé qu'il la reconnaî- trait à première vue; et il l'^ût fait, sans le voile qui couvrait le visage de la dame. Tant qu'elle ne sera prévenue de rien, il ne la verra que voilée, mais si elle savait avoir daûs l'église un tel ami, la présence de l'ennemi ^ ne l'empêcherait pas de trouver quelque occasion de laisser voir son mcnlou,* au moins baisserait^elle son voile ou ferait-elle mine de décou- vrir un peu ses >eux; elle ne craindrait ni ne déilaignerait de faire en entrant un signe avec sa main nue, et de chercher du regard celui qui languit d'amour pour elle. (V. 2439). Le cœur de Guillaume battait bien fort ; à chaque ombre qui vient se projeter sur le portail de l'église il lui semble qu'Archambaut va entrer. On se place dans le moutier ; déjà tout le monde était arrivé, et le troisième coup sonné, lorsque I L'ennemi c'est ici Archambaut, par opposition à (;ai1iaun)e qui est Tami ; notons qu'au moyen Age ennetni osl synonyme de diable. — 321 - entra le farouche personnage ^ , tout hérissé et mal fagoté ; il ne lui manquait que l'épieu pour ressembler à ces épouyautails que les paysans font avec des vêlements dans la montagne pour la chasse au sanglier. Près de lui était la belle Flamenca, s'approchant le moins possible de son mari qui lui répugnait. Elle s'arrêta un instant sur le seuil, et s'inclina avec humilité. C'est. à ce moment que Guillaume la vit pour la première fois, autant du moins que faire se pouvait; il tint les yeux fixés sur elle, s'afDigeant de ne la point voir à son aise. Amour lui dit : «La voici, celle que je m'ingénie à délivrer, et je veux aussi que tu t'y ingénies, mais toutefois ne la regarde pas de façon qu'on puisse le remarquer. Je t'enseignerai bien à tromper le malotru, le fou, le jaloux pour qui il vaudrait mieux n'être pas, et je te vengerai du voile. > Guillaume se détourna, parce qu'à ce moment la dame était entrée dans son réduit, et il s'agenouilla. Le prêtre dit : Asperges me ; Guil- laume reprit au Domine et dit le verset tout entier. Jamais en celte église il n'avait été si bien dit. Le prêtre sortit du chœur, suivi d'un vilain qui lui portait l'eau bénite, et se di* rigea vers Archambaut, la main levée pour lui donner l'eau tout d'al)ord. Le chant resta donc à Guillaume et à son hôte, ce qui ne l'empêchait pas chel, V, 156 c. - 323 — ' aperçut à travers le pertuis, si étroit ()Ourtaut qu'on l'eût rempli avec le petit doigt, sa jolie bouche vermeille. Alors Amour l'invite à reprendre courage : n'était-il pas déjà arrivé à bon port ? car, d'un an il n'eût espéré tant obtenir de sa dame ; et maintenant le spectacle auquel il vient d'assister a satisfait ses yeux et procuré & son cœur une douce pensée. ( V. 2578 .) Quant Nicolas eut fini , Guillaume réfléchit au moyen de se procurer le livre ; il imagina ce prétexte : c Ami , dit-il au clerc, y a-t-il là dedans un comput et un calendrier? je voudrais savoir à quel jour tombe la Pentecôte. — Seigneur, oui certainement , * répond l'enfant en lui passant le livre. Guillaume n'a que faire d'être renseigné sur le quantième de la lune ni sur l'épacte : il tourne les feuillets un à un et les voudrait baiser tous pour un miL l'intéresse , sans que l'hôte , assis près de lui , s'en aperçût.! Il trouva un biais ingénieux. < Il me faut d'abord instruire autrui pour l'être ensuite moi-même. Clerc, où donnez-vous la paix? c'est avec le psautier que vous devez le faire. — Seigneur, c'est bien ainsi que je fais , » et il lui montra l'endroit. Guillaume n'eu demandait pas davantage ; il se mit en en oraison et baisa le feuillet plus de mille fois ; il lui semblait qu'il avait gagné le monde entier, et que rien ne pouvait manquer à sa félicité. Son bonheur eût été complet si ses yeux avaient pu se diriger l'un vers le pertuis , l'autre vers le livre. Il demeura si long- temps absorbé dans ses pensées , qu'il ne sortit de sa rêverie qu'au moment ou le prêtre dit : ite missa est ; et ce lui fut pénible, comme bien l'on pense. (V. 2646.) Archambaut sortit sans plus attendre , ne se souciant pas d'être suivi par personne. Flamenca n'avait pas le temps de se reposer ni de prier, non plus que ses pucclles, qui étaient belles , spirituelles et en âge de prendre mari , car la plus jeune avait dépassé quinze ans. Elles s'en vont; Guillaume — 324 - reste , atlendaul le prêtre qui avait conimcoeé son midi ^. ' Quand ce fut fini , il s'approcha , et le saluant gracieusement : c Seigneur y pour ma bienvenue , je vous demanderai un don : c'est que vous veniez diner à la noaison , et que dorénavant y m tant que je demeurerai ici , vous soyez notre commensal . — Accepte:;, seigneur, dit l'hôte, cela pourra vous être utile. » Le prêtre n'était pas sot , il aimait la société des honnêtes gens, aussi répondit-il oui. Guillaume et lui s'adressèrent des remerciments réciproques , et se dirigèrent vers l'hôtel où se trouva prêt le dîner. (V. 2644.) Lorsque la table fut desservie , Guilhume ne^ dit pas deux paroles , car il avait l'esprit préoccupé. Il se leva et entra dans sa chambre pour y reposer et contempler la tour plus à l'aise ; quant il l'eût assez regardée il se mit au lit, et tout en dormant, lepassa tout ce qu'il avait vu et songé pendant celte journée. Il était tard quand il s'éveilla. L'hôte envoya chercher le prêtre et Nicolas. Dom Justin , ainsi se nommait le prêtre, était un homme plein de droiture : < Beau sire , lui dit Guil- laume d'une façon tout aimable , ne vous faites pas prier dorénavant aux heures des reps , vous êtes invité une fois pour toutes. — Seigneur , je me conformerai à vos désirs. > (V. 2668.) C'était l'usage du pays , qu'au temps de Pâques , après souper, on se mit à danser et à prendre les divertissements que le temps comportait. Cette nuit, on planta les mais et ce fut une nouvelle -occasion de réjouissances. Guillaume et l'hôte s'en allèrent dans un vergier; de là ils entendaient par devers la ville les chansons, et au dehors les petits oiseaux qui gazouillaient sous, la verdure. Il faudrait qu'il fût bien dur , le cœur épris d'amour qui ne sentirait pas ses blessures ravi- vées par cette harmonie. (V. 2684.) A la nuit close chacun se renferma chez soi. « C'est l'heure i Voyez la note de la p. 300. - 3i5 - de reotrer, seigneur, dit l'hôte» car le serein ne vous vaut rien. > Guillaume rentra non sans regret , et lorsqu'il fut au lit , comme aussi ses damoiseaux , il eut de longues luttes à soutenir avec lui-même. Souvent il disait : « Amour, Amour, hâtez-vous de me secourir , car sinon , vous n'aurez pas long- temps à me venir en aide. Mon cœur est là , dans cette tour , et si vous n'y mettez point aussi le corps , je suis perdu. On ne vit guère sans cœur , ainsi , pensez à moi , ou mettez-vous, en quéle d'un autre amant , car moi je m'en irai ; et où ? le sai-je! là où nous allons tous, dans l'autre monde, pour savoir si vous y avez autant de pouvoir qu'en celui-ci * . Et n'allez pas croire qu'ensuite je vous revienne ! Ainsi , rendez moi heureux ici bas !.. Et vous , que faites-vous, dame Merci ? d'ordinaire vous arrivez à point. Ne voyez-vous pas comme Amour m'a frappé de son dart et mis le cœur en feu ? Certes , le trait était empoisonné. Je me sens blessé en deux endroits, car mes oreilles et mes yeux ont reçu le coup qui me fait tant souffrir. (V-. 27^0.) » Vit-on jamais archer aussi adroit qu'Amour? son trait , où qu'il atteigne, va droit au cœur et y reste. Et cependant l'endroit de la plaie est en apparence parfaitement sain , il ne semble pas qu'un dart y soit venu frapper. Aussi le blessé se croit-il en bonne santé alors qu'il perd la vigueur , le man* ger, le boire , le dormir. Il n'y a qu'un remède : c'est qu'avec le trait qu'il a au cœur, Amour fasse (à l'objet aimé) une pareille blessure ; les deux blessés guériront l'un par l'autre , quand ils seront à portée. Ainsi, un cœur d'amant ne se peut bien guérir qu'en frappant un autre cœur. (V. 2742.) > De quelle manière pourrai-je donc guérir, quand celle que j'aime ne m'a jamais vu , quand elle ignore qui je suis et ce que je fais ? Gomment Amour la percera-t-il du dart que j'ai au 4 Pour le temps, cette pensée ne manque pas de quelque har- diesse. - 3i6 - cœur i si d'al)ord elle ne me voit ; car si elle pouvait m'enten- dre , me parler, me voir ^ , me toucher, Amour aurait quatre voies pour l'attaquer , et pour me guérir la frapperait. Certes, il ne se pourrait qu'eu me voyant mourir d'angoisse à ses pieds elle n'eût quelque pitié de moi. Et cependant, au dire de ceux qui en ont l'expérience, on a vu des dames assez dures pour se montrer sans miséricorde» et refuser ce qu'elles avaient promis. Après s'être laissé courtiser et prier deux ou trois ans , lorsqu'enfin on croit avoir fait leur conquête , il se trouve que jamais on n'a été si loin du but , et qu'il leur faut encore demander pardon pour avoir osé espérer qu'un jour on serait aimé. (Y. 2768).... » Et puisqu'ils souffrent tant, les malheureux, nourris qu'ils sont d'illusions pendant des années entières, qu'est-ce donc que j*atten()s pour m'éloigner avant qu'Amour ait agrandi la bles- sure qu'il m'a faite?.,. Mais il est trop tard; cest avant de venir ici que j'aurais dû avoir cette pensée ! Puisque j'en suis arrivé au point de ne me pouvoir plus défendre contre Amour, il ne me reste qu'a l'attendre et à le supporter comme je pourrai. A force de persévérance je triompherai, et c'est faiblesse que s'effrayer si vite. Demain est calende de mai, et Amour pourra bien me procurer une aussi bonne au- baine qu'hier, car ce sera une fcte grande entre toutes, celle de deux apôtres ^, et deux apôtres doivent bien avoir un chevalier avec eux. Pour moi aussi ce sera une fêle de voir l'être du monde que je désire le plus, à qui je me livre , à qui je me donne. > En disant ces mots il s'endormit, et Amour lui procura une récréation délicieufe, lui faisant voir sa dame tandis qu'il dormait. Il était agenouillé devant elle et la priait: 4 Voyez la note sur le v. i750. 2 Saint Philippe et saint Jacques le Mineur. Guillaume veut dire sans doute que cette fêle lui fournira Toccasion de voir Flamenca à Téglise. ~ 327 - « Dame, ayez pitié de moi! votre mérite * qui brille et rayonne par tout le monde^ votre prix , votre valeur , votre beauté, votre noblesse, votre sens, votre courtoisie, le charme de votre conversation ^ , et tout le bien qu'on entend dire de vous m*ont fait venir ici pour être vôtre, s*il vous plait. Si vous me faites la grâce de m'agréer, je ne veux rien de plus , car tous mes vœux seront comblés. Et si j'ose après si peu de temps vous ouvrir mon cœur, ne le prenez point, je vous prie, en mauvaise part : l'amour qui me tient au cœur m'oblige ainsi à crier merci; mais, si je pouvais seulement vous entre- tenir ou vous voir, je ne tiendrais pas un pareil langage : vous voir, être près de vous, suffiraient à mon bonheur. Mais, puisque j'ignore quand je vous reverrai, sinon avec les yeux du cœur, je suis bien obligé de vous demander beaucoup en une fois; la crainte me rend hardi, et le sens que je vous connais encourage ma timidité à vous découvrir ma pensée. > (V. 2845.) Quand Guillaume eut assez prié, la dame répondit : c Qui êtes vous, seigneur, qui me requérez si gracieusement? Ne vous offensez point de cette question, car jamais on ne m'en a tant dit et c'est la première fois qu'on me parle d'amour. — Dame . c'est votre homme et votre serf , Guillaume de Nevers , qui est venu vous demander merci à genoux, vous prier de lui procurer loccasion de vous parler ; je meurs si vous ne me conseillez pas. — Beau sire , voyez vous-même si je vous puis conseiller. Supposé que j'eusse la volonté de vous aimer , vous ne pourriez jouir de moi, ni moi de vous. Si pouvant vous faire quelque bien, je rebutais votre amour , ce serait grand orgueil de ma part , 4 Lauior, ce mot dit plus que « mérite » ; c'est le mérite joint à la considération. 2 Converiation doit être pris dans son acception étymologique afin de répondre an provençal paria. — 328 — mais si la faculté» et non rintention> me fait défaut, je ne suis plus coupable; et vous voyez bien ce que je puis faire , quoi qu'il en soit de ma volonté. C'est pourquoi je vous engage à ne m'aimer point , car ce serait sans espérance. L'amour n'a aucune prise sur moi , et la plus grande grâce que Dieu m'ait faite en cette prison est bien de m'avoir mise à l'abri de ses atteintes.^ — Ah ! douce chose* que ferai-je, si je n'ai bon conseil de vous que j'aime et désire, au prix de qui je liens pour rien le reste du monde ! Pour qu'un autre me con- seillât, il faudrait qu'il fût sorcier, car je n'ouvrirais mon cœur à personne du monde, sauf à vous, ma bien aimée, qui m'avez si bien lié et conquis que vous êtes lobjet de mes pensées, ma joie, mon souci. Et, si vous refusez mon hommage, je devrai faire peu de cas de ma vie , car mon cœur est ainsi fait qn'il dédaignerait l'existence s'il ne la tenait de vous. — Seigneur^ vous avez bonne grâce à vous humilier ainsi, et vous paraissez en effet Vouloir sincèrement me porter honneur. S'il était en mon pouvoir de vous donner un hou conseil, je le ferais volon- tier, car mon cœur n'est pas celui d'un animal léroce, et je ne suis ni de fer ni d'acier. Je ne veux pas qu'un chevalier de votre valeur meure à cause de moi, si je puis le sauver. Tout bon cœur doit se laisser attendrir par uce si douce prière La prière triomphe de Dieu et des saints, elle apaise la mer et les vents. Et puisqu'elle a tant de pouvoir , je ne me regarde pas comme coupable eu cédant à ses ins- tances, surtout quand elle vient de là où joie, prix et sens se réunissent et où tout bien trouve encore à s'améliorer ^. Je vais donc vous donner le conseil que vous me demandez : beau sire , celui qui me donne la paix, à l'église, s'il savait s'y prendre, pourrait bien me parler, dut- il se contenter d'un 4 Allttsioa à l'idée exprimée aux vers 1413 et suiv.; voy. ci- dessus, p. 300. 2 C'est rAmour qui est désigné ici , ou peut-élre Guillaume lui- même. - 329 - seul mot à chaque fois , car je sais bien qu'il n'aurait pas le temps d'en dire davantage; à la fois suivante il attendrait, silencieux» que je lui eusse répondu. Voilà un premier point ; maintenant on pourrait pratiquer sous terre dans les bains de Pierre Gui , où je vais parfois , un conduit invisible à lous les yeux, qui répondrait à une chambre ; par ce chemin mon ami viendrait à moi quand il me saurait au bain. Je vous ai montré la voie , mais ce que je vous dis d'une façon générale, prenez-le potir vous seul, car personne autre ne doit avoir part en cette affaire; c'est à vous que je me donne de tout cœur , c'est pour vous que je cède à l'Amour. Et afin que vous m'en croyez , venez dans mes bras , mon bel ami , \enez recevoir un baiser , car vous êtes si preux , si noble , si courtois , si vaillant que toute dame vous doit honorer et accueillir. > Alors elle le baise , l'embrasse et le comble de toutes les joies que ses regards , ses paroles , ses actions lui peuvent procurer. (V. 2967.) Guillaume ayant reçu en songe les conseils de sa dame. Amour lui-môme le réveilla et lui dit : « Guillaume, que penses-tu faire? ne feras tu que songer aujourd'hui? — C'était assez dé bonheur ! Amours, vous avez fait grand péché en me réveillant si tôt. La faveur que vous m'aviez accordée en m'endormant, vous me la retirez. Atnour, pour Dieu! faites moi dormir encore un peu , s'il vous plait. Mais non , c est assez dormir , car il sera bien jour quand je me serai remémoré mon rêve. » Il en repasse souvent les circonstances et se jure en riant de ne jamais manger de poire si le songe ne se vérifie promptement. « Elle saura bien un jour, dit-il, le conseil qu'elle m'a donné ! » ( V. 2990.) Ainsi s'écoula cette nuit et une partie de la matinée , jus- qu'au moment où le soleil apparut radieux dans la chambre. Guillaume se leva tout endonni, sans oublier toutefois d'aller ou- vrir la fenêtre avant de s'habiller. A sa mine on eût reconnu un amoureux , car il était pâle et un cercle bleuâtre entourait 23 - 330 ^ ses yeui, son pouls était brûlant et il avait un peu maigri. Il faudrait n'avoir jamais été touché par l'amour pour s'étonner de ces effets; on ne revient,pas de ce mal comme on guérit des maladies qui tiennent à des causes physiques. Le mal d'amour est si aigu qu'un de ses accès vous met plus bas en un jour qu'un autre eu dix-huit. Je vous en dirai la raison : l'amour attaque le cœur et tient [l'àme prise et serrée , ne lui laissant aucun repos « l'obligeant a faire converger ses pensées vers un même objet. Le tourment est toujours égal, à toute heure on le sent, tandis que les autres maux laissent de temps a autre quelque répit. La nature , qui est maîtresse du cœur , lui porte secours et met tous ses soins à le guérir , mais quand il s'agit d'amour , elle se regarde comme impuissante, ne sachant quel conseil donner; aussi abandonne-t-elle le cœur malade a son malheureux sort en disant à l'àme : < Vous en savez plus que moi, madame; cherchez, si bon vous semble , un remède à votre mal , mais ne prenez ni herbe ni résine , ni rien qui ^it de mon domaine , car tout cela serait saus effet sur votre blessure. 1 (Y. 3034.) L'amour est une plaie de l'esprit en laquelle les blessés se complaisent au point d'en oublier le soin de leur guérison. Aussi la nature ne s'en mèle-t-elle pas. Quand on a reçu d'amour une blessure grave , on doit être pâle , maigre , faible , mais d'ailleurs bien sain . . . L'amour est uu mal cuisant , contre lequel les onguents sont impuissants. S'il y avait quelque remède , Phébus l'aurait bien su , lui le plus habile et le pre- mier de tous les médecins, et pourtant il disait, par dépit contré l'amour, que les arts servaient à tous sauf a leur maître. ' 4 Âllosion à Tépisode de Daphné, dans le premier livre des Méta- morphoses d'Ovide. Apollon, désespérant de vaincre la résistance de la nymphe , s'écriait , après une longue énuraéralion de ses connais- sances : Hei mihl ! qaod nallis amor est medicabilis herbis, Nec prosant domino, quse prosant omnibus, artes ! (Metam. 1, 523-4.) - 33i - C'était bien confesser qu*il n'avait pas trouvé de remède à Tarooiir. Je ne suis donc pas surpris que Guillaume parût si fatigué. (V. 3063.) A peine s'était-il lavé les mains que l'hôte entra et lui dit eh s'inclinant : < Que le roi de Paradis vous sauve et vous protège ! — Dieu vous donne part au souhait que vous me faites ! A-t-on déjà sonné la messe , ou pourrons-nous faire d'abord une promenade comme hier ? — A votre volonté, sei- gneur, mais, s'il vous plaisait , je voudrais d'abord vous faire goûter un peu de bonne absinthe , car c'est maintenant, au mois de mai, le bon moment pour la boire. — Oui bien, faites- t'apporter. — Seigneur, la voici belle et claire. » Guillaume fit déballer sa coupe : l'empereur y aurait bu , tant elle était belle, grande^ bien faite et habilement niellée. Son poids était de cinq marcs d'argent , et la façon valait bien autant. Guillaume y but d'abord , puis la présentant à son hôte : < Désormais , lui dit-il , buvez là dedans , Tabsinthe vous en paraîtra meil- leure, et pour moi j'aime mieux que cette coupe soit vôtre que mienne. > L'hôte, ne sachant d'abord que dire, riait de joie , et pouvait à peine en croire ses oreilles. Mais Guillaume fit tant qu'il prit la coupe, promettant bien de ne jamais boire dans une autre tant que celle-là durerait., et de la garder tou- jours, sans la vendre ni l'échanger. Il la confia à sa femme qui la remit soigneusement dans son étui. (Y. 3103. ) Tandis que les écuyers s'occupent du déjeuner , Guillaume et son hôte se rendent au moutier, touten priant Dieu. Mais leurs prières n'étaient pas sœurs, encore qu'elles s'adressassent à un même père; elles n'avaient de commun que le nom • Guillaume ne manquajpas de se mettre à la même place que le jour précédent, et à peine eut-il salué le prêtre qu'il se tourna de manière à voir entrer Ja dame. Avant que la tierce fut enlièrement sonnée vint le seigneurfArchambaut, farouche guide pour une si belle dame. Guillounie guigne au per- - 33î - tuis ^ comme un autour épiant une perdrix. Il faisait peu d'at- tention à ce qu'il disait , et toutefois il ne se trompa point de verset. Par un bonheur singulier , il ne perdit pas sa peine , car celte fois Flamenca s'arrêta sous le portait pour prier plus longtemps qu'elle ne faisait d'ordinaire. Elle ôta son gant de la main droite et fit un mouvement de tête qui permit i Guillaume de voir toute sa bouche. ï)u regard il la baise , la caresse, et l'attire en quelque sor4e jusqu'au pertuis Jamais il n'avait passé un moment aussi délicieux. Le soleil ne tarda pas à diriger un rayon vers l'endroit où l'autre soleil (Flamenca) s'était mis en oraison; mais, sans la nuée que formait un voile malencontreux , c'eût été assez des rayons qui partaient du visage de Flamenca, pour faire resplendir l'angle qu'elle occu- pait. Guillaume tenait le bréviaire et savait avoir la bouche à son livre et l'œil au pertuis, là aussi était sa pensée. Qu'il eût été heureux si la messe tout entière ne se fût composée que d'évangiles et d'agnus ! car alors Flamenca se levait. Il eût donné bien des choses pour que la cloison qui arrêtait ses regards fût en un lieu et le voile ailleurs, voire même au feu. ( V. 3162. ) Lorsque le moment fut venu de donner la paix, Guillaume voulut apprendre à Nicolas en quel psaume il devait la donner, pour retrouver ensuite plus aisément le feuillet, c Ami, dit-il, je vais vous montrer le bon endroit pour donner la paix , car avec moi vous devez vous perfectionner. C'est au verset Fiat fax in mtute ^ , et vous ne bougerez pas d'ici que je ne vous en aie dit la raison : après avoir achevé le psautier , David recommanda à Salomon de baiser ce mot chaque jour, et tant que Salomon régna , son royaume jouit d'une paix profonde. 4 On a YQ , p. 320 , que Guillanma et son h6te se plaçaient dans le chœur, d'où Ton pouvait, au moyen d'une petite ouverture , d*an pwtvài , voir dans la nef. 5 Ps. 4««,7. — 333 - — Je vous crois bien, seigneur, reprit Nicolas , et je n'y manquerai jamais. — En tout cas, rapportez-moi le livre, mon ami. — Oui , vous avez cent fois raison, je ne demande qu'à m*instruire. » ( V. 318i. ) Quand Nicolas eut donné la paix au feuillet indiqué, il rendit le psautier à Guillaume; celui-ci, tout frémissant de joie, s*enfonça dans son chaperon ; il portait le livre à son front , à ses yeux> à son menton , et regardait par le pertuis s'il était remarqué de celle qui excitait en lui ces transports. C'est qu'en effet, l'amant s'imagine souvent que l'objet aimé devine ses désirs et souffre de sa douleur. Si Amour était équitable,, tous les cœurs seraient constitués de la même ma- nière, mais l'équité d'Amour c'est de n'en point avoir. (V.3205.) Guillaume examina si on aurait le temps de glisser un mot pendant que Nicolas présentait le livre et que Flamenca le bai- sait de sa belle bouche, inclinant humblement la tète ; il lui parut que c'était possible. La messe chantée, Archamhaut sortit le premier, la tète haute, et derrière lui allait Flamenca, sans cortège de jongleurs , sans autre suite que ses deux demoiselles, Alis et Marguerite. (V. 3223).... Quand le monde se fut écoulé , Guillaume entendit ses heures *, puis il dit tout bas à Nicolas : c Ne venez pas trop tard , car on doit diner de bonne heure. — Bien, seigneur, » reprit Nicolas. Guillaume ferma son livre, le posa sur une tablette et sortit avec son hôte, qui était heureux de l'ac- compagner. (Y. 3238.) Les jeunes Glles avaient déjà enlevé les mais faits la veille au soir, et.chantaient leurs devinettes. Elles passèrent devant 4 Je traduis conformément à .la correclion proposée dans la note 8ur le v. 3228. "-- 334 -- Guillaume en chautant nue caleode de mai * qui dit : c Vive > la dame qui ne fait pas languir son ami, qui sans craindre > les jaloux ni le blâme va trouver son cavalier en bois, en » pré ou en verger, Tamène dans sa chambre pour se mieux > réjouir avec lui , et laisse le jaloux sur le bord du lit, et > s'il parle, lui répond : Pas un mot, allez-vous en, mon ami > repose entre mes bras : c'est Galende de mai ! et il s'en va. > (V. 3255.) 4 Kalenda maia, la calende de mai (1«r mai]» jour de fête joyeuses : Ralenda maya Ni flor de faya Ni chan d'auzelh ni flor de glaya... ( RAMBAI3T DE Vàqubiràs, Mahn, Gedichle^ n» 971 ). On voit que Tautear de Flamenca entend aussi par Kalenda maia \es chansons qu'on chantait ce jour là. Celle qu*il rapporte peut bien avoir été populaire pour le fonds, mais il n*est pas douteux que la forme en ait été remaniée. Il existe encore dans certaines provinces des chants de mai. En voici un du Bas-Limousin : Te reveirai, Zanetoun ma mio. Te reveirai Qaesté mé de mai. Lou printen vendrô, Flourirô Las rosas, lou coucou chonterô Co to rezauvîrô. ( Schuakenburg, Tableau eynopt, et eomp, des patois de' Ai France, Berlin 4840. p. 200.) Une des plus jolies chansons de mai, et des plus populaires est celle dont Scbnakenburg a publié une rédaction franc-comtoise. Elle commence ainsi: Vetlia veni lo zouli ma, L'alluetta plinta loma, L'alluetta lo plinta etc. { ihid p. Î29; cf. Uerrig's Archiv^ xxxv, 426.) -. 335 - Guittaume soupire du fond du cœur, et prie Dieu tout bas de vérifier en lui ce couplet. Comme ils rentraient, l'hôte lui dit : « Seigneur, voulez-vous voir les bains que j'ai fait préparer Mer soir à votre intention? — Aujourd'hui je n'en userai pas, car nous sommes trop près de la calende, il vaut mieux at- tendre f c'est demain le neuvième jour de la lune, et le mo- ment sera bon pour me baigner ^ — A votre volonté, reprit l'hôte. » Dans ce moment entra pierre Justin ; Guillaume lui (k bon accueil et lui dit : c Seigneur, s'il vous plait, je veux vous parler en particulier > , puis s'adressant h un damoiseau : « Ouvre la chambre, dit-il, ne t'asseois pas, et garde toi bien de me mettre ni couverture ni fourrure, surtout quand il fera beau, à moins que je te le dise. > Ensuite il dit au prêtre : «Beau sire, s'il est vrai que je nejonis pas actuellement d'une santé parfaite, au moins suis-je riche homme. Dieu merci ! et je veux que vous ayez de moi un vêtement blanc tout neuf fourré d'écureuil noir. Nicolas, qui est bon et franc, en aura un autre doublé d'agneau blanc qu'a fa:t un de mes damoiseaux. Faites-le venir, qu'il s'en aille avec. — Grand merci, seigneur, me croyez-vous capable de vous prendre ainsi votre robe ? Mais ce serait vous dépouiller que de la prendre avant de l'avoir méritée. — Seigneur, s'il vous plaît, vous la prendrez, et quant à la mériter, n'y pensez point, car vous avez déjà fait bien assez > . It insista telle- ment que le prêtre ne put s'en défendre et tU emporter la robe. Après manger Guillaume entra dans sa chambre et s'y reposa , si l'on peut appeler repos l'état d'un homme qui tremble d'angoisse, tressaille, baille, sanglotte, se lamente, s'évanouit. Guillaume, agité de la sorte, resta dans sa chambre t Voyez gnr les jours où la saignée, lapurgation, 1er tain étaient réputés dangereux YHistoire de l'fnsiruction publique de M. Vallet de Viriville, p. 365. De nos jours encore les almanachs populaires continuent de fournir des indicaClons analogues. - 336 - jusqu'à la nilit close. Alors il alla, suivant son habitude, en- tendre le rossignol dans le bois, mais, loin de se calmer, sou mal ne faisait qu'augmenter. Plus le mal d'amour est cuisant, et meilleur il est , c'est pour un grand bien qu'il fait plus souffrir , aussi ne peut-on s'y soustraire , comme au jeu il arrive souvent qu'on perd beaucoup pour perdra moins ^ (¥• 3325.) Après avoir soupe en compagnie de. son hôte et de Justin, Guillaume se mit au lit, mais il n'y trouva pas le repos. Sou- vent il allait à la fenêtre , et disait : < Las t de quoi servent contre Amour, richesse, ruse, force, savoir, coilrage, cheva- lerie, instruction, courtoisie, beauté, sens, naissance, parents, amis , prouesse ? Amour lui-même est sans force contre l'amour ; et c'est là ce qui redouble ma crainte , car si Amour pouvait quelque chose contre l'amour, il devrait bien me secou- rir, moi qui aime plus qu'homme du monde. Amour esta la fois celui qui produit le mal et le mal qu'on souffre , mais le premier ne peut rien contre le second , parce qu'ils dérivent l'un de l'autre. La chance y fait plus que le rang, car Amour a le fol usage de ne point venir où il devrait, de ne point aider qui il pourrait. En effet, celle que j'aime aimera un autre, cet autre adressera ses prières ailleurs , et ainsi aucun ne par- viendra à ses fins. Voilà comment Amour se dément lui-même, et paf son désaccord même rétablit l'équilibre, car tous nous tirons également de notre côté et nos désaccords se compen- sent mutuellement. Amour qui gouverne le monde a donc une justice équitable, car si j'aime sans être aimé je ne puis être vengé de ma dame que si elle vient à s énamourer ^ d'un homme qui se soucie d'elle comme d'une mûre. (V. 3365.) . 4 Lorsque par eiemple aux échecs on sacrifie une pièce importante pour sauver le roi. t Je me sers d'an vieux mot encore fort intelligible et qui à coup sûr est préférable à s'amouracher. - 337 - c Toutefois, jusqu'ici je ne suis pas fondé à l'accuser de viser ailleurs, car je ne puis lui parler et je n'ai damoiseau ni da- rooiselle pour lui faire connaître mes sentiments. Je ne saurais non plus lui écrire, car en la tour il n'y a tourier qui con- sente à prendre mon argent, puisqu'Archambaotenest à la fois le tourier , le seigneur, la sentinelle, le portier. Je ne puis attendre conseil que de moi-même. Mais, selon mou songe de ce matin, je m'entendrai avec dom Justin , et dorénavant je serai son clerc. Quant à Nicolas , qui est un bon garçon , je l'enverrai à Paris pour y étudier deux années. Mon hôte, je le ferai déménager, et il me laissera toute sa maison. Puis je manderai à mes fermiers de m'envoyer quatre maçons habiles, munis de pics et de marteaux. Ils viendront chez moi la nuit , et, travaillant à la chandelle, me feront un beau chemin, bien fermé et scellé aux deux bouts, pour aller de ma chambre aux bains. Ils me jureront sur saints * de n'en rien dire à per- sonne. Le travail fait , ils s'en iront ; moi je feindrai d'être guéri, et sous prétexte de me donner quelque distraction , je ferai revenir mon hôte. Une saura jamais deviner pourquoi je l'avais ainsi fait partir de chez lui ^ , sinon que je voulais me traiter à mon aise et reposer plus tranquille. Du reste , je lui fermerai les yeux avec mon argent , tant je lai en donnerai ! Mon hôtesse , dame Bellepile , personne sage et intelligente , • qui maintenant n'a rien à tisser, à coudre ni à filer, recevra une pièce de pourpre écarlate, semée de belles étoiles d'or. Ce sera un trésor qui lui durera longtemps , quand elle en aura fait un joli vêtement avec de.bonne fourrure toute neuve que je lui donnerai. Mais si Amour veut que rien de tout cela me profite qu'il me le fasse connaître par quelque signe!» (Y. 3422.) Là dessus, il se met au lit ; une fois couché, il ramène ses draps , les tourne en divers sens, car Amour lui fait une rude 4 C'est-à-dire sar des reliques. â II parte comme si la chose (^tait déjà faite. - 338 - guerre et l'aiguillonDC de maints désirs. Guillaume croyait l'en- tendre disant avec un ton de reproche : «Tu mets à dessein deux murailles entre elle et ton cœur; ce n'est point agir en. véritable amant. > Il s'empresse alors de courir à la fenêtre et regarde la tour de la base au sommet, comme si on l'avait appelé. Il fait bien toutes les mines d'un amoureux : tantôt il se lève, tantôt se couche, et lorsqu'il se sent appesanti parle sommeil : c Amour , dit-il , endormez-moi ; faites-moi rêver comme vous savez faire , montrez-moi , au moins en songe , celle que je ne puis voir éveillé. C'est de vous, ma dame, que je parle, et si je puis m'endormir en pensant à vous, bien m'en viendra. Aussi répèterai-je sans cesse: Vous, vous, dame, vous! tant que je serai éveillé. Si mes yeux se ferment , je veux que mon cœur veille avec vous, avec vous, dame, oui, avec vous! > Et avant qu'il eût pu dire un mot de plus, il était endormi, et voyait sa dame à loisir et sans obstacle. Et du reste on obtient ordinairement les songes que l'on désire, quand on s'endort sur la pensée en laquelle on se complaît. Guillaume en fit souvent l'épreuve. (V. 3459. ) Il ne se réveilla qu'au jour , mais alors il se Içva prorapte- ment pour aller entendre la messe , sachant qu'on devait la dire de bonne beure, parce que ce n'était pas jour férié. Après la messe, il se rendit aux bains, et n'en sortit pas avant l'heure de tierce. ^ Il examina soigneusement le local, cherchant où il pourrait faire son souterrain selon le plan qu'il s'était tracé. Le sol des bains était formé par le tuf, et si tendre qu'on y aurait pu écrire et faire des entailles avec un couteau , sans user du marteau. Guillaume remarqua juste auprès du mur de sa chambre un angle obscur ; c'est là qu'il résolut de faire aboutir son chemin. ( V. 3477. ) Il sortit des bains faible et amolli; le prêtre, Pierre Gui, le clerc Nicolas, son hôtesse et lui cinquième dînèrent de compa- i Neuf Iieures. - 339 - gnic dans sa chambre. Après dîner, il fit quérir Tétoffe qu*il voulait, par amitié, offrir à la maîtresse de la maison. Un da- moiseau Talla tirer aussitôt de la malle. Ni à Thèbes ni eu Thessalie on ne \it la pareille pour la beauté et la bonté, c Dame, dit Guillaume en la présentant à son hôtesse, je veux que vous vous fassiez de c^tte étoffe un manteau d*été et un bliaut qui vous siéra bien. Et si Dieu veut que j'échappe an mal que je me sens au cœur , chaque année vous en aurez au- tant.» Puis il lui donna de belles fourrures noires qu'il avait reçues du prévôt d'Arras ; elles venaient de^Cambrat et avaient bien coûté quatre marcs et plus. Ensuite iMui fit ce compli- ment, comme un homme à la bouche mielleuse : < Ne prenez pas cela comme un don , mais à titre d'arrhes ; car sachez que j'ai encore bien des choses à vous donner. — Seigneur, si Dieu m'aide , ces arrhes-là valent bien un don ; je prie Dieu qu'il me donne , et à mon mari ici présent , la faculté de vous servir à votre gré. C'est ce que nous désirons pardessus tout. Et ne craignez pas de demander , beau sire , ce que vous désirez. Si vous trouvez que nous faisons trop de bruit, dites-le, je vous prie , nous avons ici * d'autres maisons et beaucoup de logis ; s'il vous plalt nous déménagerons, et puis , quand vous le trouverez bon , nous reviendrons ici, — Dame , merci , vous parlez bien , et je vois que vous savez prévenir les désirs d'un malade. J'accepte votre proposition , si toutefois ce n'est pas contrarier mon hôte ; car j'aime mieux être gêné que lui causer le moindre ennui. — Seigneur, répond l'hôte , si vous pouviez faillir , vous auriez failli cette fois en me supposant capable d'éprouver la moindre contrariété d'une chose qui vous est agréable. Nous changerons de logis bien volontiers , et je veux que demain, pour commencer, nos gens se rendent à notre nouvelle habitation, préparent les chambres, balaient le rez-de- chaussée et les planchers, et, par Dieu ! le jour suivant, pour i Àiiijos y ici bas, ce qai parait se rapporter à la position de Bourbon l'ArcharabauU, ville située au fond d*une vallée. J - 340 - vous plaire , j*irai m'y inslaller. — Hôte , à votre volonté; s'il plait à Dieu , vous n*y resterez pas longtemps , car je serai bientôt remis, et alors vous reviendrez. Mais actuellement je souffre et par vergogne je n*ose me plaindre. Il m*arrivera sou* vent de rester tout seul au coin du feu , ce que je ne pourrais faire s'il y avait du monde. Et maintenant je prie monseigneur dom Justin de me couper les cheveux et de me faire une grande tonsure. J'en avais une autrefois , et je n'ignore pas que j'ai commis un péché en me laissant croître ainsi les che* veux dans l'intérieur de la couronne. Je suis chanoine de Péronne et me propose bien d'y retourner ; aussi me dois- je faire faire une grande tonsure^ Dieu merci ! je sais mou ordre , et je le repasserai chaque jour avec dom Justin ^ pour le mieux savoir. Je suis encore d'âge à apprendre ! » (V.3566.) Le prêtre ne put répondre , tout interdit d'entendre que Guillaume voulait faire couper ses cheveux ^ plus blonds qu'une de ces belles feuilles d*or foncé comme on en bat à Montpellier. ^ Pierre Gui pleurait , la dame s'était agenouillée, et on voyait bien qu'elle souffrait, car les larmes lui coulaieni des yeux et elle en avait le visage tout enflammé. Nicolas.tenait le bassin et chacun servait de spn mieux. Les damoiseaux s'éloignèrent et allèrent pleurer et gémir chacun de son côté. (V. 3884.) Avec des ciseaux bien tranchants le prêtre lui coupe les cheveux ; il lui rogne Jes poils de la nuque , et lui fait une 4 L'industrie des baltetirs d*or avait acquis an grand développement k Montpellier. On trouvera dans le Petit Thalanms de cette ville (p. 303) le serment des batteurs d'or. L*or de Montpellier était de- venu proverbial, au moyen-âge; on disait a pour l'or de Montpellier » comme nous dirions : « pour toat Tor da monde. » Ainsi dans Doon de Muyenet : Mes n*alast plus avant pour Tor de Montpellier. (V. H068.; - 341 - couronne grande et large. K'allcz pas croire que dame Belie- pile jelte les cheveux au feu : loin de là, elle les met dans un morceau de taiïelas bien blanc ; elle en tressera un beau ruban pour faire des attaches de manteau , et le donnera à Flamenca. £t comme ils seront mille fois baisés, ces cheveux, avant que le ruban soit usé ! ( V. 3598.) Guillaume offrit au prêtre un beau hanap doré , sans pied , qui valait quatre marcs , en lui disant courtoisement : « Seigneur, voici votre loyer ; il faut bien payer son barbier ! » Le prêtre veut refuser : c Par le Christ vous ne serez content, semble-t-il,que quand il ne vous restera plus rien. — Prenez, je vous en prie , répond Guillaume , autrement vous perdriez mon amitié. — Seigneur, je ne veux point la perdre , et pour vous complaire, j'accepte. > (Y. 3612. ) L'hôte et l'hôtesse sortirent de la chambre tout silencieux : ils étaient affligés de voir leur hôte ^ souffrir comme il en faisait semblant ; c'était le plus généreux qu'ils eussent jamais eu , car en trois jours i! leur avait doflné la valeur de plus de trente marcs. Le prêtre resta avec Guillaume, qui flt venir Nicolas et ses damoiseaux , et les voyant en larmes : c Vous pleurez! leur dit-il, on voit bien que vous ne désirez pas mon bien î» (V. 3626.) Le prêtre conjure Guillaume ^ : « Si Dieu vous donne heu- i Dans ma phrase comme dans le texte hôte est pris successive- ment lans le sens de celui qui reçoit et de celui qui est reçu. 8 Nous employons fréquemment l'expression : a Je vous en con- jure», mais elle est loin d'avoir à nos yeux la valeur qu'elle avait jadis. Au moyen-àge, conjurer quelqu'un , c'était l'obliger à répon- dre la vérité ou à se parjurer, alternative qui ne laissait pas que d'être parfois assez cmbarassante pour la personne interrogée. Ainsi , dans €irarl de Rotsilho , le comte Girart , devenu méconnaissable par vingt- deux ans de retraite , s'approche de la reine et lui dit: « Dame, par tous les saints que vous priez, et par l'amour du Dieu que vous ^orez, et'pnr la Vierge dont il naquit, si vous teniez le comte — 342 — rcuse aventure , seigneur, et vous laisse voir ce que vous aimez le plus, dites-moi que puis-je faire pour vous être agréable? Vous n'avez qu'à parler, je suis prêt à tout. Je n'ai mérité en aucune façon que vous me donniez comme voas faites, mais soyez assuré que dans la mesure de mes forces je ferais tout pour vous. — Seigneur, je vous rends grâces : ce que je vous demande , c'est de me prendre pour votre clerc ; et quant à Nicolas , à qui je porte intérêt, car c'est un gentil garçon , je vous conseille de l'envoyer à Paris pour y étudier ; son esprit est encore tendre , et en deux ans il aura plus appris qu'ici en trois. Je lui donnerai quatre marcs d'or par an et pourvoirai à son habillement. Voici l'or, et pour se vëlir voici douze marcs d'argent , c'est assez pour se mettre comme il faut. — « Oi M > fit le prêtre , et telle était sa joie qu'il n'en put dire davantage ; mais après s'être un instant re- cueilli : « Beau sire , dit-il , que le jour où nous nous sommes rencontrés pour la première fois soit à jamais béni ! Bien ne m'affligeait comme de voir mon neveu perdre ainsi un temps qui eût été si précieux pour ses études. Je vous le rends , je vous le donne , en telle manière qu'il soit à tout jamais votre serf. Il sait déjà faire des lettres et des vers ^ , et lorsqu'il aura travaillé deux ans il en saura deux fois autant. Quant à la prière que vous m'avez faite de vous prendre pour clerc , vous êtes et vous serec le maître, et je ferai ce qui vous plaira. — Ne parlez point ainsi, répondit Guillaume, mais promettez-moi de me traiter comme un petit clerc ; autrement Girarl , dites-moi, reine, qu'en feriez-vous? » Et la reine répond : « Bon homme barbu , vous fiiiles grand péché en me conjurant » (Edit. Conr. Uofmann v. 6890-6 , édit. Fr. Michel p. 247.) 1 C'est encore l'exclamation des méridionaux pour exprimer la surprise mêlée à la joie. t Lelras e vert , le sens de ces deux mots n'est pas certain ; je crois qu'il s'agit de compositions latines en prose et en vers. - 343 - mon but serait manqué , car je veux servir en toute humilité vous et Dieu tout à la fois. Pourvu donc que je puisse enten- dre mon ordre, ne me faites grâce d'aucun service. Si vous me portiez honneur plus qu'à tout autre serviteur , ce serait n mon préjudice , et |)0ur vous, beau «ire, il en résulterait un surcroit de peine. Faites moi tailler une cape ronde , grande » large, profonde, de soie noire ou de galebrun ^ , qui me couvre entièrement. Je ne veux plus suivre les fêles des cours, car ce n'est que dérision et fumée vaine, et celui qui croit y avoir le plus gagné se trouve appauvri quand arrive le soir. > (V. 3692.) Ainsi prêche Isengrin , mais si le prêtre était devin , il pourrait bien dire comme Renart : « Tu caches ton jeu ^. » Ils sortent pour commander la cape. Chemin faisant les damoiseaux disaient: c S'il en échappa, monseigneur sera donc bonhomme ' ! jamais il ne paraîtra en cour. Il ne lui 4 De sala negr'o de simbru De naclia o de galabru. (V. 3685-6.) Je ne sais ce qu'il faut. en tendre par nacliu\ timhru est peut-être le drap appelé , sans doute à cause de sa couleur, isembrun ( bran de fer ) , en ce cas on pourrait lire d'esimbru ; quant au galabru , en français galebrun , c'est une grossière étoffe de laine ; voy. Du Gange, Gala- BnUNUS. 2 Ces derniers mots sont la traduction très bazardée du vers 3696 , dont le sens est fort incertain. Je ne connais d'ailleurs aucun conte de Renarl auquel puisse se rapporter cette aUusion. 3 Bon homme était une qualification qui ne se prenait pas toujours en bonne part , comme on peut le voir par les exemples que rapporte Carpentier dans ses additions à Du Gange ( Du Gange , édit. Henschel, I. 723, a ). Mais on y trouve aussi que la même désignation s'appliquait aux moines de Grammont, et on peut dire qu'en général on la donnait à tous les religieux , comme le montre un exemple tiré delà Vie de Rertran de Born , que cite Raynouard , Ux, rom. Il , 235 , b. . -- 344 — manque plus que Thabit pour avoir l'air d'uu moiDe de Char- treuse ou de Citcaux. > Guillaume rcsla tout seul; il avait accompli une bonne partie de ce qu'il voulait, et le sommeil, provoqué par le bon vin dont son hôte Tavait régale , l'invitait à prendre un repos nécessaire après le bain. (Y. 3709.) Le voilà donc clerc , et par le fait de l'Amour ! Mais du reste , avant d'être tonsuré il était au courant de ses fonc- tions ^ . S'il était permis de blâmer rien de ce qu'Amour veut et ordonne , on pourrait dire qu'il est bien audacieux à lui de contraindre un homme à feindre ; mais Amour n'a seigneur ni pair , il peut agir a sa guise et fait de l'homme à son plaisir. (V. 3724.) Le jeudi l'hôte déménagea , et le jour même Guillaume manda à Châtillon ^ pour avoir les ouvriers. Il prit pour mes- sager un vilain qui ne le connaissait pas et ne sut leur dire qui les mandait , mais seulement qu'ils auraient à creuser dans la pierre et qu'on les paierait bien. Pour leur inspirer plus de confiance il leur donna d'avance, comme loyer d'un mois, dix marcs i]u'il avait emportés à cet effet. Ce vilain était de Moulins, Guillaume était assuré de sa discrétion, et savait qull re- viendrait de nuit. (Y. 3741.) Le samedi, Mcolas, abondamment pourvu d'or et d'argent, s'en alla. Le voilà en situation d'étudier, s'il n'est pas fou! Guillaume se rendit aux vêpres largement tonsuré et vêtu de sa cape , qui d'abord était un peu relevée , car il était toujours prêt à se poser le poing sur la hanche , comme il faisait d'ordi- naire. Mais il était si bien élevé, et si au courant de son service que c'était plaisir de le voir. Dans l'église il ne demeu- , ritit point assis, et prêtait aux paroles du prêtre une constante 4 Ici je ne puis serrer le texte de près; le vers 3743 est certaine- ment corrompu. 2 Village du dép^ de TÂllier, à 46 kil. environ au sud-est de Bour- bon rArchambauU. - 345 ~ attention. Celui-ci croyait vraiment que le Saint-Esprit parlait par sa bouche , et que Di2U l'avait illuminé , car jamais on ne vit si grande humilité en un si jeune homme. Plus il le consi- dérait , et plus il l'admirait : il avait l'air si simple et si pieux qu'on eût dit un ange descendu sur terre pour y apporter le salut. Justin était transporté d'avoir reçu du ciel un clerc pareil, un clerc qui rhabille, le nourrit , prévient tous ses désirs et le sert avec autant de zèle que ferait un pénitent. Après vêpres il reprit les leçons et chanta les répons qu'on aurait dû dire à matines. Il n'était pas besoin de lui frotter Téchine ni de lui enfoncer les ongles dans les mains ^ , car il en savait plus long que son curé. L'offlce terminé, ils se rendirent à rhôtel, soupèrent au jour, puis le prêtre s'en retourna , Guil- laume l'accompagnant. Arrivés au moutier : c Seigneur , dit Guillaume avec simplicité, coucherai-je ici ? — Non, mon ami, dit Justin , je sonnerai les matines pour vous et vous viendrez au premier coup si vous ne dormez pas tellement fort que vous ne puissiez Tentendre ; mais il suffira que vous soyez ici au troisième. — Beau sire, iqui donc vous servira et vous dc- . chaussera ? — Cher ami , ce sera un jeune serviteur à moi ; je ne vous demande que de m'assister à l'église , lors des ofBcQ^; ce sera amplement assez, ainsi ne vous préoccupez pas d'autre service. < Guillaume va et vient tout seul par la ville, sans se soucier de la boue ni de la poussière, sans respect humain, et pourtant il ne manquait pas d'étrangers qui étaient venus de France , de Bourgogne , de Flandres , de Champagne, de Normandie, de Bretagne pour prendre les eaux. (V. 38Q5.) Cette nuit Guillaume ne dormit point : au premier appel de la cloche il se leva et sortit , tandis qu'un de ses damoiseaux 4 Tels étaient , parâit-il , les procédés au moyen desquels on déve- loppait la mémoire des écoliers au X1I1« siècle; voyez à ce sujet Vallet de ViriviUe, ffitt. de VJn$(r^ pubL, p. 204-5. 24 - 34G — fermait ia porte derrière lui. Amoar le mène, Amour le porte, Amour conduit toute son affaire, Amour Ta fait tonsu- rer et raser , Amour Thabille^en clerc ; ah l Amour , Amour , que lu es fort! Qui eût peusé que jamais Guillaume se fût fait tonsurer pour mieux faire sa cour ! Alors que d'autres amants se font gentils, se parent, s'enrubannent , et ne révent que beaux ajustements, chevaux, habits, frère Guillaume se fait moine , et pour arriver à sa dame se met à serAlr Dieu ! Bien fou le jaloux qui s'efforce de garder femme ! si la force n'y réussit point, la ntsc saura bien la lui enlever. (V. 3826.) On ne se défiait pas pjus de Guillaume que d'un reclus. Il vint courant au moutier, et après s'être signé, il prit la cloche des mains de Justin. Jamais il n'avait fait le métier de sonneur , néanmoins il n'en fut pas plus embarrassé : il sonna et sonna si bien que le clocher lui-même et le moutier en furent émerveillés ! (V. 3839. ) Après matines, dom Justin invita Guillaume à se reposer un peu ; il le mena en une jolie chambrcttc voisine du clocher où Nicolas avait accoutumé de coucher. Elle était jonchée de roseaux et de joncs. Guillaume n'y put guère . dormir , car un nouveau souci vint le préoccuper. Que dira- t-il à sa dame en lui présentant la paix ? < Amour! s'écrie-t-il, que faites-vous ? où èles-vous ? Que ne venez-vous m'enseigner ce que je devrai dire ? Peu vous importe mon embarras ! Eles-vous sourd ou dormez-vous ? vous perdez l'esprit , ou Lion vous éles devenu muet ! ou encore voire orgueil csl-il si ;;rand que vous ne comptez pour rien moi ni personne ? Voulez-vous faire comme fit Dieu lorsqu'il envoya ses apôtres, leur disant: c Quand vous paraîlrez dcNant hsrois, ne vous ,>prcoccupez pas de ce que vous aurez à dire; car ce que vous >leiir (|j>ez (lire nous sera donne à l'heure même ^ i» Jamais abolie ;i"q)iuu\a en préacncc d'empereur un effroi comparable • - 347 - au mieu , tant je crains de faillir devant celle que je désire si ardemment ! Nous verrons bien ce que vous savez faire , et si vous êtes capable de m'inspirer un mol heureux et bref; car ce que je dirai devra être bon et bref, et facilement intel- ligible pour celle qui a enflammé mon cœur. A la vérité , je ne sais que dire y et plus j'y pense , moins je trouve mon mot. Mais, je suis fou de rester si longtemps couché I> ( V. 3879). Sur ce il sort, ferme sa porte et met la clef sur la corniche, car c'est là que dom Justin l'avait prise. Puis il se fait apporter par un serviteur appelé Vidal dei'eau et du sel pour faire l'eau bénite. Le prêtre se réveilla sur ces entrefaites ; Guillaume lui donna de l'eau pour se laver , et il^ commencè- rent leur prime. Lorsqu'ils eurent chanté la tierce et sonné de la belle manière , le monde se rendit à la messe. Après le gros de la foule vint Archambaut, le dernier, comme tou* jours ; à son gré il n'y aurait eu ni fêtes ni dimanches. Il avait la tête de ces diables qu'on peint tout hérissés. Ce n'était donc point sans motif que Flamenca ne se^/aisait pas joyeuse pour l'amour de lui : une dame a bien le droit d'être dans Tangoisse quand le diable lui apparaît. Toutefois , elle le suit et entre dans son réduit. Guillaume rémarqua bien tout cela, car il ne visait pas à autre chose , — et vous le croyez sans peine, je l'espère , car si vous en doutiez , à mon tour je vous refuserais toute créance, dussiez-vous m'engager votre foi. (V. 3911.) Guillaume connaissait son affaire ; il savait par cœur roffice, l'offertoire, la communion. Le prêtre ne fit pas de sermon et n'annonça aucune fêle pour la semaine. Guillaume avait la voix claire et fraîche. A Yàgnus Dei il en développa toule retendue ; puis il prit la paix , comme c'était son devoir et l'offrit à son hôte qui se tenait dans le chxur. Celui-ci la fait passer aux ass'i^nls placés en dehors, et la paix circule ainsi dans l'église. Guillaume suit son livre, mais il y mit tant de lenteur qu'Archambaut avait reçu la paix avant qu'il fût arri- - 348 - vé auprès de la cellule qui renfermait son trésor. Pour rien au monde il n'eût voulu baiser Archambaut ^ , ni même lui offrir la paix. Tout éperdu, sans oser lever les yeux, il s'approcha de Flamenca , bien décidé à lui parler, à lui dire au moins un mot, mais s'en reposant du tout sur Amour, c S'il n'en- courage point mes désirs par [quelque lueur d'espérance , dit- il , jamais je n'aurai confiance en lui. Mais, s'il plait à Dieu , je réussirai : Amour ne fait pas défaut au moment critique; mais il me semble qu'il tarde bien 1> Voilà comme on est lorsque on aime! (Y. 3951.) Guillaume s'approcha de sa dame , et , au moment où elle baisa le psautier , il lui dit à voix basse , mais de façon à être entendu: c Eélas! » puis il se retira, humblement incliné, et croyant avoir fait beaucoup. Il aurait désarçonné cent cheva- liers dans un tournois et gagné cinq cents destriers qu'il n'eût pas été si heureux ; car pour un amant véritable , aucune joie n'est comparable à celle qui vient de l'objet aimé. (V. 3965.) Après la messe, le prêtre dit son midi ^ , tandis que Guil- laume tenant le psautier le baisait plus de cent fois , se rappe- lant son hélas ! et accompagnant du regard Flamenca qu'Ar- chambaut emmenait. Puis il plia les ornements , mit en lieu sûr le calice et la patène, et emmena son hôte et son curé. Après diner , ceux-ci partirent et le laissèrent seul. Il entra dans sa chambi*e à coucher. Sa joie était grande , mais peu durable, et tout de suite il se désespéra , car sur le seuil d'un amant le bonheur ne séjourne pas^ plus qu'à la porte d'un joueur, c Hélas! dit-il, je devrais mourir! Amour, tu m'as été de peu de secours : je croyais faire six et j'ai amené l'as ' ! Car jamais ma dame n'aura pu entendre ce mol proféré avec un soupir. Au moins aurait-elle levé les yeux sur moi , et ne 4 Allusion au mode primitif de donner la paix: voy. D. Martène , De arU. Eccl. ril. t. IV , p. 478, D. t Voy. h note de la p. 300. 3 Expressiop empruntée au jeu de dés. - 349 — se serait-elle poiut si vite cachée! C'est son bandeau S j'en suis sur, qui m'a déçu en lui bouchant les oreilles. Maudite invention, pendu soit; qui vous imagina ! Ne pouvait-on les faire assez légères pour ne point offusquer le regard et obscurcir l'ouie ! Malheureux ! que faire ? à quoi se résoudre ? Ne sais-je pas, quoi qu'on en puisse 'dire , qu'Amour reste indifférent aux maux d'autrui. — Tu as tort— Pourquoi ? — Oui vraiment. — Mais comment ? — Dieu ! je t*ai fait parler aujourd'hui avec elle ! ~ Il est vrai , je lui ai parlé , mais quel avantage en ai-je retiré ? — Quel avantage î dis-moi un peu quand tu en obtins un pareil ? Avant que la dame eût baisé le psautier et fût rentrée dans sa cachette, tu as pu voir à découvert sa bouche gracieuse. — Tout cela est vrai, et je conviens que je me suis approché de ma dame au point qu'elle et moi tou- chions un même livre ; et s'il nous avait été possible de nous entendre d'avance, si nous avions eu plus de sécurité et moins de témoins, tout eût été pour le mieux. Mais on dit que Tantale , enfoncé dans l'eau jusqu'au menton et à portée de fruits magniGqués, meurt de faim et de soif, car eau et fruits s'éloignent de ses mains. Ainsi fut - il puni pour avoir été indiscret ^. C'est donc aussi une peine que je souffre, moi si près de la sirène qui m'attire par le charme de sa distinction et de son mérite et me fait mourir de soif et de faim. Si je fais une folie , c'est moi qui la boirai ^ , comme je le dois , sans me couvrir de la garantie d'autrui : je veux souffrir le mal moi tout seul , pourvu que nous soyons deux à guérir, car je n'éprouverais de ma dame aucun plaisir,. 4 Voy. le glossaire au mot Benda. 2 Ovide, Amor. Il, ii^ 43-4; Art. am. Il, 605-6. 3 Voy. la note sur le vers 4051 , à laquelle on peut ajouter cet exemple de V école des maris» acte IH^ scène 10 : Mon frère , doucement il faut boire la chose. - 360 - si elle ne partageait ma joie * Mais qu'ai-je donc à m'affliger? Dans le doute» il faut choisir rinlerprëlalion la plus favorable ! Je veux donc croire que ma dame m'a entendu 9 sans en faire semblant , car on a bien raison de dire que la femme est tout mystère ; elle ne veut point se découvrir avant mûre réflexion. Elle voit bien que je suis étranger , et se dit peut-être : < J'entends ce qu'il veut dire > ce clerc y par son hélas ! Sans doute , s'il n'espérait obtenir > de moi quelque faveur, il ne m'eût point parlé en tel lieu. » Mais voyant qu'on me tient prisonnière et recluse , de telle > sorte qu'on n'ose point m'adresser la parole , il a imaginé, > faute de mieux, cette façon de s'entretenir avec moi.» Vraie ou fausse, cette pensée consolante me fait du bien; on a toujours le temps de désespérer. On dit : Qui aime bien craint bien ; et moi , comme j aime bien je craius de même ; aussi ma joie ne sera-t-dle pas complète tant qu'elle ne me viendra pas de ma dame , qui d'un mot peut me combler de bonheur. Jusque là soucis , désirs , tristesse, seront mon par- tage.» Voilà comme sont les vrais amants, qui pour un bien consentent à souffrir cent maux. (V. 4113. ) Flamenca, revenue de Téglise, avait retenu le mot de Guillaume, dont elle éprouvait quelque dépit. Toiitefois, elle ne le fit point paraître tant qu'elle fut avee Archambaut. Après dîner , celui-ci sortit de la tour suivant sou usage , et entra dans la cour réservée aux serviteurs. Flamenca restée ' seule s'abandonnait à sa douleur. ... «Ce serait plutôt à moi, disait-elle, de m'éciier hé lasse ! mais celui qui vient me dire h:las! ne souffre pas ; il n'est malade ni prisonnier; bien au contraire , il est bel et grand , Jl est courtois ; et il vient insulter à ma souffrance ! N'est-ce point trop ? C'est péché de sa part qu'une telle indifférence pour les tourments que j'é- 4 Je passe ici vingt vers ( 4058-77 ) où sont exprimées des idées d'une grande subtilité, bien qu'empreinles d'un certain réalisme. - 351 - prouve dans mon enfei. Il devrait au moins s'absteuir de me railler , car un mot de raillerie fait plus de mal que cent men- songes. Et que dit-il , que me veut-il, que me demande-t-il? Ne suis-je point assez malheureuse ? et si je vis , n'est-ce pas pour souffrir ? Beau sire Dieu , que lui ai-je forfait pour qu'il soit venu m'attaquer en tel lieu? Kt cependant, il s'est bien gardé de parler asse^ haut pour qu'on pût l'entendre , et avant qu'il se fût éloigné , il m'a semblé qu'il avait changé de couleur et un peu soupiré , comme un homme qui s'intimide et qui se sent rougir. Je ne sais qu'en penser. Aurait-il envie de moi? Est-ce une requête amoureuse ? Il lui faut chercher un autre amour, car mon amour n'est point l'amour , c'est l'angoisse et la dou- leur. Sanglots et soUpirs , afflictions et pleurs , tristesse de cœur et amertume sont mes voisins eL mes privés ^ , avec Archambaut, qui toujours m'opprime nuit et jour, sans savoir pourquoi, et qui devrait m'avoir tuée, si mes vœux, étaient exaucés ! Mieux vaudrait pour moi être esclave parmi les Ermins ^ ou les Grecs, en Corse ou en Sardaigne, con- damnée à traîner des pierres ou du bois; mon sort ne pourrait être pire que ce qu'il est, eusâé-je même une rivale et une belle-mère! » (V. 4179.) Alis l'entendait, mais sans comprendre pourquoi sa maîtresse s'affligeait. < Venez , ma douce enfant, dit Flamenca à Mar- guerite, et vous aussi, Alis, écoutez ma peine. Je voudrais être morte , car j'gi le cœur serré à en mourir. Un jeune homme, je ne sais qui il est et ne l'ai jamais vu, m'a laide- ment injuriée.— Qui donc, madame? — Amie, c'est celui qui m'a donné la paix. Vous étiez auprès de moi, et cependant vous n'avez en vérité rien entendu de ce qu'il m'a dit. — Dame, s'il vous plaît, dites-nous-le. — Amie, vous me faites souffrir en m*obligeant de m'en souvenir; et toutefois je vous le dirai: 4 Compagnons. 5 Arméniens. - 352 - Pour me faire mal, pour me vexer, et sachanl bien qu'il n'est pour moi ni plaisir, ni soûlas, ni joie, ni coctentement, que la douleur, la tristesse^ l'ennui sont mon partage, il m'a dit/ hélas ! comme s'il était affligé et comme si je. ne l'étais pas ! Il ne l'a fait que pour me rappeler que j'ai bien droit de me plaindre sans cesse. — Douce dame, reprend Marguerite, je ne crois pas qu'il ait voulu vous peiner; il ne semble pas si mal appris. Du reste, ce n'est pas lui qui ordinairement donnait la paix ; il lit mieux que l'autre, chante mieux, et a tout à fait l'air gentilhomme. Votre beauté, autant que je puis croire, a ravi son cœur, et ne pouvant vous entretenir autrement, il s'est risqué dans une périlleuse aventure pour vous faire connaître ses sentiments! (V. 4221.) — Si Dieu m'aide , dit Alis , puisque tel est votre senti- ment, ce doit être la vérité; cependant, madame, quelle mine vous fit-il, lorsqu'il se trouva devant vous ? — Alis, il ne re- gardait pas en face. — Ha ! il n'y a donc point eu orgueil dans ce qu'il a dit, ni malice, ni grossièreté^ mais une timidité vé- ritable. — Amie, il soupira un peu en me parlant, et rougit. — Tous n'avez pas besoin de le dire ; doutez- vous de nous ? Je vous entends, croyez-le bien. Je ne le connais pas, mais vous agirez courtoisement en lui faisant une adroite réponse. — Amie, vous en parlez bien à votre aise ; mais il nous faut d'abord trouver un mot qui s'accorde avec celui qu'il a pro- noncé. Je ne puis à l'improviste répondre habilement; une dame doit, au moins pouKcommencer, cacher ses sentiments; il faut que ses paroles n'excitent pas l'espérance, et cependant ne fassent pas désespérer. — Dame, vous vous entendez à c« jeu mieux que moi ; toutefois, si vous m'en croyez, vous ne lui direz rien qui ne lui réjouisse le cœur. C'est Dieu même qui vous Ta envoyé pour vous délivrer de {irison. Si vous dé- truisez votre bonheur, qui vous plaindra ? — Amie, quand il m'aura mot par mot découvert sa pensée , ( et d'ici à deux mois, si Dieu nous prête vie, nous serons assurés de ses sen- timents ) , si je reconnais qu'Amour l'étreint , je ne lui fer- ._ 353 — • mcrai pas mon cœur, et je voudrai loiit ce qu'il voudra. Une dame sait bien distinguer qui l'aime et qui la veut tromper ; et dès qu'elle se voit aimée loyalement, si elle ne suit sa voie * , son cœur est faux' et lâche, et bien fou qui le lui demande ! (V.4271.) < Amour ne veut point d'inconstance chez les dames. Elle n'est plus dame celle qui résiste à l'inclination de son cœur, et méprise les conseils d'Amour. Qu'est-elle donc? Une trom- peuse qui par d'incessants délais fait languir celui qui l'aime, qui toujours la sert et la courtise. Diable^! il serait exorbi- tant qu'après un an d'attente, Merci ne l'eût pas amenée à faire quelque plaisir à son ami, au moins une fois, pour l'empêcher de désespérer. Et si après ce premier pas elle ne se donne pas toute entière, c'est donc que ses premières démonstra- tions étaient mensongères, c'est quelle voulait le tromper, l'amuser jusqu'à ce qu'elle l'eût fait mourir. L'amant a bien raison de s'éloigner d'elle, et d'éviter les lieux qu'elle fréquente. (V. 4295). < Il n'y a au monde dragon ni vipère qu'on ne puisse appri- voiser en employant la douceur. Elle est donc plus intraitable qu'aucune des créatures, la dame qui résiste a Merci. Car, où Amour, le vainqueur des vainqueurs , où droit, raison, soins affectueux, restent impuissants, il suffit & Merci d'inter- venir pour tout emporter ^. Et puisque votre conseil m'invite 4 Mot à mot : si elle se fourvoie ; se fourvoyer, c'est, comme on voit, résister aux suggestions de l'amour. i Cette exclamation , assez inattendue de la part de Flamenca, est fort ancienne en provençad. Rambaul d*Orange l'emploie dans la pièce étrangd où chaque couplet est suivi de quelques lignes de prose: «E que deabols er aisso? » ( Parn, occ., p. 52 ). 3 La puissance de Merci est un des lieux communs delà poésie des troubadours : Quar long servies ab merces véns Lai on no val forsa ni genhs. (FoLQusT DE MARSEILLE, Tan mou , dans le Parn. orc, p. 63). - 354 - à répoudre y que répoudraî-je? Il a dit héla^/ que dirai- je à mon tour ? — Par le Christ, madame, s'il ne dépendait que de moi, je saurais bien comment répondre ; il vous a dit hélas I failasj dites maintenant : De quoi vous plaignez-vous (que plans V* que demandez- vous ? — Atlas! qite plans ? oui vraiment, cela va à merveille. Béni soit celle qui a si bieu choisi ! Atlas! que plans ? mais c*est parfait !» ( V. 4318). Ces mois : Ailas! que plans ? on ne se fit pas faute de les répéter mille fois et plus jusqu'au dimanche où Guillaume dut servir la messe. Flamenca attendait avec anxiété le moment; où il lui donnerait la paix et la joie' t.... Il n'est rien que l'amour n'enseigne : Flamenca eut recours à une feinte habile : quand elle eut pris le psautier, elle le haus.<^a un peu du côté droit, où se tenait Archambaut, riiiclinant de l'autre part, et dit avec le ton le plus simple : < Que playis ? > ( de quoi vous plai- gnez-vous ?) Puis levant la télé elle examina la mine de Guil- laume etsa contenance. Elle vit bien qu'il était discret et savait dissimuler, et qu'elle pouvait avoir en lui toute confiance. Je ne saurais dire qui des deux souhaitait le plus ardem- ment élre rentré à la maison afin de repasser dans sa mémoire tout ce qu'il avait vu de l'autre ; chacun pensait avoir rem- porté un grand avantage, et Guillaume était d'autant plus heureux que ses désirs étaient plus grands. De retour chez lui il répétait toute la journée : Que planst Mais^ néanmoins croyez bien qu'il ne manqua pas aux vêpres, qu'il entendit toutes ses heures, qu'il ne perdit pas un verset dans le chant des psaumes. S'il avait eu pour Dieu la même piété qu'en- vers Amour et envers sa dame , il eût été le seigneur du 4 Raynonard, suivi par M. Mary Lafon, a fait ici un contre-sens, ail est résolu, dit-il, que Flamenca répondra par le mot ptoiu, je vous plains, x» (Lex, rom. \, 30.) 2 On voit qu'il y a ici un jeu de mots sur paix. Paradis. La nuit, ses yeux refusèrent de se fermer, tout aussi bien que s'il les avait eus pleins de suie. ( V. 4376 ). ... * Flamenca de son côté est dans une grande perplexité. Elle se demande si Guillaume a pu Tenteudre. < Alis, dit-elle, j'ai suivi votre conseil ; m'as-tu entendue , belle amie ? — Moi ! non. — Et toi, Marguerite? — Non madame, comment dites- vous ? voulez-vous nous le répéter? ainsi nous saurons s'il a pu entendre. Y consentez-vous, madame ? nous sommes prêtes! — Lève-toi, Alis, et fais semblant de me donner la paix comme lui. Prends le roman de Rlancliefleur. > Alis court ù une table ou était le roman, et revient à sa dame qui se te- nait à peine de rire en voyant la jeune fille contrefaire le clerc. Flamenca hausse le livre vers la droite , rinclinant vers la gauche. < Que plans? > dit-elle, puis elle ajoute : c As-tu entendu ? — Oui , madame, oui certes, si vous l'avez dit sur ce ton, celui de qui nous parlons vous a bien entendue. > (V. 4497.) Le dimanche suivant elles se rendirent au moutier. Lorsque le moment fut venu de donner la paix, Guillaume, ayant sa réponse toute prête, vint à sa dame qui avait desserré son Imndeau de façon à mieux entendre, c Mor mi > (je me meurs), lui dit-il; puis il s'éloigna prestement sans faire sem- blant de rien. Eussent- ils de tout temps conversé ainsi qu'ils ne se fussent pas mieux entendus; et à les voir on les aurait crus parfaitement indiflërcnts Tuu à lautre. Amour les unit si subtilement que sous les yeux du mari Guillaume courtise ta femme, qui, de son côté, s'avance jusqu'à répondre et brûle de dire sa partie. Il est plus fort que mon nigaud, le jaloux qui veux empêcher une dame de faire à sa tête ; quoi qu'il fasse, elle saura bien arriver à ses Gns. ( V. 4523.) 4 Je passe un dialogiie assez confas, et d'ailleurs plein de subti- lité, entre les yeux, les oreilles, le coeur et la bouche dô Guillaume. (V. 4377-4i67.) - 35G - Rentrée chez elle. Flamenca se mit au lit, prétendant qu'elle ne voulait pas diner, et dit à son mari de s'aller promener dehors. Il sortit en rechignant, c Voilà ce qu'on gagne, dit Flamenca, à élre jaloux, envieux, malotru comme vous l'êtes.» Puis, Archambaut parti, elle se. leva, et dit toute riante: c Venez ça , venez Gllettcs ! Voulez-vous ouir de bonnes nou- velles? — Eh t dame, pour Dieu ! dites-nous les. Monsei- | gneur s'en va tout en colère de ce qu'on ne dine pas et va revenir. — Ecoutez la leçon que j'ai apprise; on ne saurait imaginer plus brève et plus courtoise : Mor mi! — Eh bien ! madame, vous devez faire pénitence et reconnaître votre faute i^ envers Amour pour avoir cru ce jeune clerc capable de rien faire qui vous pût affliger^ — Madame, dit à son tour Mar- guerite, je jurerais sans hésiter que jamais je n'ai vu si beau clerc ; et plus je considère ses manières, plus il me parait ac- compli. Si son esprit répond aux apparences, il est l'homme du monde le plus charmant et le plus digne d'être aimé. Dieu veuille, madame, que vous arriviez à connaître ses sentiments ! Et ne vous émerveillez poiut si nous vous conseillons d'aimer: mieux vaut parler d'ami, que d'un marrquifaitpleurer. Mais, sans plus tarder, il faut préparer une répoùse ; il en est grand temps, car monseigneur ne tardera pas à rentrer. Ce sera bientôt trouvé, c^v je crois tenir le mot qu'il faut. Mais d'abord, dites-nous le vôtre, et qu'Alis dise aussi le sien. — Pourquoi? chère amie, si vous nous en donnez un bon. — Voulez- vous» donc que je vous le dise ? — Si je le veux! mais je vous en prie. -:- Ecoutez-donc si cela va bien ensemble : « Ailas! — Que plans ? — Mor mi . — De que ? » De que (de quoi) ? N'est-ce pas, madame, que c'est excellent ? — Bien imaginé, Marguerite ! tu e^ bonne trobairis ^ . — Oui madame, la meilleure du monde, après vous toutefois et après Alis. » (V. 4582.) Arcliambaut rentra en ce moment, beuglant comme un tau- 4 . Féminin de îrohaire, trouvère ou troubadour. ii/ — reaU; el gonflé de mauvaise humeur, t Eh bien! dit-il, cela \a-l-il mieux ? Dinrz, cl vous serez guérie, — Seigneur, dit Marguerite, elle aurait besoin d'un meilleur remède. > Et elle lui tire la langue, tandis que chacune se cachait pour rire. (V. 4591) « Le même dimanche lesjouvriers vinrent. Us furent bien étonnés du serment que Guillaume exigea d'eux avant de leur rien décou- vrir du travail qu'il voulait faire exécuter. C'étaient des gens habiles et parfaitement capables d'accomplir l'œuvre dont ils étaient chargés. Le jour, ils restaient renfermés dans la mai- son, la nuit ils travaillaient à la lumière et en silence. En sept jours le travail fut terminé , et si bien fini aux deux extré- mités qu'il ne paraissait pas qu'on y eût touché. Guillaume lui- même, qui avait fait pratiquerrouverture,la distinguait à peine. Il allait souvent par ce chemin , soulevant avec précaution les pierres, pour voir s'il n'y avait rien qu'on pût perfectionner. (V. 4755.) Le huitième jour les ouvriers s'en allèrent. Guillaume, toujours zélé pour son service, se rendit au moutier. Au moment opportun il donna la paix. Flamenca lui dit : c De quel 9 et s'enfonça dans sa cachette « où Amour l'attendait , l'encourageant à souffrir encore un peu , el lui faisant espérer une prompte délivrance. ( V. 4773.) Alis et Marguerite regardent Guillaume , et plus elles le considèrent , plus sa beauté leur semble incomparable. Lorsqu'elles furent rentrées à la maison et qu'Archambaut se fut éloigné : c Ma petite Marguerite , dit Flamenca , j'ai dit le mot que vous m'aviez enseigné. — Dieu en soit loué ! ma- dame , puisse vous avoir entendu celui qui se fait si bien comprendre de vous! — Pour cela, chère amie, vous pouvez avoir l'esprit en repos : il ne s'est pas éloigné tellement vite qu'il n'ait pu m'eiitendre. Du reste, nous saurons jeudi à quoi 4 . Je passe un long Diooologae de Guillaume. [V. 4592-4733 ) . — 338 — nous en tcnfr, car ce sera TAscension.» Alis dit alors: < Madame , elles sont bien peu nombreuses les fêtes, par comparaison au temps ordinaire. iNous voudraient-elles da * % mal ? Le reste de Tannée , quand nous n'en avons que faire , il y en a presque chaque jour ! Est-il possible qu'il y ail si peu de félos en été! Voilà cinq semaines que nous n'avons eu I que les dimanches; mais ils sont bons, grâce à Dieu et ^ au beau clerc. Béni soit qui l'enseigna , et lui montra les lettres!... Kiche homme qui n'est pas un] peu lettré perd bien de sa valeur, et dame qui possède quelque teinture des lettres n'en est que plus recherchée. Car enfin, vous madame, dites-moi, si vous n'aviez pas su tout ce que vous savez, comment auriez vous passé ces deux années pendant lesquelles vous avez souffert de si cruels tourments ? Vous seriez morte de chaijrin ! Mais, si grande que soit voire tristesse, elle s'éva- nouit pour peu que vous lisiez. — Amie, dit Flamenca en la serrant dans ses bras, vous parlez sagement. Le repos est sans charme pour les gens lelhés, et vous verrez toujours les personnes instruites regreller de ne l'éirc davantage.. . . Si le savoir était une niarchandise, les plus avares en achèteraient, au moins un peu. Uu homme sans instruction n'eût pas eu l'esprit aussi inventif. ^ > ( V. 4841. ) D'autre part Guillaume repasse les mots qu'il a recueillis et les accorde ensemble. « Elle ma demandé de quoil dit-il, et je lui en dois une grande reconnaissance. Je n'aurai pas de peine à répondre , car je sais bien que le mal dent je souffre est l'ainour. » Il poursuit le cours de ses réflexions, et il lui semble que les mots de Flaiienca répondent mieux aux siens que si lui-même Ls avait imaginés ; il en conclut qu'elle lui veut quelque bien. ( V. 4873. ) Le jeudi des Bogalions à tierce, Guillaume en donnant la paix dit à Flamenca : « D'amour *, et s'éloigna. Archaoïbaut i Ces derniers mois se rapportent à Guillaume. - 359 - sortit le premier du moulicr; après dincr il partit, non pas pour son plaisir , croyez - le bien , mais parce qu'il lui survint un messa;:e qui l'appela au dehors pour toute la journée. (V. 4887.) Flamenca était couchée dans son lit, pensive plus que d'or- dinaire et presque affligée : < Dame, où en ètes-vous ? lui dit Marguerite. Ne disiez-vous pas quaujourd'hui vous sauriez s'il a entendu la réponse que je vous ai suggérée, celui qui l'autre Jour vous a parlé? — Ah! ma douce amie, vous ne le (ievineriez jamais ; c'est tout autre chose que ce que vous croyez ! c'est d'amour <|u'il est blessé, d'amour qu'il se meurt, d'amour qu'il se plaint. Vit-on jamais un étranger venir ainsi se plaindre d'amour à une dame qu'il ne connaît pas : — Eh ! madame, s'écrie Alis, de quel mal pensiez-vous donc qu'il vint se plaindre? Apparemment , si on l'avait battu ou volé , il ne serait pas venu se réclamer de vous. Je vous le disais bien, qu'il ne fallait point douter de son amour. Mais songez à votre réponse!— Amie, ce ne sera pas long. Pour qui? vais-jc lui demander , et lorsque je saurai pour qui est son amour, comme je sais de quoi il souffre, plus que jamais j'aurai besoin de conseil. — Bon conseil, reprit Alis , n'a jamais fait défaut à un couple aussi pénétré des mêmes désirs. R ( V. 4031). ) Le dimanche, an moinciit do prcniiro la paix, Flamenca demanda :< Pourq'n .» Ces iiio's ploiip'rMcnt (iuiîiai.ino dans lelonnement. « I^eau siro i;i ii, se (li .. . . Flamenca , sorpii»e d'être si tôt requise d'amour, prend conseil de ses damoiselles : « Que dirai-je plus maintenant ? c'est demain qu'il me faudra répondre, et si le jeu vient à manquer de mon côté, ce sera peu honorable pour moi. — Dame, répond Marguerite, si vous vouliez tant faire que de nous ouvrir votre cœur , nous vous en saurions mieux conseiller. Mais, quoique vous fassiez, vous ne souffrirez pas qu'un galant homme, à qui Amour vous destine , vous aime et vous fasse la cour en vain. Vous devriez vous montrer bien* veillante , à l'égard de celui qui s'emploie avec tant de cœur à votre délivrance. — Dame, reprit Alis, trop attendre donne l'éveil aux traîtres, et de belles paroles sans effet refroidissent le cœur le mieux disposé. Aussi , mon avis est que vous ne lu celiez plus votre cœur : faites lui savoir que vous accueillezson amour. Il est si habile et si fin qu'il saura bien vous garder en même temps que lui-même, de façon que personne ne soup- çonne votre amour. Je vous dis que lorsque vous serez unis, il n'y aura au monde si beau couple, sans excepter le soleil el la lune : il est soleil, et vous soleille. Pour Dieu ! n'allez pas défaire ce qu'Amour a fait! répondez-lui par un mot ambigu qui mêle la crainte à son amour ^ — Belle amie, s'il vous sem- ble bon. je lui demanderai : Qu'en puis-je ? Car ce mot est couvert, et ne dit ni que je l'aime, ni qu'il lui faut désespérer. -^ Ah ! madame, s'écrie Marguerite, ne l'oubliez pas, ce mot, c'est le meilleur de tous ! » ( V. 6037. ) 4 C*est l'application de la théorie exposée plat haut, p. 35), (t. 4S48SS.) - 3C1 - En effet, le lendemain Flamenca dit : « Qu'm puis-je ? — Voilà un mot, se dit Gn llaurae, qui d'une part me fait espérer, €t qui de Tautre m'effraie. Qu'en puis-je"! cela ne me fait ni bien ni mal ! Qu'en puis- je? c'est ne dire ni oui ni non. Toute- fois, il me semble que c'est plutôt oui que non. Comme elle a bien su trouver un mot ambigu ! Vraiment c'est une dame royale, et qui a (a riposte prompte et habile. Beau sire Dieu ! ' je vous jure sur les apôtres et les prophètes que je consacrerai à bâtir des églises et des ponts la rente que j'ai en France, pourvu que vous me laissiez avoir ma dame, de son plein gré toutefois, car autrement je ne voudrais ni elle, ni tout ce que vous possédez, fusiiez-vous |»lus riche deux et trois fois que vous n'êtes. » ( V. 5071 ). . . A l'octave de la Pentecôte on célébra la fête de l'apôtre saint Barnabe ^ , petite fête, pour laquelle Flamenca n'eût pas mis le pied dehors plus que pour un simple martyr non fétc, si elle n'avait coïncidé avec un dimanche. Ce jour-là Guil- laume répondit à sa dame : < Guérir. » Flamenca réfléchit : « Comment puis-je guérir les maux d'autrui?» se dit-elle; et n'en voyant pas le moyen , elle consulte ses damoiselles qui rengagent ù répondre : Commenta et dit jiussitôt : « Tout va bien ! tien n'était plus à propos que cet ^lernuement ^ ! — Dieu te bénisse , répond Flamenca , pour tes aimables encouragements; de toutes parts tu m'apportes d(^s consolations. Et, puisque vous le voulez, puisque vos conseils sont sincères, je les suivrai; mais répondre ainsi, c est agréer son amour, et je ne sais s'il n'y a point déshonneur à y consentir aussi facilement? — Dame, reprend Alis, il n'y a {M)iut déshonneur dès qu'Amour le veut ; si , ne l'aimant pas, vous suiviez notre conseil, ce ne serait pas trop bien de votre part, mais là où Amour tient les rênes, la folie donne au sens une vigueur nol^•elle. ' » ( V. 5267 J . . . Le jeudi suivant on célébra la passion de deux glorieux apôtres qui tiennent au ciel la première |)lace après monsei- 1 Proverbe encore usité en Provence : Qui non fa quan pou non fa pas quand voii. ( Im Bugadoj p. 81. ) 2 Alis considère réleniuemenl comme étant d'un bon augure, superstition qui n'est pas encore tout à fait pashéc de mode. 3 C'est de ni^ine que Pcire Raimon de Toulouse a dit : Quar ben conosc per usatge Que lai on A mors s'enten Val fonda tz en luec de sen. ( Âîretii cum; Rnynouard, Choix, III, 128; Mahn, Werkeh ^37.) On lit dans Le livre des Proverbes français , Il , 292 : o En amour est folie et sens», oiï il faut à mon avis supprimer la conjonction, et comprendre : En amour la folie o^t sens.» \ - 364 — gneur Saint-Michel. ^ Ce jour-là Flamenca raffermit les espé- rances de Guillaume en lui découvrant son amour à l'heure où il se présenta ^. Elle lui (il même un courtois présent plein d'amour et de délicatesse, car elle découvrit plus que d'ordi- naire son visage, et le regarda en face plus longuement aussi, Jusqu'à ce qu'il se fù( retiré. ( V. 6289 ) . . . Guillaume, plein de joieet certain du succès, invita ses hôtes à sa table; il se sentait mieux , disait-il, et n'avait plus besoin de rester seul comme devant. Le premier jour qu'il vit sa dame : «Je l'ai pris » ( pi^es Tai ), lui dit-il , et celle-ci tout émerveillée le resarde tendrement : leurs yeux se rencontrèrent et leurs cœurs s'embrassèrent. . . < Se peut-il donc, disait Flamenca, qu'en trois jours il ail ima^^iné un moyen pour que je sois à portée de le guérir •. Que j'ai eu peu de foi ! c'était péché d'en douter. . . Je pro- mets devaut Dieu que s'il peut faire en sorte que nous soyons unis, je veux être sienne à tout jamais. Seul il a voulu me secourir, seul il aura mon amour. . . Les cfievaliers de mon pays ne sont guère aimables ! Pendant deux années entières j'ai vécu dans l'angoisse et aucun n'a paru s'en soucier ; et ceux de cette contrée qui voient comme on m'enterre toute* vive n'osent, ne veulent ni ne daignent venir à moi ; \h au- ront peine à mériter le renom de courtois , eux qui laissent ainsi dépérir une pauvre étrangère ! . . . Celui-là au contraire a droit à tout mon amour, qui pour moi met sa vie en péril. Mais Dieu, qui jusqu'ici l'a protégé, le protégera encore, car je l'en prierai de bon cœur, et il m'exaucera, sachant l'extrémité où je suis réduite. > ( Y. 5369. ) Telles étaient ses pensées à l'église. Après la messe, ils ren- 4 Saint-Pierre et Saint-Paul, le 29 juin. 2 En lai disant : a Prends-le o [ Tengln, le moyen ). 3 On a vu p. 361 (v. 5099) que la réponse de Guillaume à Pane des questions de Flamenca éU\i «guérir». - 305 - Ircnt a h maison, et dès que le jaloux marri, ou si vous voulez le mari jaloui, fut sorti de la tour : « Damoisellcs, dit Fla- menca, vos exhortations ont tant fait que mon cœur n'est pas trop éloigné Je Faimer. Il m'a dit qu'il a pris engin « mais je ne sais encore lequel. — Dame, répond Alis, nous remer- cions Dieu de ce que vous voulez bien vous en remettre à nous, car si l'événement vous est favorable, c'est nous qui vous l'au- rons procuré , et s'il en est autrement , toute la faute sera nôtre; et chacune de nousse laisserait justicier plutôt que de vous attirer quelque blâme. Mais Dieu, qui sait les traitements injustes qu'on vous fait endurer, vous gardera de tout mai et vous enverra tout bien. Que seulement vous aimiez loyalement, et tout sera pour le mieux. Et puisqu'il vous a dit qu'il prendra engin, demandez-lui, s'il vous fihii : Et quel 1 ^i si le moyen vous agrée, vous n'en serez que plus encouragée a consentir à tout. > Marguerite ne put se tenir de parler : c Mille fois plus grand doit être voire désir que le sien, ma- dame, et en voici la raison : il n'a qu'une prison , que votre amour vient égayer, vous au contraire vous êtes sous le coup d'une double contrainte : d'une part c'est le mari jaloux qui toute la journée gronde et menace , et n'a jamais pour vous un mot agréable , de l'autre c'est le désir de faire ce que veulent beauté^ honneur, joie, prière, jeunesse; et ne pou- vant suivre votre penchant vous vous tenez pour prisonnière. . . Pour lui, au contraire, tout marche à souhait, vous seule lui manquez. . . Et ainsi je prouve que sa guérison vous sera un plus grand remède qu'à lui-même par la raison que vous serez guérie d'un double mal. i (V. 5442 ) . . . AU huitième jour Flamenca demanda : < Et quel ?» et huit jours après Guillaume répondit : t Vous irez » ( iretz ), mais sans direoù. Aussi, le jour de la Madeleine ^ , Flamenca dit-elle : c Et oà ? > et le lendemain Guillaume répondit :€ Aux bains.* i 22 juillet. — :jC() — Elle comprit alors qu*il devait avoir imaginé (|ucl<]ue moyen pour la venir trouver dans les bains, et pria Dieu et les saints qu*il n en rejaillit sur elle aucun déshonneur ^ ( V. 5477. ) < Voilà de bonnes nouvelles, dirent les jeunes filles lors- qu'elles furent informées de la réponse de Guillaume ; mais quand irons nous aux bains? Il nous tarde d'y être. — Voulez- vous donc que je lui demande quand ? — Oui , madame^ car sachant le lieu, nous sommes impatientes de connaître le jour. — Vous ne lejserez pas longtemps , car mardi je puis le deman- der ;|c*e5t la fête de Sainl-Jacques de Composlelle. *» (V.5489.) Ce jour donc Flamenca demanda : « Quatïdl > Grande fut la joie de Guillaume , et certes il n eut pas été en peine de répondre y. 'mais il se fût laissé tondre en croix ^ , eu brûler avec un fer chaud avant de prononcer un seul mot. Cinq jours après il répondit : « Bientôt » * . ( V. 5502) Flamenca expose son trouble à ses damoiselles : Peur, ver- gogne, amour la tirent en sens contraires; son mari peut la faire brûler irive ; en outre , elle craint le blâme du monde ; Mais Amour lui dit que vergogne et peur n'ont jamais fait un cœur vaillant, et qu'on n'est pas un véritable amant si par eux on se laisse détourner de satisfaire son cœur, c Amour est sei- gneur ^ et roi; il veut que tous lui paient tribut, et jusqu'ici je n'en ai rien fait. S'il perd en moi son fief, ce sera pour lui un aiïrout, pour moi un grand dommage, carie fief est confisqué 4 Plus exactement: a que cela ue lui soit point reproché^ }\ c. àd. que le fait ne se découvre pas. 2 25 juillet. 3 Peine appliquée aux larrons, voy., Du Gange, éd. Ilenschel, TONDERE IN CRUGEM, VI, 604, C. 4 Jorn breu e gm; m. à m. : o jour prochain et agréable. » 5 11 y a dans le texte «dame et reine» (v. 5573], parce qu'en provençal, comme en français jusqu'à la fjn du XVIl^ siècle, Amour fst féminin. — 367 - si le cens n'est pas rendu a temps. Puis qu'Amour s'^îst logé en moi, je ne sais comment le déloger ' , car c'est comme suze- rain qu'il réclame son droit de gite. II m'a envoyé un courtois messager afin d'éprouver mes dispositions. Me voyant si gra- cieusement requise y et sachant qu'il jie demande que son droit , j'ai peur, si je le rebute, d'attirer quelque malheur sur ma tête. La faute est plus grande pour celui qui est instruit de ce qu'il doit faire que pour celui qui ne l'est pas. Et je sais de science certaine qu'Amour a un droit sur les dames, sur toutes et non pas seulement sur une; à treize ans il commence à le réclamer, et si à seize ans elle ne Ta pas encore acquittée elle perd le fief , à moins qu'Amour veuille bien renoncer à son droit. Mais si la vingt-unième année arrive sans qu'il en ait été payé au moins une partie , la dame négligente n'aura jamais plus un fief entier, mais, comme uo soldat mercenaire, elle sera reléguée avec la foule et devra s'estimer heureuse si ou daigne lui parler. Aussi toute dame se doit elle bien garder d'orgueil pendant qu'il en est temps, car si une fois elle faillit ^ , elle peut à d'autres égards regagner ce qu'elle a perdu, mais elle i:c saura tant faire que beauté et jeunesse lui reviennent. . . . Alors les soupirs l'oppressent, souvent elle sanglolte, le cœur lui manque, elle n'attend plus d'autre remède que la mort... Amour, que vos traits sont douloureux! jamais je n'aurais^ soupçonné qu'aimer lit tant souffrir; mais, puisque je suis à votre merci, il ne me- reste qu'à vous recevoir. Entrez dans cette demeure qui est vôtre : mon cœur sera votre chambre , rien ne fera obstacle à vos volontés, car je suis toute a vous ; A L'idée d'Amour venant prendre logis ( alberc ) dans un cœur est fréijuente chez les troubadours. On la trouve aussi dans Pétrarque : « Mentre Amor nel mio albergo a sdegno s'ebbe. (Canz. I, V. 6.) 2 II est bien entendu que a faillir» (fMScabar) veutdire ici résîs^^** à rameur. — 368 — et ù celui qui viendra réclamer ce que je tieus ^e vous en com- mande Je répondrai sans hésiter : c De grand cœur.» (V. SCSO.) A ces mots elle s'évanouit et resta sans connaissance jusqu'au retour d'Archambaut. . . «Madame! voici monseigneur,» s'écria Aiis , craignant qu'à son réveil elle laissât échapper quelque parole compromettante. Elle cria si fort que Flamenca reprit ses sens, mais avant d'ouvrir la bouche elle prépara la réponse qu'elle ferait à son mari lorsqu'il viendrait lui demander : « Dame, comment vous trouvez-vous ?» Le jaloux est tout en émoi : il apporte de leau fraîche et lui en jette sur la face, elle ouvrit les yeux, regarda au ciel et soupira longuement. « Dame, qu'éprouvez-vous?» demande Archamhaut — •Sei- gneur, j'ai au cœur une goutte qui me tue; j'en mouri'ai si la médecine ne vient à mon aide. — Dame , je crois que si ^ous preniez chaque jour rien qu'un peu de noix muscode, vous vous en trouveriez bien. — Beau seigneur, je me suis déjà ressenti autrefois de cett ( V. 5775. ) Les damoisellcs étaient déjà levées et habillées; elles prirent les bassins, les onguents et toutes leurs affaires. . . Archam- baut sortit de la tour non sans quelque ennui, conduisant par le bras sa femme à son amant. . . Après avoir fureté sans rien trouver dans tous les coins des bains, il s'en alla, fermant rhuis , et emportant la clé avec lui. Aussitôt les jeunes Glles barrèrent la porte en dedans; puis, se regardant Tune l'autre : < Dame, que ferons-nous ? disent-elles, nous ne savons par où ni comment entrera celui vous a donné rendez- vous ici. — Ni moi non plus , répond Flamenca , je ne vois rien de changé dans l'aspect des lieux ; et cependant croyez bien que je ne vais pas me déshabiller, car je ne suis point venu ici pour me bai- gner, mais pour parler avec lui. » (V. 5811.) Sur ces entrefaites , voilà qu'elles entendent d'un certain côté un peu de bruit ; chacune comprit bien que c'était celui 1 Mot à mot : « 11 nxc plait. p - 370 - qu'elles atlcndaieiU. . . Eu effet, Guillaume souleva la pieire et apparut. . . Il tenait à la main une chandelle; sa chemise et ses braies étaient en fine toile de Reims , il avaitun bliaut d'une étoffe précieuse, bien taillé, froncé en certains endroits et ajusté en d'autres. . . Ses chausses, en soie brochée de fleurs, lui allaient si bien qu'on eût dit qu'il était né avec. Il portail une calotte en toile, cousue de soie et mouchetée, non pour cacher sa couronne , mais afin de garantir ses cheveux de la chaux avec laquelle était maçonné le passage. Amour lui avait donné un peu de son teint ^ , mais il n'en était que plus beau. II s'agenouilla devant sa*dame et lui dit : < Dame, que celui qui vous créa, et voulut que vous fussiez sans égale pour la beauté et la courtoisie, vous sau<'e, vous et les vôtres! » Et il s'in- clina jusqu'à ses pieds. < Beau sire, répondit Flamenca , que celui qui onques ne mentit ^ et voulut que vous fussiez ici, vous sauve, vous protège et vous laisse accomplir votre désir. — Douce dame, tout mon désir, ma pensée, mon inquiétude, c'est vous à qui je me suis donné ; et si vous m'octroyez ce don, tous mes désirs seront accomplis. — Beau sire, puisque Dieu m*a accordé que nous fussions réunis, vous n'aurez pas a vous plaindre de moi. Je vous vois si beau , si aimable , si courtois, si adroit, que depuis longtemps mon cœur est à vous» . . . Maintenant Ârchambaut peut bien danser aux rondes sous le frêne, Flamenca ne se privera pas pour lui de faire un ami. Guillaume la serre dans se» bras, la couvre de baisers. Je sou- haite un bonheur égal à nos amis, en attendant qu'ils aient mieux. «Ma dame, dit-il, s'il vous plaisait, nous pourrions , 4 L*auteur veut dire sans doute que Guillaume était pâle; cf. V. 3039-40, et p. 330. i Expression proverbiale bien fréquente en français : Gerars, biau frère, pour Diu qui ne menti. ( ïluon de Bordeaux, v. 585, cf. ibid, 1509, SOU, 2l7(i, 2183, ulc.) — 371 - par une voie nouvelle faite à votre intention et sûre à tous égards, nous rendre dans la chambre d'où maintes fois j'ai aperçu la tour où vous habitez. — Bel ami, comme il vous plaira, j'irai où vous me direz, bien certaine que vous me ramènerez ici en toute sécurité. Guidez-nous et que la fortune nous soit favorable ! > ( Y. 5895. ) Guillaume s'engagea le premier dans le souterrain. Des chan- delles ardentes éclairaient la voie; la chambre où ils arrivèrent était richement garnie de tapis, de banquettes, de précieuses étoffes, de verdure. ^ Guillaume et Flamenca s'assirent sur uo lit peu peu élevé tandis que Marguerite et Alis se plaçaient sur des coussins. Guillaume leur lit bon accueil... Puis, s'adrossant a Flamenca : « Douce dame, lui dit-il, longtemps j'ai souffert pour vous nn grief martyre, mais maintenant que nous voici rapprochés, je vous en sais gré. Vous ignorez qui je suis, sinon qu'Amour vous disait que j'étais votre homme. — Beau sire , je sais que vous êtes homme de haut parage ; je le reconnais au caractère chevaleresque que vous avez montré en voulant être mon ami; moins preux et moins élevé ' vous n'eussiez point pensé à moi. » Guillaume lui conta donc qui il étaitj, comment il vint, de quelle façon il se comporta depuis son arrivée à Bourbon. Quant elle sut quel homme était Guillaume, son cœur fut inondé de joie : elle se jeta dans ses bras, le baisant avec effusion. Ils se prodiguent de mutuelles caresses, s'abandonnant l'un à l'autre sans réserve, chacun s'efforce de récompenser l'autre des maux cuisants , des longs désirs qu'il a soufferts. . . C'étaient de vrais amants : on en trouverait peu maintenant de semblables; et cependant j'e^ 4 Voy. la note 3 de la page 288. 2 Pros e rici, deux expressions qui n*ont pas leur équivalent exact en françiis . pros marque la distinction personnelle , ries celle qa*on lient de la naissance et de la fortune. — 372 -- commis au moins un qui les vaudrait bieu, pour pou qu^il Irouvâl bonne compagni:; ! (V. 5964.) Guillaume ne se montra point trop impatient : il sut se contenter des (iueurs que sa dame lui accordait, cl Tenlrcvue se passa en baisers, en caresses cl en ces jeux qu'Amour en- seigne à ceux chez qui il reconnaît un sentiment délicat. Ils repassaient les mois qu'ils avaient échangés, et leur plaisir élait si vif quo la bouche ne saurait l'exprimer ni l'esprit l'imaginer.» (V. 5982).... Les damoisellcs ne furent pas oubliées ; Guillaume les pria gracieusement de lui conserver un souvenir, et leur donna par courtoisie des cordelières, des diadèmes, des rubans, des bracelets, des agrafes , des anneaux, des sachets pleins de musc et d'autres bijoux encore. Elles le remercièrent en disant : € Tonte notre envie, seigneur, esl de. vous honorer et de vous complaire. » Au départir Guillaume pleura, il lui semblait qu'il ne la reverrait plus ; mais bien qu contraire il la verra sous peu, car Flamenca retournera aux bains aulant de fois qu'i| lui plaira. Souvent elle fera la malade, car c'est une maladie qui lui plait, qui lui réjouit le cœur. Quatre fois la semaine, au moins, si faire se peut, elle ira aux bains, et plus volontiers qu'à ré^'lise. Ils pleuraient tous deux, mêlant les larmes qui leur venaient du cœur. (V. 0012) Guillaume se décida enfln à soulever la dalle qui couvrait le passage. Flamenca ne resta que le temps de se mouiller un peu le front, et aussitôt Marguerite sonna et le jaloux accourut si vite qu'il en faillit cheoir au milieu du chemin. Il ouvrit la porte tout essoufflé, c Savez-voiis, seigneur, que les bains ont 4 Expression empruntée à Isaïe, 64, 4, (cf. J Cor. ii, 9), et d'un usage fréquent dans la poésie du moyen-âge ; par ex. Hugues Brunet (Raynouard, Choix III, 34"6) : Que cors non pot pensar ni boca dire L'anior «[ueill teingni la fin'aiyistansa. — 373 — • une grande verUi ? lui dit Flamenca ;.ils me guériront, sijcn use, car déjà je rae sens un peu mieux; mais, selon les écriteaux qui y sont placés, une seule fois ne sert de rien, tandis qu'ils sont très efficaces lorsqu'on les prend en nombre égal à celui des jours où on a souffert. — • Eli donc! baignez-vous y chaque matin, si c'est votre plaisir; je laisse cela à votre convenance. — Seigneifr, ditAlis, les bains sontbien nécessaires à madame, car on ne saurait dire les élancements , les douleurs , les an- goisses quelle a soufferts aujourd'hui. Un instant nous avons craint pour ses jours , mais, Dieu merci ! nous voyons bien maintenant qu'avec les eaux elle se remettra. Il n'y a que cela qui puisse lui faire du bien. » (V. 6077.) Flamenca se coucha comme pour reposer, mais elle ne dor- mit guère , car la joie d'amour le lui défendajt. « Dame , lui dit en riant Alis, dinerez-vous ? — N'ai-je pas assez mangé et bu, répondit-elle le cœur joyeux , quand aujourd'hui j'ai tenu mon ami entre mes bras? Et penses-tu donc qu'en Paradis on ait faim? C'est pour moi un festin magniQque que le souvenir des regards pleins de douceur et d'amour de mon ami ; mon cœur est alors inondé d'une (élicité délicieuse qui me fait plus de bien que la manne du ciel aux fils d'Israël errant dans le désert. Mon cœur ne sufGt plus à contenir la joie que je sens, et je n'ai plus faim que de revoir celui que j'aime. » (V. G105.) Sur ces entrefaites le jaloux rentra et dit : c Dame , il est bien temps de dîner s'il vous plait. — Beau sire , ne me dites pas cela; je vous en prie, ne me pressez pas de manger, mais vous-même, mangez si vous en avez envie. » Sur quoi il sortit , maudissant l'heure où il s'était marié, car depuis lors il n'avait point eu un jour heureux. C'est là ce que lui valait sa jalousie. Moins jalouXy en effet, il n'eût point été si inquiet, et sa fen^- me non plu^ n'eût pas eu besoin de feindre une maladie, puisqu'elle aurait été libre de faire à sa volonté, et ainsi chacun eût été content. ( V^. 6121 ) . . . Flamenca, le cœurjnondéde joie, s'endormit. Elle songea - 374 — que Guillaume la priait jusqu'au moment où Arciiam- haut rentra. Aussitôt Alis la réveille : c Dame, ne parlez plus de votre ami, mais levez-vous ! Monseigneur est à la porte, en grand souci de vous. — Amie, va lui dire qu'il n'entre pas , que je repose. »La jeune fille ne s'en fait pas prier : elle va au devant d'Archambaut et lui dit : c Seigneur, seigneur, n'entrez pas I Madame dort, vous reviendrez ce soir quand elle sera reposée, car maintenant elle ^est très agitée; il ne faut pas lui faire de bruit, mais tenez bien la porte fermée. — Vous parlez sagement, répond Arthambaut, puisse le sommeil lui apporter quelque soulagement! — Oui, seigneur, mais allez toujours, c'est pour son bien; elle dormira un peu plus et ensuite l'ap'^ petit sera meilleur. — C'est vrai, » dit le vieux qu'Alis amuse et finit par faire partir. Flamenca rit bien de cette conversa- tion, et, faisant asseoir la jeune fille auprès d'elle : < Aiis, dis^* moi, que te semble de mon ami? — M'en cpoirez-vous, madame? — Oui sans doute. -- Eh bien ! je vous dis qu'il est beau, qu'il est bon, qu'enfin il est digne de vous. — Amie, reprit Flamenca en l'attirant doucement à elle, il est bien vrai qu'il n'y a au monde homme de sa valeur. Mais les jours me seront des années avant que je sois près de lui ! Toutefois, cest pour moi un grand bien que d'avoir à qui parler de lui. — Douce dame , parlez franchement, vous souvient-il comme il vous embrasse , eomme il vous presse doucement , que! charmant accueil il vous fî\it, et comme ses yeux brillent d'amour ! — S'il m'en souvient ! oui par Dieu ! El de quoi me souviendrait-il donc? Pour lui, je n'ai que faire de trancher un jonc à la Saint-Jean pour voir si nous aimons d'une ardeur égale. Nous sommes parvenus au suprême degré de l'amour, un même trait nous a frappés. Notre amour ne saurait croître, pas plus que diminuer , mais il peut encore s'affirmer par les actes pour mieux montrer qu'un seul cœur nous unit, il est mou ami, et je suis sa mie; il n'y a entre nous ni si ni mais^ il peut faire de moi à son gré sans que jamais je m'en défende. . . — 373 - Car c*esi tromperie cl tricherie que refuser à sou ami ce qu'il désire le plus. De là naissent courroux^ rancunes, soupçons , et le vilain mol qui s'appelle non; mais s'il plail a Dieu, il n'aura pas cours entre nous ! . . . Il y a telles qui font languir leur amant avec leur « non > ; on vante leur chasteté, leur pureté , mais maudite soit la dame dont la bouche refuse ce que le cœur a accordé ! Croyez bien, belles filles, que je ne veux pas être de celles-là ; tout au contraire, je vous dis que je ne crois pas pouvoir faire assez pour récompenser, même à demi , mon beau chevalier des peines qu'il a endurées pour moi . . . Elle est bien tière la dame qui se montre chiche de faveurs envers son ami ; le bien qu'elle peut lui faire est peu de chose en regard des maux que son ami a soufierts. Un jour elle regrellera de n'avoir pas su dire oui. D'autre part, il est vrai qu'on peut être trop courtois; par exemple si après avoir de- mandé une faveur à sa dame on atlent qu'elle vous somme de la prendre : quand le lieu et l'occasion le permettent, il faut prendre hardiment ce qu'elle ne donne ni ne refuse ^ > et en- suite faire sa paix avec elle par l'intermédiaire d'une dame ou d'une damoiselle également bien disposée pour l'un et pour Tautre . Eh quoi ! une dame verrait son ami mourir pour elle et ne lui tendrait seulement pas la main! Certes, on la devrait pendre par le col, comme un larron. . . C'est pour son mal- heur qu'elle s'est vue belle la dame qui esl sans merci, car beauté passe et merci dure. Ovide l'a dit ^ : Un jour viendra où celle qui maintenant fait parade de son indifférence , vieille i nia licet non det, non data sume tamen. ( Art, am, I, 664. ) 2 Tempus erit quo ta, qnae nunc excladis amantem, Frigida déserta nocte jacebis anus, Nec tua frangetur nocturna janua rixa, Sparsa nec invenies limina mane rosa. ( Art. am. 111, 69-72.) — 376 - et glacée, dormira seule, et celle à la porte do qui on portait, la nuit, des bouqi.ets de roses pour qu'elle les trouvât au ma- tin, ne trouvera personne qui, pour rien qu'elle puisse dire, consente à rapprocher. . . Dame est plus vite passée que rose ni rosée ! Aussi pèche-t-elle quand elle repousse son ami, quand par crainte de la médisance elle ne craint pas de faillir envers lui. Un bon ami ferait plus pour sa bonne amie que tous les autres hommes du monde, si bien disposés qu'on Ie3 imagine. Si présentement on voulait me faire mourir, mon doux ami se laisserait tuer plutôt que de permettre qu'il m'arrivàt honte ou dommage. Elle est donc aussi dénuée de raison qu'un enfant la dame que les clabaudages des envieux empêchent d'aimer celui qui pour elle ferait tout. Il faut qu'une dame s'arme de hardiesse contre la médisance. Qu'elle la laisse crier et agisse nson gré ! C'est ainsi qu'on en triomphe. Et quand on aime loyalement on doit prendre son parti d'avoir tout le monde contre soi pourvu qu'on puisse un jour tenir entre ses bras l'objet aimé. Voilà mon sentiment ! > (V. 6319) . . . Guillaume, au comble de la joie, ne se leva pa^de la jour- née , et ne voulut voir personne de peur d'être distrait de ses pensées. Il fit dire par son hôte à dom Justin qu'il ne se sen- tait pas bien, car sou mal l'avait obligé à garder le lit, et qu'il le priait de chercher un autre clerc; que toutefois il ne laissât pas de venir comme à l'ordinaire prendre ses repas chez lui. (V. 63i3)... Le jeudi matin. Flamenca appela son mari : < Seigneur, que ferez-vous ? Allez-vous aux bains, ou restez-vous ? Pour moi je ne puis m'en passer, car ce rhumatisme veut me tuer. Ue la nuit je n'ai fermé l'œil. — Si Dieu m'aide, dit le jaloux, j'ai bien vu que vous avez mal reposé. Aussi, à mon -avis, devriez- vous manger un peu avant de sortir. — Beau sire, ne m'en parlez pas : je sais que cela me ferait mal; vers midi je dînerai, au sortir du bain. — Allons y donc, puisque vous le désirez si fort. » Archambaut revêtit une simarre dure et grossière, cl, — 377 - tout déckaussé, il se dirigea vers les baios. II ne remarqua point qu'on y eût rien dérangé, se retira non sans peine, et y selon sa coutume, ferma bien la porte. A leur tour les damoiselles eurent soin de la bien clore en dedans. Peu après entra Guillaume, couvert (Fun vêtement de pourpre parsemé d'étoiles d'or. Il salua le premier sa dame qui venait à lui : < Ami, dit-elle, vous de qui je liens mon cœur et tout ce que je possède * , soyez le bien venu ! — Douce dame, de qui je suis l'homme, puisse Notre Seigneur vous donner toutes les joies que vous désirez. > Et se jetant dans les bras l'un de l'autre, ils s'embrassèrent étroitement. ( V. 6394. ) Ils ne restèrent pas longtemps aux bains, mais se rendirent dans la chambre où l'autre jour ils s'étaient reposés . . . Guil* lautne paraissait préoccupé; Flamenca s'en aperçut: c Bel omi, lui dit-elle, à quoi songez-vous ? — Ma douce dame, s'il vous plait, je vous prierai d'une chose à laquelle j'ai pensé celte nuil. — Ami, dites tout ce que vous voudrez, et ne crai- gnez point que rien de ce que vous désirez puisse me déplaire... — Ma bien aimée, j'ai deux cousins, Othon et Glari,qui m'ac- compagnent pour être un jour adoubés chevaliers. Ils sont ri- ches honîmes ^ et de haut parage , et je voudrais bien qu'il leur fut donné d'apprécier votre grâce; mon bonheur en serait plus complet. J'ai souffert mainte inquiétude, mainte angoisse, que personne, ni vous ni eux, ne soupçonnait^ et puisque Dieu veut présentement que je sois plus heureux que par le passé, puisque tout devient pour moi joie et bien, je voudrais que chacun eût part à notre bonheur. Mes damoiseaux sont jeunes» courtois, habiles, bons et beaux, telles sont aussi vos damoi- i C'est la formule féodale: Flamenca fait hommage de son cœur comme d*un fief, et Guillaume suit dans sa réponse le môme ordre d'idées. 2 Voy. la noie 4 de la page Î69. 26 — 378 - moiselles ; auprès d'elles ils auraient à qui parler; et si le cœur leur disait de s*cntr*aimer , ils nous en aimeraient davantage vous et moi. — Beau doux ami , je le veux bien. > Alors Guillaume ouvrit la porte et lit entrer ses deux écuyers. Ceux-ci à la vue de la dame furent émerveillés, et se crurent enchantés lorsqu'ils aperçurent les jeunes filles. Ils s'agenouil- lèrent prestement', disant chacun : < Dame, je suis prêt à accomplir vos ordres ; vous avez en nous deux écuyers. > (V. 6450.) Flamenca leur fit un gracieux accueil et les salua cour- toisement; de sa main nue elle les releva, et dit à ses pucelles: c Venez l'une et l'autre; voici deux jeunes gens, et vous êtes deux, je veux que chacune ait le sien. Qu'on ne se fasse pas prier! c'est moi qui vous en prie, qui vous dis, qui vous com- mande de faire tout ce qu'ils voudront. Allez dans les bains, le plaisir vous y attend. — Dame, nous acceptons l'élrenne, > di- sent-elles, et chacune emmène le sien : Alis choisit Othon , et Marguerite eut Glari . Ils s'en vont dans les bains; il y a là de jolies chambres d'où Alis et Marguerite pourront bien ne pas sortir comme elles y sont entrées, si elles le veulent bien, car jeunesse et amour les invkent à leurs jeux ; et puisque l'occa- sion est si belle, ce serait grand dommage de refuser. . . Quoi- qu'il en soit, elles y gagnèrent des amis bons et courtois. Ceux-ci prirent l'engagement d'clre toujours fidèles; devenus chevaliers, ils n'aimeront point d'autres danses ; comme aussi, lorsqu'elles seront dames, elles n'auront point d'autres chevaliers. Ainsi le bonheur sera complet de part et d'autre. (V. 6490.) De son côté Guillaume joua de sou mieux et trouva, je vous assure , le partenaire qui lui convenait Quand il fallut se séparer, Guillaume appela ses écuyers et les jeunes filles. Celles-ci , les yeux humides de larmes, le remercièrent du bonheur qu'elles avaient éprouvé en compagnie de ses damoi- seaux. Désormais le temps des soucis et des. tristesses est passé ; il ne leur souvient plus de la prison où le jaloux les a — 379 - \ainement tenues , puisque de là est résulté pour elles joie el bien. (V. 6654.) Ainsi se passèrent quatre mois, depuis août jusqu'à la Saint-André *. Mais alors, Dieu merci ! Flamenca était deve- nue si heureuse , si gaie , et en même temps sa valeur s'était si fort accrue qu'elle se souciait d'Archambaut comme de rien, et qu'elle ne se levait même plus lorsqu'il entrait. Il s'aperçut bien de ce changement, mais il n'en savait deviner la cause. Jl eut un jour à ce sujet un entrelien avec elle : t Dame lui dit-il , il parait que vous ne faites guère état de moi ; vous êtes devenue bien fière à mon égard , et je ne sais pourquoi. — Beau sire, répondit Flamenca, qui nous a conjoints a fait grand péché , car , du moment que j'ai été à vous , votre mérite n'a fait que décroître , vous qui valiez tant que vous étiez renommé en tous lieux ! Dieu et le monde vous aimaient; au lieu que maintenant vous êtes devenu si jaloux que vous m'avez fait mourir, et vous du même coup. Mais je suis prêle à faire avec vous une bonne convention : en présence de mes damoiselles, je jurerai sur saints de me garder à tout jamais aussi bien que vous m'avez gardée jusqu'ici. S'il vous plait prenez-en la paumée *. (V. 6689) 3 mais qu'avec les dames elle (Flamenca) se rende au mou- tier. Que l'on sonne le bourdon pour les chevaliers, la grosse cloche pour les bourgeois, la clochette pour les 4 30 novembre. t La palmada, coup frappé dans la main, qui était la consécration d»un marché; voy. Du Cange Palmata 2, éd. Henschel V, 42, b. 3 II manque ici un feuillel. Toutefois la suite des faits se conçoit aisément : Archamb.iut accepte les conventions proposées par sa femme , il lui donne la liberté sur la foi d'un serment rendu illusoire par les termes mêmes dans lesquels il est prêté, il convoque ses vassaux et leur fait diverses communications dont on va voir le détail — 380 — paysans ; et après que chacun aura été convoqué , que per- sonne n'ose se mettre en place d'une année '. Je veux que la coutume vous plaise, et que tous ensemble vous me Toctroyez. » Et tous de s*écricr d'une seule voix : < Oui ! nous la vouions et toujours nous la maintiendrons. — Ce n'est pas tout, reprend Archambaut : au temps de Pâques , à la belle saison, je veux tenir ici un tournois, et j'y aurai, si je puis, le roi et les barons de tout le royaume, aussi loin qu'il s'étend des deux mers à la Garonne et au Rhône. Et pour célébrer le jour présent où je me suis lavé la tête ^, je veux que nous fassions grande fête, et que nous dînions ensemble. Nous inviterons des dames, et toute cette journée sera consacrée à la joie. » (V. 6716.) Ce fut donc une grande fête : Flamenca rendue à la liberté voyait tous les chevaliers s'empresser autour d'elle , heureux de lui parler à leur guise, devant tous ou en particulier. N'eût été la crainte de faire tort aux autres , chacun eût voulu lui tenir seul compagnie. Aussi de tout ce jour Flamenca ne put- elle en aucune façon se rendre aux bains. Du reste elle u'avait point envie de quitter les chevaliers entre lesquels elle était 4 Ces idées ne sont pas très claires parce que le commencement du discours manque. On voit cependant qu'il s*agit d'une concession faite par Archambaut à ses hommes. La difficulté est dans l'expression a se mettre en place » (v. 6697) ; je pense que par là le seigneur interdit à ses vassaux la facuUô de sd réunir sur la place avant une année , pour réclamer quelque nouvelle concession. — La formule Negus no $ia tan auscUz est celle de toutes les proclamations de ce genre. Voici par exemple une criée faite en 4298 par ordre de l'évêque d*Agde : « Aujas 0, senhors, aujas o quens manda la cort de mosenher Vaves- que , que no i aia negus hom tan ausart ni tan ardit que ause mètre fedas ni motos ni porcs ni autre bestiar en la sia vinha ni en Tautra , si non era bestia a bastz , entro que tôt lo vinher d'Acde sia vende* miatz ; que aquel que o faria pagaria .xx. sol. ses tota merce. » (Ar- chives de la ville d'Agde). 2 Cf. p. 303 (v. 4557 ssj. ~ 381 — assise; chacun faisait tous ses eflbrts pour arriver à la voir, trop heureux cehii h qui elle daignait faire un beau salut ! Mais le lendemain elle se hâta de se rendre aux bains; Archambaut n'y alla point: il a maintenant d'autres soucis; désormais il ne veut plus porter les clefs des bains ni être le portier de la tour. En revanche, il y eut jusqu'à sept dames qui l'accompagnèrent , sans toutefois entrer dans l'établisse- ment. Elle lès pria de revenir au son de la clochette , et pour se faire aimable les invita à se baigner; mais elles n'en avaient guère envie , car les eaux répandent une forte odeur , et on n'est pas tenté d'en user quand on n'en a pas besoin. Les dames s'éloignèrent et les jeunes filles s'empressèrent de fermer l'huis. A leur gré les dames ne fussent point venues, car elles leur avaient fait perdre trop de temps en paroles , et leur crainte était que Guillaume survint, ce qui eût été fâcheux. Il s'en garda bien ! mais , le moment venu , il ne se fit guère attendre. Ses damoiseaux l'acconipagnaient. Des deux parts on se fit un gracieux accueil , et en un instant il y eut plus de cent baisers pris et rendus. Puis ils entrèrent dans la chambre , et Flamenca conta comment Archambaut avait perdu ses vilaines manières et recouvré courtoisie. « Aussi , mon ami , dit-elle , ne veux-je plus que vous viviez ici comme un reclus. Allez-vous en , je l'exige. Je ne pourrais plus en effet venir ici comme d'habitude: retournez dans votre terre , vous reviendrez pour le tournoi ; et d'ici là vous me manderez de vos nouvelles par quelque adroit pèlerin , par un messager ou par un jongleur ^ » Ce fut alors un chagrin général. Damoiseaux et damoiselles coururent aux bains et se 4 Nous avons la preuve que les jongleurs s'employaient volontiers à porter les nouvelles , fonction à laquelle leur vie errante les rendait assez propres. On lit dans un compte de 4234: Quidam ministerellus qui attulit rumores de conjogio fitie dacis de Lovano, de dono .iiij.l. {Hecueil des Hisl. de Fr. XXI , 234.) — 38:? — firent les adieux les plus touchants. Us échangèrent entre eux des souvenirs destinés à leur rappeler les serments qu'ils oni éerits de leurs larmes sur leurs ongles et confirmés de mille baisers ; et ce qu'ils écrivent extérieurement restait intimement gravé dans leur cœur ; telle en était la teneur: < Bel ami» qu'il vous souvienne de moi ! — Si ferai-je , dame , je vous le jure. — Ne m'oubliez pas , douce chose. — Ami , recevez-en ma foi. » (V. 6819.) L'ailQiction de Guillaume fut telle qu'il s'évanouit entre les bras de Flamenca , sa douce amie, qui ne savait que faire , ne voulant ni l'abandonner en cet état ni appeler. Elle pleura tant que les larmes qui lui noontaient du cœur mouillèrent tout le visage de Guillaume ; et elle lui disait : « Ami , pourquoi de- meurer silencieux ! Est-il courtois de rester ainsi sans me parler ? > Guillaume entendit sa voix et ses sanglots ; son cœur fut prêt à se fendre sous l'eiïort de la tristesse et de la honte. Enfin il revint à lui , et d'une voix entrecoupée par les soupirs : « Vouloir que je me sépare de vous , dit-il , c'est me briser le cœur et me tuer. — Beau doux ami , reprit Flamenca, vous êtes si sage , si fort , si courtois , si sensé que vous en- tendez bien que tous mes eflbrts tendent à vous servir et à vous honorer ; et si vous pouviez penser qu'il me fût possible de vous faire plus d'honneurs encore, ce me serait une grande douceur , et je le ferais bien volontiers. — Douce dame , vous êtes accomplie à tous égards et il n'est homme si désespéré que vous ne sachiez réconforter. > Alors ils échangèrent mille baisers et prirent congé l'un de l'autre. Rien ne manquait à leurs adieux , sinon l'espérance de se voir comme ils avaient fait jusque là. . . Toutefois ils se consolèrent en pensant que Pâques serait de bonne heure S car l'année précédente elle avait été tardive. (V. 6874.) 1 On a va p. 380 (v, 6704) qu'Archambaut avait annoncé son tour- noi pour Pi^qucs. I I - 383 - Ils se dirigèrent vers les bains, el Guillaume toussa un peu avant d'y entrer, afin d'avertir les damoiseaux. Ce furent alors de nouveaux adieux < Ami , disait Flamenca , et elle Tembrassait , avec ce baiser je vous livre mon cœur et prends le vôtre qui me fait vivre. — Dame , répondait Guil- pume , je le reçois et le garde au lieu du mien , que je vous confie. » (V. 6893.) Ils se séparèrent enfin ; Flamenca et ses damoiselles resté- > rent. Elles eurent soin d'arranger, de lisser leurs cheveux , et de se bien laver le visage afin qu'on ne vit pas qu'elles avaient pleuré. Puis, vers l'heure de nonc , Marguerite sonna , et les sept dames qui attendaient sur la place arrivèrent. Elles che- minèrent toutes ensemble ; mais Flamenca ne dit mot à per- sonne.'On crut qu'elle avait soif, et que pour ce motif elle ne voulait point parler. Triste et soucieuse elle n'avait goût à rien, et quand elle essayait de se réjouir , le souvenir d» son ami lui venait à l'esprit. Archambaut remarquait bien son état , mais il na manquait pas de l'attribuer à l'amour qu'il croyait lui inspirer. (V. 6915.) Cependant Guillaume se préparait à partir; il assura qu'il était complètement guéri, et, ayant pris congé de qui de droit, il partit sans tarder, après avoir donné assez d'argent , de vêtements , de vases , pour laisser de lui un durable sou- venir à son hôte et au prêtre. Il retourna dans sa terre , et apprenant qu'il y avait guerre en Flandres, s'y rendit à la tête de trois cents chevaliers. Il y conquit le prix de la che- valerie , et ce n'était pas pour autre chose qu'il s'était mis eu campagne. (V. 6933.) Quand le père de Flamenca fut assuré qu'Archambaut était guéri de sa jalousie , il vint voir sa fille. Il conta les hauts faits de Guillaume de Nevers , et comment on le tenait à la cour du comte de Flandres pour le meilleur chevalier du monde. Toujours en quête de guerres et de tournois, il était cependant si jeune qu'il grandissait encore. Archambaut fut désireux de — 384 -• lé Toir à son tournoi et se promit bien de Taller visiter... Et qui fut content , sinon Flamenca , quand elle ouït dire que son ami n'avait point son pareil en prouesse et en beauté r (V. 6978.) Ainsi se passa Tannée jusqu'aux approches du carême '. Afors le duc de Brabant donna un tournoi à Louvain. Quoi- qu'il fût de peu de durée, il s*y trouva bien quatre mille che- valiers. Archambaut s'y rendit, désireux de recouvrer son prix. Il se présenta en si riche appareil que les plus puissants- barons lui firent accueil; il était accompagné de trois cents vaillants chevaliers, réunis sous sa bannière à fleurs d'or en champ d'azur. U rencontra Guillaume de Nevers et se mit de pair avec lui. Ce dernier se montra gracieux, lui fit tous les honneurs possibles et répondit oui à toutes ses demandes. Ils chevauchaient ensemble et le tournoi entier frémissait quand ils entraient armés dans la lice. Bien insensé qui les eût défiés ! Quand Guillaume étendait le bras vers quelqu'un, il n'y avait cuirasse ni lames de fer, pourpoint, haubert ni gambaison, qui pussent l'empêcher d'être porté à terre. Archambaut frappait bien et prenait maints chevaliers. Ils gagnent ainsi des chevaux et des chevaliers, mais n'allez pas croire qu'ils les gardent ! ils les donnent» sans se faire prier, à qui les leur demande. (V. 7017.) Après Guillaume, Archambaut eut les honneurs de la fête. Alors il fit proclamer son tournoi pour Pâques prochaine et y invita Guillaume de Nevers qui n'eut garde de refuser. (V. 7029.) Archambaut revint par Nemours de compagnie avec son beau-frère Jocelin... A son arrivée il parla longuement des prouesses, de la générosité, de la courtoisie de Guillaume de Nevers ; et après avoir rapporté maints traits remarquables de 4- Il faut S3 souvenir que le carême marquait la fin de Taunéc. - 385 - lui, non pas tous, car le meilleur conteur n'y saurait sufGre , il montra des saints ^ que Guillaume lui avait donnés, et qu'il adressait, disait-il, à la Belle de Beaumout. (V. 7095) ^ On y voyait deux images dessinées avec tant de perfection qu'elles semblaient vivantes. Celle de devant était agenouillée et suppliait l'autre. Une fleur lui sortait de la bouche et venait toucher les commencements des vers; du côté opposé une autre fleur en reliait les extrémités, et les conduisait tous ensemble à l'oreille de la seconde figure , près de laquelle se tenait Amour, en forme d'ange, l'invitant à écouter les paroles que la fleur lui présentait. (V. 7108.) Flamenca reconnut à première vue dans les deux images le portrait de Guillaume et le sien propre. Elle emporta les saints, qui furent pour elle et pour ses damoiselles un agréable passe- temps . . . Souvent elles les plient et les déplient, prenant garde de rien eRîtcer ni dans l'écriture ni dans la peinture. Chaque soir Flamenca les couchait avec soi , donnant mille baisers à l'image de Guillaume, et mille autres lorsqu'elle pliait les saluts, car alors elle s'y prenait de telle façon que les deux figures se baisaient mutuellement. Elle les mettait sur sa poitrine et di- sait : c Ami, je sens votre cœur qui bat à la place du mien, et 4 Le sdlul on salut d'amour est une poésie en forme d*épitre conte- nant une salutation & la dnme à qui elle est adressée. Ce genre de composition est commun 2t la langue d oc et à la langue d*oïl. On pos- sède des »alal» de Rambaut d'Orange \}Iqtx\%'s Àrchiv XXXV, 40o); d'Amant de Maruelh : Cel que (le début dans Rayn. Choix II, 258, Mahn Werkel, 473, le texte entier dans IIerrig*s Archiv XXXIV, 429 ), Dona genser ( Choix III, 499, Rartsch Lb. p. 444]; de Raimon de Miraval (le début dans Choix II , 256 , Uahn Werke II , 433, le texte entier dans Mahn Gedichle n» 640 ); d'Uc de Saint-Cyr ( le dé- but dans Choix \, 226, Mahn Werk» 11, 454]; d'Amanieu de Sescas ( Lex. rom. I, 499]. En français on a le talut de Philippe de Beauma- noir (Hisl. Ull- XX, 394) et plusieurs autres anonymes dans les mss. Bibl. Imp. fr. 795 et 837. 2 Une lacune d'un feuillet existe à cet endroit. — 386 - I c*est pourquoi je place ces saints auprès de lui , afin qu'il les sente et qu'il se réjouisse avec moi.» (V. 7140.) Chaque matiu, à son lever, Flamenca contemplait l'image de Guillaume . . . Elle s'entretenait avec Marguerite et Alis de leurs amants; il leur tardait que Pâques arrivât» et le carême leur eût paru bien long sans les saints; assurément elles n'avaient point d'échéance à payer!... De son côté Archambaut prie le roi de venir à son tournoi ; il envoie de toutes parts ses messagers. De Bordeaux en Allemagne , des Flandres à Narbonne, tous les barops, tous tes personnages sont invités. (V. 7198.) Après la quinzaine de Pâques la foule se logea à l'entour de la ville sous des tentes ou des pavillons. Les marchands y viennent des terres lointaines avec leurs grandes ventes, iU occupent les collines environnantes. Les chevaliers affluent de toutes parts, et grand est le bruit, le tumulte qu'ils font. lisse divisèrent en deux camps : d'un côté les Flamands, les Bour- guignons, les Auvergnats , les Champenois et bien mille che- valiers français ; de l'autre ceux de Poitou, de Saintonge, d'Angoumois^ de Bretagne, de Normandie, de Tourraine, de Berry, de Limousin, de Périgord, de Quercy, de Guienne. Je ne puis en faire l'énumération complète, mais je vous dis bien que tels y vinrent qui sans Flamenca n'eussent pas bougé, car chacun était désireux de la voir, et tenait à grand honneur d'être admis en sa présence. (V. 7226). . . On dressa à l'une des portes de la ville, devant les prés , un grand échafaud ayant vue sur la campagne» c'est là que se placeront les dames et ceux d'entre les barons qui ne porte- ront pas les armes. Un jour avant le tournoi vint le riche Guillaume de Nevers, suivi de mille chevaliers. . . .' Il établit son camp près de la porte, car la vue des échafauds lui faisait penser que Flamenca se placerait à cet endroit. (V. 7272.) Archambaut a de quoi s'occuper : il baise Tuu, embrasse — 387 - l'autre ^ , salue celui-ci, reçoit celui-là, invile un autre à loger dans la ville. Il se rendit auprès de Guillaume dès qu'il eut appris son arrivée; et tous deux se firent réciproquement bon accueil. Othon et Clari étaient présents ; Archambaut les arma chevaliers et leur donna de beaux chevaux, des armes, des vêtements, des palefrois tout harnachés, leur promettant d'au- tres présents. Puis il dit à Guillaume : < Seigneur, je dois vous présenter à votre dame, veuillez donc venir auprès d'elle. > (V. 7304.) Dans le palais où était Flamenca se tenaient le roi et ses barons. Tous se levèrent quanJ entra Guillaume, et lui firent une honorable réception. Guillaume courut au roi, et lui dit gracieusement , comme à son suzerain : < Seigneur, de grâce asseyez-vous; je suis venu voir madame. — Seigneur^ dit-elle, je vous rends grâces, prenez-donc place à côté de moi.— Fai- tes cela, Guillaume, reprend le roi; elle le veut, et je l'octroie; car elle a assez de ressources pour nous charmer l'un et l'au- tre. La vUes-vous jamais ? — Seigneur , je la connais de re- nommée, et je crois sans peine qu'il y a en elle tout le bien qu'on dit, et plus encore. > — Le roi dit alors : « Seigneurs, voici longtemps que nous sommes'ici ; les autres qui viennent d'entrer voudront eux aussi faire leur cour, laissons-les, s'il vous plait. > — Oui, seigneur, > répondent tous, et asssitôt ils prennent congé et se retirent avec grand fracas. Mais comme le roi avait fini de parler. Flamenca embrassa son ami, disant à voix basse : < Toujours pèche qui en prend un ^ ; et tel baiser donné en cour vaut bien des baisers donnés en lieu privé. » Le roi lui dit , en prenant congé : < Dame, il eût mieux valu 4 Le T. 7274 est identique à un vers de Benart, éd. Méon, V. M854 : Celui base et cestui enbrace. â Proverbe commun au provençal et au français , voy. Le Roux deLincy, Le livre des Prov. Il, 94. - 388 — pour moi que Guillaume ne fût point venu, car il lui suffira de peu d'instants pour vous faire oublier que j'étais ici, tant sa conversation a de charme ! » (V. 7343) . . . Le roi s'en va, Guillaume reste; Flamenca le tient par la main et la lui serre fortement , car Tamour et le désir dou- blaient ses forces. Othon et Glari» un peu honteux, dirent alors : < Dame, que ferons-nous ? — Vous aurez de belles étrennes^ > répond-elle, puis appelant Alis et Marguerite : < Allez bien vite à ma cassette et apportez-moi le rouleau où sont les. gonfanons vermeils; je veux que ces jeunes gens en aient une paire et les reçoivent de vos mains. > Ils comprirent bien qu'ainsi elle leur donnait occasion de s'entretenir avec les jeunes filles; car en cour les chevaliers ne s'occupent point des damoi- selles s'ils trouvent des dames qui leur plaisent; et là il y en avait plus de cent, toutes ayant le bel usage et entendues en. amour, (V. 7371.) Guillaume demanda d'un air craintif : < Ma bien aimée, mon* cœur, que fait-il ? — Ami, il est à la place du mien, et pourvu que vous ne chassiez pas le mien du lieu qu'il occupe en vous , ne craignez pas que jamais je chasse le vôtre . . . > — Dame, que plutôt saint Michel et les autres saints restent sourds à mes prières, que je sois Gain, vous Abel, si je consens, même au prix du monde entier, à séparer nos deux cœurs! — Bel ami« et quand allez-vous à Beaumont, voir celle qui réunit en soi tous les mérites ' ?^ Guillaume sourit : « Ma bien-aimée, dit-il , la dame de Beaumont est si belle et si bonne que rien ne me tient moins à cœur. — Beau doux ami, je le savais; ce que je disais n'était que pour vous éprouver. — Douce dame, que ferons-nous si nous ne repaissons notre amour que de pa- roles et d'un baiser si rapide qu'à peine Tai-je senti ?» 4 On a va plus haut, p. 385 (v. 7093), que le tùlui rapporté par Arciiambaut était, an dire de ce dernier, destiné à la dame de Beau- mont. .- 389 - Flamenca lui donne rendez-vous pour le soir. Guillaume prit congé de chaque dame en particulier, comme c'est l'usage ^ . . . Olhon et Clari firent leurs remcrciments pour les gonfanons et les orfrois ^ que les damoiselles leur avaient donnés. < C'est vous qui devez être remerciés, leur répondit Flamenca , pour avoir daigné les prendre. Revenez ce soir s'il vous plaît. » (V. 74SO.) Archambaut salua le roi et reconduisit Guillaume à son pa- villon , puis se rendit auprès du duc de Bourgogne. Il faisait tous ses eflbrts pour servir et honorer les barons, et personne n'aurait fait mieux que lui. (V. 7458.) A la nuit close Guillaume se mit en devoir d'aller vers sa (lame , et à l'heure où d'autres se déshabillent il vêtit un hau- bergcon sous le surcot vermeil. ' Il se mit à la ceinture un couteau aiguisé et partit avec trente compagnons seulement Çà et là on entendait le fracas des hommes, des chevaux, des charrettes. Vous pouviez ouïr de divers côtés tant de danses et d'airs bretons joués sur la viole que vous vous fussiez cm transporté à Nazies, où on les compose et les chante. Au sortir de sa tente Guillaume se rencontra avec le sénéchal de Senlis. c Où allez vous, seigneur ? — Au palais , seigneur. ^ J'irai avec vous. — Seigneur, ne venez pas, reprend Guillaume, car vous devez avoir à faire avec le roi , et j'ai avec moi une com- pagnie suffisante. > (Y. 7484.) Ne croyez pas que Guillaume allât sans lumière ni à pied : chacun était monté sur un palefroi, et devant eux on portait vingt grosses torches de vingt livres chacune ... A mesure \ A propos de cet usage voy.£rece( £nidtf, éd. Bekker, v. 6350-9. 2 Tissu d'or employé en bordure ; voy. Du Cange et le Glos». des émaux de M. le comte De Laborde, orfrais. 3 Sur l'usage de levêtir une cote de maille pour aller à un rendez- vous, voy. la préface de la chanson de Hugues Capel, p. Ixv. - 390 — qu'ils approchaient du palais ils entendaient le bruit que fai- saient les jongleurs , mais à leur entrée ceux-ci interrompirent les chants et les danses pour dire : < Qu'il soit le bienvenu , lépreux, le riche> le renommé, celui qui fait naître la joie, car toujours son air est joyeux, toujours sa main généreuse est prête à donner. Bénie soit la dame qui raccueille et lui accorde ses faveurs!» (V. 7506.) Le comte d'Auxerre ^ se tenait auprès de Flamenca, mais quaud il vit Guillaume venir il s'empressa de lui eéder sa place. Celui-ci vint à sa dame qui, le prenant par la main, l'attira vers elle et lui donna furtivement un bniser Le palais était resplendissant, car son éclat était rehaussé par la beauté des dames qui laissaient voir leur visage à dé- couvert; mais entre toutes brillait Flamenca, assise prés de Guillaume et ne ^chant comment quitter la fête pour l'em^ mener dans sa chambre avec Olhon et Clari. Sur ces entrefaites le seigneur Archambaut entra silencieusement, sans être re- !marqué; c'éUiit par courtoisie qu'il en usait aipsi, ne voulan pas que la cour tout entière se levât à chacune de ses allées ou venues. Il se dirigea vers Guillaume, et, lui mettaut la main sur le genou afin de le faire rester assis, il se tourna vers Flamenca: «Dame, lui dit-il, le comte de Bar, votre cousin, et son frère Baoul seront armés chevaliers demain matin avec dix autres de vos cousins. . . * — Seigneur, j'ai bien des joyaux à leur donner, mais je ne sais lesquels choisir% — Dame, pour Dieu ! si monseigneur Guillaume que voici veut bien prendre cette peine, avec Othon et Clari, vous aurez en eux de bons conseillers. — Beau sire, priez-les donc de venir avec nous dans l'appartement. — Dame, il ne faut point 4 Traduction tré>-hisardé3; le ms. semble porter daut surra , ce qui ne présente aucun sens [ v. 7507 ). 2 Les paroles d*Archambaut restent incomplètes p'rce qu il mnaque à cet endroit [t. 7587) un vers dans le nis. - 391 - me prier ^ ni de cela ni d'autre chose, car il n'est rien que je ne sois disposé à faire pour vous et pour monseigneur. > Ils entrèrent dans l'appartement» où Flamenca fit disposer sur un \aste tapis assez de joyaux pour en donnera mille chevaliers» et de telle sorte que chacun valait bien un marc d'or fin. £t quand Archambaut les vit : cDame» fit-il» vous en avez une masse! faites les parts à votre guise; moi je m'en vais chez le roi. Vous êtes trois^ ces seigneurs sont trois» ainsi mettez-vous d'accord sur le partage de vos bijoux. » Puis s'adressant à Guillaume: «Excusez-moi, seigneur, je reviendrai proraple- ment. > Là-dessus il s'en va. Lui parti, le choix de Guillaume» en fait de bijoux, fut bientôt fait: il avait devant lui une belle personne, blanche, fine et délicate,, peu disposée à résister; il l'élreignit doucement.. . Et voyez comme Amour sait arriver à ses fins ! Ils sortirent heureux de la chambre et entrèrent dans le palais où chacun se leva à leur approche . . . Guillau- me se retira bientôt» après avoir salué chacun en particulier. rV. 76S7)... Le lendemain matin on adouba les riches hommes qui avaient été pour Guillaume l'occasion d'une si précieuse faveur. En •vérité Archambaut lui avait livré sa femme. Le malheureux! ;il se fiait au serment» mais il ne se doutait pas du sophisme ide Flamenca ^ Bien fou le mari» fût-il d'ailleurs plus sage '< que Boëcc» qui s'imagine tenir une femme hors de la portée de son amant! (Y. 7681.) Au matin» quand le soleil, quasi vergogneux, se montra rougissant» après qu'on eut sonné matines, vous eussiez en- tendu retentir trompes cl clairons, trompettes et cors» cymbales, tambours et Ailles, non point do pasteurs, mais de ceux qui sonnaient l'appel au lournoi et mettaient en mouvement che- valiers cl chevaux. Le fiacas ne fut pas petit , alors que re- 4 Voy. p. 379. — 392 — tentireiU les grelots des chevaux qui passaient, les uos au trot, les autres au galop, foulant les herbes et les fleurs. Yoicî que le tournoi commence. (V. 7699.) Le roi , Flamenca , ses damoiselles et plusieurs barons montèrent sur les échafauds , et de là ceux-ci montraient les enseignes qui distinguaient les armes des chevaliers. Flamenca déclara qu'elle donnerait sa manche au premier qui aurait désarçonné un chevalier. À peine avait-elle parlé qu'un cri unanime s'élève : < Qu'elle détache sa manche ! car Guillaume de Nevers a renversé et pris le comte de la Marche avec son cheval et son écu. » ( V. 7719. )  ce moment des bourgeois s'avancèrent de toutes parts , prêts à servir de caution au comte; mais Guillaume leur dit: € Je ne veux du comte aucune rançon ; que seulement il aille de ma part à cette porte où se tient ma dame , et se rende son prisonnier; > puis il lui remet ses armes et son cheval. Le comte se présente à Flamenca , et s'agenouillant , les mains jointes, il lui dit : < Dame , celui qui est la fleur de la cheva- lerie m'envoie à vous pour être votre prisonnier. Mais j'ai de gros revenus , et si vous voulez de mon avoir vous en aurez assez. Si vous me délivrez vous en serez bien récompensée. > — Seigneur, répond Flamenca, je veux que vous soyez libre, >et elle le charge de porter sa manche à Guillaume. . . Guillaume la prend , la déplie courtoisement, et la fait atta- cher à rinlérieur de l'écu , de fnçon qu'on n'en voyait paraître au dehors que l'extrémité. Il le faisait ainsi pour la voir plus à sou aise. (V. 7799) Le comte Alphonse , celui de Toulouse * , le meilleur comte dont on ait jamais oui parler , alla jouter avec le comte de Louvain qu'on appelait Gontaric ^. Tous deux étaient bons i Peut-être Alphonse lï, qui régna conjointement avec son frère Raymond V à partir de l'année 1148. 2 On ne connaît point de comte de Louvain sous ce nom ; il est vrai que Louvain est une leçon douteuse, voy. la note sur le v. 7868. - 393 — chevaliers: ils frappent de telle sorte qu'ils ont brisé leurs écus ; les sangles sont rompues , ils tombent à terre. Les chevaliers accourent pour les relever ; on se pousse , on se frappe , on se renverse ; les lances se brisent , les arçons se déchirent ; masses et bâtons tombent et retombent , les épées se heurtent aux heaumes et s*ébrèchent , les heaumes sont bossues. Jamais on ne vit pareille mêlée : chacun frappe le plus qu'il peut, chacun veut prouver sa valeur ; mus, avant de se retirer de la lutte Guillaume montra comment la beso- gne se conduisait, car il y gagna seize chevaux de Castille tout harnachés , avec leurs maîtres qui étaient venus au secours du comte de Toulouse. Les ayant fait prisonniers il se relira. Parmi eux étaient Geoffroi de Blaye * , Arnaud de Bcnville , Hugues de Rosinellc; les autres étaient tous de Castille. Guillaume les envoya à Flamenca qui les déclara libres. Ils s'empressèrent d'aller remercier leur vainqueur. ( V..7941.) Archambaut parcourait la lice, heureux quand il trcuvait occasion de jouter ; il se rencontra avec le seigueur d'Anduze qui ne refusa pas de se mesurer avec lui ; ils ?c férirent avec une telle violence qu'ils curent leurs écus fendus et leurs hauberts démaillés ; toutefois ils se maintinrent en selle. Le comte de Saint-Paul allait à travers la foule, quand vint à lui de toute la vitesse de son cheval Aiineri, le duc de Narbonue ^ : ils se livrèrent un tel assaut qu'ils tombèrent tous deux, leurs chevaux s'étant heurtés si violciiment qu'ils s'étaient tués sur le coup. Des deux parts en vint à leur ai le. . . . ils se procurèrent de nouveaux destriers et se sépa- rèrent pour jouter chacun do son côté , car lu joute leur 1 Du Xl« au Xlll« siècle plusieurs df?s seiî^neurs dp Blaye ont porté le nom de Geoffroi ; l'un môme, dont l'Identité est difficile à constater fut troubadour; voy. Diez.Ie&en und yVerked. Trouhadoun^ p. 54-5. t Neuf vicomtes deNarbonne depuis 1030 jusqu'en 1388 ont porté le nom d'Aimeri que les chansons de g«^ste ont illustré. 27 - 394 - permettait de déployer toute leur habileté à mauier un cheval. (V. 7974.) Gariu de Montpellier * jouta avec Guillaume de Reortier , «t, malgré sa haute stature y fut désarçonné par son adver- saire. . . . Gautier, le comte de Brienne ^ , se mesura avec le comte de Turenne; ils s'enferrèrent si bien que chacun eut le bras traversé ; mais ils étaient si courtois qu'à les voir on ne l'aurait point soui)çonné ; et pourtant , telles étaient leurs bles- sures que d'un an ils ne purent porter les armes et qu'ils renoncèrent au tournoi. (Y. 8000.) Le comte de Champagne jouta avec le preux comte de Rhodez. Chacun d'eux était vaillant chevalier ; ils se portèrent des coups merveilleux : rênes , sangles , selle , boucles , étriers , tout craqua ; cependant ils ne bronchèrent pas et tombèrent à terre sur leurs pieds, l'écu devant la poitrine et la lance en arrêt comme pour lutter û pied , mais le roi fit interrompre aussitôt le tournoi. Alors on aurait vu emmener les chevaux et les chevaliers pris ; mais ceux qu'avait conquis Guillaume eurent ' un sort heureux ; pour eux point de fers, point de caution à fournir: pour un salut à celle que prix et valeur conduisent ^ ils furent quittes. Après le dîner les barons se disaient entre eux devant le roi que jamais en aucun tournoi ils n'avaient vu tant de bons combattants , mais que* la couronne apparte- nait sans conteste à celui à qui Flamenca avait donné sa manche. (V. b03C.) Aux environs de vêpres, alors que le soleil est à son déclin, celui à qui Amour ne laisse point de repos se rendit auprès de sa dame qui sans lui ne pouvait ressentir joie entière. Il la 4 On ne trouve point de Garin dans la série des seigneurs de Montpellier , mais seulement des Gmllaumes. 2 II y eut dans la maison de Brienne , du Xlc au XI V« siècle , cinq comtes du nom de Gautier. 3 Flamenca. - 395 - remercia du don qu'elle lui avait fait de sa manche pourprée. (V. 8043)... Le lendemain le tournoi recommença. Le roi, prenant Flamenca par la main, monta sur la plate-forme, et la mêlée s'engagea ... Le seigneur de Cardaillac fit prisonnier le vicomte de Melun , au grand étonnement de tous , car celui-ci était plus fort que Tautrc et plus grand ; mais c'est ainsi que la nature rend en sens et en prouesse ce qu'elle enlève du côté de la force et de la taille. . . Le comte de Flandres, qui allait éperonnant son cheval, se heurte avec Geoiïroi de Lusi- gnan qui se précipitait à sa rencontre. Ils mettent leurs écus en pièces , déchirent leurs pourpoints , démaillent leurs hau - berts ; le fer les effleura de bien près, et peu s'en fallut qu'ils ne fussent portés à terre (Iji reste manqiie ) TABLE DES PRINCIPALES ABRÉVIATIONS. L'aslériquc ( * ) indique que le mot manque au Lexique ro- man de Baynouard. C. ail). — La chanson de la croisade albigeoise, publiée par Fauriel, 1837. Chev. au lion — Le Chevalier au lion, deChrcslien de Troyes, publié par L. Holland; Han- nover, 1862. Denkm. — Denkraœler der pro- venzalischen lileralur , lie- rausgegeben von K..Bartsch; Stuttgart, 1856. De Laborde— Notice desémaux, 1853 ; 2« partie contenant le glossaire. Diez — Etymologisches Woer- lerbuch,2«édit. 1862. Don. pr. — Lo Donatz proen- sals, d'Hugues Faidit , publié par Guessard , Grammaires provençales, 2<' édit. 1858. Gachet — Glossaire du Chevalier an Cygne; Bruxelles, 1859. G* de Boss. — Girarlz deBos- silho , édit. G. Hoiïmann, 1855-7. Jaufre — le roman de Jaufre , dans le tome 1 du Lexique roman . Lb.-Provenzalisches Lesebuch herausgegeben von K. Bartsch 1855. Loc. — locution. P. e. — Peut-être. r" _ Baynouard, Lexique roman. Boch. — Bochegude, Glossaire occitanien. S. a. ex. — sans autre exemple. GLOSSAIRE. i4 , mtrar a, au lieu de intrar en, 252. Abemr [«'] 3250 , 4709 , 6097 , se salisfaire. ». II, 210, s. ex. de la forme réfléchie. Abetz iQil , moquerie. R. II, 13, Du Cange VII. Abhora 1014, abora, 2402 aboras 2235 , 3022 ( voy . la note), de bonne heure. R.III, 5386. * Ableisser 29iZ , ? Ablesmar 3313, s'évanouir. Abûtiesir [s'] 3320, se boni- fier. R. II, 236, s. a. ex. * Aborius 6872, qui arrive de bonne heure, précoce. . * i4ma 460, agalhe ? R. II, 20 , donne comme diflerents achates et agathes, Roch. $. ex. Qcedc. — On pourrait adopter un autre sens , celui du bas latin accia (voy. Du Gange), du fr. acée et de Tital. acoef^ta, bécasse. * AceutZy mal a. 2450, part. d'acuelhir ? Acointar [s'] 1791, s'appro- cher. R. II, 466, s. ex. de la forme réfléchie; placé à tort sous compte de comptas; l'étym. est adcognitare , cf. Diez 1 , 138, conto. * Acomptif [s] 381 8, s'orner; formé d'après compte comme abelky abonesir, d'après beL bon; cf. Cachet compter. R. II, 466, a le simple cundir. Acorar 1046? (voy. la note),. 6613, déiiiiUir. La forme active, dans les Leys d'amors I, 176, ^ 212, III, 180, a le sens général ' de tenir à cœur. R.II, 477 € encourager » . L'ital. accorare a ces divers sens ; l'anc. franc. acorer ne semble pas avoir celui d'encourager; (voy. Du Cange VII, Thomas le Martyr, éd. Hippeau , v.. 1588; le Chev. au Lion , v. 5203, Renart le nouvel, V. 5946). Adomesguar 327, adome«c/wr 4298, apprivoiser. R. III, 73. Adousar 4394, adoucir. Adoasir 4070, adoucir. Adreissar 3979 , mettre en ordre, serrer. /Idurar 2003, 2064,endurer, s'endurcir à. R. III, 90, ab- durar; Roch. adnrar. - 398 - •.4/î/fo//if [s*] 3819, s'orner, s'enrubanner , se bichonner. " Af[lMe$ de mnntel 2S30 , 3594 , aUaclies de manteau. Ou voil p.«r le second ex. qu'on pou- vait les faire en cheveux; ce nVlaient donc pas des agrafes , mais une sorte de brandebourg. R. VI, 24, \v^(\ml a fuhlnlh par «collier, fermoir, broche» el Koch. afiblalh par « agrafe » . *^/fn2ll67,allreux.Roch. « chaud d'amour » . — Africh R . r ^ 33, el iîoch , pavail avoir une online différente. Aforar 7120 , divnlguer , ré- pandre ? semble différent d'a/b- rar , apprécier , R. 111 , 362. ' Aguisar 2912 , disposer [ à la guise, en faveur de qqun], •apprivoiser R. IIL 531. Aguresortz 1799; 8068, augure et sort , divination. Gir. de Ross. 9093; R. II. 142. • Aifadura ? 6620 ,v. la note. .4ist , qu'es a, 51 , 7592 , loc. pour désigner une personne pré- senle. Aissa 2770 ( où il faut lire l'aissa), 4684, 6620? (voy. la note ) , anxiété , ardeur in- quiète, et non point, suivant R. Il, 41 «tristesse, dégoût». Diez 1 , 26 , ansia; Uu Gange VI I , ainsej Aîzir [ s' ] 2863 , s'accom- moder , jouir [ de qqun ] . Ajost 5521 , uniou, alliance. Alajar 1929, allaiter. R. IV. 6. * Alcubas 103 , tentj. Roch. Du Gange , Cachet, aucabe. Alinatz 1597, droit (en par- lant du nez ) . Dans A madas 62, 145, 1338, aligniê est appli- qué au corps entier. R. IV, 78. * i4/Mi5nes3075, 3088, ab- sinthe. Du Gange. o/on?a. Ambra 259 , ambre. Amenmr [s] 409, dimi- nuer. * Amortetier {f) kQQ8, amor- tir, sali>lî Don. pr. p. 63. R. V, 284. * Ast ? (voy. la note) 1256, U. Il, 137 , donne aslia et as- tivamen avec des ex. empruntés au Livre de Sydrac, qui parait traduit du français. i4r442,3769, besoin. R. II, 140. Atendre 72, tenir, accomplir. — Sa. 3122 , faire attention ; 3266, attendre, différer. * Atistar 776, ordonner? Aturs 1311, application . Auctor 4033, témoin. R. II, 23. Auriflor 91, oriflamme. R. II, 145. Austarda 390, outarde. R. II, 152. Auty cantar a, e bas 928, chanter haut et bas. Autre j es d'aiso a. 2740, est en cela diflerent, a cela de par- ticulier. — A Fa, mot 6250, d'autre part, en revanche. — NosautrekX^ nous, prov. mod. nautre; cf. C. alb. 5630, 573i, 5760, 5844; de même vos autre 557; voy. Leys d'a- mors,II. 91. R. II, 44. * Autrors 5103 , si ce n'est pas une faute pour amors, celte forme rcpicsentc alterorum. \ 1 callonarfi 1 28, être étendu , sedorloller? Avalot 7884, renversement, abattis. R. V, 462, s. a. ex. i4te/i/r , faire a. 7082, faire ressortir, rendre avenant. Aventuraj bon*a. 4, 3628 , 5895, bonne aventure, formule de souhait; cf. la même locution Jaufre 172 a. * Buboins 7678, babouin ter- me injurieux. Voy. l'ex. de Guillaume Guiart, cité par Du Gange baboyniis, Baf^ voy. Bnf, - 400 - Bailla 3388 , fermier , sens que &a//e conserve encore dans le patois de la langue d'oc. — R. II, iC)î), baile, Uoch. hailo, * Baït 7098, foulé ? Bal 1254, Iml, danse; an pinr. 740 ; bal: (Vahadessa 805C....? * Bolti, cm h. 70i, en bloc, cnseir.hle. Balama^ mot de b. 50*j5, mol ambigu. Bancals [IH\ (oiiavec Hayn. jai lu à loil lançais) 5902, banquoIIe.U.ll, 178. Bar, appliqtié à des servileurs fi74:j;cl. S.i:nimie,U.I,533 a; êd . Sacbs 4 1 1 ; el en IV. Amis et A miles 2509. Bardta 7175, marché. — R. II, 183. * Baiimm 1039 pour baro- nessa. R. 11, 181 , mais en mauvaise pari. Bas. cantar fr., voy. aut; hora baxsa 2659, heure avancée . Bastir domnei 1083 , ourdir une inlrijîuc ; b. danza 718, organiser une danse. Baîicor 2440, ballemenl du cœur; exisie eiirorc un prov. mod. < Moun biilicor fasiê de brut coume un reloge» Mistral, Àrmana prouveneau, 1801, p. 42. H. II, 473, s. a. tx. * Bausejar 7808, tromper. Bavastel (plutôt que banastel) 003, marionnette. R. H, 203; Du Cange bastaxius. Belaire 1J6, bellazen 540, comp. de bel. R. Il, 206. Belar 1048, bêler. * Belir [si] 3696 , esl-ce un verbe formé sur bel ? Ben moût 2312, 2322, beaucoup. — Fort 6. 3956, 7()67,lrés-bi(n.— 5.few,2337, 4089, 7040, peut-être, (prov. mod. WdJi), 1164,1248,4237, parait signifier « bien vite , bion aisément » . R. 1 V, ^8. — - Hoc fr. 3077, 3233, oui bien. — Si /;. quoique 2211,2319, etc. Bemnama 2168 , 7806 , bien élre. R. II, 79. Benda 2424, 4007, 4506, pièce du vêtement des femmes qui devait être, non point le voile, comme j'ai traduit, mais un bandeau couvrant les oreilles el le bas du visage. Un lit en eiïet dans la vie de Guillem de Balaun qu'une dame c baisset sa benda per lui bayzar», mouve- ment impossible avec un voile. La bend Loulou. Brnier 1268, ceinture qui soutient les braies. ' Brason 1617, fessier . B . IL 247. ^fflMs 1508, 1570, farouclie; causa brava 17, chose pénible. R. II, 253. Brega 1043, 7206, querelle, bruit. /fre7ar7124, frotter (brover). B. ni, 393; Diez I, 86, trija. Breta 660, 4963, bretonne, parait dans le second cas avoir un sens analogue à folla. * Brevezar [se] 6103, être trop court (?). R. II, 257, a le sulisl. breveza, BroHlar 5820 poindre , ap- patailre. B. II, 265. Buf 1241 . LeDon. pr., sui- vi par Bochogude , traduit buf cl baf, par • vox indi;;nanlis > ( p. 40 a et 58 a ) , ma ici ni b, ni baf esi une simple formule de néiiation. Elle existe aussi dans les dialectes dniiord de rilalie, (Diez, dans Hœfer, Zeilschr. f. d. Wiss. der Spr. 111,401 et 403). Lev. 1241 est cité dans B. II , 269, mais la traduction en est très fautive. • Bufa, joc de b. 3690; il doit s'agir de bulles de savon ou de qq. jeu analogue. Le Don. pr. traduit bti/ par c insuflatio > ; R. Il, 269, donne bufar] buf et, buf amen, bufador, fiurbans 747 , ostentation , faste. B. II, 229. Caltema 5783 , perruque , couvre-chef, selon B. Il, 323, qui ne cite pas d'à. ex. Caber 493, 1435, 6123, tenir [dans un lieu], B. II, 273. Cais 1124, joue. Caissa 7357, cassette. Caitivers 4168|, misère. B. II, 273. Calendier 2584, calendrier. * Calendor 411', temps de Noël, forme analogue a Pascor. — 40â — Camba , far c, sai e lai 3989,....? Cambiola 4768, chambrelte, réduit. R., s. a. ex.« et p. e. avec raisoD, imprime cambriola, II, 300. Camhon 7942, champ , lice. R. II, 303. Cam&ra 258, 265, 1015, 2947, 3249, 3277, 3307, 7558,,ctc., chambre, et plus particulièrement chambre à cou- cher; sens qui est surtout ma- nifeste dans la vie de Gaucelm Faidit : < Et a cap d'uua sazo Gaucelm Faidit anet vezer ma- dona N'A udiart ab gran alegrier , com sel que esperava intrar en cambra mantenen > . Cambreta 3842, chambrette. R. II, 800, s. a ex. Cana 5784, canne , roseau; s'entend ici des cheveux d*Ar- chambaut. Au mot ca&eissa, II, 323, R. traduit canas par che- veux blancs , ce qui parait inadmissible. Capion 2554, 3191, chape- ron. R. li, 321, s. a. ex. Captenemem 1057 , conte- nance. Captenensa , far c. 4305 , gouverner, diriger. Caramellar 600, jouer du chalumeau. < Carame/a— Gstula cantat» Don. pr p. 61; R. II, 295. * Carestiosa 6236, chiche , avare. Cariera 6561, voiç, au fig. R. II, 338. Carlathda 346, couronne ou guirlande destinée à maintenir les cheveux, et dont usaient les hommes aussi bien que les fem- mes, (voy. Jaufre, 54 6). Du Gange Garlanda 1. Cartenensa 4304 , action de tenir cher, de chérir quelqu'un. R. II, 331, s. a. ex. Cascavel 773, grelot. R. II, 349. CasSj c. oms 6666, p. e. le même que cas Gir de Ross. 949 , vide , sot ? Au sens ju- ridique R. II, 349. Ca5^e/1019, 1901, château, au sens de ville entourée de murs. Cam, pes c. 1627, pieds cambrés; même expression dans Jaufre, 54 b. * Causins, pes c. 1144, pied pressé; cf. caussiguar R. II, 289. * Cels 5946 , donné par Roch . avec le sens de t précaution, pré- voyance.» Ge mot parait un subst. formé du verbe celar. CembolslQSQy cymbale. R. II, 396. Cendat 3592, étoffe de soie. R. II, 375, réunit, p. e. à tort, ce mot à cendaL * Cerca 5791, recherche. Cereira 459, cerise. R. II, 382. Cilz 1593, cieih 2463, cil, p. e. dans le premier ex., sour- cil , comme dans un texte cité par R. II, 112, au mol arbrier. — 403 - Cisclaton 5828, étoffe de soie; selon Diez, I, 127, de cyclas, robe d'apparat, élyino- logie que semble contredire la forme prov. R. V, 238; Fr. Michel, Recherches sur les étof- fes de soie, I, 234. * Citoar 403, zedoaire. Du Gange, zedoaria; Roqueforts citoal; R. V, 580, zeduari • Clos 3836-7, 6692, c/af5 ( mauvaise leçon ) 3892, son- nerie des cloches, (glas); avanc, 3836, coup qui précède l'appel à réalise. * C/asse/ar 6695, € sonneries cloches 9 Roch. (d'après le Don. pr.ccampanaspulsare», p. 29.) Claviers 6739, porte-clefs. Clergang 4089, clerc, R. II, 413, sous clergat, ClergmjarS96i, R. Il, 414, qui n'a pas d'autre ex. de ce mot, le rend par « pérorer , se perdre en paroles » , sens qui convient peu au passage. Clerson 3673, t petit clerc, enfant de chœur » , R. II, 413. * Coaza 1133, queue, tresse de cheveux; (it. codazza).- (7oWr5863, accorder. R. II, 421 ; Diez I, 150, cupido. Coirassa 7007. cuirasse (eu cuir). R. II, 527. Cojatz 4544, ... ? Coler « servir , honorer > , Roch. C'est vraisemblablement à ce verbe qu'il faut rapporter col 5943 , colon 6869 , dont je ne saurais préciser le sens. Il ne faut point songer à colar supposé par R. II, 436; les deux ex. qu'il cite appartiennent à coillir. * Co/tejar 3120, épier. Du Cange coloier. * Colpavols 4546, coupable. Conia 1339, comme. R. II, 446, Comanda , tener en c. 5649, tenir h titre précaire. R. IV, 136. Comjat, voy. cumiaL Compainia 1695, compaina 2455 , ( avec l'accent sur ai ); compania 768, 1258, 2283 ( l'accent sur t ), compagnie R. IV, 407. Comîaire 700, 7047, con- teur. R. II, 464. * Comtier 2584, table des fêtes ecclésiasti(|ues. Du Cange computorimny souscomputus 2. * Conduchar 222, traiter [des convives]. Condah 981, traitement. R. II, 456, traduit ce mot par «festin, repas, régal, nourri- ture » , ce qui est trop restreint. Conort, far c. 6911, se ré- conforter, s'encourager. Conre, far c. 2704, se pour- voir. Conseil 4043, secret. * Consires 1 76, consiris 956 > souci Conte (complus) , conda 6061 , gentille. Conirafar 4489, suivi de î^ie? - 404 — cl (l\in vcrfie 4480, faire sem- blnnl. Contrari, per c. 898, au contraire, ( anc. fr. par con- traire ).ti. 11,467. * Contraselada 1273, feinte? C'est peut -être un terme de danse. * Copier 3103 , étui d'une coupe. Corda 5990, cordelière ? * Corolla 5875, ronde, ( anc. fr. carole). Roch. a carolar, Correia,plegarlacJ\Q'i'3l Voy. Du Cange corroie i. Correjeta 5832, petite cour- roie. Corre» 3276, 7792, en haie. * Cosines 7508, paraît cire une forme allongée, de cosin (cf. cosina 7315), et désigner la ])ersonne auprès de qui on se place , avec qui on s'entretient de préférence. Costar t pauc costa 5087, [fêle qui] a peu d'importance; loc. qui existe aussi en anc. fr.: Renart, éd. Méon , 17886; Chev. au lion 5; Renart le contrefait , dans la notice de F. Wolf, p.5et7. Creastes 7181, céraste, ser- pent cornu. R. Il, 381. Cm, fém. 646, 1141 , 3554,3387, 3590, chevelure. Cruecs 206, jaune. R. III, 512. Cnberta 6992 , couverture ; 5226 ruse { chose couverte ) . R. II, 424. * Cubit 4814, désiré, semble le part, d'un v. cubir qui serait le même que cobir^ avec une acception différente . Cwmmt (3 syll.) 6878, (cf. Gir.de Ross. 3313-4, 4925, 4948, 4973; Jaufrep. 1726; Lb p. 28, 55); combat 357 , 6920, congé. R. II, 449, n'a que comjat. * Dafy sorte d'interjection, pirlar en d. 1242, parler eu l'air. Damaisella 542 d ( voir aux ^ Add. et corr.) dame. R. III, 68, damisela. Dams {Ld'ams), soy. ams. Dan ( damnum ) , estre a son d. 63 1 5, être à son désavantage, être mal disposé pour qquu, par opposition à estre a sos pros 5435. Le sens du passage est: c Une dame doit se résigner à voir tout le monde indisposé contre elle, pourvu que etc. » . . Afetre a son d. R. III, 5, c'est admettre [qqun] comme étant mal disposé pour soi, le braver. Z>e 447, 1350,3577,3889, au sens pai Utif comme en fran- çais moderne et dans les patois delà langue d'oc. R. II, 17. * Debonairitat 4630, bon na- turel. Decazeig, en d. 1059 , à la renverse. R. II, 346, s. a. ex. Decorar 7119, apprendre par cœur; mot peu ancien formé sur la locution de cor, par cœur. R. II, 477. — 405 - * Defeins 5025, refus ? Dejim 457, jeûne , jour de jeûne. Déliez, lo d. 678, ... ? Demors 6466, plaisir B. IV, 263. Z)ef 713, lable (anc. fr. dois)^ et tel est aussi le sens de ce mot dans l'unique ex. cité par B. III, 22. Desalbergar 5582, déloger [qqun]. B. II, 52. Descendre 1936, 5642, des- ^ cendre [à un hôtel]. *Z)ôsco/ar 4769,.... ? Descolratz 2348, décoloré. B. II, 441, descolorar. * Z)esoa^ 4101, 'refus de croire [ qq. chose]. B. II, 431, des- cuidar. DeseUf en d. 326, aussitôt. * Desgilositz 6937 , qui a cessé d'être jaloux. Desirons 1963, 4363, 4700, désireux. B. III, 41. Desliure, a d. 2702, 5650, librement, sans hésiter. B. IV, 84. DesnotilOl, ironie. B. IIL 28. Desapte, en d. 5323, subite- ment. Despes 1756, part, intensif de despendre. Despieh, voy. mal. Destriansa 7706, signe dis- linctif. B. V, 420. * Desitesar 7837, se désac- coutumer [deqq. chose], perdre une habitude. Decesa 1784, adj, fém. iden- tique pour le sens à devedada, réservée, interdite à tout autre qu'à son propriétaire. Deveza, B. V, 475, parait n'être autre chose que cet adj . pris substan- livement. */>(?wno/a 3241. B., Lex. rom. 1, 27, traduit ce mot per « vaudevilles > , ce qui est inad- missible ; devinette , que j'ai adopté , peut n'être guère plus certain, cf. Romande la Violette, p. 179. Diaspre 503, étoffe de soie. B. 111,45. * Digastenions 1565, 2449 ? Dire (dir, en rime, 7853), d. foc, 2040, 7001, répondre affirmativement, accéder à une demande ; d. de no 662, 4376, 7821 , 7853, répondre négative- ment, refuser. B. Illf 53. * Disnart 2644, dîner. Don. pr. p. 43 a. * DJssimular 3721, dissimu- ler, feindre. Z>o/oirar [si] 4120, s'affliger. B. m, 64. ^ * Domnzque 3882, puisque, du moment que. Boch. c pen- dant que » , cf. Dcnkm. p. 220, 32. ' Z^omini 195, seigneur; (anc. fr. demaine) ; ami d., cf. anel. Dormidor 3987, dortoir, chambre à coucher. B. III, 74. — 406 — * Douces 5640, forme allon- gée de dous (cf cosûies)^ doux. Z)rî4dana 803, amour, galan- terie.^ Z>U9'!2686, habile. R. III, 81. * Effasadnra (ou efffassadura) 7126, effaçure. * Egaiatz 2450, ? p. c. pour esglaiatzl £'îa2311, inlerj*. toute la- tine. R. m, 245. EU pour eu H 42C3; poure/i 6006; idl pour ieu lo 4574. Eisorbar 3408, aveugler (au cg.) • * Eissegar 1044 , exêculor , parfaire. U. V, 181, ex-ecutar. El 4766, semble employé au sens de Tari. — El 4551, pour il, pron. 3" pers. fém., elle. Enbeure [$'] 7861 , s'imbiber, s'imprégner. Encanar, 4291 tromper, (anc. fr. enganer). R. III, 127 Encapaironaiz 2230 , cou- vert d'un chaperon. R. II, 320, Encavalgar 1729, monter, pourvoir [ qqun ] d'un cheval. C. alb. 175; R. II, 368. Enclotar 7883, se bossuer. R. II, 418, a dot , creux, en- foncement. Encohlar[s'] 1332, ? Encorar 6611, 6612, péné- trer, dans le cœur ; mol formé comme le franc, enferrer, en- terrer. Dans un auti*e sens, R. IJ,477. £'ncorfi>Mir 380,encourtiner, tendre de draperies. R. 11,498. Endomengar 326, soumettre (indominicare). R. III, 72, et Roch. ont le part, eïidomenjat, Endreissar 3977, 3978; esdreissar 1001, 3135, 7451, 7964, reconduire [un visiteur]. R. V, 76,etRoch.ontendres«ar, mais non point en ce sens. Endura 2777j, souffrance, privation. Don. pr. : t jeju- nium > . Engar 7613, égaliser, ré- partir également. Engelositz 1166, devenu ou rendu jaloux. Engienar 5329, imaginer. * Engratonatz 1166, terme injurieux. * Enroditz 3413, rouge, leint en rouge. R. V, l02, arojtr et enrogesir. ^/isujfar 505, 2195, essuyer . R. III, 99, msugar. Entendre, s'e. leicdmen 2663, parait signiGer : être loyal. R. V, 325, n'a pas d'ex, analogue. Entoissegatz 2717, empoi- sonné. Entreceli 1439, sournois. R. II, 373, s. a. ex. * Entretan 379, cependant. Enumbrar 2443, couvrir de son ombre. - 407 -• Enviar 3781, melire enche- mio (qqun) , reconduire. < Lo senhor io deu enviar saub e segur », Coût, de Prayssas, g 15; GirdeRoss.332i;R.V, 541, esviat, iFnctdar221, 2667, inviter. — 6506, faire un enmty terme de jeu. Envitz 6497 , terme de jeu.. . B. II, 472, n'a pas d'ex, de ce sens. EreubutZj part, passé, d^ere- bre ou erebir, 3767, 4945, 6733, transporté [de joie]. R. III, 138. 'Erra 1350, 3437, air, façon. Esbalaiizitzi21S, abasourdi, R. II, 175. * Escadafals 7251 , écliafaud . G. de Ross. 8351; R. Il, 285, a cadafalc. Escafitz 7626, svelle, délicat; selonRoch.etR.III,143, «po- telé», j'ignore sur quel fonde- ment; voy. Diez et Gachel, eschevi. Escapar 3698, échapper [ à la mort, à la maladie]. R. II, 305. Escaritz 3704, seul, [aban- donné. R. III, 147. Escendre 3578, enflammer; réuni parR. II, 318,hencendre. £sc/(/u5l8,36, 1564,escla- von; p. e. dans le dernier ex. pirate. R. III, 151. Esclam 7562, bruit de pas. R. III, 150. * Escofety en e. 4242, sur le champ, à Fimproviste. Escoloritz 2345, décoloré, paie: Escontra 3475, contre, au- près. R. II, 469, encontra. Esdeniessa 426, bond; le sens est : « Le fils du comte allait chevauchant devant tous à la distance d'un bond » . Don.pr.: « esdemetre — assullum facere » ^ p. 35. R. m, 226. Esdreissar., voy. endreissar. Esfelnar [s'] 1260, entrer en fureur. R. 111, 301, esfel^nar, Esglaiar [s'] 56, 5048, s'éton- ner, s'efl'rayer. ' Esgola 6591 , . . . ? * Esmaigriatz 3003, amaigri . Esmansa, penre e. 4469, prendre avis [auprès de qqun], consulter. R. III, 219. * Espaventa 2452, épouvan- tail. Especier 410, épicier, dro- guiste. Espelofitz 1168, ébouriflë. R. 111,171. Espéra 400, terme, délai; espéras 2173, 7851 , espéran- ces, attente. — £"11^. 1244,...? Espic 402, sorte dcpicc. Rayn. III, 181 , n'a ce mol qu'au sens d'épi. Il existe en fr. : Rel Inconnu 4233. * Espinat 1170, buisson épi- neux. * Espoinclia 0070 , ilouleur poignante, élancement. J - 408 - f:spotula 3251, 6127, bord [d'un lil].R. III, 187. Esqtiais 7859, dérision. R. III, 190, donne le plur. ascais- ses comnne étanl Tunique forme du mot. ^sqwtHa 3833, 3834, 6694, 6899, clochellc. * Esquilleta 6050 , 6745 , clochelle. Esquina 3775, plur. au sens du sing., échine. K. III, 190, n'a pas d'ex, analogue. Estalbiar [s] 5693, s'épar- gner, se pri\er. tt. III, 199, n'a pas la forme réflécliie. Estar 583 1 , convenir, seoir, R. m, 203; Lb. 142, 22. JÇstar 3387, au plur. 3520, habitation. R. III, 203. * £s(ai;anir 33 13, s'évanouir? Esterillarls*] 1270,s'étriller. R. III, 231, estrilhar. * Esthals 2208, bottes ; « ty- bialia dicuntur galllce estivaus > , J. de Garlande^ dans Wright, A vol. of vocabularies, p. 122. Roch. stivals. * Estivar 599, jouer (!e lu musette? R. III, 217, a le subst. estevGy estha. * Estrac 1277, extravagant. Estru^ adv.,4874, promptc- meut. R. III, 232. Fadcfa 6237, folle. R. III, 283. Fadiar [si] 62 1 0, être frustre, R. III, 248. Faire, /liim 7385,/dm 7417; f.driU 1568, f. amie 5878, /". un cavalier 6489, au sens où nous disons : c faire une femme, faire une maîtresse > ; cf. Lb. 144, 46. — Faitz vos en lai, 3253, mettez-vous là, éloigni*z- vous; cf. fassa s'enan, Parn. occ. p. 356, fassa si ves mi, Damase Arbaud, Ch. pop. de la Prov. 11, 217. — Far lo 1082, sens relevé par R. III. ' 261 6;cf.enfr.Amadas2372, 2379,3535,6775 F. 3878, dire; cf. Roëce 23, Damase Arbaud, Ch. popul. II, 222, note 9; fai s'el 47 , etc. , fan s'il 28, etc., dit-il, disent-ils; cf. Leys d'amors II, 390 « fi m'ieu per disshi m'ieu » , et en ir. « list se il>. Rois, p. 163. Fiiissa 7358, paquet. * Faissola 6596, . . .? FaitiSy plur. faitisses 5057, bien fait. F(i/56ssing.4289,plur. 5005 faux. * Fanfawmeta 5236, illusion, chimère. R. III, 260 a fantait' ma, et fantanmia. Fehier [si] 4927 , non si f, 73, 546, 4927, ne pas feindre [de travailler], se distinguer, sens très fréquent en anc. fr. Roch.; Diez II, 289, faint. Fetiestra,'iinas f. 1972, une fenêtre. R. 111, 305 , a pour le fr. un exemple semblable. Fetiestrals 2133 , le battant d'une fenêtre. — 1373, fenêtre. Fesica, 5449, physique. — 409 — Fi, la coTta ^.5122, en fin de eomple, loc. qui manque à R. Fina 4592, semble une forme dérivée de /î, fin ; voy. lu même loc. Denkm. 36,5. Fivella 2249, 2262, 8006, (j'ai imprimé à loit finella^ d'après R. IH, 333; voy. Bartsch, Lb., noie sur 83, 21 ; Roch. fiueta ; Fauriel C. Alb. 1025 el le gloss.), boucle. FlamejarilO^ flamboyer. • f/ar7492,... ? Fkstellar 599, jouer du fi- fre selon R. III, 339; cepen- dant Bottée de Toulmon pense que le frestel était notre galou- bet, (Annuaire de la Soc. de rHisl. dejr. 1839, p. 193 ). Fora, en f. 4582 , en fors 807, excepté; cf. en français : Là 1i farenthabandonné Touz les fruiz, et congié donné De mengier en fors d'un.... ( Miracle de Barl. et Jos, p. 388.) Formir [si] 1724, se satis- faire, piofiler. Fraitura 305, manque. Frescura 2343, fraîcheur. R. VI, 25, s. a. ex. " Fresel, 3593, 5990, gâr- niturede manteau, galon ou ru- ban ; c nœud » , selon Fauriel , C. Alb., 7805. Roch. « gor- gerin », s. ex., et proba- blement à ton. R. III , 399- 400 a plusieurs mots de la même fam;lle. F. a sans doute le même sens que Fressa dans ce passage : c Empero volo et autrejo que las donas posco portar els manlels una fressa de scda pura, ses als. » Du Mége, addit. au I. XVII de D. Vais- sele. Du Cange, freseaus. Frontal 599»), ornement de front , diadème. R. II ï, 401 ; Roch., Du Cange, De Laborde, frantier. Fronzitz 5829, froncé. R. 111,401; Roch. Fruche 458, fruit. R. III, 403, frucha. /ï*tt«H5549,elp.e. 5548, ( voy. la noie ) prison ? R. III , 353, a un ex. d'Arnaud Daniel où fuelh semble avoir cette si- gnification. Foilj Gui de Nan- leuil 152, parait avoir un sens un peu analogue , celui de for intérieur. Fugaifos 2004, foyer. R. III, 346. Fi^ir 5485, 7663 , fuir, échapper, au sens du latin me fugit. R. III, 405, n'a pas d'ex, analogue. Galahru 3686 , galebrun ; voy. p.343,notel.R.VI,26. Gamenlar [si] 4 1 30, se la- menter. GanzWa 6208, défense, pro- tection ; le sens est : « Je ne lui ferai défense [ de mon corps ], je ne le lui interdirai |K)int. > Gap 5814, léger bruit. B. III, 412, s. ex. en ce sens. 28 — 410 - Garandar 4765, renfermer, relenîr. Garba 1334, gerbe. Garbaisos 1008 y gambaison, pourpoint reml)ourré qui se pla- çait sous le haubert. B. III, 42 1« gambaiso. Gausz 9 us g. era 3754 , c*était un plaisir; en prov. inod. fasié gau. Gauzions 4362 , jausionda 6100, 6126, 7658, joyeux. B. IIL 443; Diez I, 219, godere. Genos 729, le nïènie que ginos. Gens 1133 (voy la noie), 1554^contraclé(le9m ros plutôt que d(! ja vos. Gietasy /lif gf. 5062,. . .? Giga 597, gigue, instru- ment de- musique. Du Gange giga^lti. 111,466. Ginos 1798, ginnosa 1607, adroit, ingénieux. R. III, 455. Ginoseta ^ dim. de ginosa 2622. R. III, 456, jiffnosee. Goz 1512, chien; €Cotz — parvus canis »,Don. prov. p. 57. G. de Ross. 889; R. 111, 488; Diez L 148, cuccio. Gruneza 3568, tristesse. R. III, 511, ^nn^za. Guidar^ s. rëg , 6366, gui- der. G*tttn 1143, regard. * Guinhonutz 1567, mous- tachu. G. de Ross. 1484-5. Guinno 1562, moustache. K. II, ^AS^greno. Homicida 4609, liomicide. /iosteSy ostes, 1482, 1719, 1757, 1865, etc , hosta, osta 1913, 3493,3613, hôte, hô- tesse, au sens d'aubergiste. — 3615, 3617, liôte, celui qui est hébergé. - leil, voy. ei7. //, pron. 3«pers. raasc. sing., 4481,4508,5311,6957, il. L'cx. de Flam. (1794), cité par K. III, 103 a, n'est pas valable parce qu'en ce cas i7 rappelle amor qui est féminin. * /innart 2564, recueild'hym- nés. Istre 324, pour e^tre. Jangolar 1513, grogner. R. 111,581, Jasse^ en j. 3715, à tout ja- mais. R. III, 579. Jaune 6995, jaune. R. III, 582. /0fa260,359o, 7589,7607, joyau, en un sens étendu, puis- qu'on voit |)ar le premier ex. que le musc et l'ambre étaient des joias. R. III, 445. Jornal 4365, occopatîoQ de la journée. R. III, 589. Kaknda 3265, 5520, la ca- - 411 — Icnde, le prcniîcr jour ù\\ mois. — 3243, 3255, chant fie mai ; voy. la noie de la p. 334. Kalendas 6882, Noël, non pas que celle fêle coïncide avec les calendes de janvier, comme le croit R. II, 292. Laiy de vos en l. 709»%, après vous. Ijsill 382G, pour la li. Laima 7007, lame. U. IV, 14. Lainar 1470, gémir. * LiiUn 7795, dim. de lata ? crochet. Legor 5235, loisir; « legors- olium » Don.*prov. p. 56. Leis 1768, empl. comme rég. niasc. sing. Leri 2318, gai joyc»;x. Leu 2546, poumon. LeUy bea /., voy. ben, • Leula 6043, luelle. Roch. Levadura 304, levure, levain. Levar cocIm 764 1 , avoir haie. Limar las dens 1125, grin- cer des dents. Uni, capell l. 5838, cha- |)eau de toile. Lochar 6037, hitler; 3949, résister. R. IV, 103. Logar 1482, louer donner en localion.R. IV, 91. —7067, 708b, récompenser? Long 7203, loinlain. Longas 2697, a L 2056, longtemps. Losc 5141, 5142, horgne. Lotja 7201, tente (anc. fr. toge). Lîimtars 3881, 6281, seuil. R. IV, 106. Macis 403, macis, écorcc inlérieure de la noix muscade. R. IV, 112. Maïstre, esaer m. de... 323, êfrc mnilre, |)assé maiire, en qq. chose. Mnjoria 7533, avantage. R. IV, 115. 3/fl/, per m. d'amor 3057, pour [dire] mal d'amour;p Niei 5105, pour ni en t. iVie/,m>//7184, nielle. Noatz , noada 7822 , noueux , Noca, jamais, nocan 940, pour noca ne; noqnas 3901, pour noquasi\ Non y no, employé explc- tivement 1» après un comp., < jaciaysso que panzar.ne|!;alio en aytal locutio sia mot contrari al lati » (Levs dam. Il, 56): 4772, 4889, 5286, 6013, 6098, 7417; cet emploi n'est pas constant ainsi il n'a pas lieu 5136, 6910. —2» après cer- tains verbes: doptnr 4914, 7427; hmsnr 5878, 7652; 8'oblidar 2519; poder 6580. Diez, Gramm. 111, 510. * Nosca 5991, le même que c noscla agrafe, collier, brace- let, > Roch. Fr. nochôy Aye d'Avignon 347 . M. De Labor- de , interprète nouche , par < nœud, fermait. > Novas 247 nouvelle (roman). R. IV 338. Novely domna noella 322; dame nouvelle, même loc. Erec et Emde 2098; cavallier s novelz 7293 ; morgues novels 3701 . Noz muscada 5680, noix muscade. De Laborde, noix muguete. • Nozol 2122, (voy. la note) oiseau de nuit. Rocli. Obertura 2494, ouverture* R. Il, 103, tibertura. 06/tdar[s']785,848,2519, 3111,6347, s'oublier, être né- gligent. * OU 2387, 6189, oui. On mais^ o plus , forme de supeilatif, o. niais pot 1332, le plus qu'il peut; o. plus cotre 1255, où [elle] court le plus; o. p. hom lo troba colrat 3572, où on le trouve le plus coloré. Orde3563, 3677, règle. R. IV, 373. Orfres 7446, orfroi ; voy. p. 389, n. 2. • Oris en oris f/] 3687, de bord en bord ? Oscar 7883, ébrècher. — 414 — Pagesa 11253, paysaniic; vov. |). 297, n. 1. Pairol 407, chaudron. Palais 42, 490-2, 7305, 7S51, salle de réccplion: 4127 salle où se lieuiienl les servi- teurs. Guill. AnelierlVmploieau sous de iiiaisoij 2510, cf. la noie de Fr.!:Michel. Palis 382,789,cloffedesoie; voy. rodaiz. *Papieiar 6lGt, ...? Pareil m, 73G0 , paire. Parer, faire p. 274, 1818, faire paraître , montrer , mani- Icsicr. Pnria 7 , 7255 , alliance en- tre deux personnes. Parlar un mot 2936 , dire un mol. 11. IV, 421. Partir 'dMX jocs pour suj. 4989, synon. de fallir 5026 , manijuer, cire interrompu. Partisoa 7209, division. Pas 1454, 2559, 2367, 3163,3208,3920, etc., paix, cérémonie lilurgique, et Tinslru- ment (dan^ 1 lamenca cVst un psautier ) qui sert à Taccomplir, Passada , far nna p. 5736 , faire une passe , dir:j;er une at- taque [ contre qq un ] ? H. IV , 441 , cite nn ex. analogue de lîertran de Born, n^ais en donne une traduction évidemment mau- vaise. Du Gange, 111, 43 a, au mol einprcsia, a un ex. de pissade au sens de partie [ de jeu ]. Passar [ si J 226 , user [ de» qq. chose ]. Uenkm. 77, 15; C. alh. 4639., Peccut, qaal /)./ 891 , ex- clamation, (j. de lloss. 8102. /Wmï/ 7876, 8005, parlie du harnaclicment qui couvrait le poitrail du cheval. G. de Koss. 1020; Lh. 138, 23. — Franc, poitrail, Glossaire de Lille , éd. Scheler, p. 27 a, Pclat;i 1330, plumé, épilé. * Pelpartidiira 2495 , la raie des^ cheveux. Pena , a qaalque p. 2690 , 5786, non sans peine. — Loc. fréquente en franc. Brut, 14; Renart,éd.Méon,2930,3ll3 etc. ; Krec 2749 , 3026 ; Ama- das, 419. Pena grisa 2201, p. vaira 3417, fourrure grise, fourrure vairée, bigarrée. Penclie 347, peigne. • Penchiira 1132; II. IV, 477, a p. «peinture, faid » , sens qui ne saurait convenir en parlant de Flamenca; c'est ici chevelure. Penedensicrs 3771, péniteni, ccltû qui accomplit une péni* tcnce. Percclffe [si] 2470, 2553, s'apercevoir. K. li, 278. Pmios, m y. 1909,6172, 6633 en vain. R. IV, 515; Gachet pardon. Perdre, pergal Dens 527, que Dieu le peide ! porga Dieu, 1040 qu*[elle] perde Dieu l son - 416 — niarit perdu 917, perde son mari ! — Xon perdre re per... t2267, 5866. 5951, nepenhe rien par ou à cause de [qquu ou qq. chosi']. Perqucylop. 1478, 2001 , le temps néccsssiire. R. IV, 512. — XmisapperqiieiSiS^ 4172, sans savoir poui*quoi. Pers, cahel p. 839 , opposé à blon, ce n'e!^l doue pas , c bleu , azuré, violet » K. lY, 522, mais noir ou cliâtaiu. Persona^granp. 7 196, grand personnage. Perirnitz 3082, travaillé au trait, guilloché. R. V, 404 ua pas ce sens. Picompaa 8936 ? Pitansj, farp, de. . , 1305, 3709, 672i accorder la faveur de. . . 7Va 4098. p/au;;703, 6901, place pi!bîiq:ie. — Estât en p. 1368, se tenir trHnquille. Plagesia 12:{3, probiiblenieut foiïvpofjesia, R. IV, 469, gros- sièreté. Plassa, a si mètre en p. 6697 , voy. la note 1 de la p. 380. Pleure [si] 1949, se plaire; voy. la note sur 63 iO. Plorar avec lauxil. estre 6897. PolSy au plur. polses 3002 , |H)uls. • /Vtri/ 24 i3, porte dVî?li5c; 7249, 7727, porte de ville. Portar [si] 6917, 6939, se comporter. R. l\„ 605 b. Pouzer 2531, pouce. Pregar... de... 5912, 7517 recommander [une personne] h [une autre] ; Guiraud Riquier. ed.Mahn, 129, tn.'-P...de son 6en 5910, se recommander [à qqun] , réclamer sa bienveil- lance. Presa 6507, terme de jeu. Presans 6661 , qui a du prix. R. IV, 640. Pricats 1472, qui est du pays, par opposition à estrain. PrOf es a sos p. 5135 , est à sou avantage; cf. dam.-- Tener p. 1289, servir, être utile. Prumier , al p. 3536, au point du jour. Pur 3789, seulement, Boèce 6; G. de Ross. 1756, 6395, etc. R. IV, 670 n'a pas ce sens. * Quais 1378 , 7512, cais 484,937, 2332, 7333, pres- que (y IIÛ5I). Quandis 918 (voy. les Add. et Corr.)tantque. Diez, Altrom. Spr. denkm. , p. 46. Qnasque GUI parait signi- fier quoique. Autre sens R. V, 1. Qtiesacom 6580 , quelque chose. Quesacomet 2403, un peu. Quiacom 3436, quelqu'un. R. V, 2, qnnhqmm. - 4«) - Quillar 6278 , appeler ( ? ) selonR.I,37;qfMî7arK.V,26. Baza 5H , sorte de fruil. Reconoisser [si] 2789, se reconnaître, délibérer avec soi- même. Leys d amors I , lOi cl 132; R. IV, 336 6. * liecontorn 3686 , phase de la lune alors qu'elle est près d'entrer en conjonction. RecruzarSSiQ, empirer. R. II y 524, s. a. t%. Refrescar [si] 2672, se di- vertir. Regardât 285, regarder der- rière soi. RemaneTy si en leis non re- ma 271 , si per vos non r. 9S0, sauve sa (voire) volonté, s'il n'y a point d'opposition de sa (voire) part ; non reman e nos 7288, il n'y a point d'obstacle de nol: e pari; non remas per lur vol 7432, il ne dépendit pas d'eux. G. de Ross. 2638. Même loc. on fr.: Cbreslicn de Troyes, Ebert's Jabrb. V, 32, v. 124;. Renarl le nouvel 634 1 -2. * Retnestiris 983, bruit, tu- mnlle. Renmtori, Vie de sainte Knimie, Denkm. 242 , il , (Sachs, 960); remestili /xhid, 249,21, (Sachs, 1227). Remulliar 60'i8, mouiller. Ren 5760, sert à renforcer la négation. Renc 7930, rang. Renda assisa 1657, rente as- sise sur des biens-fonds. Chev. au lion 3494. Repaire 1809, désigne une hôtellerie; 6982, uue\ille. Rescalitis 3010, accès de fièvre; «langueur» donné par R. Il, 291, est un sens en tous cas inadmissible. Rescalivar 2683, brûler, en- flammer. • Rescosty a présent et a r. 6457, en secret et publique- ment, c. h d. en toute cirrons- lance. Même loc. Malfre Ermen- gaut, sirventes, 39. Respondre en...i 325, 2947, répondre, communiquer a [une chambre]. Retener 148, 150, se retenir de. .., manquer; ce sens de re- tener , employé comme verbe neutre, manque à R. V, 340. * Retenguda GW^fl^nvi. pris subst., restriction. Retomba 606, cabriole selon R, I, 9; le même mol en un sens loul autre V, 372. Retrœncha 1183, rotruenge (anc. franc.). Diez IL 400. * Rêva 562, rêve, folie? Diez II, 400. Revenir d'un mat 3006. — 2930, retourner, se réunir à un I endroit. — 3190 être ranimé. — 5614, se relever. — R.[si] 5770, se remettre. — 4394. 6006, 6156, ranimer, réUiblir, « meliorare » Don. pp. p. 37 ; C. Alb. 6009; RV, 496. - 417 ^ * Bevidar 630G^ terme de jeu. Itevolopitz. 7969, secoué. fiicors 2818, noblesse, qua- lité d'être ries hom. Itics hom 191, voy. p. 269> 11. 1 . et R. I , XXXII ; r .brueil 434 , rica festa 468. Himar 1126, primitivement se gercer coujme le cuir ou le bois exposé à lo chaleur, puis brûler, R. V, 97. Voy. cepen- dant Du Gange rima 2. * Bivala , fém . de rival , 4179, rivale. Bodats, pâli r. 7t9, c pâli rosé », selon R. I, 13, ce qui est inadmissible ; c arrondi » , selon le même, V, 60, sens qui ne peut convenir à tous les ex.; je pense qu'il s'agit d'une étoffe de soie ornée d'une bordure. De iwèmc escutz rodatz , targua rodada, R. V, 60, en fr. escu roé, large roée (voy. des ex. dans Fr. Michel, Recli sur les étoffes de soie 1, 303, note), se- raient des écus ornes d'une bor- dure, ou de cercles concentri- ques. Bodillar 5313, regarder. Boîa 211, 423, troupe. Bua 389. rue ; mot rare en prov. R. V, 117. ScAer, non s. mot tro ou giie...2614, 7561, 7951, ne savoir mot, ne se douter de rien, jusqu'à ce que ... ; Boëce 132; C alb. 3065; Ch.v. au lion m^O. — Saber bon 5, 1073, 2301, 7943, être agréa- ble. — 12i5, conseiller?'^ Saboratz, a saborada 1087 (p. e. osaioraJa), savoureux. * Saborir 4071, devenir sa- voureux, R. V, 128, Qsaborent. Sàboros, pi. safcorosos 8045, (doit on corriger saborosesl) savoureux. Sa/monar 1796, sermonner. Sais, aver solo 1575, 7929, avoir sauf, n'avoir pas perdu [ses soins]. Amadas 1261. Salsa 4938, sauce. Salut 7069 , 7080, 7089, 7112, salut d'amour, genre de poédie; voy. la n. 1 de lu p. 385. * Samarra 6365, simarre, vêtement long. Sas sac, 4585. Sas pour las 1550 ; voy. la note. Saut 4152, assaut ; de saut 4558, d'emblée. Sauteri 602, psalteriop. Fr. soutier, Erec6335. Vov. TAnii. de la Soc. de l'Hist. de Fr., 1839, p. 191. Sazos ^ la s. nil lu^c 1422 , le temps et le lieu; même loc. Dcnkm. 15, 17; 18, 8. Scolre ou Stolre 1330, voy. la note. Sembelz 774, appel au com- bat; par extension, 1707,1e combat Uù-méme. Serena 2689, le serein. -- 418 -. Serena 4045, sirène. Serra 7204, colline. • Sesmar 7795, fixer, alta- cher ? Si 6203, un st, «ne eondi- tiou. • Sîbra 4297, bêle sauvage? Signar 1064, faire signe , ordonner par un signe. * Simhru 3685, drap iscrn- brun, voy. p. 343, n. I. Sinz 1143, si^ne. II. V, 226, seing. Sizor 6071 , pour suzary sueur, comme riinor pour m- mor, Lb. 138, 67. Sobrecot 7466, surcot. Soc 2357, souche, billot de bois. * Somensol (voy. la noie) 1135, doute, crainte. Somnillos 2993, endormi. Somrire 273, sourire. Sopar 989, 941, souper. Soplegar 5832, s'incliner. Sorccbre 401, (sic dans le ms., mais il faut probablement soisebrSy U. VI, 6) imagiier. " Sotillanza Wyi, sublililê. Sotol 540 , pavcuicnt ou plancher de Têlago infêricnr. SoHî,desMm,sopteijWi, aussitôt. Suc 1267, sommet de la tète. Dicz I, 149, cacazza. Suffrens 1176, 1178, êlat d'un mari trompe. H. U, 432 o,etlV, 286 a. Sus, vais. 4480, lève-loi. — 5. en /a fcatoida 3265, haut dans (près de) la calende. Tuls,benes t. que 29, [elle] esl bien capable de... — T. explé- tif dans t. wf/ 7221, 7261.— De t. n'iac... 447, il y eut tels (lui. — />^rt.gae7256, 7396, 7798, pour que. Tapitz 381, tapis. Taular 6480, jouer au jeu de tables, « utrumque ludum ordinare» Don. pr., p. 33; ce sens mau(jfie à R. V, 308. Taulier 3235, table ou ta- blette. Teira I914,lesei.sde«suile, série» donné par R. V, 364, ( « séries » , Don. pr., p. 60 ), et que les patois ont conservé , ne convient point ici ; quant au sens de « tonrnnrc, encchne » , donné aussi par R., il n'est rieu moins que certain. Tempradura 587, ton auquel une corde est montée. Fragm. d'Alexandre v. 102. Ce sens manque à R. V, 317. Temps, per t. 1084, ofi«, l. fiomj. 244, ot, 1. ac. 273, Adonc la, 1. Adoncs H. 274, senher, 1. sener. 277, p/a/z, l. nlflf. 292, altendon, 1; afendon. 313, commenjan , 1 . comensan . 344, tnslrtffii^n, !• eitnimtffi 345, e(, 1. 0. Apcès le V. 320, ajoutez ce vsrs : Emenda nac, el eis la près» 336, abbal, 1. adal. 337, jorn, 1. jomz. 338, prendrons \,prendon. 366, ame[r)e], I. ame. 373, lellras, 1. lelras, 384, /unca/5, 1. bancals, 382, sic ; il f lul pour li mesure supprimer a. 383,